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13/ La Grande Guerre et les Morel de Lavoine : correspondance familiale et témoignage historique

(décembre 1915)

Le vendredi 20 février 2026, par Jean Magnier

Pour le sergent Gaspard Morel exempté et désormais ouvrier forgeron, ce mois de décembre 1915 va être marqué par l’incertitude concernant son maintien dans l’entreprise Mercier de Moulins et l’obtention d’une permission à Noël.
Il va tenter de faire affecter dans son atelier son frère Bonnet, actuellement au front en Alsace.
Une cabale contre lui et sa famille se serait tramée à Lavoine : malveillance à l’égard d’un « planqué » ?
Les frères Claude sont toujours mobilisés dans le secteur de Soissons. Un cousin, infirmier militaire en poste à Moulins, prend contact.

Pour lire les épisodes précédents

Lettre de Gaspard.

Son départ de l’atelier de Moulins pour Montluçon s’annonce imminent, il regrette la visite manquée de Claudia et Célina et table sur une permission à Noël.
L’exemption de son cousin Mitron* est remise en cause.
Il va essayer de faire affecter son frère Bonnet dans son atelier.

* cousin Mitron. Antoine Lagnieu, boulanger de Lavoine. Remobilisé après avoir été malade, il sera convoqué et incorporé le 11 décembre.

Moulins le 1er 12 / 15
Chère femme et chère fille
Ce soir en rentrant je trouve votre lettre du 30 me disant que vous préféreriez que j’aille vous voir que vous de venir eh bien mes chéries il m’est impossible d’y aller pour le moment je part pour Montluçon, dimanche si ce n’est pas avant si vous étiez venue et prendre le train comme je vous disait vous seriez arrivé demain jeudi a neuf heures du soir et nous aurions passé la journée de vendredi qui m’est promise ensemble car il pourrait se faire que je parte sanmedi
je regrette bien de quitter Moulins car il paraît qu’à Montluçon l’on ne peux pas trouver à se loger les chambres sont hors de prix et il va falloir serré cinture enfin je m’arrangerai comme je pourrai.
Chères petites amies je ferez mon possible pour avoir une permission à la Noël puisque maintenant le coup est rater pour venir a Moulins Allons il ne faut pas nous en faire ni les uns ni les autres il viendra peut-être bien un jour où nous nous verrons pour tout de bon espérons que ce que ce sois bientôt malgré tout cela le temp me dure plus que sur le front c’est une chose que je ne comprend pas.
Je suis très fâché que le cousin Mitron soit versé dans le service armé pour cela il ne veut pas aller sur le front, il continuera bien son métier. hier j’ai vu le Laurent (?) de Ferrières qui avait travaillé pour nous nous avons passé une bonne petite veillée ensemble il vous envois bien le bonjour ainsi que Mr Charret*
Chères petites amies j’ai envie de faire rentrer mon frère Bonnet je ne sait pas si je pourrais réussir mais je ferez tout mon possible étant a Montluçon mais tout ce que je vous recommande n’en dites rien à personnes je ne veux même pas le dire a lui car si je ne réussissé pas il se ferait du mauvais sang
Allons pour aujourd’hui je vais finir pour que vous ayez votre lettre demain s’est temp que je l’a porte a la boîte je suis bien inquiet aussi que Célina soit enrhumée soigne toi bien m’a fille en attendant le jour où nous pourrons faire résonner un gros baiser sur chaque joue
je suis votre bien dévoué qui vous aime et vous embrasse bien fort. Morel Gaspard

* Mr Charret. Ami et relation influente à qui il doit peut-être son affectation.

Lettre de Gaspard

Neuf heures de travail journalier ne permettent guère de faire des économies, mais suffisent pour les dépenses quotidiennes*.
Le départ pour Montluçon est différé, l’espoir d’une permission pour Noël maintenu.
Il s’inquiète de l’approvisionnement en bois de Claudia.

Moulins le 4 Xbre 1915
Chères femmes et chères filles.
Je viens de recevoir votre lettre du 3 courants qui m’a fait plaisir de savoir de vos nouvelles surtout que toi chère Célina ton rhume vas mieux pour quand (à) moi je suis toujours en bonne santé et espère que m’a lettre vous trouve de même.
Chère petite malgré que je vous ait dit que tout était bien cher je gagne bien pour me suffire et je vous remercie beaucoup des offres que vous me faites je me serrerai pas la cinture comme je vous disait mais j’aurais voulut faire quelques petites économies mais ce ne seras pas facile tant que nous ferons que 9 heures de travail*.
Chères petites femmes je ne suis pas encore partit a Montluçon et l’on m’a rien dit aujourd’hui je ne sait pas si je partirai demain dimanche en tout cas le jour que je partirais je vous préviendrez
si ont pouvais me laisser a Moulins je serez bien plus content
je devez prendre une journée de repos aujourd’hui je ne l’ai pas prise car quand ont ne travaille pas la pension marche quand même
j’ai vu Monsieur Demaillet** hier et aujourd’hui j’ai travaillé toute la journée pour lui
Enfin si je ne vas pas à Montluçon je tâcherai d’aller vous voir à la noël ;
une chose que vous ne me parlez pas c’est de votre bois vous ne me dites pas si vous l’avez fait rentrer cela m’inquiète beaucoup
Vous me ferez réponse de suite et vous me direz bien des choses car je suis trop content quand j’arrive de trouver une lettre je n’ai que ça pour me distraire
Enfin, pour aujourd’hui, je termine en vous embrassant mille fois bien fort, votre tout dévoué Morel Gaspard.

* Soit un salaire journalier de 5,40 Fr. alors que sa pension lui coûte 95 Fr par mois.
** Monsieur Demaillet. Classe 1898. Employé de chemin de fer à la gare de Lavoine, mobilisé dans la même entreprise.

Lettre des frères Claude.

Leur régiment vient de recevoir l’ordre de quitter Soissons et d’occuper de nouvelles positions.
J.M.O. 298è R.I. : « Le régiment se met en marche vers 24 h. Arrivée vers 6 H1/2 Cantonnement : Villers Hélon Blanzy Louâtre »

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De Soissons St Christophe à Villers Hélon Blanzy Louâtre.
(Carte Géoportail)

Dimanche le 5 de X (décembre) 1915
Cher belles sœur et nies
On fait réponse a votre lettres qui nous a bien fait plaisir de savoir de vôt nouvelles et en même temp pour vous en doner des nôtres qui son toujour bonne pour le moment et en désirrent de grand cœur que notre lettres vous trouve tout les deux de même telle qu’il nous quitte
Cher belles sœur nous sommes plus dans les trancher voila 5 jour nous sommes aurepôt pour quelque jour
aujourd’hui il fait beaux mais il a passer 8 jour qu’il a tonber de leau tout les jour
il na pas tonber beaucoup de neiges encore aujourd’hui
nous avons pas des [??) mais des revût en na bon dansse mais sa ne fait rien on n’est encore mieux que dans les trancher
on a presque toute nôt nuit pour nous on ni resterent bien jusqua la fin de la guerre mais c’este fin ne vient pas vite
enfin espérons que sa viendra un jour avec laide de Dieu et la Ste vierge on verra petètre bien le boût de tout
Cher belles seur et nies le frères Claudie ce pansse daler faire la noël avec vous et c’est bien a son tour
aussi c’estent la bonne permission et partire tous quel jois pour tous enfin pour aujourd’hui je suit aubligé de finir en vous soitant bien le bonjour et des milliers de bon baisser a tout les deux du profond de notre ceur
vôt deux beaux frères et oncle pour la vie Morel

Lettre du cousin Benoît Morel*.

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Extrait de la lettre du cousin Morel

De la classe 1901, il est mobilisé comme infirmier militaire. Affecté à Moulins, il cherche à joindre Gaspard, son cousin germain.

* cousin Benoît Morel. Cousin germain. Classe 1901. Mort pour la France le 12 novembre 1916 à l’hôpital temporaire n° 10 d’Amiens, de maladie contractée en service : "fièvre typhoïde".

Moulins le 7 décembre 1915 Hôpital temporaire numéro 30
Chère cousine
Je sui a Moulins et je su que mont cousin y été aussi
je serais bien content de le voir mes je ne sais pas l’endroi où il et si vous avyer la bontée de m’aenvoyer son adresse, vous me ferier bien plésire.
Cher cousine je me porte bien et je désire que vous ansoyer de même ainsi que la jeune cousine vous me diré des nouvél de tous les parents tachez donc me faire reponce
je termine en vous embrassent toute les deux
votre cousin Morel, Benoit

Voila mon adresse Morel Benoît infirmier a hôpital N°30 Moulin Allier

Lettre de Gaspard.

Son départ pour Montluçon est à nouveau reporté.
Les démarches pour faire embaucher Bonnet ne peuvent aboutir dans l’immédiat.
L’espoir d’obtenir une permission s’amenuise.
L’allocation due à Claudia doit lui être versée.

Moulins le 7 Xbre 1915
Chère femme et chère fille
Deux petis mots pour vous donner de mes nouvelles qui sont toujours bonnes pour le moment et je désire que m’a lettre vous trouves de mêmes
Mes chéries je vous avais annoncer mon départ pour Montluçon pour dimanche dernier il y en a beaucoup qui sont partis mais comme il y a toujours du travail je suis rester cependant ça se tire bien il pourrait se faire quand même que je reste encore cette semaine enfin dans ce truc la il n’y a rien a y comprendre
Une chose que j’ai a vous dire vous savez que je vous avais dit que je voulais faire rentrer mon frère Bonnet eh bien j’ai fait le nécessaire mais il est impossible a l’heure actuelle car je crains beaucoup de repartir une nouvelle circulaire et parue ces temps dernier qu’on ne devait pas employé les hommes au-dessus de la classe 1886*
tenez aujourd’hui il y a une dame qui est venu en pleurant pour faire rentrer son mari qui avait travaillé longtemp pour Mr Mercier** elle n’a rien pu faire c’est Mr Charret*** qui me l’a dit et en même temp je l’ai vu vous pourrez en rendre compte à la belle sœur Jeanne**** enfin d’ici quelques jours si je savais qu’il y ait moyen, je ferez tout mon possible.
Chères petites femmelettes vous me dites qu’il fait très beau chez nous a Moulins aussi il ne fait pas froid c’est très doux si vous saviez comme je serez content si je pouvez avoir une permission avant de partir a Montluçon pour aller vous voir mais je crois bien que se seras impossible en tout cas se ne seras pas ma faute
Allons pour aujourd’hui je ne vous en dis pas plus long car c’est l’heure d’aller souper car j’écrit toujour en rentrant pour que m’a lettre parte se soir.
Tout ce que je vous recommande c’est de bien vous soignier et sur votre prochaine lettre vous me direz si vous avez toucher votre allocation ne craignez de rien, l’on ne peut pas vous la supprimer Allons bonsoir et mille bons baisers de votre cher mari et papa qui vous aime et pense a vous mille fois du jour
Morel Gaspard

* Bonnet de la classe 1901 serait donc trop jeune pour être exempté.
** Mr Mercier. Chef de l’entreprise éponyme qui emploie Gaspard.
*** Mr Charret. Ami de Gaspard.
**** Jeanne. Jeanne Brugièregarde, épouse de Bonnet.

Lettre de Bonnet.

Bonnet, le chasseur alpin, est stationné dans les tranchées, sous la neige, à Sonderbach en Alsace. Il envie la nouvelle situation de son frère Gaspard. Lui aussi est dans l’attente d’une permission.

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Sondernach
(Carte Géoportail)

Historique du 53è bataillon de chasseurs alpins : le 7 novembre vient relever à Sondernach où il restera jusqu’au 8 mars 1916.

Lundi le 8 Xbre 1915
Cher belle sœur et nies
Je fais reponse à ta lettre qui mas fait un grand plaisir de savoir de vos nouvel et de mon petit Gaston*
pour quand a moi Je suis toujours en bonne santée ont n’est retournez au trancher hier et on na trouvez la neige dans les montagne
cher belle sœur tu me dis que mon frère Gaspard et a moulin pour travailler oui il a ût bien de la chance car il est sorti de ses trous
Cher belle sœur, je lui ecri la semaine passez pour savoir de ses nouvels car si je pouvez rentré avec lui je serait moi aussi sorti de ses trou
enfin il faut espérait que sette triste guerre finira peut-être avant l’hiver mais je ni voit point de fin
cher belle (sœur) oui je pensse d’avoir une permission sou peut mais sa ne marche pas vite enfin je fini en vous embrassent tout deux de tout cœur et un gros baisser a mon petit gaston
ton beau frère pour la vie M B.

* mon petit Gaston. Son fils en garde auprès de Claudia.

Lettre de Gaspard.

Son cousin Benoît Morel est venu l’attendre à la sortie du travail.
La neige a remplacé la pluie.
Il est toujours dans l’attente d’un départ pour Montluçon et d’une permission pour Noël !

Moulins le 14 Xbre 1915
Chère femme et chère fille
Aujourd’hui dimanche, je profite de ce soir demi-journée de repos pour vous écrire deux mots et vous dire que je suis toujour en bonne santée et je désire que m’a lettre vous trouve de même
Ce matin a onze heures et demie j’ai quitté le chantier par une pluie battante j’étais persé comme un rat en arrivant j’ai trouvé le cousin Benoit Morel qui m’attendait je me suis vite changé et je suis allé dîner il est venu avec moi nous avons passé une bonne soirée ensemble.
Je fais m’a lettre se soir à neuf heures je regrette bien qu’elle ne parte pas ce soir enfin vous l’aurez après demain au moment ou je vous écrit il neige a plein temp Si ça continue il y en auras demain et quesque ça dois tomber chez nous.
Chères petites amies je ne suis encore pas partit a Montluçon mais je crois bien que ça ne vas pas tarder je voudrez bien pouvoir avoir une petite permission car le temp me dure bien de ne pas vous voir mais ce n’est pas facile si je pouvez aumoins en avoir une pour Noël je serais trop content je ferez bien mon possible
Pour aujourd’hui je ne vous en dit pas davantage je suis pour la vie votre bien dévoué mari et papa qui vous aime et vous embrasse bien fort. Morel Gaspard

Lettre de Gaspard.

Il fait très froid. Claudia a-t-elle suffisamment de bois ?
La séparation lui pèse, il espère toujours une permission.
Terre à terre, il se préoccupe de sa garde-robe.
Sa chambre sans feu n’est guère confortable !

Moulins le 15 Xbre 1915
Chère femme et chère fille
Deux petits mot pour vous dire que je suis toujour en bonne santée et je désire de tout cœur que vous en soyez de même.
Chères petites amies a Moulins la neige n’a pas pris mais il fait un froid terrible.
Vous ne devez pas avoir chaud surtout si le bois vous manque cela m’inquiète beaucoup ; vous me demandé sur votre aimable lettre si rien me manque si j’ai assez d’argent oui mes chéries j’ai bien assez d’argent Il ne me manque rien autre que vous
voici quelque temp c’est mon seul ennui de ne pas vous voir il me semble qu’il y a des années que je ne vous ait pas vue je vous promets que je serais content si je peux avoir une toute petite permission a la Noël enfin, je l’attend avec impatience
Mes chéries j’ai mon pantalon de velour qui me laisse il est complètement mur il ne vaut pas de réparer j’ai mon veston aussi qui est tout en trous je suis obligé de m’en acheter un autre sous peu mais je n’ai pas envie d’en acheter un noir si je vas en permission j’ai même envie de prendre ma veste de chasse elle n’est toujour pas si belle et puis elle me servirai bien pour emporter mes bricoles allons je verrai
pour aujourd’hui mes chéries je suis obligé de finir car il ne fait pas chaud dans m’a chambre vous savez bien ce qu’il en est d’une chambre sans feu et puis il faut que j’aille souper.
Bon soir chéries je termine en vous embrassant mille fois bien fort votre bien dévoué qui vous aime et ne cesse de penser a vous Morel Gaspard.

Lettre de Gaspard.

Un article de journal et une homonymie Morel ont pu faire naître des peurs. Voir « Arrêt sur image » ci-dessous.
Gaspard et sa famille seraient l’objet d’une campagne de calomnies.

Moulins le 16 Xbre 1915
Chère femme et chère fille
Je réponds à votre aimable lettre du 15 courant je suis heureux de vous savoir en bonne santée pour quand a moi je me porte toujour bien et j’espère que m’a lettre vous trouve de même
Chères petites amies au sujet du déraillement du train de Montluçon j’ai bien vu que si vous le voyez sur le journal vous seriez inquiète vu qu’il y avait un blessé Morel
Chères petites amies ne craignez rien je suis en bonne santée et je suis toujour a Moulins peut-être que j’y resterai encore quelques jours de plus et je ferez mon possible pour avoir une petite permission a la Noël
Mais mes chéries je ne va pas auser me voir si des fois j’étais passer pour sorcier enfin toutes ces histoires ne me font pas plaisir je voudrez bien être au courant de toutes ces choses là pour qu’on me traite de canaille il faut bien qu’il y ait des raisons pour cela se serait-il par hasard que j’ai trop rendu de service a certain clients cependant je ne crois pas car ce serait horrible faut-il qu’il y ait a Lavoine de gens si bas de consiences et pour bien les dénommers si pauvres d’esprit pour faire passer des choses pareils non je ne peux y croire mais s’il en est ainsi il ne faut rien dire tout écouté et surtout tout bien prendre en note faire attention a ceux qui écoutes et peut-être plus tard cest maudits calamniateurs seront pincés sans qu’il s’en aperçoivent c’est ce que je voudrez faire et puis mes chéries dormez tranquilles malgré que les mauvaises langues sois plus mauvaise que les balles et les obus des Boches
un jour viendra ou ils seront chatiers pourvus que rien ne vous manque c’est ce qu’il faut et tôt ou tard vous serez venger de toutes ces calomnies vous moi et les nôtres
Enfin laissons ça de coté et songeons au jour de la délivrance et souhaitons que ce sois bientôt.
Mes chéries je termine je termine en vous embrassent mille fois bien fort, votre tout dévoué mari et papa qui vous aimes
Bien le bonjour au amis et parents Morel Gaspard

Lien vers le "Journal de Montluçon" du jeudi 16 décembre 1915

Arrêt sur image : Déraillement du train de Montluçon.

Cet accident ferroviaire du 13 décembre 1915 survenu sur la ligne Paris-Aurillac, via Montluçon, a fait l’objet d’une dépêche d’agence de presse, reprise entre autres par les quotidiens de l’Allier. Claudia et Célina en ont été ainsi informées.
Parmi les victimes, militaires en permission, on compte un mort, Lucien Lagarde*, et plusieurs blessés. L’identité de l’un d’entre eux, « Morel », pouvait faire naître des craintes à Lavoine.

* Lucien Lagarde est Caporal Fourier au 63e Régiment d’Infanterie. Né le 6 août 1887 à Paris 15e, il a le matricule N°1447 de la classe 1907, 2e bureau de la Seine. Sa fiche sur Mémoire des Hommes précise :
"Mort pour la France le 13 décembre 1915 à la station de la ville Gozet à Montluçon (Allier). Genre de mort : écrasé dans un déraillement de chemin de fer"

Lettre de Bonnet à son frère Gaspard.

Toujours en toute première ligne sous la neige, Bonnet aspire à un emploi à l’arrière.

Mercredi le 17 Xbre 1915
Cher frère,
Je fait réponse à ta lettre qui mas fait un grand plaisir de savoir de tes nouvel que j’atendez depuis si longtemp
cher frère, je suit toujour en bonne santée en désirent que mas lettre te trouve de même tel qui me quitte mais la ous que je suit sa ne fait pas chaud dans les trancher sa tombe de la neige tout les jour et les boches sont à 20 mètres de nous
cher frère je serait très content si je pouvez allez travailliez comme toi, car quant ils ont demandez des ouvrier je me suit fait inscrire il y a déjà longtemp forgeron a la main chauffeur car cher frère il y en na au Bataillon qui son déja parti et plus jeunne que moi ils on écri des patron de usine qu’il connaissez et il sont rentrés
enfin moi je connais perssonne pour faire sa il y a que toi cher frère si tu a des connaissance et que tu rentre à l’arsenale pour travailliez ou bien si tu a connaissance d’une autre plaçe car ma sœur Maria mas écrit qu’il y avait plus 200 plaçe a prendre a Vichy
enfin cher frère si on peut pas réusir tand pis car sette triste guerre devient bien longue que sa finisse donc bien vite sa vauderait bien mieux.
Je finis en t’embrassant de tout mon cœur.
Ton frère dévouée pour la vie. MB
53e B d Ch, alp 8e comp. 2e sect sect141
À bientôt de tes nouvel

Lettre de Gaspard.

Le travail presse toujours à Moulins et la perspective d’une permission pour Noël est toujours présente.
Un sévère mal d’oreille explique son retard dans la correspondance.

Moulins le 18 Xbre 1915
Chère femme et chère fille
Je m’empresse de vous transmettre deux petits mots pour vous donner de mes nouvelles qui sont toujours bonnes pour le moment et je désire que m’a présente vous trouve de même.
Chères petites femmellettes a Moulins il fait un vieux vilain temp de pluie ou de brouillard c’est très mal sain je ne crois pas qu’à Lavoine il fasse pareil enfin pourvu que rien ne vous manque c’est tout ce que je souhaite
demain dimanche je travaille toute la journée et jamais je n’avais eus tant de travail enfin il vaut bien mieux je voudrez bien rester a Moulins encore jusqu’au premier de l’an si je peux avoir une petite permission ça ne serait pas si loin qu’a Montluçon et ça coûte moins cher.
Chères petites vous m’avez grondé que j’avais un peu tardé a vous écrire mais ne m’en voulez pas car ça a durer trois quatre jours que je n’avais pas envie d’écrire car j’ai eu un mal d’oreilles qui m’a fait souffrir le martyre mais maintenant je suis guérit
j’ai travaillé quand même mais je n’était pas a mon aise je ne vous l’ait pas dit car j’avais peur de vous faire de la peine mais ne porté pas peine je suis guérit.
Chères petites amies ne faites pas attention que m’a lettre est taché car c’est la plume qui a tort
Je finit pour aujourd’hui, on vous embrassant mille millions de fois bien fort, votre petit mari qui vous aime et pense a vous Morel Gaspard

Lettre d’André Barret* à sa belle-sœur.

* Époux de Marie Morel, sœur des frères Morel. Classe 1890. D’abord exempté, il a été rappelé à l’activité le 29 mars 1915 au 13è R.I. territorial. Incorporé chez les « pépères », il assume son rôle avec sérieux malgré des conditions peu favorables.

Le chtimiste : 13e régiment d’infanterie territoriale.
1915 : Multiples services des troupes à l’arrière : gardes en tout genre, escortes de prisonniers ou de matériel, installation de terrain d’aviation.

(18 décembre)

Chère belle-sœur et nièce
Je fait réponse a votre lettre qu’il mat beaucoup fait plaisir d’aprendre de vos nouvelle et surtous que vous ête toute les (deux) ent bonne santée
Quant a mois je me porte toujour bien et toujour courageut
chère Claudiat et mas chère petite nièce nous avons trouvait un temp bien moullier et pas tros chaux
Je vous écrit dedans un poste ent d’éhor de la ville trée mal couchait enfin s’ett la guerre que diable voulais vous
vous ferait passét de mais nouvelles a mon baux frère un de s’et jour je lui écrirait
mat chère marie* mat écrit hier
enfins aurevoir je menvais de factions sur une route
recevais chère belle sœur et nièce mais meilleur amitiér quil règne dans mon cœur et des millions de bon béset de ton baux frère et oncle qu’il vous aéme et qu’il pensse a vous André Barret

* mat chère marie. Marie Morel, son épouse.

Lettre de Gaspard.

Sa venue en permission pour Noël est toujours incertaine et son impatience est grande. S’ajoute la crainte d’une mutation de dernière heure.
Sa somme de travail, à laquelle s’ajoutent les trajets, est lourde.

Moulins le 20 Décembre 1915
Chère femme et chère fille
Je vous écris deux mots pour vous donner de mes nouvelles qui sont toujours bonnes pour le moment et je désire que m’a présente lettre vous trouve de même.
Chères petites amies je ne peux encore pas vous dire si je pourrai aller en permission car il y auras peut-être qu’un jour et avec un jour il me sera impossible mais je ferez bien mon possible pour avoir le dimanche et je serai à Lavoine le jour de Noël (samedi) par le train du matin si il y en a un enfin je me renseignerai bien, il y a aussi Monsieur Demaillet* nous ferons route ensemble
je vous écrirai de nouveau jeudi et je vous direz comme ça marche ; vous me dites que vous compté les jours et bientôt les heures j’en suis bien de même moi aussi mais s’il fallait déguerpir pour Montluçon ce serait encore le comble
ce n’est pas pour dire mais nous sommes tenus a Moulins plus brutal que sur le front moi je n’ai pas trop a me plaindre car jamais personnes ne me dit rien mais j’ai beaucoup de travail
en plus il faut que je m’occupe de surveiller quatre Boches qui travaillent sous m’a main leur donner le travail les commander et le plus qui est fatiguant c’est le chemin je fais toujours sept kilomètres** par jours ça fatigue beaucoup enfin c’est comme ça en attendant ou nous pourrons mieux nous causer
Recevez mille bons baisers de celui qui vous aime et pense souvent a vous Morel Gaspard

* Monsieur Demaillet : Jean Demaillet Classe 1898. Employé de chemin de fer à la gare de Lavoine. Mobilisé en 1914, détaché le 3 décembre 1915 à Moulins dans la même entreprise Mercier que Gaspard. (Source Michel Guironnet).
** Il est logé à Moulins, son chantier est situé sur la commune voisine Yzeure.

Lettre de Bonnet.

Il n’a pas quitté sa position à Sonderbach en Alsace (voir lettres des 8 et 17 décembre).
Il a reçu des nouvelles de ses trois frères. Il se réjouit à la perspective d’une permission en famille, en janvier.
L’aide divine devrait favoriser la fin du conflit attendue avec impatience.

Lundi le 20 Xbre 1915
Cher belle sœur
Je fais réponse a ta carte qui mas fait plaisir de savoir de vos nouvel et pour vous en donnez des miennes que Je suis toujour en bonne santé en désirant que vous en soiyer de même
Cher belle-sœur mas situation et toujour la même Je suis toujours au trancher et que ça ne fait pas chaud ses bien dur quand même que sa ne fini pas vite ses toujour la même chose
le frère Gaspard mas écrit la semaine passer il se porte toujour bien et aussi Dode et Claudit* mon écri il son toujour en bonne santée
cher belle-sœur Je crois que Claudit va en permission pour noël
Je serait était très content moi aussi mon tour avez arrivez a se tépoque pour se voir tous ensemble mais je pense que mon tour vas être proche au mois prochain et Jirai vous voir car on n’est très content de revoir sa famille
enfin chère belle-sœur et nièce avec la pacience et l’aide de Dieu et la sainte Vierge on n’arivera a la bout de tout mais vivement que sa finisse
Je finis en vous donnant mille baiser a tous deux de tout mon cœur.
ton baux frère pour la vie M B

* Dode et Claudit. Ses deux frères Claude.

Lettre de Bonnet.

Au front sous la neige, il fait très froid dans les tranchées.
Jeanne, sa femme, a repris son petit Gaston qui était en garde auprès de Claudia. Un malentendu en serait-il la cause ?
Gaspard, son frère, fait son possible pour lui faire intégrer l’atelier de Moulins.

Vendredi (Dimanche ?) le 26 Xbre 1915
Cher belle sœur et nièce
Je fais reponse a votre lettre qui mas fait plaisir de savoir de vos nouvel et pour vous en donner des mienne que Je suis toujour en bonne santée mais sa fait très froid et avec la neige aussi je t’assure cher belle-sœur que sa ne fait pas bon dans les trancher et le canon qui tonne tous les jour.
Cher belle sœur tu me parle que ma femme a pris notre petit il (sic) m’avait toujour dit qu’il voulez le prendre à la toussin et avent s’il (sic) pouvez mais enfin cher belle sœur quesque ses donc passer
enfin tu me dit que tu ne peut pas aller le voir ses donc que Jeanne ta fâchez cher belle-sœur se n’est pas sa quil fait qu’il t’empêche
car je serai très content si Je pouvez avoir une petite permission pour vous voir et se causer de vive voix enfin je l’attend au mois prochain
Cher belle sœur mon frère Gaspard mas écri la semaine passer il est toujour en bonne santée et il mas dit s’il restez la bas qu’il ferait son possible pour me faire rentré avec lui car J’en serais content moi aussi si je pouvez aller travaller dans une atelier
Je fini pour aujourd’hui en attendant de vos nouvel
ton baux frère qui vous embrassent tout deux de grand cœur
M B.

Lettre de Gaspard.

Il a repris le travail immédiatement au retour d’une bien courte permission.
N’ayant pu rencontrer son frère Claudi à cette occasion, il lui propose un rendez-vous à Moulins.

le 27 Xbre 1915
Chère femme et chère fille
Deux petits mots pour vous dire que je suis arrivé a Moulins a bon port et toujours en bonne santée
Je suis arrivé a 11 heures trente et j’ai fait m’a demie journée du soir malgré que j’en avais pas l’envie
je ne vous ait pas écrit le soir car j’avais trop envie de me reposer tout ce que j’ai régret dans mon voyage c’est de n’avoir pas pu déjeuner avec mon frère dites lui donc de partir de Ferrières sanmedi par le train de midi 40 il seras a Moulins vers les cinq heures du soir et nous souperons ensemble car il ne partira de Moulins qu’a une heure du matin j’aurais bien des choses a lui dire
Enfin chérie je suis bien content de mon petit voyage malgré qu’il soi été bien court et bien pénible une autre fois je rencontrerai peut-être mieux
Allons bien chère petits femmes je termine pour aujourd’hui en vous embrassant mille fois bien fort celui qui vous aime de tout cœur Morel Gaspard

Lettre de Gaspard.

Il maintient le projet de rencontre avec son frère Claudi à Moulins.

Moulins le 29 Xbre 15
Chère petite femme
Vous avez due trouver bien le temp long pour le retard que j’ai mis a vous écrire, excusé moi et surtout ne m’en voulez pas je vous oublie pas je suis toujours en bonne santée et j’espère que vous en soyez de même
Veuillez donc me donner des nouvelles de mon frère Claudi et me dire le jour qu’il va passer a Moulin et s’il viendra me voir s’il faut aller l’attendre a la gare je serez très content de passer un moment avec lui il a du ne pas être content de ne pas me trouver dimanche
Allons mes chéries dites moi donc bien des petites choses sitôt que j’aurais l’occation d’avoir une autre petite permission je retournerai vous voir
Pour aujourd’hui je termine en vous embrassant mille fois bien fort bien le bonjour a Françine* et a tous les amis.
Votre tout dévoué mari et papa qui vous aimes Morel G

* Francine. épouse de son cousin Antoine Lagnieu.

Lettre de Gaspard.

Il adresse ses vœux de bonne année en la souhaitant meilleure que celle écoulée.
Il est rassuré de savoir la maison fournie en bois . . . qui reste à débiter.
Son rendez-vous avec son frère Claudi se prépare.

Moulins le 30 Xbre 1915
Chère femme et chère fille
Je m’empresse de vous écrire deux mots pour vous souhaiter une bonne et heureuse meilleure que celle qui vient de s’écouler.
Oh combien mes chéries je serais été heureux de vous la souhaiter de vive voix et pouvoir vous embrasser bien des fois comme il en est pas ainsi il faut espérer que l’année prochaine nous serons plus heureux et que nous pourrons nous la souhaiter de vive voix.
Je suis très heureux mes chéries de vous savoir fournies de bois, au moins je serez sur que vous n’aurez pas froid tu n’auras chère femme qu’à prendre deux hommes une journée ça te coutera moins chers que de gueniller à tout moment
si mon frère ne prend que le train de midi 40 a Ferrières il vas pas arrivé a Moulins avant cinq heures du soir enfin je tacherai toujours de le voir et de passer un petit moment avec lui.
Allons chéries je termine je me porte toujours bien et j’espère que m’a lettre vous trouvera de même encore une fois bonne et heureuse année bonne santée et recevez de celui qui vous aime mille bons baisers.
Morel Gaspard

A suivre.

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