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Lou Rénard

Une nouvelle extraite de Braconniers d’eau douce

Le jeudi 1er juin 2006, par Michel Carcenac

Les histoires qui suivent m’appartiennent ou m’ont été racontées, souvent par des amis qui tenaient à ce qu’elles soient écrites et ne se sentaient pas capables de le faire. On ne passe pas facilement de l’oral à l’écrit, et inversement ; ce sont deux mondes.

La mémoire transmise oralement est un arbre qui tous les jours perd quelques feuilles. Plus tard, les héritiers n’auront plus qu’un tronc desséché qui disparaîtra.

Le plus souvent, ce sont des personnes d’un certain âge qui m’ont raconté des tranches de vie avec ferveur, sachant que le papier est

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l’unique moyen de conserver à jamais leurs souvenirs. Elles savent que la mort les guette et le désir les tient de faire écrire leurs histoires.

Pour beaucoup, écrire ou faire écrire ses aventures personnelles, c’est passer à la postérité. D’un livre tiré à des milliers d’exemplaires, il en subsistera bien quelques uns qui survivront des siècles dans une bibliothèque ou au fond d’un grenier.

L’écriture est le moyen de sauvegarder la mémoire d’un pays. (...)

La mémoire est volage si elle n’est pas écrite.

Mes amis m’ont confié leurs histoires, je les ai mises en forme, qu’ils soient remerciés de m’avoir pris comme secrétaire.

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La Reine Rivailler est née à Loustagne, la propriété à l’orée de la Bessède. Toute en rondeurs, l’œil brillant, elle ne tient pas en place. Personne ne raconte des histoires en patois comme la Reine.

« Le nom de baptême de mon père c’est Georges, mais c’est pas beau quand on le crie dans les champs, il reste en travers de la gorge. Aussi on l’avait rebaptisé Philémon. Quand il était loin dans les terres et qu’on l’appelait, c’était magnifique ce Phi... lé... mon...... qui n’en finissait pas. Où j’en étais ? Ah oui ! Lou rénard.

Un jour, mon père, les voisins, les Gamot de Gauthier, les Francès de la Roque, les Chirols de Magnanie, toute la contrée, ils ont dit : “ Allez, il faut aller tuer ce renard, il dévaste tous les poulaillers. ”

Un moment on avait pensé à un renard à deux pattes, mais les indices désignaient clairement l’animal. Il avait même eu le culot de laisser une crotte sur une pierre devant un de ses garde-manger. C’était le printemps, la renarde nourrissait ses petits qui venaient de naître ; il en faut de la viande pour une nichée de renardeaux. En d’autres temps, les adultes se contentent de mulots, d’insectes et de baies.

Un dimanche matin, les chasseurs sont partis pour une battue. C’était pas compliqué, le terrier avait été repéré avec la terre tassée devant l’entrée, et la bête était dedans après ses tueries de la nuit.

Des chasseurs piochaient, tapaient, faisaient tout le bruit possible. D’autres s’étaient postés, les fusils braqués devant la croze [1], épiant la sortie de l’animal, ne lui laissant aucune chance de s’en tirer.

A côté d’où ça se passait, il y avait la vieille Murat, la mère de la Gabrielle Murat.

  • Celle des Aurissolles ?
  • Non, pas des Aurissolles, des Tuilières à côté de Vielvic, une autre dame toute seule avec sa fille. Depuis le matin, elle guettait et elle lui dit :
  • “ Mais enfin, mais enfin, écoute Gabrielle, il faut faire quelque chose. Ces hommes, regarde-les comme ils piochent là-bas pour essayer de nous tuer les renards qui nous mangent tout. Ce qu’il faut faire, c’est qu’il faut leur faire une pleine soupière de soupe. On a du bouillon de carcasse, mets un fagot sous le toupi, je taille des tranches dans la tourte. Il est peut-être midi et ils n’ont encore rien mangé depuis ce matin. ”

Et hop ! voilà la pauvre Louise, elle s’appelait Louise, qui part avec sa panière et dedans, la soupière et les assiettes. Les hommes avaient déjà le vin.

“ Assita-vo, asseyez vous, là, tous en rond. Vous devez être bien fatigués d’attendre depuis ce matin, pauvres garçons, et vous n’avez pas mangé.

  • C’est bien d’avoir pensé à nous, Louise, vous êtes bien brave, comme tous les Murat, et de service. Un chabrol, ça nous redonnera du courage pour piocher ce terrier qui file on ne sait pas où. ”

Les chasseurs se sont mis en rond. Ils avaient posé les fusils, mais il y avait toujours le terrier.

“ Louise, mettez-vous là, devant le trou. Comme ça, il sortira pas et nous, en attendant, on va manger la soupe. ”

Le renard, c’était plus le bruit de pioches qu’il entendait, mais le bruit des cuillères sur les assiettes, ting ting ting. Les hommes faisaient chabrol et tout allait bien.

La Louise était toujours devant le trou, comme on le lui avait demandé, agroado, c’est en patois, ça. Agroado... comment je dirais, accroupie, c’est ça, accroupie.

Tout d’un coup, La Louise sent quelque chose de chaud qui lui passe entre les cuisses et elle se met à crier :

“ Lou... loulou...lou... lou rénard. ”

Pensez donc, le temps qu’elle crie, le renard était déjà loin.

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Cette nouvelle est extraite de l’ouvrage de Michel Carcenac Braconniers d’Eau Douce et autres nouvelles, Edition du Hérisson. Belvès :

Dans ses récits contemporains, Michel Carcenac anime une galerie de personnages hauts en couleur : le truculent Hubert qui épie de son bateau l’envol des hirondelles dans la nuit, tandis qu’en amont l’Ange blanc glisse sur le courant. L’officier de la deuxième DB aux prises avec des gitans, et Pascal d’Eygurande qui sauve son village de la famine. Il nous entraîne dans les histoires du coq et des tourterelles, du verrat et de la chevrette, sans oublier les tribulations des veaux. Perché dans son tilleul, le geai Zizi-pan-pan la Riflette médite sur le bonheur de vivre à la campagne.

D’un bond de kangourou blanc, nous sautons du Bugue à Siorac, de Pissos à Amsterdam, de la Double au Quercy et à l’Agenais, mais la Dordogne reste toujours le personnage principal de ce tableau bucolique.

*****

Découvrir Le Périgord d’Antoine Carcenac  : (photographies 1899 - 1920).

Pour lire l’interview de Michel Carcenac


[1C’est le creux, ce qui est creusé, la grotte

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