Elie Burnod, né le 22 mai 1883 à Collonges Fort l’Ecluse (01) dans le pays de Gex, avait d’abord travaillé comme commis à Genève, qui attirait de très nombreux frontaliers.

- Elie Burnod en 1914
A la veille de la Grande Guerre, en avril 1914, il s’y maria avec Marguerite Cusin, française elle aussi, après avoir monté une entreprise d’eaux gazeuses dont les siphons d’eau de Seltz, en verre bleu, portaient son nom.
Sa jeune femme reprit courageusement le flambeau après son départ. Un enfant naquit en 1917, qu’il ne connaîtrait qu’après son retour de la guerre. Il devint alors épicier, et il eut quatre autres enfants. Il passa le reste de sa vie à Genève, où il est décédé le 12 juin 1970, à 87 ans.
Resté français toute sa vie, il avait donc, à trente et un ans, été mobilisé en août 1914 au 13e Régiment de Chasseurs à Cheval, cantonné au Quartier Saint Germain à Vienne (Isère). Elie Burnod était fourrier pour les chevaux du régiment.
Très curieux de tout, l’expédition d’Orient fut son premier grand voyage. Celui-ci se prolongeant de 1917 à sa démobilisation en 1919, il en avait beaucoup appris mais ne s’était pratiquement jamais battu.
Ses traversées en hiver sur la Méditerranée entre l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient ne sont pas décrites ici : il a souvent raconté à ses enfants et petits-enfants le pont gelé des bateaux, ses quêtes de foin et de paille aux escales.... mais, malheureusement, n’a pas consigné par écrit ses souvenirs !
Ce "Carnet de route" est très intéressant et décrit bien le voyage par bateau, les endroits en Orient où sont passés des milliers de soldats entre 1916 et 1918. Les sentiments de la troupe sont aussi bien rendus.
Ce texte est riche également en indications "historiques" que j’ai précisé par des annotations entre parenthèses.

- Elie Burnod est facilement reconnaissable avec son dolman à brandebourg (debout dernière rangée, deuxième en partant de la droite)
« 27 avril 1917, 10 heures du soir : Rassemblement dans la cour du quartier Saint Germain à Vienne (Isère).
Nous sommes 187 désignés pour partir en renfort au groupe léger de l’armée d’Orient. L’adjudant chef Pichaucourt est chef de détachement Mr le Lieut(enant) Teyssere nous accompagne jusqu’à Marseille.
Le départ se fait en bon ordre, nous faisons nos adieux aux camarades que nous laissons au dépôt et nous partons pour la Gare. Là le Colonel Chauvey nous complimente pour notre bonne tenue et nous partons par le train de 11h 20.
Comme il est très tard, nous nous installons tant bien que mal pour dormir.
Nous nous réveillons à la gare d’Avignon le lendemain 28 avril.
28 avril 6 h : arrivée en gare 2h d’arrêt nous touchons à la halte repas ¼ de café du pain et de la conserve. Avec un camarade je m’esquive en ville, nous prenons un café au lait avec des brioches en sortant de la gare et nous faisons un tour.
La ville neuve est assez jolie et très propre mais les vieux quartiers laissent beaucoup à désirer. Nous arrivons devant l’ancienne demeure des papes située sur une hauteur qui domine la ville. Le château est imposant et ressemble plutôt à une forteresse. Il est entouré d’un parc immense.
8h départ d’Avignon, passage à Tarascon, Arles, et nous arrivons à Marseille, Gare St Charles à 14h.
Nous débarquons et le commissaire de gare nous envoie aux baraquements dits de la Faculté. Mr le Lieut(enant) Teyssere nous installe, nous lit les consignes du camp et nous laisse la plus entière liberté sous condition expresse de répondre à l’appel général qui aurait lieu tous les matins à 10h.
A peine installés nous faisons un brin de toilette et nous voilà partis à la recherche de la Cannebière et de la légendaire sardine qui autrefois bouchait l’entrée du port. Marseille est la ville la plus intéressante que j’aie vu jusqu’ici, l’on y trouve énormément d’étrangers.

- Première page du carnet
Beaucoup de soldats et d’officiers anglais depuis le petit Ecossais jusqu’au superbe Hindou. Italiens, Espagnols, Chinois, Annamites s’y entrecroisent.
La ville elle-même est très ordinaire en dehors des grandes artères telles que la Cannebière, la rue de la République, le cours Belzunce, la rue St Ferréol etc. ...Par contre le bas port avec ses canaux et ses rues étroites est infect et je ne crois pas qu’il y ait au monde de quartiers plus sales et surtout où il y ait autant de dépravation.
29 avril. pas de nouveaux, le bruit court que nous irons embarquer à Tarente (Italie). Tout le monde est content car c’est un beau voyage en perspective et il y a moins de danger à faire la traversée que depuis Marseille.
L’après midi nous faisons une jolie promenade autour de la corniche, le temps est superbe et la mer calme, nous admirons le château d’If. Ancienne forteresse construite sur un rocher en pleine mer. Nous rentrons en ville par le boulevard du Prado et la place Nationale.
30 avril. Mr Teyssere nous apprend que nous irons embarquer en Italie. Acclamations générales. Après la soupe visite du vieux port que nous traversons par le pont transbordeur. Superbe construction qui sert à transporter piétons et voitures d’une rive à l’autre.
Nous visitons ensuite le bassin de la Joliette, et les quais. Nous visitons ensuite le Palais de Longchamp et le jardin d’acclimatation. A 10h du soir, appel général pour le départ.
Mr Teyssere nous conduit en gare, nous installe dans le train et nous fait ses adieux.
Minuit départ de Marseille.
1er mai. Nous passons de nuit à Toulon et à peu près tous endormis, à la pointe du jour nous arrivons à St Tropez, la Côte d’azur commence toujours plus belle, plus on avance.
Fréjus, St Raphaël, Cannes, Nice, Villefranche s/mer, Monaco, Monte Carlo, Menton. Je note en passant le Château du Prince de Monaco. Superbe palais construit sur un rocher s’avançant en presqu’île et surplombant le mer.
A 6h du soir nous arrivons à Vintimille première gare Italienne. 35 minutes d’arrêt, changement de train pour prendre les wagons italiens et repartir dans la direction de Gênes.
Nous passons dans plusieurs petites gares insignifiantes et nous arrivons à San Remo, superbe station hivernale. Pendant la nuit nous passons à Génes sans rien voir et nous arrivons le lendemain matin à Civita Vecchia, petit port.
Nous traversons ensuite un pays assez pauvre, composé de collines arides où paissent quelques troupeaux de moutons.
2 mai. Nous arrivons à Livorno à 14h. Jolie petite ville assez propre où nous devons passer la nuit. Nous débarquons et nous cantonnons dans une caserne italienne.
Je retrouve Me Thorens ( ?) et je passe la soirée et la nuit avec lui. Nous visitons la ville où je ne trouve rien de remarquable sauf le port, la Place et la rue Victor Emmanuel.
3 mai. Nous repartons de Livorno à 9h (du matin) et nous longeons la mer jusqu’à Rome où nous arrivons dans la soirée à 21h.
Là une superbe réception nous est faite par Mr le Consul général de France, des prêtres et beaucoup de dames Françaises et Anglaises.
Nous repartons à 10h 40, regrettant de n’avoir pu visiter la ville éternelle ou tout au moins de n’avoir pu y passer en plein jour.
Je note en passant les aqueducs romains construits par Jules César. Ces aqueducs d’une longueur de plusieurs kilomètres et d’une hauteur atteignant en certains endroits plus de 150 mètres, alimentaient la ville de Rome en eau potable.
En gare une compagnie de la garde du roi nous rendait les honneurs. Pendant la journée nous avons admiré la campagne Romaine d’une culture irréprochable. J’ai remarqué en beaucoup d’endroits des charrues automobiles et des charrues à plusieurs socs tirées par des locomobiles placées à chaque bout du champ. Des troupeaux immenses de chevaux, de bœufs de moutons et de porcs paissent un peu partout gardés par des bergers montés sur des chevaux.
4 mai. Nous arrivons vers 8h à Caserta jolie petite ville située à 15 kilomètres de Naples.
On y remarque tout près de la gare une grande caserne contenant 1 régiment de Bersagliers (dans l’armée italienne, soldat d’infanterie légère) 1 régiment de Cavalerie et 1 d’Artillerie.
A côté se trouve le Palais royal transformé actuellement en hôpital militaire. Avec une jumelle on peut voir depuis le train le Vésuve. A partir de Caserta le ch(emin) de fer quitte le littoral Méditerranéen pour se diriger du côté de l’Adriatique et traverse la chaîne des Appenins. Nous passons dans un pays très pauvre composé de collines où il ne pousse pas un brin d’herbe.
Nous arrivons à 4h après midi à Foggia où nous avons 3h d’arrêt. Nous sortons pour visiter la ville mais nous rentrons vite en gare car nous sommes aussitôt assaillis par des mercantis qui vous agacent avec leurs offres multiples.
Les enfants de 5 à 15 ans, à moitié nus, vous demandent quelques pièces de monnaie et ne vous lâchent que lorsqu’ils les ont obtenues. Les commerçants vous prennent par le bras pour vous entraîner dans leur boutique. C’est la misère partout. Nous repartons à 7h (du soir) pour arriver à Tarente le lendemain à 6h du matin.
5 mai. Nous arrivons en gare de Tarente pour repartir 25 minutes après pour le camp de Bufoluto où nous arrivons à 7h ½. Ce camp installé depuis peu de temps par les Français est assez bien aménagé, bien que provisoirement. Il est situé sur un petit plateau qui domine la baie de Picoletto. Il est composé de baraquements en planches et de marabouts. De grands réservoirs d’eau potable y ont été installés. La baie de Picoletto forme un joli petit port mais les grands transports ne peuvent y arriver et restent ancrés à 1 kil(omètre) de la côte.
Nous restons 10 jours au camp de Bufoleto, nous sommes très tranquilles, mais nous nous y ennuyons, car nous ne recevons rien, ni lettres ni journaux. Nous n’avons comme distraction que la mer où nous passons une bonne partie de la journée, l’accès en est facile et l’on y arrive par une jolie plage sablonneuse. Nous nous amusons à faire la cueillette des oursins ou châtaignes de mer, des moules, huîtres, couteaux et autres coquillages.
Le 7 mai. « le Duc d’Aumale » (bateau pour les troupes) arrive avec un convoi de permissionnaires et nous devons embarquer le lendemain mais nous sommes trop nombreux et notre détachement est désigné pour rester au camp en attendant un autre transport.
Le 14 (mai 1917). « le Mustapha II » arrive avec 600 marins permissionnaires et nous embarquons le lendemain 15 mai.

- Elie Burnod en 1915
Le Mustapha II, 105 mètres de long sur 15 de large s’appelait avant la guerre le Théodore Mante. Il appartenait à une Cie Marseillaise et faisait le service de l’Algérie. Il fut débaptisé lors de l’affaire Mante réquisitionné par le Ministre de la Marine et transformé en croiseur auxiliaire. Il est armé de 4 canons et de glissières lance grenades.
C’est un assez bon navire qui en est à son 28e voyage depuis 8 mois qu’il est militarisé. Il a ramené les rescapés de la Provence et du Gallia.
| Le Théodore Mante : bateau (tonnage : 3,496) construit en 1912, renommé Mustapha II en 1917, il sera reconstruit comme cargo en 1933 et renommé Djebel Antar, puis en 1937 vendu à Billmeir & Co, à Londres et renommé Helendra. La Provence est une goélette marchande coulée par un sous-marin le 24 avril 1917 et Le Gallia est un croiseur auxiliaire mis sur cale en 1913 réquisitionné en paquebot. Torpillé le 4 octobre 1916 (Renseignements communiqués par Jean-Yves Le Lan). |
En montant sur le navire on a une certaine appréhension, mais au bout de deux heures on ne pense plus aux dangers que l’on va affronter. Les marins sont on ne peut plus complaisants pour nous et s’estiment très heureux de ne pas avoir à aller aux tranchées.
La vie à bord est très sévère, la discipline est bien plus dure qu’à terre mais l’on s’y prête facilement. Deux fois par jours le clairon sonne le garde à vous et chacun doit se rendre au poste qui lui est assigné, muni de sa ceinture de sauvetage.
La nourriture est assez bonne, meilleure qu’à terre, et la plus grande propreté règne à bord. Nous assistons à l’embarquement du charbon, de l’eau douce (800 tonnes) et 10.000 caisses d’obus de 66 de montagne Italiens.
Nous devions quitter Tarente le lendemain 16 mai mais au moment d’appareiller le Com(mandant) fut appelé à terre et le départ remis à une date ultérieure. Il paraît que des sous marins étaient signalés dans la baie de Tarente.
Le lendemain 4 officiers anglais et 3 infirmières de la Croix Rouge embarquaient avec nous.
17 mai. Départ de Tarente. Nous assistons aux derniers préparatifs, le pilote est arrivé à bord par une barque, les embarcations sont hissées à bord, l’escalier replié et à 4h 35 le capitaine donne l’ordre du départ.
Le Mustapha démarre tout doucement, quitte la baie de Picoletto et vient traverser le port de Tarente. C’est un beau départ, un spectacle inoubliable. Les quais sont noirs de monde, six grands cuirassiers italiens, quatre torpilleurs, huit chalutiers, avec tout leur équipage sur le pont au garde à vous. Les officiers saluent et les hommes nous crient « Hip Hip Hourra ! »
Nous sortons du port par un petit chenal qui sépare Tarente la vieille de Tarente la neuve. Les deux villes sont reliés par un pont tournant qui ferme complètement le port et qui n’est ouvert que deux fois par jour.
Nous arrivons dans le golfe de Tarente qui forme lui même un immense port défendu par des batteries de chaque côté ; et au milieu par l’île de Caricouli qui n’est elle-même qu’un immense fort.
On remarque au milieu des hangars à dirigeables.
A notre sortie du port, nous sommes suivis par le navire italien Savoïa qui transporte aussi des troupes, trois torpilleurs français : La Carabine, La Foudre et Le Sous Lieut(enant) Hébert ; sont chargés de nous escorter, et une petite canonnière italienne qui est chargée de nous sortir des passes au milieu des champs de mines.
Enfin nous voilà en pleine mer et nous marchons de concert avec la Savoïa et entourés de nos torpilleurs. Nous croisons le navire français « Canada » qui rentre à Tarente, un peu plus loin nous rejoignons deux autres navires italiens escortés par un torpilleur.
Ils font route avec nous jusqu’à dix heures du soir et nous quittent pour prendre la direction de Valona. Nous assistons à un superbe coucher de soleil.
La nuit devient noire, le second du navire fait des rondes fréquentes pour s’assurer que tout le monde est à son poste. Nous nous couchons et dormons comme dans un bon lit.
18 mai. Nous nous réveillons et sommes tout étonnés de voir la terre, nous sommes devant l’île de Corfou. Nos torpilleurs sont toujours là, rapides comme l’éclair, ils font 4 fois plus de chemin que nous, se portant tantôt à l’avant, tantôt à l’arrière, ou par côté.
C’est la meilleure arme contre les sous-marins.
Nous continuons de longer l’île et nous croisons bientôt trois torpilleurs, deux anglais et un français, puis trois chalutiers anglais, ce sont des patrouilleurs en chasse ; puis bientôt deux hydravions français. Nous approchons de l’entrée du détroit de Corfou où est installée la base navale.
Huit heures, nous arrivons à l’entrée de la passe, une canonnière française vient nous prendre pour nous conduire, nous mouillons à l’entrée du détroit dans une petite baie où nous trouvons déjà installés, un contre-torpilleur, 2 torpilleurs et un transport français. 25 minutes après nous entrent le Duc d’Aumale et le Ré Vittorio qui reviennent de Salonique escortés de deux torpilleurs.
A peine avons-nous jeté l’ancre que les Grecs nous accostent avec de petites barques et viennent nous offrir des marchandises. Ici l’on paye avec du pain et des biscuits. Deux œufs pour un biscuit, 1 poule pour deux pains d’un kilo, 1 petit mouton ou 1 petite chèvre pour 6 ou 8 pains. Les matelots qui le savaient ont fait des économies et peuvent s’offrir du mouton, nous ne pouvons acheter que des œufs et des poules entre cinq ou six.
Au dire des matelots ce pain est revendu jusqu’à 3 ? ½ le kilo dans les villages.
L’île de Corfou tout au moins la partie que nous avons en vue n’offre rien d’intéressant, ce ne sont que des pâturages maigres et quelques arbustes.
5h : préparatifs de départ, à 5h10 nous démarrons toujours suivis de la Savoïa et escortés de nos trois torpilleurs.
Au large de la passe deux contre torpilleurs patrouillent dans tous les sens. Nous voilà en pleine mer, et la nuit nous commençons à apercevoir l’île Leucade. Tout est calme, nous nous couchons tranquillement.
19 mai 4h ½. Réveil en sursaut, quelques camarades qui sont déjà levés nous réveillent pour nous montrer un navire hôpital qui rentre en France. Il est tout illuminé et est réellement beau à voir dans la nuit.
7h une canonnière française vient à notre rencontre, nous approchons de Navarin où nous devons passer la journée, et elle vient nous conduire dans la passe. Nous entrons (dans) une jolie baie flanquée de rochers à l’entrée mais à l’intérieur nous sommes étonnés de trouver une jolie petite ville entourée de jardins.
Sur les rochers d’énormes inscriptions ainsi qu’un petit mausolée nous rappellent la bataille navale de Navarin en 1823, où les flottes alliées battirent la flotte turque.
| Erreur sur la date ! C’est le 20 octobre 1827 : la ville de Navarin (aujourd’hui Pylos, dans le Péloponnèse) alors détenue par l’Empire Ottoman est prise aux Turcs par la flotte de la Triple-Alliance (Royaume-Uni, France, Russie). Cette victoire navale ouvre la voie à l’indépendance de la Grèce effective deux ans plus tard. |
Nous jetons l’ancre et le torpilleur Carabine vient se ranger tout à côté de nous. Officiers et sous officiers sont invités à déjeuner à notre bord. Nous fraternisons avec les marins et nous avons l’occasion de vivre un peu leur vie. Les marins qui sont à bord des torpilleurs sont limités pour l’eau potable et restent souvent huit jours sans se laver, ils mènent une vie très pénible, ils ont l’air fatigués.
Nous devons lever l’ancre à 5h mais ½ heure avant de partir une barque à voile montée par deux civils vient nous accoster, ils demandent à parler au Commandant. Celui-ci aussitôt prévenu fit descendre la vedette, et accompagné de deux marins armés, partit aussitôt dans la direction de la montagne.
Il rentra au bout d’une heure, un des marins portant une grande perche. On sut plus tard que les deux civils avaient surpris un espion qui était en train de faire des signaux. Ils vinrent aussitôt prévenir le Commandant, mais quand celui-ci arriva l’espion avait disparu laissant sa perche sur place. On ne put savoir s’il avait pu accomplir ses desseins, mais pour plus de sûreté le Commandant décida qu’on ne partirait qu’à la nuit tombante.
Nos trois torpilleurs sortirent de suite faire des patrouilles et revinrent nous attendre à l’entrée de la passe. Il faisait nuit noire quand nous arrivâmes à la haute mer. Malgré nos craintes nous nous couchons et dormons jusqu’à 5 heures.
20 mai. Dimanche. A 8 heures nous arrivons en vue de l’île de Milos où se trouve la base navale. Nous mouillons sous les rochers de l’île Antimilos pendant que un torpilleur va reconnaître la passe.
Il revient 10 minutes après et nous entrons dans le port de Pakra. Jolie petite ville de 1500 à 2000 habitants. Le port est très joli, nous y retrouvons une dizaine de grands transports parmi lesquels le navire hôpital Flandre.
L’île de Milos ne présente rien d’extraordinaire, on y voit un peu de culture autour de la ville mais le reste est très montagneux. Sur les petites hauteurs quelques moulins à vent de construction bizarre.
Les matelots nous font remarquer un superbe navire boche capturé récemment dans l’Adriatique.
Le navire atelier la Foudre ancré dans le port de Milos transforme le Boche en Français.
Deux sous marins Grecs désarmés sont ancrés dans le port. Nous ne partons pas ce soir, les torpilleurs qui nous ont accompagnés jusqu’ici rentrent à Tarente avec un autre convoi. Nous devons attendre ici que d’autres viennent nous conduire jusqu’à Salonique.
21 mai, 8h. Pas de nouveaux, les officiers passagers vont à terre faire une promenade.
Notre Sousoff (Sous-Officier) vient nous prévenir que la section prend la garde à 10h.
17h 30 appareillage, tous les canots sont hissés, l’ancre remontée et à 5h 45 le Mustapha se met en marche toujours suivi de la Savoïa et de deux torpilleurs le Tromblon et la Fronde.
La nuit se passe assez bien, nous passons dans les îles de l’Archipel. Phares et signaux se croisent à chaque instant.
22 mai, 5h 45. Je me lève pour faire préparer le café aux hommes qui doivent faire la relève de 6h mais je m’aperçois que le bateau tangue terriblement et je retombe sur le pont aussitôt debout.
Après un quart d’heure nous arrivons pourtant à boire notre jus mais 5 minutes après il faut le rejeter. La mer est toujours plus mauvaise et tout fait prévoir une tempête terrible. Les matelots courent dans tous les sens, ferment tous les hublots, font tendre les cordages, ils ont l’air inquiet.
Vers sept heures, impossible de rester dehors, des paquets de mer arrivent jusqu’au pont supérieur et le navire penche terriblement. On croirait qu’il va se coucher pour ne plus se relever. Les vagues arrivent hautes comme des montagnes, c’est des heures d’angoisse impossibles à décrire et chacun croit sa dernière heure venue.
A un moment donné, nous apercevons une barque de pêche en perdition. Le pauvre pêcheur qui la monte nous fait des signaux de détresse mais notre capitaine a autre chose à penser et ne fait pas semblant de l’apercevoir.
Nous ne pensons plus aux sous marins. A 8h ½ un de nos camarades qui a voulu s’aventurer sur le pont dans un moment d’accalmie reçoit un paquet de mer qui le renverse dans la cale, laissant la porte ouverte et l’eau rentrer comme un torrent.
En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire notre cale est inondée et nous avons déjà de l’eau jusqu’aux genoux.
Nous nous élançons plusieurs dans l’escalier et après bien des essais infructueux nous arrivons à refermer la lourde porte.
Nous voilà tranquilles de ce côté mais nous sommes dans l’eau, nos couvertures et tous les effets que nous avons dans nos sacs sont mouillés, impossible de nous changer.
Pour corser l’incident la moitié des camarades ont le mal de mer et rendent tous ce qu’ils ont sur le corps.
Enfin vers 11h le soleil se montra un peu et la mer se calma, mais continua d’être houleuse jusqu’à six heures du soir ; heure où nous arrivons en face de Salonique.
Nous passons seuls devant le fort de Kara Bouroum. Pendant la tempête nous avions perdu les deux torpilleurs et la Savoïa. Une canonnière vient à notre rencontre et nous conduit au milieu des mines qui ferment la passe.
Devant le fort de Kara Bouroum nous apercevons un grand navire Anglais échoué. Les marins disent qu’il fut coulé par un sous marin en 1916.
A 6h 40 nous entrons dans le port de Salonique. La ville bâtie sur le blanc du coteau paraît assez jolie de loin avec ses maisons blanches et ses minarets. La ville neuve bâtie à la Française longe le bord de la mer et l’on y voit des navires de toutes les nations alliées.
Nous couchons en rade, il est trop tard pour débarquer. A 8 heures la Savoïa arrive et peu après nos deux torpilleurs.
A suivre...
En route vers Salonique avec Elie Burnod de l’Armée d’Orient (avril-mai 1917)
Messages
1. En route vers Salonique avec Elie Burnod de l’Armée d’Orient (avril-mai 1917), 12 septembre 2008, 17:10, par HARTMANN Didier
Ce texte m’a beaucoup intéressé car mon arrière grand père, François TROMBERT (1884-1928), haut-savoyard installé à Genève, s’est porté volontaire pour défendre la France et a effectué la Campagne d’Orient de 1916 à 1919. Je connais le nom de son régiment et aimerais retracer ses déplacements depuis Salonique, mais je me suis un peu perdu autrefois au SHAT dans les Journaux des marches et opérations.
1. En route vers Salonique avec Elie Burnod de l’Armée d’Orient (avril-mai 1917), 12 septembre 2008, 18:22
Bonsoir,
Quel est le régiment de votre arrière grand père ? Sur Internet, grâce au travail de passionnés de la Grande Guerre, on peut trouver beaucoup d’informations. Des forums existent également où vous pouvez poser des questions.
Je pourrais peut être vous aider dans cette recherche.
Cordialement.
Michel Guironnet
2. En route vers Salonique avec Elie Burnod de l’Armée d’Orient (avril-mai 1917), 12 septembre 2008, 18:53, par Claire Girardeau-Montaut née Burnod
Merci de votre intérêt. En fait l’historien est Michel Guironnet, je ne suis que le porteur du carnet qui est un "bien" familial ! Sans doute pouvez-vous lui demander des pistes.
Je suppose qu’en effet les "expatriés" à Genève étaient regroupés dans la caserne de Valence et qu’ils étaient volontaires, car mon grand-père n’a jamais voulu changer de nationalité, ce qui aurait été possible au cours de sa longue vie à Genève.
3. En route vers Salonique avec Elie Burnod de l’Armée d’Orient (avril-mai 1917), 17 septembre 2008, 16:28, par HARTMANN Didier
Bonsoir Michel,
François TROMBERT embarque à Marseille pour la Campagne d’Orient le 23.04.1917, au sein du 145è Régiment d’artillerie lourde -RAL- (82è batterie commandée par la capitaine RIGAL)et rejoint le 17.10.1917 le 74è RAL (7è batterie commandée par le capitaine MARINETTE). Le 17.12.1918, il est rapatrié à l’hopital temporaire n° 12 (où ?) en raison de son mauvais état de santé (paludisme, orteils gelés), rattaché au 145è RAL, et ne sera démobilisé qu’en avril 1919.
Si vous en savez plus sur le parcours de ces régiments en 1917 et 1918 dans les Balkans, je vous en serais très reconnaissant.
[Didier HARTMANN biographie d’après le livret militaire de F. TROMBERT]
2. En route vers Salonique avec Elie Burnod de l’Armée d’Orient (avril-mai 1917), 13 septembre 2008, 06:23, par Thierry
Merci pour ce texte très intéressant. J’attends impatiemment de lire la suite.
3. En route vers Salonique avec Elie Burnod de l’Armée d’Orient (avril-mai 1917), 13 septembre 2008, 08:47, par Van Cauwenberghe
J’aimerais connaitre la suite du carnet de route d’Elie Burnod
4. En route vers Salonique avec Elie Burnod de l’Armée d’Orient (avril-mai 1917), 13 septembre 2008, 10:14, par Pierre Coryn
Bonjour,
le récit d’Elie Burnod sur l’armée d’Orient m’a beaucoup intéressé.
Mon grand père Jean-Eugène CORYN (6.1.1878 à Paris 10 - 8.12.1915 à Stroumica ex Serbie) était sous-lieutenant au 2 ième régiment d’Afrique.
Il a débarqué aux Dardanelles puis à combattu contre les troupes bulgares dans la vallée du Vardar (actuelle Macédoine).
Il a été tué d’une balle dans la poitrine le 8 décembre 1915 à Stroumica (ex Serbie, actuellement république de Macédoine).
C’est tous ce que je sais sur lui, mais j’aimerais en savoir plus.
Pierre Coryn
coryn.pierre chez club-internet.fr
Voir en ligne : Jean Coryn et la guerre d’Orient.
1. En route vers Salonique avec Elie Burnod de l’Armée d’Orient (avril-mai 1917), 29 août 2009, 17:07, par ivan
stroumica n est pas ex serbie mais une partie de la macedoine oquper par les serbes pourquoi ls francais se sont til battue en macedoine quel frontiere on til fait alors qu aujourd hui il y a encore des tensions dommage que tous se monde se soit secrifier et que est peuple n ont rien gagner comme lecon peut etre qu il fallait faire de bonne rontiere la c est la faute des polititien j ai ete militaire a stroumica en 1987 je connais un peu la region
5. En route vers Salonique avec Elie Burnod de l’Armée d’Orient (avril-mai 1917), 14 septembre 2008, 14:37, par Mireille
J’ai été très intéressée par votre récit. Mon grand oncle est allé en Orient durant cette même période et grâce à un carnet de notes et de nombreuses cartes et lettres envoyées à sa mère j’ai pu reconstituer ses déplacements. Les livres de Pierre MIQUEL m’ont beaucoup aidé à retrouver les batailles auxquelles il a participé.
Cordialement. Mireille
6. En route vers Salonique avec Elie Burnod de l’Armée d’Orient (avril-mai 1917), 15 septembre 2008, 18:03, par Duporge Boudard
15 09 2008 par Monique
merci pour ces ecrits sur Salonique ,passage de la vie de mon grand père,j’aimerai connaitre la suite du carnetde route d’Elie Burnod.
Voir en ligne : Histoire-généalogie
7. Les dernières lettres de mon grand-père Emile Pluchot, 22 novembre 2008, 20:12, par Janick. NOIROT
Bonsoir,
Quelqu’un possèderait-il(elle) des photos ou cartes postales,
des soldats cantonnés à SALONIQUE et détroit des Dardanelles durant la guerre 14 - 18 ?
Mon père : y a été blessé, Il est ° en 1894 dans l’ex-78, et
je cherche désespéremment à trouver sa fiche matriculaire.
Son livret militaire était chez un de mes jeunes frères, et au
décès de celui-ci, nous n’avons rien trouvé concernant notre Père.
Sur une photo de mon Père, en militaire, nous n’arrivons pas à lire
le n° de sa compagnie dans l’ INFANTERIE : peut être 15 ième ?...
Mon Père a été décoré 5 fois, car à la boutonnière de son veston il
portait 5 "ficelles" (je ne sais pas si ça s’appelle ainsi).
Avec mes remerciements anticipés.
janick.noirot,
1. Les dernières lettres de mon grand-père Emile Pluchot, 1er décembre 2009, 21:37, par PENNEG Rémy
Bonsoir,
Dans mes recherches de vieilles photos pour ma généalogie, je viens de dénicher une carte postale où figure parmi les cinq Soldats mon Grand Père DENNIEL Jean un 16 Janvier à Salonique. J’aimerais savoir quelle année, et plus éventuellement... Voici mon mail direct : remy.penneg(at)wanadoo.fr. Donnez-moi la vôtre et je vous transmets la photo. Merci et bonne soirée - Cordialement - Rémy PENNEG
8. En route vers Salonique avec Elie Burnod de l’Armée d’Orient (avril-mai 1917), 5 décembre 2008, 12:46, par Dominique GUICHARD
Bonjour ?
je suis très intéressé par ce récit car mon grand-père faisait aussi parti du Groupe Léger de l’Armée d’Orient de novembre 1915 à janvier 1917 et a dû être évacué pour paludisme fin janvier 1917. Lui provenait du 17e Rég de Chasseurs à Cheval.
Si cela vous intéresse, je dispose du Journal de Marche de ce Groupe Léger de l’AO qui couvre la période 1915 - 1917 que vous pouvez aussi retrouver sur le site ’Mémoires des Hommes’ avec la cote 26 N 892/10 (http://www.jmo.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/search-form.html)
Suis intéressé par échanger avec vous des docs sur cette période et suis impatient de lire la suite de ce journal.
Bien à vous,
Dominique GUICHARD
1. En route vers Salonique avec Elie Burnod de l’Armée d’Orient (avril-mai 1917), 5 décembre 2008, 19:27, par Michel GUIRONNET
Bonsoir,
Merci pour votre message.
La suite de ce récit a été publiée le mois suivant.
Vous pouvez le retrouver dans le répertoire des articles, rubrique "nos Poilus"
Cordialement. Michel Guironnet
9. En route vers Salonique avec Elie Burnod de l’Armée d’Orient (avril-mai 1917), 13 janvier 2010, 11:20, par PIERRE PELLEGRINO
Je voulais vous signaler que suite au décès de mes parents j’ai retrouvé des courriers et des photos ainsi que des cartes postales de mon grand père.Elles sont datées de 1917 et de 1918.Il s’appelait ARTHUR PERRIN iL était cantonné à SALONIQUE et faisait parti du 2 groupe d’aviation ceo.Voilà .Mais je commence juste à faire le tri dans mes photos.P.PELLEGRINO
10. En route vers Salonique avec Elie Burnod de l’Armée d’Orient (avril-mai 1917), 20 novembre 2010, 10:11, par charvet2
merci pour cet article, qui me permet de mieux connaître une partie de la vie de mon arière-grand-oncle, louis charvet, né à fleurie, rhône, mort à salonique (de maladie, les épidémies ont fait de nombreuses victimes chez les soldats de l’armée d’Orient) ; j’attends avec impatience la suite
cordialement
jean-louis charvet
11. En route vers Salonique avec Elie Burnod de l’Armée d’Orient (avril-mai 1917), 24 août 2013, 17:08, par CB Fabienne
Merci pour ce morceau d’histoire, mon grand-père était à Salonique, j’ai gardé une carte postale qui représente le golfe de Salonique avec la vue détaillée de la ville. Mais malheureusement je ne sais pas grand chose d’autre.
12. En route vers Salonique Armée d’Orient (janvier 1917), 26 janvier 2014, 19:15, par Michel Bussiere
Mon grand-oncle Emile Semard a aussi participé a la campagne d’Orient. Il est parti de Marseille en janvier 1917 à bord du Ville de Bordeaux
Peu après son arrivée à Salonique, il mentionne que des copains sont arrivés à bord du Duc d’Aumale
Je suis en train de dactylographier son journal de guerre
On pourra peut être échanger
Tres cordialement
Michel Bussiere
13. En route vers Salonique avec Elie Burnod de l’Armée d’Orient (avril-mai 1917), 26 avril 2017, 17:41, par villechenoux Françoise
Je suis désolée de répondre neuf ans plus tard...je découvre votre "carnet de route " fort intéressant. Mon grand père a suivi sûrement le même chemin mais il était hélas sur le Provence II qui a coulé le 26 février 1916. Vous parlez d’avril, est-ce le même bateau ?
Cordialement.
14. En route vers Salonique avec Elie Burnod de l’Armée d’Orient (avril-mai 1917), 7 novembre 2018, 15:08, par bihan
Bonjour, je suis à la recherche de mon arrière grand-père Locusse Alfred disparu en 1916 je pense ?, qui sur une photo avec des camarades du meme régiment sur le départ de salomique le 12/02/1916 ?
1. En route vers Salonique avec Elie Burnod de l’Armée d’Orient (avril-mai 1917), 7 novembre 2018, 16:52, par Michel Guironnet
Bonjour,
Votre arrière grand-père est mort dans le naufrage du bateau Le Provence II le 26 février 1916 (renseignement sur sa fiche de Mort pour la France sur "Mémoire des Hommes"
Cordialement.
Michel Guironnet
2. En route vers Salonique avec Elie Burnod de l’Armée d’Orient (avril-mai 1917), 3 février 2021, 11:10, par LOCUSSE Robert
Bonjour
Je connais tous ses ascendants mais à ce jour aucun de ces descendants qui semblent exister