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17/ La Grande Guerre et les Morel de Lavoine : correspondance familiale et témoignage historique.

17e épisode : avril 1916

Le vendredi 26 juin 2026, par Jean Magnier

Exempté, Gaspard, l’aîné des quatre frères Morel, a été maintenu sur son rude emploi de forgeron, à Moulins.
Loin du danger, ses préoccupations, partagées avec celles de son épouse et sa fille, portent sur leur quotidien précaire.
Une nouvelle affectation va le rapprocher des siens et, peut-être même, lui apporter un peu de confort.
Ses trois frères, les deux Claude et Bonnet, sont eux, confrontés directement aux affres de la guerre. L’épreuve est douloureuse, la lassitude les gagne.

Pour lire les épisodes précédents

Lettre de Gaspard.

Il s’est octroyé une permission clandestine, à son retour à la pension, son cousin boulanger est venu passer la soirée avec lui.
Il semblerait que son escapade ait été marquée par quelques écarts de conduite.

Moulins le 4 avril 1916

Chère femme et fille

Deux petits mots pour vous donner de mes nouvelles qui sont toujours bonnes pour le moment et je désire que m’a lettre vous trouve de mêmes
Chères petites amies, je suis arrivé a Moulin a bon port* et personnes n’ont rien su que j’étais en perme le soir le cousin Mitron** est venu me voir nous avons trinquer ensembles il se porte toujours bien et il vous envois bien le bonjour.
Chères petits cœur j’ai trouvé m’a permission bien courte, mais je suis été content de voir mon frère cette tournée j’ai bien du vous ennuyer car je ne suis pas été sage comme les autres fois mais malgré ça je crois bien que vous m’excuserez une autre fois je serez plus sérieux.
Allons chéries pour aujourd’hui je ne vois pas grand autre chose à vous dire pour aujourd’hui je termine m’a lettre en vous embrassant mille fois bien fort votre tout dévoué mari et papa qui vous aime
Morel Gaspard

* Rappel : Arrêt sur Image. Le Tacot Bourbonnais.16e épisode 22 mars 1916.
** le cousin mitron. Antoine Lagnieu, boulanger de Lavoine. Remobilisé après une convalescence, il est affecté à Moulins.

Lettre de Claudia et Célina.

Le mauvais temps a contrarié les premiers semis au jardin.
Leur ami, médecin au Mayet-de-Montagne, en déplacement à Lavoine, est venu les saluer.
Elles viennent d’apprendre la mort d’un voisin des suites de ses blessures.

Lavoine le 6 avril 1916

Cher mari et papa

Nous nous empressions de faire réponse à ton aimable lettre qui nous fait un grand plaisir de tes nouvelles pour le moment nous sommes toujours en bonne santé et nous souhaitons de tout cœur que notre lettre te trouve de même.
Cher petit ami j’ai commencé de bêcher lundi soir et j’avais espoir de commencer de semer les oignons et quelques autres graines demain qui se trouvent le 1er vendredi de cette lune mais cher petit ami je ne pourrais peut-être pas car la nuit dernière il est tombé un peu de neige et maintenant il pleut et ce sera un peu trop mouillé.
Cher mari et bien cher papa nous sommes très contentes que tu as vu le cousin Mitron et quand tu auras l’occasion de le revoir, tu lui donneras bien le bonjour de notre part.
Cher ami mardi Mr Lebrou* est venu voir le fils de la Lebrette (?) le jeune qui a eu la rougeole et il est venu nous voir et il nous a bien enchargé de te doner bien le bonjour de sa part.
Cher ami, tu dois te rappeler que nous t’avions écrit que le frère de l’Amélie des Belle** avait été grièvement blessé à la tête eh ! bien hier ils ont reçu le mortel il est mort par suite de ses blessures
Allons bien cher petit mari et papa nous ne voyons plus bien grand chose à te dire et en attendant le jour heureux où cette maudite guerre se terminera nous t’embrassons des milliers de fois bien fort et de tout cœur ta bien chère petite femme et fille qui t’aiment et pense à toi continuellement.
Claudia et Célina Morel

* Mr Lebrou. Médecin du Mayet-de-Montagne.
** Le frère de l’Amélie des Belle. Michel François Chossière. Classe 1909. Mort pour la France le 18 mars 1916. Sa sœur, Amélie Chossière épouse de Gilbert Faure, cultivateur de Lavoine. " Les Bels" était leur surnom.

Lettre de Claude le Dode à son frère Gaspard.

Après un voyage chaotique, Le Dode, au retour de sa permission, a retrouvé son frère Claudi sur le front, à Hermonville dans la Marne.
Il a quitté sa famille avec le cafard et le cœur lourd. Fataliste, il se résigne, avec la perspective de conviviales retrouvailles, la paix retrouvée.

Le 7 avril 1916

Cher frères

Je teut écrit c’est deux môt pour te dôner de mais nouvelles et pour te dire que j’ais fait un bon voyages et que je suit ariver hier soir au pres de mon frère et tout les camade en deuxeme ligne et frères Claudie et toujour en bonne santer aussi
Cher frère jais partie de Vichie a 4 heur du soir et je me suis pas arétent a moulin jais ariver a Paris a 11 heur du soir et jais repartie le lendemain a une heur de la pres midi javer un peux le noir et le ceur bien grand davoir çuittent ma petite famille* mais quesque tu veux il faut si faire çes comme la mort il faut y passer
espérron donc que sa finis bien tot pour nous revoir et comme on na dit dimanche boirre un bon çannon tous ensembles
cher frère on temp voix un grand bon jour et un profon baisser de tout notre ceur tent deux frères pour la vie Morel

* ma petite famille. Son épouse Annette Couperier et leurs trois enfants : Gilbert 9 ans, Marie 7 ans, Claudia 4 ans.

J. M.O. du 298è Régiment d’Infanterie.
1er au 30 avril Le Godat Hermonville

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Carte Le Godat

Lettre de Claude le Dode à Claudia, sa belle-sœur et Célina, sa nièce.

Comme à son frère Gaspard, il leur fait part de son retour au combat et de sa tristesse résignée.

Le 7 avril 1916

Cher belles seur et nies

Je vous écris çes deux mots pour vous donner de mes nouvelles qui sont toujours bonnes pour le moment et en désirant de grands cœurs que ma lettre vous trouve tous les deux de même tels qu’il me quitte.
cher belles seur et nies jais re join mon frère et tous les camarades il et toujour en bonne santée lui aussi
nous sommes en cemoment en deuxeme ligne et ces toujour le même boulot
jais un peux le noir et le ceur grand davoir laisser ma petite familles dans le chagrin mais quesque tu veux çes commes la mors il faut y passer.
Cher belles seur et nies jais fait un bon voyages jais restent 12 heur a Paris jais a river à 7 heurs du soir et il fait toujour bien beaux
cher belle (soeur) et nies je vous çuitte pour aujourdhui en vous donent un grand bon jour et un profons baisser de tout notre ceur.
Teut deux beaux frères et oncle pour la vie
Morel

Lettre de Claudia et Célina.

Claudia veille à l’équipement vestimentaire de son époux.
Le mauvais temps persiste à Lavoine.
L’état de leur bien jeune voisin en congé pour maladie a empiré.

Lavoine le 9 avril 1916

Cher mari et papa

Nous venons à toi pour te dire que nous sommes toujours en bonne santé et nous désirons de tout cœur que tu en sois de même.
Bien cher petit ami, aujourd’hui, je t’expédie un petit colis qui contient une flanelle et un gilet que j’ai fait faire à Fraty* pour tous les jours. Dimanche il n’a pas pu le faire dans ce morceau noir car il y en avait pas assez. Mais hier il a bien trouvé la manière de le faire et au moins ça ménagera le tien propre pour quand tu sortiras avec ta veste.
Cher petit mari quand tu reviendras en permission à Pâques, tu apporteras les deux autres flanelle qui sont usées et je t’en ferai une autre que tu emporteras.
Demain cher petit mari je vais à la foire au Mayet et je te récrirai pour t’en dire le résultat.
Cher petit ami chez nous il fait un sale vilain temps de brouillard et de pluie et aujourd’hui il ne fait même pas bien chaud.
Le pauvre Antonin** va toujours de plus en plus mal lui aussi il crache tout le temps du sang.
Tu donneras bien le bonjour à Mr et Mme Colas*** et ainsi qu’à Mitron**** quand tu auras l’occasion de le voir.
Allons bien cher petit mari et papa pour aujourd’hui nous ne voyons plus grand chose à te dire et en espérant que cette maudite guerre ce termine nous t’embrassons des milliers de fois bien fort de tout cœur. Nous sommes pour la vie t’as bien cher petite femme et fille qui t’aiment et pensent à toi.
Claudia et Célina Morel.

* Fraty. Claude Fraty. Tailleur d’habits de Lavoine.
** Le pauvre Antonin. Antonin Basmaison. Classe 1916. Cultivateur de Lavoine.
*** Mr et Mme Colas. Logeurs de Gaspard.
**** Mitron. Antoine Lagnieu, cousin.

Lettre de Gaspard.

Ce dimanche, il profite d’un moment de liberté pour écrire et faire un peu de toilette.
Il est seul à la pension, mais attend une visite de son cousin.
Malgré le « vieux vilain temps de brouillard », il est sensible à l’éclosion du printemps.
En accord avec Claudia, il doit parfaire son vestiaire.

Moulins le 9 avril 1916

Chère femme et chère fille

Aujourd’hui dimanche après midi je ne travaille pas, je viens donc vous transmettre ces quelques lignes pour vous donner de mes nouvelles qui sont toujours bonnes pour le moment et je désire que m’a lettre vous trouve de même
Chères petites amies je viens de me raser j’ai fait un peu de toilette pour aller porter votre lettre a la gare
Je ne suis que tout seul Monsieur Demaillet* travail ce soir peut-être que le Mitron** viendra me voir a cinq heures et comme il est trois heures je n’ai pas beaucoup de temp a perdre pour être revenu a cinq heures ;
a Moulin il a fait un vieux vilain temps de brouillard tout ces jours-ci il a pleut de temp en temp cependant ce soir l’on direz que ça l’air de changer ;
malgré qu’il ne fait pas bien beau il faudrait voir comme les jardins sont beaux les arbres sont tout en fleurs chez Monsieur Colas*** ne tarderont pas a manger de la salade nouvelle leurs petits pois sont bon a ramer les pommes de terre commencent à sortir de terre enfin c’est un plaisir de voir comme la végétation est précoce.
Chère femme le jour que j’étais en permission nous avons parlé de flanelles mais je ne me rappelle pas si nous avons convenu de m’en acheter des toutes faites ou si tu m’as dit que tu avais de la matière pour en faire veux-tu être assez bonne de me dire comme il faut faire sur ta prochaine lettre.
Allons mes deux chéries pour aujourd’hui je ne vois pas grand autre chose a vous dire que de bien vous soigniez en attendans que je puisse avoir une autre petite permission je suis pour la vie votre tout dévoué mari et papa qui vous aime et vous embrasse mille fois bien fort
Morel Gaspard

* Monsieur Demaillet. Jean Demaillet. Employé de chemin de fer à la gare de Laprugne - Lavoine. Colocataire de Gaspard, ils sont affectés dans la même entreprise Mercier.
** le Mitron. Antoine Lagnieu, son cousin boulanger.
*** Monsieur Colas. Son logeur.

Lettre de Claudia et Célina.

Claudia a fait « bonne foire » au Mayet-de-Montagne, bien qu’elle n’ait pu faire l’acquisition de quelques accessoires de mode pour Gaspard.
La saison est moins bien avancée qu’à Moulins et les semis sont en attente, mais les arbres commencent « à feuiller ».
L’acheminement d’un colis sera confié à un voisin.
Le jeune Antonin si malade n’a pas survécu.

Lavoine le 10 avril 1916

Bien cher petit mari et papa

Nous nous empressons de te transmettre ces deux petits mots pour te donner de nos nouvelles.
Nous avons reçu ton aimable lettre d’hier qui nous a fait un très grand plaisir de savoir que tu es toujours en bonne santé et pour quand à nous deux nous en sommes de même et nous souhaitons de tout cœur que notre lettre te trouve de même.
Bien cher petit mari je viens d’arriver de la foire par le train qui monte les jours de foire à quatre heure et j’ai fait une bonne foire et Mr et Mme Lebrou* m’ont bien recommandé de te donner le bonjour de leur part.
Cher petit ami je voulais bien t’acheter un faux col et une cravate mais cher ami je n’ai pas pu en trouver et alors achète tois en dont une si tu viens en permission pour Pâques tu n’as pas besoin d’acheter de cravate car tu en as une toute neuve à la maison.
Cher ami, chez nous aussi, les arbres commencent à feullier et même à fleurir mais les jardins ne sont pas aussi avancés qu’à Moulin car il n’a pas fait le temps pour bêcher et pour semer je n’ai pas pu semer car il a fait tellement mauvais toute la semaine mais aujourd’hui il a fait bien beau et j’espère bien que cette semaine je pourrais semer. Hier nous t’avons bien dit sur notre lettre que nous t’envoyons un colis et bien cher ami, nous ne l’avons pas expédié par la gare car Mme Demayet** nous a dit que Mr Aupérin*** était venu et quelle lui le donnera pour qu’il te le porte et nous espérons bien que tu l’auras aujourd’hui ou demain.
Cher mari et papa nous te disions hier que le pauvre Antonin**** allait bien plus mal mais hélas ! cher ami il est mort le pauvre hier soir à six heures et c’est bien malheureux de mourir à cet âge.
Allons chez ami nous ne voyons plus bien grand chose à te dire pour aujourd’hui et nous terminons en t’embrassant des milliers de fois bien fort et de tout cœur.
Ta bien chère femme et fille pour la vie
Claudia et Célina Morel.

* Mr et Mme Lebrou. Achille Lebrou, médecin du Mayet-de-Montagne.
** Mme Demayet. Louise Pérard, épouse de Jean Demaillet, colocataire de Gaspard.
*** Mr Aupérin. Henri Aupérin. employé de chemin de fer à la gare de Ferrières-sur-Sichon.
**** Le pauvre Antonin. Antonin Basmaison. Il n’avait pas 20 ans. En congé de convalescence à Lavoine, des suites de maladie contractée aux armées, il est décédé le 09 avril 1916. Mort pour la France.

Lettre de Gaspard

Le voisin a bien livré le colis qui lui a été confié. Gaspard propose de participer aux frais engagés pour la confection de son gilet.
Dimanche, il a eu la visite de son cousin.
Il n’est pas surpris par la mort du jeune Antonin.
S’il obtient une permission pour Pâques, il apportera son aide à la mise en culture du jardin.

Moulins le 13 avril 1916

Chère femme et chère fille

Je vous écrit deux petits mots pour vous donner de mes nouvelles qui sont toujours bonnes pour le moment et je désire que ma lettre vous trouve de mêmes.
Chères femme et chère fille j’ai reçu votre colis lundi matin par Mr Auperrin* vous êtes très aimables de m’avoir fait faire un autre gilet ainsi que la flanelle que vous m’avez envoyé mais mes chéries l’argent que vous avez déboursé vous feras peut-être faute il faut me le dire je vous enverrai vingt francs.
Chères petites dimanche soir, j’ai passé un petit moment avec le cousin Mitron il se porte bien lui aussi
Vous me dites que l’Antonin est mort mais mes chéries j’en suis pas étonné car le pauvre gar quand je l’ai vue pour la première fois, j’ai bien vue qu’il était perdue enfin il est bien débarrassé de la vie. maintenans il n’a plus peur de la guerre.
Chère femme tu me dit que tu n’a encore rien semer mais m’a chérie il ne faut pas te pressée car le temp n’est pas bien favorable pour le momens
Voici deux trois jours qu’il ne fait pas bien beau a Moulins il gèle sur le matin et il fait pas chaud le jour mais j’espère que ça ne vas pas durez le jardinage chez nous ne presse pas trop si je vais en permission à Pâques je tâcherai de vous donner la main
Allons mes deux petits cœurs, je termine pour aujourd’hui en vous embrassant mille fois bien fort votre tout dévoué qui vous aime et pense à vous
Morel Gaspard

* Mr Auperrin : Henri Auperin, employé de chemin de fer à la gare de Ferrières-sur-Sichon.

Lettre de Gaspard.

Il est bien arrivé à Saint-Germain-Laval, sa nouvelle affectation.
Les conditions d’hébergement semblent bonnes et le travail plus intéressant qu’à Moulins.*
Toutefois, l’état de santé de Claudia l’inquiète.

* L’entreprise qui emploie Gaspard pourrait être la compagnie des Chemins de Fer du Centre (C.F.C.) qui avait installé ses ateliers de maintenance à Saint-Germain-Laval. François Mercier étant à la tête des deux entreprises.
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Saint Germain Laval
Hôtel Giroud rue de la Gare (source Internet)

St Germain Laval le 17 4

Chère femme et chère fille

Aujourd’hui lundi je m’empresse de vous écrire un mot pour vous dire que j’ai fait bon voyage, je suis arrivé à St Just en Chevalet* juste 10 minutes avant le train. Je suis arrivé à St Germain Laval* a midi mon copain est venu m’attendre a la gare qui est a cinquante mètres de la pension ; question de pension, je crois que je serais bien c’est la que les autres ouvriers mange nous sommes six de l’atelier c’est chez Monsieur Giroux.
Chère femme et chère fille question du travail c’est bien plus intéressant qu’a Moulins et ça n’a pas l’air de trop barder surtout le chef est très gentil il cause avec ses ouvriers comme un simple ouvrier enfin je crois qu’on ne seras pas mal.
Chère femme ce n’est pas tout ça je t’ai laisser malade et je t’assure que je suis rudement inquiet tant que je n’aurais pas su de tes nouvelles tâche donc de m’écrire le plus tôt possible.
Pour moi je me porte bien est je désire que ma présence lettre vous trouve de même.
Allons bonsoir chéries je termine pour aujourd’hui en vous embrassant mille fois bien fort
Votre tout dévoué mari et papa.
Morel Gaspard
chez Monsieur Giroud** Hôtel des voyageurs
St Germain Laval Loire

* Lavoine Laprugne 18 km -----> Saint-Just-en-Chevalet 18 km -----> Saint- Germain-Laval (voir carte ci-dessous).
** Monsieur Giroud. Jacques Giroud, hôtelier, °1860 à Chambéon.
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Carte Vichy Roanne

Lettre de Bonnet à Claudia sa belle-sœur.

Dans les Vosges, son unité relevée de la première ligne, n’a eu pour tout repos qu’une affectation en seconde ligne, sous la neige ! Toutefois la mobilisation sera moins rude.
Il redit sa lassitude.
Il a reçu des nouvelles rassurantes de ses frères Claude, mais l’état de santé de Jeanne, sa femme, le préoccupe.

Le 21 avril 1916

Ma cher belle sœur et nièce

Je réponds a votre lettre qui mas fait plaisir de savoir de vos nouvelles et de mon frère pour quant a moi je suit toujour en bonne santée en désirend que mes deux mots vous trouve de même
cher belle sœur et nièce on nous a relevez hier des trancher avec la niege sur le dot et le froid car voilà quelques jours que sa ne fait pas. bon en fin on nest en deuxième ligne comme repôt en fin on aura toujour ses nuit pour se reposer car voila bien quelque jour çon veille les boches sa serait pas domage qui nous donne un repôt.
Je crois que le jour con vas travallier mais enfin on resterait bien comme ça jusque que sette pénible guerre finira et vivement la fin car on se ennuit de se mettier.
cher belle sœur les deux frère mon écrit il sont toujour en bonne santée.
Vous devez bien savoir que Jeanne* a était fatiguée mais enfin sa peut bien arivez a d’autres de se tromper mais enfin j’aisper que sa aye mieux au plus vite. il mas ecris hier que je suit était contend de resevoir de ses nouvel. enfin vivemen de nous revoir.
Je fini en me donnant un gros baiser a tous deux de grand ceur
Votre baux frère et oncle.
M B.

* Jeanne. Jeanne Brugièregarde son épouse. Elle a la charge de leur petite ferme. Éprouvée par la perte d’un bébé en 1913, elle élève leur fils Gaspard, deux ans . . . qui aura une petite sœur à la fin de l’année.

Historique du 53è bataillon de chasseurs alpins.
Le 53è, jusqu’au 12 juillet, occupe alors successivement les positions : Tête des Faux-Barrenkopf-Lingekpof où il subit des tirs de destruction systématiques très violents.

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Carte Tête des Faux

Lettre des frères Claude à Claudia, leur belle-sœur.

Ils ont appris par Claudia la mutation de Gaspard à Saint-Germain-Laval et attendent de ses nouvelles.
En première ligne, sous une pluie incessante, monter la garde, jour et nuit, les pieds dans l’eau, est une redoutable épreuve.
Ils n’ont qu’un souhait : la fin de cette guerre.

J. M.O. du 298è Régiment d’Infanterie.
1er au 30 avril Le Godat-Hermonville

Voir la carte ci-dessus : 7 avril.

Le 22 avril 1916

cher belles sœur et nies

Je fais réponse à vôtres aimables léttre qui nous a fait un grand plaisir de savoir de vôs nouvelles pour quant a nous nous sommes toujour en bonne santer pour le moment et nous désirrons de grand ceur que nôtres léttre vous trouve tout les deux de même telles quil nous quitte.
cher belles sœur tu nous dis que le frères Gaspart a changer jais bien vût qu’il y aver quelque chose çar je lui et a nonser monarriver et je n’est pas hu de réponse et on nes toujour bien content de savoir de çes nouvelles enfin comme tu nous parle on natemp de çes nouvelles tout les jour
cher belles sœur et nies nous sommes en cemoment en première ligne et il fais pas un joli temps il tombe de leau presque tout le temp aujourd’hui il y en na tomber toute la nuit et le jour aussi et il ne fait pas bien bon a vaiyer les modis camarades il faut prendre 6 heurs toute les nuit et 4 heurs le jour tous les 2 jour il y a démoment qu’il y a 6 santimêtres deau dans la trancher et tu voix commes on peut avoir les pier sec enfin sa ne veux pas toujour durent après un temps on nantt voix bien une autres tout ce qu’il nous faut c’est la fin de la geurre qu’il vienne bien vites
cher belles (sœur) et nies on vous çuitte pour aujourdhui en vous donent nôt maiheures amitier et un profons baisser de tout nôtre ceur
vot deux beau frères et oncles pour la vie
Morel.

Lettre de Gaspard.

Il va profiter d’une permission pour mener à bien la vente d’un arbre pour le compte de son frère Bonnet. L’opération n’est pas simple.

St Germain Laval le 25 4

Chère femme et chère fille

Deux petits mots pour vous dire que j’ai fait bon voyage je suis arrivé à St Germain Laval à 7 heures et demie je suis toujours en bonne santé et j’espère que m’a lettre vous trouvera de même.
Chère femme je serez à Lavoine probablement dimanche et je resterai peut-être deux trois jours
J’ai vendu l’ormeau du Bonnet* au reçu de ma lettre tu voudras bien prévenir la Jeanne** et tu lui diras que ossitot qu’il seras livré elle touchera son argent je voudrais le lui apporter il faut que je le fasse conduire à la scierie de chez Massonet*** et que je le fasse exploiter et de suite en gare pour sela il faudrait monter chez Pautin**** et le faire sortir cette semaine la grosse bille et les petits morceaux je n’ai pas fait de prix mais la compagnie et solide il se trouvera bien vendu ce qu’il vaut enfin ça me feras bien un entrain pour moi mais ça feras plaisir à mon frère j’espère bien que chez Pautain**** me feront ce service c’est bien commode et pas loin ils pourront faire ça un soir ou un matin d’ailleurs il n’y a qu’un char de bois tu leur diras que je les réglerai dimanche.
Chère femme et chère fille je vas prévenir mon frère en même temp je crois bien que je trouverai quelqu’un pour me le scier
Allons chéries je n’ai pas grand autre chose a vous dire pour le moment je termine en vous embrassant mille fois bien fort
votre mari et papa qui vous aime
Morel Gaspard

* Bonnet. Son frère.
** la Jeanne. Jeanne Brugièregarde, épouse de Bonnet.
*** chez Massonet. Village de Lavoine où réside la famille Blettery .
**** chez Pautin. Village de Lavoine où réside la famille Fradin à qui Gaspard va demander d’assurer le transport de l’arbre.

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