328 lettres !
328 petites feuilles de papier, oubliées de tous depuis plus de cent ans, découvertes dans un carton au fond d’une armoire, lors du décès de la dernière occupante de la maison familiale de Lavoine. 328 lettres écrites du 29 septembre 1914 au 23 juin 1916.
Gaspard, un grand-oncle emporté, comme ses frères et beaux-frères, dans la furie et l’enfer des tranchées de Verdun et de ses alentours, en est l’auteur principal. S’y ajoutent quelques retours de sa femme et de leur fille, parfois écrits au dos du premier courrier, et quelques autres signés de ses frères, Claude le Dode, Claudi le Jeune ou Bonnet.
L’objectif était alors de faire revivre le souvenir de leurs auteurs en publiant et annotant cette correspondance familiale qui peut être considérée comme un document historique.
Voir les 18 épisodes publiés dans La Gazette : « La Grande Guerre et les Morel de Lavoine » depuis septembre 2024.
328 lettres, 345 échanges et quelques documents (cartes militaires, mandats, télégrammes…) fournissent une matière première immense offrant un aperçu du vécu de la première guerre mondiale par une famille de la Montagne Bourbonnaise. Une correspondance datant de plus d’un siècle qu’il a fallu déchiffrer, lire (parfois à haute voix !) pour deviner le mot, saisir la phrase, afin de les restituer au plus près, au plus juste.
Écrits, au cœur même de la guerre, en premières lignes, avec de mauvais crayons sur des bouts de papier de fortune, dans des conditions que l’on ne peut qu’imaginer. Le chantier était à la mesure de la découverte.
La transcription a été la plus fidèle possible, respectant les orthographes approximatives, les tournures qui, si elles ne suivent pas (à la lettre !) les règles académiques, livrent, de temps à autres, de savoureuses formules qui ne manquent ni de bon sens, ni de pertinence voire d’impertinence.
Ce sont leurs mots qui sont désormais accessibles. Leurs mots sous lesquels on devine beaucoup de retenue et de silences et où se glissent parfois quelques traits d’humour, pour dire le quotidien, leur « ordinaire » qui ne l’était pas.
Des mots sur l’enfer vécu, sur la mort qui rode et frappe au plus proche. Sur ce sujet, la réserve est de mise. La censure militaire veille et il ne faut pas inquiéter davantage les familles. Et il y a la pudeur. Et comment dire l’indicible ?
Bien sûr, on donne des nouvelles mais la formule « je suis en bonne santé » est reprise. On ne s’attarde pas… Écrire une lettre signifie déjà « je suis (encore !) vivant » !
Outre la transcription de ces lettres, une documentation et des illustrations sont venues enrichir le propos, éclairer une séquence, lui donner une perspective plus large.
Si l’histoire de Gaspard et de ses frères n’est certes pas exceptionnelle, le nombre et la durée des échanges sont en revanche plus rares. Ils font de ce trésor familial un témoignage historique de première main.
Gaspard MOREL, charron du Bourg de Lavoine dans l’Allier, a 41 ans au moment de la déclaration de la guerre et n’aura de cesse d’envoyer des lettres à sa femme Claudia et sa fille Célina pour raconter son quotidien, près de la ligne de front ou à l’arrière, et exprimer tout son amour et le manque de sa famille.
204 lettres emplies de simplicité et de spontanéité ont été envoyées par Gaspard à son foyer, et leur nombre est détaillé ci-dessous, en fonction des mois :

En moyenne, 1 lettre tous les 2 à 3 jours a pu être envoyée, et parfois dans des conditions inimaginables. En août 1915, une permission de quelques jours, que Gaspard a pu obtenir (voir épisode 9), a rendu le nombre de lettres moins important. À partir d’octobre 1915, Gaspard a pu bénéficier d’un poste à l’arrière et se rapprocher de sa famille, d’abord dans l’usine de chargement d’obus d’Yzeure près de Moulins (voir épisode 11) puis dans un atelier de Saint-Germain-Laval à partir d’avril 1916 (voir épisode 17). Bénéficiant ainsi plus facilement de permissions et étant beaucoup plus proche géographiquement de son village, les lettres sont un peu moins nombreuses. Les probables lettres datées d’après juin 1916 ne sont pas parvenues jusqu’à nous, étant perdues ou peut-être cachées dans un autre carton pas encore découvert…
D’autres envois de correspondance familiale (frères, sœurs, beaux-frères, cousins…) se sont greffés et ont pu être conservés. Si près de 60 % des lettres sont des écrits de Gaspard destinés à sa femme Claudia et à sa fille Célina, d’autres lettres familiales viennent compléter le tableau.
Voici la cartographie entre expéditeurs et destinataires des courriers parvenus jusqu’à nous aujourd’hui :

Si les différents épisodes exposent le vécu et le ressenti de Gaspard MOREL pendant la première guerre mondiale, rendons aussi hommage à sa femme Claudia BIGAY qui s’évertue à maintenir les liens familiaux, étant au centre de la plupart des échanges et de la conservation précieuse de tous ces écrits. C’est bien grâce à elle, puis à sa fille Célina, et enfin à sa petite-fille Francine, que l’on doit la préservation de ces lettres et la possibilité de mettre en avant ce devoir de mémoire.
La plupart des lettres envoyées par les 4 frères commence invariablement par une formule liée à leur état de santé, par exemple « je suis toujours en bonne santé pour le moment et désire que cette lettre vous trouve de même ». Tout au long des échanges, ils n’ont eu de cesse d’exprimer leur lassitude et leur résignation, tout en faisant preuve d’un patriotisme certain (« C’est pour la France ! », « C’est pour la patrie ! »), en espérant que cette guerre se termine rapidement et en attendant « l’heureux jour de la délivrance ». Et ce, dès les premiers mois du conflit.
Alors, on parle de lassitude. On vante la camaraderie. On évoque les permissions espérées, attendues et si vite passées. On conte les trajets pour rejoindre « le » pays. On détaille les colis reçus (un vêtement chaud, un « bon » fromage, un saucisson, un mandat ou « 5 francs glissés dans l’enveloppe » qui permettent de payer sa tournée car sinon « on est pas fier quand on peut pas payer son coup »)…
On s’inquiète de la vie au village. On prend des nouvelles de la santé des uns, de la scolarité de la petite. On s’inquiète des difficultés financières et des convoitises de certains, des pensions que l’on est en droit d’obtenir, de la récolte des pommes de terre ou de la vente d’un arbre…
Si les combats ne se sont malheureusement pas terminés rapidement, leur vœu de pouvoir tous se retrouver a été exaucé puisque les 4 frères Morel, ainsi que les 4 beaux-frères (époux des 4 sœurs Morel) sont tous revenus vivants ! Pour reprendre la chanson de Francis Lemarque écrite en 1952 : « quand un soldat revient de guerre il a, simplement eu de la veine et puis voilà ! ».

Car effectivement, ils en ont vu du pays !
La carte ci-dessous représente les différentes positions occupées par les 4 frères Morel tout au long du conflit. Les frontières d’avant et après-guerre ont été représentées, ainsi que la ligne de front au cours des années 1915-1916 qui n’a pratiquement pas évolué à quelques kilomètres près.

Gaspard MOREL
L’aîné de la fratrie, de la classe 1893, âgé de 41 ans, fait partie de l’armée territoriale et est mobilisé en septembre 1914. Si la perspective de visiter Paris depuis son dépôt de Roanne était excitante, ce n’est qu’une très courte étape, les visites touristiques n’étant pas prévues au programme, avant de se diriger vers la Marne. Incorporé dans le 104e Régiment d’Infanterie Territoriale, il passe les premiers mois de la guerre dans la région de Reims, souvent proche des premières lignes, d’abord au nord-ouest vers Villers-Franqueux d’octobre 1914 à juin 1915, puis plus à l’est vers Aubérive de juin à octobre 1915, effectuant essentiellement des travaux de bûcheronnage. Exempté et affecté à l’arrière, il y exerce des activités de forgeron, d’abord pour construire un atelier de chargement d’obus à Yzeure près de Moulins (Allier) d’octobre 1915 à avril 1916, puis dans un atelier de Saint-Germain-Laval (Loire).
Les deux frères Claude MOREL
Le périple des deux frères Claude, le Dode et Claudi le jeune, est absolument incroyable pendant ces plus de quatre années de guerre, tous les deux rappelés à l’activité lors du décret de mobilisation générale du 1er août 1914. Des classes 1897 et 1899, âgés respectivement de 37 et 35 ans, ils font eux aussi partie de l’armée territoriale. Ils rejoignent leur régiment de Roanne dès le 3 août 1914 et partent pour le front le 27 septembre 1914, étant alors affectés au 298e Régiment d’Infanterie, vers Nouvron-Vingré (Aisne), à l’ouest de Soissons. Dès les premières semaines ils y vivent le drame de Vingré (voir épisode 5) : 6 hommes de leur régiment condamnés à mort pour abandon de poste et fusillés pour l’exemple. Ils restent ensuite dans la région de Soissons, et souvent en premières lignes, de février à août 1915. Peu après le départ de leur frère aîné, ils partent également au nord-ouest de Reims, toujours très proches des premières lignes, près de Pontavert (Aisne) où ils sont particulièrement exposés, de septembre à octobre 1915, avant de revenir vers la région de Soissons.
Un peu de répit entre fin janvier et début février 1916 où le 298e RI est désigné pour participer à un service d’honneur du Grand Quartier Général (GQG). Le 5 février 1916, le généralissime Joffre passe le régiment en revue sur le champ de courses de Chantilly. Au cours de cette revue, le Général en chef remet des décorations et manifeste sa satisfaction pour la bonne tenue du régiment (voir épisode 14). Après cette parenthèse d’une quinzaine de jours, ils repartent au nord-ouest de Reims de février à mai 1916. L’enfer ne fait que commencer ! Le régiment se dirige ensuite vers Verdun (Meuse) pour participer à la célèbre bataille de mai à juin 1916. De juillet à septembre 1916, ils ont droit à un peu de repos dans les Vosges et en Alsace, pour permettre au régiment de se reconstituer et effectuer des travaux dans des positions intermédiaires, mais également pour participer à des périodes d’entraînements.
Puis ils repartent dans l’enfer de Verdun en octobre-novembre 1916, en participant à l’attaque du Fort de Vaux. De décembre 1916 à mars 1917, ils se trouvent un peu plus loin de la ligne de front près de Rouvroy (Meuse) avant de repartir pour les Vosges pour une période d’exercices et d’instruction entre avril et juin 1917. De juillet 1917 à janvier 1918, ils repartent à nouveau vers Verdun, avec une alternance de présence en premières lignes (Mort-Homme) ou un peu à l’arrière. Fin septembre 1917, les deux frères Claude, ensemble dans le même régiment depuis le début de la guerre, sont séparés, le Dode étant rattaché au 109e Régiment d’Infanterie Territoriale et Claudi le jeune restant au 298e Régiment d’infanterie. Le Dode, après quelques temps dans la région de Reims, part pour l’Italie fin novembre 1917 pour prêter main forte à l’armée italienne, et ce jusqu’à l’offensive victorieuse et la déroute des armées autrichiennes, les contraignant à demander l’armistice. De son côté, Claudi le jeune, séjourne quelques temps dans la Marne, entre Reims et Verdun, de mars à juin 1918, pour du repos et des travaux en positions intermédiaires. Son régiment est ensuite à nouveau disponible pour prendre part à la contre-offensive qui rejettera définitivement l’ennemi hors de France. Après un nouveau passage au sud de Soissons de juillet à septembre 1918, son régiment débarque dans le nord puis s’enfonce en Belgique, près de Courtrai puis de Gand, jusqu’au jour de l’armistice.
Bonnet MOREL
Le plus jeune des frères, de la classe 1901, âgé de 33 ans, fait partie de la réserve de l’armée active. Ajourné du service militaire pour faiblesse, il est déclaré bon pour le service armé par la commission de réforme de Roanne en novembre 1914. Incorporé et arrivé au corps le 23 décembre 1914, il intègre le 22e Régiment d’Infanterie pour y faire ses classes du côté de Bourgoin (Isère). Il part aux armées le 9 avril 1915 en incorporant le 13e Bataillon de Chasseurs Alpins, direction l’Alsace et les Vosges. Pendant plus d’un an jusqu’en mai 1916, il reste dans cette région montagneuse, changeant régulièrement d’endroit et faisant de nombreux kilomètres à pied. Il est ensuite détaché aux usines Chaubeyre, spécialisées dans la fabrication de chaînes métalliques à La Gueroulde (Eure) à partir de mai 1916, puis est affecté dans une scierie à la Maison Blanchet à La Neuve-Lyre (Eure) en février 1918, avant de terminer à la Manufacture d’armes de Saint-Etienne à partir de mars 1918.
Si la fratrie Morel peut se targuer d’avoir eu de la chance, il n’en est pas de même pour tous les habitants de Lavoine.
Ces années de guerre ont eu de graves conséquences, et la vie au village s’en est trouvée profondément changée. Dès l’issue de la Première Guerre mondiale, les monuments aux morts se multiplient dans les communes et deviennent des espaces privilégiés où se rejoignent les souvenirs personnels et familiaux du conflit. Un siècle plus tard, ces « lieux de mémoire » demeurent essentiels dans les commémorations et illustrent le lien qui unit les différentes générations.
Arrêt sur image : les enfants de Lavoine décédés pour la Patrie par Silvère Massebeuf
(cliquez sur le Pdf pour l’ouvrir)
Si les quatre frères et les quatre beaux-frères MOREL sont revenus vivants de la guerre, ils n’ont pas été épargnés par les conséquences et ont eu de graves séquelles physiques et morales. Que sont-ils devenus ?
Tout d’abord, les parents, Gilbert MOREL et Marie VALLAS, âgés respectivement de 75 ans et 65 ans à la fin de la guerre, habitent toujours dans la maison familiale au lieu-dit "Les Bicons" au village Le Bois-de-Vialle.
Ils décèderont respectivement le 28/01/1931 à l’âge de 87 ans et le 23/06/1925 à l’âge de 72 ans.
Gaspard MOREL
À la fin de la guerre, Gaspard est âgé de 45 ans, sa femme Claudia de 42 ans et leur fille Célina de 15 ans. Il reprendra son activité de charron au Bourg de Lavoine. En 1920, le conseil municipal demande la création d’un bureau de poste "en raison des contraintes climatiques". En 1921, est créée une agence postale et Gaspard en sera le premier responsable. Célina et Francine, ses fille et petite-fille, prendront ensuite le relais, tout en gérant le commerce familial (café, épicerie, cabine téléphonique, pompe à essence, etc.).

Gaspard décédera le 17/11/1932 à l’âge de 59 ans et sa femme Claudia le 02/05/1955 à l’âge de 79 ans.
Il a fait la campagne contre l’Allemagne : du 25/09/1914 au 20/10/1915, rattaché au 104e Régiment d’Infanterie Territoriale, nommé Caporal le 22/03/1915 (voir épisode 7), puis Sergent le 15/09/1915 (voir épisode 10), avant d’être détaché pour participer à la construction de l’atelier de chargement d’Yzeure près de Moulins (voir épisode 11).
Les conséquences de la guerre sont les suivantes :
- 24/01/1919 : Envoyé en congé illimité de démobilisation ;
- 21/07/1920 : Maintenu au service armé, proposé pour pension temporaire avec évaluation de l’invalidité à 10%, par la commission de réforme de Roanne, pour séquelles de bronchite, fatigues du service ;
- 12/01/1921 : Réformé temporairement, proposé pour pension temporaire avec évaluation de l’invalidité à 20%, par la commission de réforme de Roanne, pour sclérose des sommets et emphysème, fatigues du service ;
- 11/05/1923 : Libéré, invalidité inférieure à 10% imputable au service, par la commission de réforme de Roanne, pour emphysème diffus.
Claude, Le Dode, MOREL
À la fin de la guerre, Claude Le Dode est âgé de 41 ans, sa femme Annette de 30 ans et leurs trois enfants Gilbert, Marie et Claudia respectivement de 11, 9 et 7 ans. Trois autres enfants naîtront après la guerre, Jean, Francine et Claude, respectivement en 1919, 1922 et 1924. Conséquence directe de la guerre, il existe donc un "trou" de huit ans entre les trois premiers et les trois derniers enfants du couple. Il reprendra son activité de cultivateur dans la maison familiale au lieu-dit "Les Bicons" au village Le Bois-de-Vialle.

Claude Le Dode décédera le 26/02/1959 à l’âge de 81 ans et sa femme Annette le 28/09/1960 à l’âge de 72 ans.
Il a fait la campagne contre l’Allemagne : à l’intérieur du 03/08/1914 au 26/09/1914 et aux armées du 27/09/1914 au 22/01/1919, rattaché au 298e Régiment d’Infanterie avec son frère Claudi, avant de passer au 109e Régiment d’Infanterie Territoriale à partir du 26/09/1917.
Les conséquences de la guerre sont les suivantes :
- 23/01/1919 : Envoyé en congé illimité de démobilisation ;
- 23/06/1920 : Maintenu au service armé, proposé pour pension temporaire avec évaluation de l’invalidité inférieure à 10% atteint par forclusion, par la commission de réforme de Roanne, pour algies rhumatoïdes, fatigues du service ;
- 10/11/1926 : Libéré du service militaire.
Claude, Claudi le jeune, MOREL
À la fin de la guerre, Claude Claudi le jeune est âgé de 39 ans, sa femme Claudine de 31 ans et leur fille Clotilde de 8 ans. Un fils, Albert, naîtra en 1917, mais décédera quelques jours après. Il reprendra son activité de cultivateur au lieu-dit "Les Bicons".
Il décédera le 05/12/1964 à l’âge de 85 ans et sa femme Claudine le 22/11/1980 à l’âge de 93 ans.
Claude Claudi le jeune a fait la campagne contre l’Allemagne : à l’intérieur du 03/08/1914 au 27/09/1914, aux armées du 28/09/1914 au 23/02/1919, rattaché au 298e Régiment d’Infanterie avec son frère Le Dode. Décoré de la Croix de guerre avec étoile de bronze, il a reçu une citation à l’ordre du Régiment du 2 décembre 1918 : « Bon et brave soldat, a pris part à de nombreuses affaires (Fort de Vaux – Mort-Homme – Côte 344 – Tardenois – Belgique) très courageux et très dévoué, a toujours exécuté d’une façon parfaite quelle que soit l’intensité des tirs ennemis, tous les travaux et toutes les missions de ravitaillement et de liaison qui lui ont été confiés ».

Les conséquences de la guerre sont les suivantes :
- 23/02/1919 : Envoyé en congé illimité de démobilisation ;
- 06/09/1920 : Maintenu au service armé, invalidité inférieure à 10%, par la commission de réforme de Roanne ;
- 10/11/1928 : Libéré du service militaire ;
- 10/01/1930 : Dégagé de toutes obligations militaires, invalidité inférieure à 10%, non proposé pour une pension, par la commission de réforme de Clermont-Ferrand, pour conjonctivite des gaz, sclérose discrète des sommets, léger ballonnement abdominal.
Bonnet MOREL
À la fin de la guerre, Bonnet est âgé de 37 ans, sa femme Jeanne de 30 ans et leur fils Gaspard (dit Gaston) de 4 ans. Une fille, Marie, naîtra en 1916 (voir épisode 14), pendant une permission et un fils, Gaspard Alphonse, en 1924. Bonnet reprendra son activité de charron au lieu-dit "Les Bicons", puis s’installera en tant que cultivateur au village Loyer à Thiers au début des années 1930.
Il décédera le 30/01/1953 à l’âge de 71 ans et sa femme Jeanne le 16/06/1960 à l’âge de 72 ans.
Il a fait la campagne contre l’Allemagne : à l’intérieur du 23/12/1914 au 09/04/1915 incorporé au 22e Régiment d’Infanterie, aux armées du 09/04/1915 au 20/05/1916 rattaché au 13e Bataillon de Chasseurs Alpins, et à l’intérieur de 21/05/1916 au 16/04/1919 détaché aux Usines Chaubeyre à La Guéroulde (Eure), puis à la Maison Blanchet frères à La Neuve-Lyre (Eure) à partir du 28/02/1918, et enfin à la Manufacture d’Armes de Saint-Étienne (Loire) à partir du 18/03/1918.
Les conséquences de la guerre sont les suivantes :
- 17/04/1919 : Envoyé en congé illimité de démobilisation ;
- 14/09/1920 : Maintenu au service armé, invalidité inférieure à 10%, par la commission de réforme de Roanne, pour dyspepsie chronique, état général déficient, fatigues du service ;
- 18/05/1921 : Maintenu au service armé, invalidité de 10% non imputable, n’a pas droit à la pension, par la commission de réforme de Roanne ;
- 01/06/1921 : Affecté dans la réserve du 14e Régiment de Dragons ;
- 15/10/1930 : Libéré du service militaire.
André BARRET (époux de Marie MOREL)
À la fin de la guerre, André est âgé de 48 ans, sa femme Marie de 43 ans et leurs deux enfants Mary Denis et Octavie respectivement de 19 et 6 ans, leur fille Marceline étant décédée au cours de la guerre à l’âge de 4 ans en 1915 (voir épisode 6). André reprendra son activité de cultivateur et sabotier au village Périasse de La Chabanne.
Il décédera le 04/02/1937 à l’âge de 67 ans et sa femme Marie le 10/06/1968 à l’âge de 93 ans.
Il a fait la campagne contre l’Allemagne : du 29/03/1915 au 05/02/1916, rattaché successivement au 104e, 103e, puis 13e Régiment d’Infanterie Territoriale, avant d’être détaché à la maison Sancet à Gamaches (Somme), usine qui fabrique des obus et des munitions (voir épisode 18).
Les conséquences de la guerre sont les suivantes :
- 10/12/1918 : Libéré définitivement de toute obligation militaire ;
- 03/08/1920 : Libéré définitivement de toute obligation militaire, proposé pour pension temporaire avec évaluation de l’invalidité à 10%, par la commission de réforme de Roanne, pour double pointe de hernie inguinale gauche, algies de l’hémithorax, accident aux armées.
Leur fils Mary Denis, de la classe 1919, était mobilisable à partir d’avril 1918. Ajourné par le conseil de révision de l’Allier pour faiblesse et bronchite récente, il ne sera classé pour le service armé qu’à partir de 1921 et fit la campagne des pays rhénans du 10/04/1921 au 05/05/1921.
Claudius BARRET (époux de Claudine MOREL)
À la fin de la guerre, Claudius est âgé de 40 ans, sa femme Claudine de 34 ans et leur fille Marie Léonie de 14 ans. Il reprendra son activité de cultivateur, sabotier et buraliste au village Périasse de La Chabanne.
Claudius décédera le 10/08/1958 à l’âge de 80 ans et sa femme Claudine le 22/01/1950 à l’âge de 65 ans.
Devançant son appel, il s’était auparavant engagé volontaire pour 3 ans et avait fait la campagne de Crête du 13/09/1898 au 07/06/1899. Rappelé, il a été mobilisé et a fait la campagne contre l’Allemagne : du 03/08/1914 au 05/10/1914, rattaché au 104e Régiment d’Infanterie Territoriale, avant d’être réformé pour invalidité imputable aux fatigues du service.
Les conséquences de la guerre sont les suivantes :
- 05/10/1914 : Réformé n° 2, par la commission spéciale de Roanne, pour varices ;
- 06/04/1915 : Maintenu réformé, par le conseil de révision ;
- 31/05/1926 : Déjà réformé définitivement n° 1, proposé pour pension permanente avec évaluation de l’invalidité à 15%, par la commission de réforme de Saint-Etienne, pour gêne et fatigue à la marche et à la station debout.
Jean Claude CHAUSSIERE (époux de Maria MOREL)
À la fin de la guerre, Jean Claude est âgé de 36 ans, sa femme Maria de 31 ans et leur fille Eva de 7 ans. Une fille, Jeanne (dite Yvonne), naîtra pendant la guerre en 1916. Il reprendra son activité de galochier au Bourg de Ferrières-sur-Sichon, puis s’installera à Vichy à partir de 1921.

Jean Claude décédera le 17/06/1928 à l’âge de 46 ans et sa femme Maria le 12/05/1975 à l’âge de 87 ans.
Il a fait la campagne contre l’Allemagne : à l’intérieur du 27/05/1915 au 23/01/1916 rattaché à la 13e Section d’Infirmiers Militaires, puis du 31/04/1916 au 10/10/1916 toujours rattaché à la 13e Section d’Infirmiers Militaires.
Les conséquences de la guerre sont les suivantes :
- 08/03/1919 : Envoyé en congé illimité de démobilisation ;
- 28/04/1920 : Maintenu au service auxiliaire, proposé pour pension temporaire avec évaluation de l’invalidité à 15%, par la commission de réforme de Roanne, pour dyspepsie gastro-intestinale chronique, varices jambe gauche, fatigues du service ;
- 16/05/1928 : Réforme définitive n° 1 acquise, proposé pour pension temporaire avec évaluation de l’invalidité à 60 %, imputabilité déjà antérieurement réservée pour troubles hépatiques et psoriasis sans aggravation actuelle, par la commission de réforme de Clermont-Ferrand, l’origine de la maladie de Parkinson a été rejetée.
Si Jean Claude n’a pas été confronté directement à la guerre en premières lignes et dans les tranchées, il a exercé en qualité d’infirmier militaire aux hôpitaux de La Bourboule (Puy-de-Dôme) (voir épisodes 9, 10 et 11) ou de Vichy (Allier). Les horreurs de la guerre y sont tout aussi présentes avec les nombreux blessés qui arrivent pour se faire soigner.
Après le décès prématuré de Jean Claude en 1928, sa veuve Maria, à la fin des années 1920, s’installe en région parisienne à Saint-Mandé, en qualité de garde-malades, avec ses deux filles, Eva et Jeanne, alors âgées de 16 et 12 ans. Jean Claude a été reconnu comme étant victime de faits de guerre dans des circonstances entraînant 60 % d’invalidité et son décès. Eva et Jeanne ont été adoptées par la Nation le 12/10/1928 en vertu d’un jugement rendu par le tribunal civil de Moulins.
Denis DEPALLE (époux de Annette MOREL)
À la fin de la guerre, Denis est âgé de 31 ans, sa femme Annette de 28 ans. Un fils, Rémi Denis, naîtra pendant la guerre en 1917. Deux filles naîtront après la guerre, Alice Marie et Yvonne Irma, respectivement en 1919 et 1925. Denis reprendra son activité de sabotier au village Périasse de La Chabanne.
Il décédera le 21/09/1924 à l’âge de 37 ans et sa femme Annette le 19/05/1933 à l’âge de 42 ans, laissant derrière eux trois jeunes enfants mineurs qui seront adoptés par la Nation en vertu d’un jugement rendu par le tribunal de première instance de Cusset le 11/03/1925.
Il a fait la campagne contre l’Allemagne pendant toute la durée de la guerre. Blessé deux fois, le 18/12/1914 à Ypres (Belgique) d’une plaie par balle en séton à la jambe gauche (3 mois de convalescence) et le 05/09/1916 à Barleux (Somme) d’une plaie dans la région lombaire par baïonnette (1 an de convalescence), il fût aussi intoxiqué par gaz le 04/10/1918. Décoré de la Croix de guerre avec étoile de bronze, il a reçu une citation à l’ordre du Régiment du 17 mai 1918 : « Bon soldat ayant toujours eu une belle conduite au feu, a été blessé deux fois dans l’accomplissement de son devoir ».
Les conséquences de la guerre sont les suivantes :
- 28/03/1919 : Envoyé en congé illimité de démobilisation ;
- 06/04/1920 : Maintenu au service armé, invalidité inférieure à 10%, par la commission de réforme de Roanne, pour séquelles gastro-pulmonaires ;
- 02/11/1920 : Maintenu au service armé, proposé pour pension temporaire avec évaluation de l’invalidité à 10%, par la commission de réforme de Roanne, pour légères séquelles pulmonaires et gastriques, algies rhumatoïdes des deux membres inférieurs ;
- 25/08/1924 : Maintenu au service armé, proposé pour pension permanente avec évaluation de l’invalidité à 10%, par la commission de réforme de Roanne, pour séquelles d’intoxication par gaz, troubles digestifs.
Une concession de pension de 240 francs a été accordée à sa famille après son décès par arrêté ministériel du 27/03/1925 avec jouissance au 02/11/1924.
Tous les membres de la fratrie MOREL de Lavoine ont été touchés par cette maudite guerre, tous avec des séquelles physiques, tous avec une invalidité plus ou moins lourde, tous avec des cicatrices psychologiques indélébiles. Certains sont morts prématurément, rendant parfois la vie des survivants plus difficiles encore.
Pendant plus d’un siècle, les lettres des Morel de Lavoine ont dormi dans l’ombre des armoires familiales. Elles n’étaient ni des discours d’état-major, ni des récits héroïques écrits pour l’Histoire. Seulement des mots simples, parfois maladroits, tracés entre deux bombardements, une corvée, une nuit de garde ou l’attente d’une permission.
Ainsi s’achève cette correspondance commencée dès les premiers mois de la guerre. Au fil des lettres, des cartes et des petits mots écrits au crayon dans les tranchées ou au village, c’est toute une famille qui reprend vie devant nous.
Les Morel nous rappellent que la guerre ne fut pas seulement une succession de batailles et de dates, mais une épreuve humaine vécue jour après jour par des hommes et des femmes ordinaires. Ces lettres disent les combats, bien sûr, mais aussi les inquiétudes quotidiennes, le travail resté au pays, l’attente des nouvelles et l’espoir des permissions.
Grâce à elles, les Morel ne sont plus seulement des soldats de 14-18, ils redeviennent des frères, des fils, des maris, des paysans et artisans arrachés à leur terre, jetés dans l’immense tragédie du siècle.
Refermer cette correspondance, ce n’est donc pas tourner une page d’Histoire. C’est entendre encore, à plus de cent ans de distance, la voix fragile mais bouleversante de ceux qui ont vécu la guerre au ras du sol. Et comprendre que tant que leurs mots continueront d’être lus, les Morel de Lavoine, comme tant d’autres familles de la Montagne Bourbonnaise, ne disparaîtront jamais tout à fait.
19/ La Grande Guerre et les Morel de Lavoine : correspondance familiale et témoignage historique