www.histoire-genealogie.com

----------

Accueil - Chroniques de nos ancêtres - Entraide généalogique & historique - La malle aux trésors - L'album photos de nos ancêtres - Initiation à la recherche - Jouons un peu - Lire la Gazette - Éditions Thisa


Accueil » Chroniques de nos ancêtres » La vie militaire » « Nos Poilus » » Lien entre les personnes inscrites sur un monument aux morts et la commune

Lien entre les personnes inscrites sur un monument aux morts et la commune

Exemple de Curis-au-Mont-d’Or, petit village près de Lyon

Le vendredi 5 juin 2026, par Chantal Poyet

Comme dans toutes les communes de France, il y a plus d’un siècle, un monument aux morts était érigé dans le cimetière de Curis (appelée désormais Curis-au-Mont-d’Or), petite commune rhodanienne située à une vingtaine de kilomètres au nord de Lyon, afin de rendre hommage aux hommes décédés lors de la Première Guerre mondiale.
Si aujourd’hui, les élèves de l’école égrènent leurs noms à chaque commémoration du 11-Novembre, que sait-on d’eux vraiment ?

Un historien ayant une grande demeure dans la commune depuis plusieurs générations, Gabriel-André Pérouse, avait publié deux livres sur celle-ci, en 1987 et en 1999, des origines à 1831 pour le premier, et de 1830 à 1995 pour le second. Dans ce dernier, il donnait de nombreux éléments de réponse à l’origine des morts du monument curissois. Mais des lacunes subsistaient sur plusieurs d’entre eux, et il ouvrait la porte à des modifications et compléments ultérieurs.
Désormais, avec internet, les sources sont plus faciles d’accès. Je vous propose ainsi de découvrir les origines de ces hommes, ainsi que leur dernière profession connue, en compilant les nouvelles informations trouvées avec celles de notre historien. De ce cas particulier parmi tant d’autres, on pourra avoir une image des pratiques de l’époque parmi toutes celles qui ont eu lieu, quant au choix effectué après-guerre des noms des hommes à faire figurer sur un monument aux morts.

JPEG - 151.8 kio
Le monument aux morts de Curis-au-Mont-d’Or, dans le cimetière

Quand on lit les noms figurant sur l’édifice curissois érigé en 1920, on est interpellé par le nombre d’hommes inscrits : trente (sans compter le seul mort lors de la Seconde Guerre mondiale qui y figure, René Tachon, qui a également laissé son nom à une rue du village). Pourtant, en 1911, la population de Curis s’élevait à seulement 348 habitants (puis 333 en 1921). La part de morts à l’occasion de la guerre de 1914-1918 s’élevait à 4% de la population française [1]. Comment Curis peut-elle avoir près de 10 % de ses habitants morts pendant la guerre, alors qu’elle n’était pas située au cœur des combats ?
Rappelons que toute personne avec la mention « Mort pour la France » dans son acte de décès doit obligatoirement être inscrite sur le monument aux morts, de sa commune de naissance, ou de celle du dernier domicile, ou de celle du lieu d’inhumation (une inscription dans une commune n’excluant pas une inscription ailleurs) [2]. En pratique, les communes ont aussi élargi l’inscription sur leur monument au morts, aux personnes n’ayant pas la mention « Mort pour la France » tout en ayant combattu, et aux membres d’une famille présente dans la commune. Ainsi, un même homme peut être inscrit sur plusieurs monuments aux morts. On peut dès lors supposer que tous les inscrits ne sont pas strictement Curissois. Mais alors, qu’en est-il ?

Commençons par regarder où sont nés et où étaient domiciliés ces hommes à leur décès. On peut les répartir en quatre catégories, de ceux qui sont nés à Curis et y habitaient avant leur décès, à ceux qui ni n’y sont nés, ni y habitaient avant leur décès. Le graphique ci-dessous montre le nombre de personnes concernées :

PNG - 32 kio
Répartition des morts inscrits, selon leur lieu de naissance et leur dernier domicile

Sur les trente hommes inscrits sur le monument aux morts de Curis, moins de la moitié (4+1+8=13) y étaient liés par leur lieu de naissance ou d’habitation. Plus de la moitié (les 17 restants) ne semblent pas avoir de lien direct avec Curis !
Étudions les quatre catégories de plus près pour voir qui les compose, et ce qui peut finalement lier les dix-sept derniers hommes à Curis.

1) Hommes nés et domiciliés à Curis

Seuls quatre hommes sont concernés : Pierre Geoffray (employé de commerce), Fleury Noyer (cultivateur), Antoine et Jean-Claude Vergnier (deux frères cultivateurs). Leurs familles sont profondément curissoises puisque ces quatre hommes ont leur nom sur le caveau familial au cimetière de Curis, dont les plus anciens décès indiqués sur des stèles d’époque remontent respectivement à 1912 et 1895 pour les deux premiers. La stèle refaite à neuf en 1994 pour les deux derniers ne permet pas de savoir depuis quand la famille possède une concession dans le cimetière. À noter que la stèle de tous sauf celle de Pierre Geoffray mentionne leur mort à la guerre.

JPEG - 74.2 kio
Extrait de la stèle familiale avec la mention de Fleury Noyer
Jean Fleury Noyer
Mort pour la France
1896-1916
JPEG - 213 kio
Plaque sur la stèle de la tombe de la famille Vergnier en mémoire des frères Jean-Claude et Antoine
"A la mémoire
Jean-Claude Vergnier
Soldat au 55è Bataillon de chasseurs à pieds
Mort pour la France
au combat de Vincy Manoeuvre Seine & Marne
le 6 sept. 1914 à l’âge de 28 ans
Antoine Vergnier
Soldat au 242è Régiment d’inf.
Mort pour la France
au combat de Michelbach Haute Alsace
le 24 déc. 1914 à l’âge de 24 ans
Priez pour eux"

2) Hommes nés ailleurs et domiciliés à Curis

Huit hommes vivaient à Curis avant de partir combattre, sans y être nés : Jean-Baptiste Delorme, Joseph Fayard, Joanny Ferret, Pétrus Jambon (cultivateur), Antoine Lamure, Auguste Mouchon (cultivateur), Claude Poirrier (cultivateur) et François Ray (cultivateur). Les parents de quatre d’entre eux (familles Delorme, Fayard, Ferret et Mouchon) habitaient à Curis également.

3) Homme né à Curis et domicilié ailleurs

JPEG - 112.9 kio
P. Chevrot ajouté après les autres

Pierre Chevrot (cultivateur) est le seul homme né à Curis qui n’y habitait plus avant de partir à la guerre figurant sur notre monument.
Quand on observe le monument, on peut remarquer que son nom a été ajouté à la fin de la liste de tous les hommes, alors qu’il est décédé en 1916. En revanche, son nom figure à sa place sur la plaque dans l’église de Curis. G. Pérouse pensait que son corps avait été retrouvé très tardivement et donc le décès rapporté à l’issue de la guerre, expliquant son ajout postérieur aux autres. En réalité, son décès date de novembre 1916 et il a été transcrit en janvier 1917 sur le registre de la commune de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or (à dix kilomètres de Curis), où Pierre habitait en 1914. Ses grands-parents paternels habitaient à Curis en 1911 où ils sont décédés début 1914, sa tante paternelle et le mari de celle-ci y habitaient en 1911 et 1921. Le monument de Saint-Cyr où Pierre figure également (à sa place dans l’ordre des décès de l’année), n’a été érigé qu’en 1922. Peut-être ses parents ou sa tante ont-ils demandé à la mairie de Curis d’ajouter Pierre sur le monument aux morts déjà élevé, au moment où il a été inscrit sur celui de Saint-Cyr, puisqu’il y était né et que la famille y était encore attachée.

À noter que quatre autres hommes nés à Curis et qui n’y habitaient plus sont morts lors de la Première Guerre mondiale, mais sans apparaître sur notre monument : Jean Gayet (cultivateur), qui habitait à Reyrieux avec son père ; Eugène Mariotton (maçon), résidant à L’Arbresle avec ses parents ; Paul Reymond (jardinier), habitant avec sa femme à Vienne et dont les parents habitaient à Fleurieu-sur-Saône ; et Antoine Rivoire (jardinier), habitant à Collonges-au-Mont-d’Or avec sa femme et ses beaux-parents. Tous les quatre figurent sur le monument aux morts de leur dernière commune de résidence, situées pour trois d’entre elles à moins de 10 km de Curis, et à 22 et 55 kilomètres pour les deux plus éloignées.

4) Hommes nés et domiciliés ailleurs

Cette catégorie regroupe dix-sept hommes sur les trente du monument, et peut elle-même être scindée en quatre catégories.

a) Familles curissoises

Bon nombre de ces hommes avaient de la famille, proche ou un peu plus lointaine, présente à Curis.
Ainsi, habitaient dans le village en 1911, les parents d’Eugène Hengy (son père était le garde champêtre de la commune), ainsi que ceux de Barthélémy Poirrier (cultivateur, frère de Claude vu précédemment) qui y habitaient également en 1921. Les parents de Félix Beaunat (négociant) habitaient à Curis en 1911 et sa femme y habitait en 1920, celle de Louis Chauffard (menuisier) ­– également sœur des frères Poirrier – y habitait avant leur mariage en 1903. L’oncle de Claude Vessot et sa femme – également sœur de Fleury Noyer – habitaient également à Curis dans les recensements de 1911 et 1921.

b) Familles avec un caveau au cimetière

Certaines de ces familles ont encore leur caveau dans le cimetière de Curis. En plus des quatre cités précédemment, deux hommes inscrits sur le monument ont un caveau familial à Curis où leur nom sur la stèle rappelle leur participation à la guerre : Louis Perrin (étudiant), né à Trévoux où son décès a été transcrit, et Marius Sangouard (employé de bureau), né à Lyon 1er où son décès a été transcrit.

JPEG - 151.1 kio
Ornement funéraire sur la tombe familiale de Louis Perrin
"A la mémoire de Louis Antoine Perrin, ingénieur civil des mines
1914
Sous-lieutenant au 23è régiment d’infanterie
Décoré de la Croix de Guerre
Mort pour la France le 24 juillet 1915
dans les Vosges
à l’âge de 23 ans"
JPEG - 53.2 kio
Plaque sur la tombe familiale à la mémoire de Marius Sangouard
"A la mémoire de Marius Sangouard
du 36è R.I. coloniale
Mort pour la France le 30 août 1914
à l’âge de 27 ans
devant Gerbevillers"
On peut supposer qu’un ornement a disparu de la plaque (tache blanche à la forme irrégulière entourés de deux trous de vis au centre de la plaque)

De plus, Pierre Pérouse (chef de bataillon en retraite, Chevalier de la Légion d’honneur), né à Lyon 2e et résidant à Montauban avec sa proche famille quand il est décédé, était apparenté avec la famille Pérouse de Curis et leur grande demeure dans le village, et qui possède plusieurs tombes dans le cimetière.

c) Apparentés de notables

En s’éloignant dans les liens avec Curis, des apparentés d’un ancien maire ou du maire de l’époque figurent également sur le monument alors que leurs proches n’y habitaient pas ou plus. Ainsi Laurent Tisseront (étudiant ecclésiastique) est issu d’une famille lyonnaise apparentée à la famille Lesne dont un porteur du nom, Alexis, avait été maire de Curis en 1828 (selon les informations du livre de G. Pérouse), et pour lequel on peut supposer que des liens avec la commune existaient encore. Paul Lucien-Brun (élève à l’école des Mines) était le neveu du maire de l’époque, Joseph Lucien-Brun, et dont la famille possédait une grande demeure à Curis depuis alors un demi-siècle. Enfin, Marius Glanet est peut-être également lié indirectement au même maire. On ne lui a trouvé aucun lien familial avec Curis (il était né à Lens-Lestang dans la Drôme où son décès a été rapporté, et il est également inscrit sur le monument aux morts de cette commune). Mais dans le recensement de 1911 à Curis, il est domestique-cultivateur [3] de la famille Deroux dont tous les hommes sont cultivateurs et dont un nommé « Lucien-Brun » est le patron.

d) Familles avec maisons de villégiature ou résidences secondaires

Enfin, il reste une part d’hommes pour lesquels le lien avec Curis ne se voit pas à travers leurs actes d’état civil, leurs noms ou dans le recensement. Nés pour la plupart à Lyon (sur les monuments aux morts desquels ils figurent aussi), on peut supposer qu’ils sont issus de riches familles lyonnaises, à la lecture de leur profession ou de leur lieu d’habitation (au centre de Lyon et ses beaux quartiers). Ces familles possédaient probablement une maison de villégiature à Curis. Cce village rural avec alors de nombreuses vignes, vergers et champs, était en effet apprécié des Lyonnais pour sa proximité avec la grande ville, pour son environnement campagnard et son climat. Devant le drame qu’elles ont vécu et l’attachement qu’elles avaient à notre commune, elles ont probablement demandé à la mairie d’inscrire le nom de leur enfant sur le monument aux morts de celle-ci. C’est le cas des frères Fenêtrier : Charles (avocat à la cour d’appel de Lyon) et Armand (étudiant), des frères Gonnet [4] : Henri (prêtre) et Jean [5] (étudiant), d’Eugène Morel (employé de soierie), de Louis Perrin et de Marius Sangouard. G. Pérouse précise que sa famille possédait une maison dans une rue du centre du village précédemment cités, et de Philippe Vallet (orfèvre).

JPEG - 282.4 kio
Aperçu du bourg de Curis
Carte postale ancienne de Curis, son bourg, ses collines arborées et son château

Cette carte postale permet d’imaginer l’environnement de Curis. Elle ne montre pas spécifiquement l’une ou l’autre des maisons évoquées précédemment.

On peut également supposer que ces familles, comme les plus locales, ont apporté une contribution à l’édification du monument. En effet, des souscriptions dans les communes ont très souvent été réalisées en ce temps d’après-guerre où les finances communales pouvaient être au plus bas.

Bilan

Ainsi, sur les trente hommes inscrits sur le monument aux morts de Curis pour la Première Guerre mondiale :

  • treize étaient curissois de naissance ou d’habitation (dont quatre ont leur tombe à Curis),
  • cinq avaient leurs parents, un parent proche ou leur conjoint habitant de Curis sans qu’eux-mêmes n’y soient nés ni y habitaient,
  • trois étaient apparentés ou en lien avec des notables curissois, sans entrer dans les catégories précédentes,
  • neuf (parmi lesquels la famille de trois possède un caveau à Curis, deux y étant enterrés) étaient issus de familles bourgeoises possédant une maison de villégiature à Curis.
    Le graphique ci-dessous résume ces informations.
PNG - 74.4 kio
Lien entre les personnes inscrites sur le monument aux morts et la commune

À titre de comparaison, regardons rapidement ce qu’il en est d’une commune limitrophe, Poleymieux-au-Mont-d’Or, aux caractéristiques très proches de celles de Curis-au-Mont-d’Or, notamment par sa topographie, son environnement, ainsi que sa population : elle comptait 389 habitants en 1911, et 302 en 1921 (pour rappel, Curis en comptait respectivement 348 habitants puis 333).
Sur le monument situé derrière l’église d’une part, et sur une plaque commémorative au cimetière d’autre part, seuls 10 hommes sont inscrits pour la Première Guerre mondiale. Le ratio du nombre d’inscrits sur le monument aux morts, sur la population totale, calculé à environ 3 %, est donc trois fois inférieur à celui de Curis. Après une recherche de leurs lieux de naissance, on constate que seuls 2 hommes sur les 10 n’étaient pas nés à Poleymieux, ils portent d’ailleurs le même nom. Leurs fiches sur Mémoire des hommes précisent que leur décès a été transcrit à Poleymieux, l’une indique même que son dernier domicile se situait à Poleymieux. La mairie avait-elle donc décidé de n’inscrire que de « vrais » Poleymoriots, ou le village ne comptait-il pas ou peu de maisons de villégiatures de Lyonnais et autres, comme c’était le cas à Curis ? Une étude plus approfondie de ce village dont je ne connais pas l’histoire permettrait peut-être d’en savoir plus.

Quoi qu’il en soit, si tous ces hommes étaient différents par le lien qui les unissait au village qui garde une trace de leurs noms, tous ont perdu la vie pour la France et méritent de ne pas être oubliés.

Sources

  • « Histoire de CURIS-au-MONT-d’OR en LYONNAIS », tome 2, de 1830 à 1995, Gabriel-A. Pérouse, Comité des fêtes et Mairie de Curis-au-Mont-d’Or, 1999 ;
  • Pages sur les monuments aux morts de Curis-au-Mont-d’Or et Poleymieux-au-Mont-d’Or sur Geneawiki https://fr.geneawiki.com/wiki/Monuments_aux_morts ;
  • Base de données des Morts pour la France de la Première Guerre mondiale du Ministère des Armées https://www.memoiredeshommes.defense.gouv.fr/ ;
  • Actes de naissance et de décès des hommes inscrits et leurs fiches matricule individuelles (Archives départementales correspondantes) ;
  • Recensements de la population de Curis et de Poleymieux de 1911 et 1921 (Archives du département du Rhône et de la métropole de Lyon https://archives.rhone.fr/).

[2Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mort_pour_la_France consulté le 6 mars 2026

[3Il apparaît également dans le recensement de 1911 à Lens-Lestang ! Il y est ouvrier agricole et travaille avec sa mère, et une famille Deroux habite juste quelques foyers plus loin

[4D’après G. Pérouse, leur famille habitait l’été, place de l’église, dans une maison prêtée par un membre de la famille Lucien-Brun

[5Jean Gonnet, lieutenant, a obtenu le titre de Chevalier de la Légion d’honneur en 1919, « pour brillant officier qui a été tué le 19 août 1914, en donnant à ses hommes l’exemple d’une superbe attitude au feu »

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

https://www.histoire-genealogie.com - Haut de page




https://www.histoire-genealogie.com

- Tous droits réservés © 2000-2026 histoire-genealogie -
Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Mentions légales | Conditions Générales d'utilisation | Logo | Espace privé | édité avec SPIP