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Lettre de Gaspard.
Son cousin boulanger est mobilisé comme lui à Moulins, ils pourront donc se voir aisément.
Il s’inquiète fort de la situation de ses deux frères Claude en plein combat.
Moulins le 1er mars 1916
Chère femme et chère fille
Vite deux petits mots pour vous dire que je suis toujours en bonne santée et je désire que m’a lettre vous trouve de même.
Chères petites je joint ce petit bout a m’a lettre car voici deux jours qu’elle est faite je l’avais donnée pour la faire partir et vite ce soir je la porte a la gare
hier soir le cousin mitron* est venu me voir a m’a pension il se porte bien mais le temp lui dure de ne pas recevoir des nouvelles de Françine** je suis très content qu’il est a Moulins car nous pourrons nous voir
Chère petite veuillez donc me dire si vous savez des nouvelles de mes deux frères*** les deux pauvres malheureux ils sont a l’ataque
Pour aujourd’hui je termine m’a lettre en vous donnant mille bons baisers votre tout dévoué mari qui vous aime et pense a vous
Morel Gaspard
| * le cousin mitron. Antoine Lagnieu, boulanger de Lavoine. Remobilisé après une maladie, il est affecté à Moulins. ** Françine. Francine épouse d’Antoine Lagnieu. *** mes deux frères. Claude dit le Dode et Claudi dit le Jeune. |
Lettre des frères Claude à Claudia.
Maintenus près de Reims, dans la boue, sous la pluie ou la neige, ils ont échappé de peu à l’enfer de Verdun.
Ils redisent leur lassitude et leur souhait de voir la fin des combats avec l’aide de Dieu.
Dans l’immédiat, ils ne peuvent espérer une proche permission et sont sans nouvelle de leurs frères.
Le 1er Mars 1916
Cher belle sceur et nies
Je fais réponse a votre lettre qui nous a faits un grand plaisir de savoir de vôt nouvelles en meme temp pour vous en doner des nôtres qui sont toujour bonne pour le moment et nous désirons de grand ceur que notre lettre vous en trouve de même telle qu’il nous quitte
Cher belles seur et nies nous sommes en ce moment en première ligne en train de vaiyer (surveiller ?) çes modit boches et nous trouvons encore les nuits bien long les pier dans la boût et dans leau il y a plus de nieges voila 3 jours et il tonbes de leau de temp en temp nous avons toujour les souyers mouyée et les pier pas chaut enfin malgré tout sa on nest encore contemp çar si on naver restent 12 heures de plus en nerrières les autot nous transportent du côtent de Verdin dans une grande batailles qui durre voila 9 jour
je ne c’est pas ce que sa va faire si sa décidera quelque choses ou pas mais sa serent bien temps çar tout le monde en non souper de cette triste geurre
au vivement que tout sa finis pour tous rentres chacun dan nôt petite familles si on na le bonheur enfin il faut toujour vivres en nesperrensse avec laide de Dieu et la Ste Vierge on verra petétre la bout de tout
cher belles seur et nies pour les permissions il ne faut pas matendre encore car le premier tour a ma compagnie n’est pas commencé encore et çes ceux qui con étais sur le fron qui pare les premier et mon tour n’est pas la encore Je désirent plus tos dire que mon tour arive que la geurre finis et partire pour la bonne
enfin cher belles seur et nies je va vous çuitent pour aujourd’hui en vous donent nôt maihieurs a mitier et des millier de bon baisser de tout notre ceur
vôt deux beaus frères et oncl pour la vie
Nous voila déjà quelque jour con na pas resut de nouvelle de nôt deux frères*
| * nôt deux frères. Gaspard et Bonnet. |
Historique du 298è Régiment d’Infanterie.
Dans le secteur du Godat à 14 kilomètres au nord-ouest de Reims.
Carte-lettre de Bonnet à Claudia et Célina.
Il aura passé tout l’hiver dans les tranchées en Alsace où le mauvais temps sévit encore.
Historique du 53è bataillon de chasseurs alpins,
Le 7 novembre vient relever à Sondernach* où il restera jusqu’au 8 mars 1916.
| * Sondernach à 27 km au sud-est de Colmar. |

- Soissons Le Godat
Le 3 mars 1916,
Cher belle sœur et nièce
Je vien a vous pour vous donnez de mes nouvel que Je suis toujour en bonne santée en désirent que vous en soyer de même
Je suis toujour au même endroit et il y a toujour de la neige et sa ne fait pas encore bien chaud
Je fini en vous donnent mes méllieur amittiers sincères
M. B.
Morel Bonnet 53è Bat(aillon) de chas(seurs) alp(ins) 8è compa(gnie). Secteur postal n° 141
Lettre de Claudia et Célina.
Elles font suivre à Gaspard une lettre rassurante des frères Claude.
Un jeune voisin ferait partie des rescapés du naufrage d’un transporteur de troupes (voir ci-dessous : Arrêt sur image « Naufrage du Provence II »).

- Des nouvelles du Petit Michaud
- Extrait de la lettre du 4 mars.
Lavoine le 4 mars 1916,
Chère mari et papa
Nous venons à toi pour te dire que nous sommes toujours en bonne santé et nous désirons de tout cœur que tu en sois de même.
Bien cher petit ami nous venons de recevoir des nouvelles de tes deux frères Claude et ils se portent bien et pour mieux te rassurer. nous allons t’envoyer leur aimable lettre et tu verras mieux ce qui se passent vers eux autres.(ci-dessus lettre du 1er mars.)
Cher mari et papa nous sommes très heureuses d’avoir reçu des nouvelles de tes frères et ils nous dissent qu’il y a longtemps qu’ils n’ont pas reçu de tes nouvelles et de celles du frère* mais nous allons leur récrire de suite pour leur en donner.
Cher petit ami chez nous, cette nuit il y a encore tombé de la neige et il y en a encore beaucoup.
Allons cher petit ami il n’y a plus grand nouveaux à t’apprendre pour aujourd’hui tous les parents et amis se joignent à nous pour te donner bien le bonjour.
Cher mari sur ta réponse tu nous diras si tu as revu le cousin Mitron et quand tu auras l’occasion de le voir tu lui donneras bien le bonjour de notre part.
Cher ami, le petit Michaud le jeune qui s’appelle Maurice (?) s’est trouvé dans ce vaisseau qui a coulé et qui allait a Salonique mais aujourd’hui nous avons vu sur le journal qu’il se trouvait dans la liste de ceux qui avait été sauvé.
Enfin bien cher petit ami en attendant l’heureux jour de nous revoir nous terminons en t’embrassant des milliers de fois bien fort et de tout cœur.
Nous sommes pour la vie tes deux bien chers petites femmes qui t’aiment et ne t’oublient pas.
Claudia et Céline Morel.
| * du frère. Bonnet. |
Arrêt sur Image.

- Le paquebot Provence II
Le dramatique naufrage du Provence II, torpillé le 26 février 1916, a eu un retentissement considérable jusque dans les moindres villages.
Le paquebot, transformé en transport de troupe, comptait 400 hommes d’équipage et 2 000 militaires. Il a été coulé par un sous-marin allemand au large de la Grèce, alors qu’il se rendait dans les Dardanelles.
870 hommes ont été sauvés. La liste plus ou moins complète des rescapés a été publiée dès le 3 mars 1916 dans la presse, dont le Figaro, l’Humanité, l’Illustration, Le Matin, Ouest-Éclair, le Petit Parisien et Le Temps, mais aussi dans la presse locale.
Contrairement à Claudia et Célina, je n’ai pas trouvé trace de Maurice Michaud dans les listes que j’ai pu consulter sur BnF Gallica.
La Gazette s’est intéressée à ce naufrage sous la plume de Monique Auffret :
Le torpillage du croiseur auxiliaire Provence II
Lettre de Gaspard.
Alors que les combats s’intensifient, il est rassuré par la récente lettre de ses deux frères Claude transmise par Claudia, mais il reste inquiet sur le sort de Bonnet.
A l’atelier, la charge de travail est écrasante, il faut bien s’y soumettre. Dimanche, il a passé un moment agréable avec le cousin Mitron.
Moulins le 7 mars 1916
Chère femme et chère fille
Je m’empresse de faire réponse a votre aimable lettre qui m’a fait grand plaisir de vous savoir en bonne santé pour quand a moi je me porte toujours bien pour le moment et je désire que m’a présente vous trouve de même
Chères petites, vous m’avez fais plaisir aussi de m’envoyer des nouvelles de mes deux frères car j’étais fort inquiet il me reste encore Bonnet mais j’espère bien que lui aussi il ne seras pas engagé dans cette terrible lute mais malheureusement ce n’est pas finit.
Allons mes chéries voici encore un autre carnaval que nous ne passerons pas ensemble cela m’est bien dur quand même mais il faut bien s’y résignier je n’ai même pas pour le moment le temp de vous écrire je travaille jusqu’a 13 heures par jour et il ne fait pas chaud a Moulins Il neige aussi mais elle ne reste pas
Mes chéries le cousin Mitron est venu me voir dimanche soir a m’a pension et nous avons passer un petit moment ensemble il a beaucoup de travail lui aussi mais il se porte bien il est plus gras que moi il vous envois bien le bonjour
Allons pour aujourd’hui je vous quitte en attendant le plaisir d’aller vous voir dans quelques jours je ne vois pas grand nouveau a vous dire je vous embrasse mille fois bien fort votre mari et papa qui pense a vous mille fois du jour
Morel Gaspard
Lettre de Gaspard.
Il avait espéré fêter les Brandons* en famille, la surcharge de travail ne le permettra pas. Il a pu à nouveau rencontrer son cousin Mitron.
Il s’inquiète du façonnage du bois de chauffage à la maison.
| * Brandons. Fête qui avait lieu le premier dimanche de Carême. On allumait de grands feux et on dansait autour. |
Moulins le 10 mars 1916
Chères femme et chère fille
Deux petits mots pour vous donner de mes nouvelles qui sont toujour bonnes pour le moment et je désir que m’a lettre vous trouve de même.
Chères petites amies toute la semaine je songé a allez vous voir dimanche avec Mr Demaillet* mais aujourd’hui je vois que cet impossible car il faut que je travaille les soirs jusqu’à sept heures et demie du soir et je n’ai personnes pour me remplacer et le travail presse beaucoup
Je me contenterai donc de vous dire de bien faire les brandons et sitôt que je pourrais m’absenter j’irai vous voir. aujourd’hui j’ai vu le Mitron il se porte toujour bien.
Mes chéries je suis bien inquiet aussi commant vous pouvez faire avec ce froid pour couper votre bois tâcher donc de trouver quelqu’un pour vous le couper ; allons bien chères petites pour ce soir je vous quitte en vous donnant mille bons baisers.
Votre bien dévoué mari qui vous aime et vous embrasse bien fort
Morel G
Bien le bonjour aux parents et amis
| * Mr Demaillet. Jean Demaillet. Employé de la gare de Lavoine. Colocataire de Gaspard, tous les deux exemptés, ils sont affectés dans la même entreprise Mercier. |
Lettre des frères Claude à Claudia et Célina.
L’hiver sévit encore durement. A l’écart des plus violents affrontements, ils sont depuis peu dans les tranchées de 2e ligne où monter la garde sous la neige reste une épreuve.
Historique du 298è Régiment d’Infanterie.
Le 10 mars, l’ennemi bombarde violemment tout le front du régiment ; l’ouvrage de Malakoff occupé par la 21è Cie est particulièrement visé : plus de 1200 torpilles écrasent cet ouvrage.
Vers 20 heures, une forte reconnaissance allemande attaque nos postes avancés, mais subit un échec complet.
Le 10 Mars 1916
Cher belle sœur et nies
Je fais réponse a vôtres lettre qui nous a bien fait plaisir de savoir de vos nouvelles et de ceux du frère Gaspard car voila lontemp qu’il nous a pas écrit
et nous aussi nous sommes toujour ten bonne santer pour le moment et on désirrent de grands ceur que notre lettre vous trouve de même telle qu’il nous quitte.
cher belles sœur et nies nous sommes toujour en trancher nous avons passé 12 jours en première ligne maitenent nous sommes en deuxième pour 12 jours aussi et çes bien a peupres la même chose
il y a que le servisse n’est pas sidur car on ne passe pas temp de nuit ni le travaille n’est pas sidurre
il fait quelque jour qu’il a geller et c’este nuit il a tonber de la nieges.
et cher belles sœur et nies j’aitent de garde et il na pas fait bien chaud çar c’était le vent du nord qui souflier et sa a tonber toute la nuit mais dans la journée il a un peux radouci la niege ne tiendera petetre pas lontemp
Cher belles sœur et nies, je ne voix pas bien grand chose a vous dire que c’este fin ne vient pas vite
on vous envoit pour aujourd’hui, on vous envoit nôt maiheur a mitier et des millier de grands baisser de tout nôtre ceur vôt deux beau frère et oncles pour la vie
Morel
Lettre de Gaspard.
Obtenir une permission reste impossible en raison de la charge de travail.
Il s’inquiète de la situation de Claudia et sa fille qui doivent couper elles-mêmes leur bois.
Le maintien de son affectation à Moulins est toujours incertain.
Moulins le 16 mars 1916
Chère femme et chère fille
Deux mots pour vous donner de mes nouvelles qui sont toujours bonnes pour le moment, et je désire de tout cœur que vous en soyez de même.
Chère femme dimanche dernier j’ai demandé la permission pour aller vous voir mais je n’ai pas pu l’avoir car le travail pressé trop je ne sait pas quand je pourrai en avoir une mais aussitôt que je pourrais j’irez vous voirs
J’espère bien mes chères petites que vous n’aurez pas trop enduré froid, mais c’est bien pénible pour vous de casser le bois. allons prenez courage voici les beaux jours qui se font sentir j’espère que la neige doit bien partir s’il fait beau a Lavoine comme a Moulins voici quelques jours qui fait un temps superbe a Moulins et je vous assure que j’en suis pas fâcher.
Mes chéries je suis encore a Moulins pour quelques temp l’on m’a dit aujourd’hui que nous en avions encore jusqu’au mois de mai après je ne sais pas où nous irions enfin c’est bien rare que je sois rappelé.
Allons mes chères petites femmes soignez-vous bien en attendans l’heureux jour ou nous pourrons êtres réunies pour toujours
Recevez milles bons baisers de votre bien dévoué qui vous aimes
Morel Gaspard
Lettre de Bonnet à son frère Gaspard.
Son bataillon vient de quitter les tranchées du secteur de Sondernach et après un long périple, sans avoir de répit, il occupe de nouvelles tranchées en Alsace. Des échos de la bataille de Verdun ne cessent de leur parvenir.
Il exprime sa lassitude et renouvelle son désir d’obtenir une exemption, tout en se résignant à son sort, comptant sur la protection divine. Il a reçu des nouvelles rassurantes.
Historique du 53è bataillon de chasseurs alpins.
Après ces 8 mois consécutifs de tranchée le bataillon revient dans la vallée et le 9 mars il embarque à Kruth, à destination des Vosges.
Le 53è, jusqu’au 12 juillet, occupe alors successivement les positions : Tête des Faux - Barrenkopf - Lingekopf où il subit des tirs de destruction systématiques très violents.

- Périple du 53è Bataillon de Chasseurs Alpins en Alsace.
| Sondernach -----> Burnhaupt 45 km ; Burnhaupt -----> Kruth 30 km ; Kruth -----> Tête des Faux 35 km ; Tête de Faux -----> Barrenkopf 15 km Bonnet aura donc fait plus de 125 km de marche pour revenir à 15 km du lieu initial. |
Vendredi le 17 Mars 1916
Mon cher frère
Je t’écrit ses deux mot pour te faire passez de mes nouvel que je suis toujour en bonne santée en désirand que tu en soit de même
cher frère j’ai changer de place et de secteur il y a 8 jour con n’est sorti de Sondernache (Sondernach) et nous avons eut 3 jour d’arrêt et il nous ont monté a Burnaupt (Burnhaupt) pour nous embarquer par les Vosjes (Kruth) pour nous ramenez encore en alsace a la tête du faux (Tête des Faux) voilà le repot qu il nous on donnez après avoir (fait ?) 4 mois de trancher il nous y ramène de nouveaux au trancher et je t’assure qu’ils nous ont (fait) ? faire quelque kilon (kilomètres) pour y allez
enfin cher frère le secteur a l’air pas mal tranquil sa ne barde pas trot pour le moment je peut te dire que voila bientot un mois con entend le roulement du canon du côter de verdun sa doit se passer quelque chose oh si ça nous pouvez arriver la fin de sette pénible guerre
cher frère au sudjet de mas demande j’ai rien vut encore j’ai bien l’envit de renouvelez une autre lettre de nouveaux tu m’écrit donnera un conseil comme il faut faire de suite car ce métier me dégoutte enfin il faut bien y prendre comme sa vient avec la patiense et l’aide de Dieu et la Sainte Vierge il y aura bien une fin
Cher frêre j’ai reçu des nouvel des deux frère et du baux fr(frère) Denis* il sont tous en bonne santée il sont toujour au même endroit et Denis et dans la somme (Somme)
pour le môment le temp nes pas trot mauvait sa ne fait pas bien froid dans ses montagne il y a toujour un peut de niege mais il part tous les jour
cher frère je termine mes deux mots pour aujourd’hui en atendant de tes nouvel a bientôt
ton frère qui t’envoit mes mellieur amittier sincères pour la vie
MB
Voila mas nouvel adresse
M B. 53e Bataillon de chasseur alpins, 8e compagnie
2e section secteur postal n° 184
| * deux frère(s) et du baux fr (beau-frère) Denis. Les deux frères Claude Morel et Denis Dépalle, époux de leur sœur Annette Morel. |
Carte-lettre de Bonnet à Claudia et Célina.
Simple signe de vie où rien n’apparaît de la dureté de la situation.
Le 18 mars 1916
Cher belle sœur et et nièce je vous envoit ses deux (mots ?) pour vous donner de mes nouvel que je suit toujour en bonne santée en désirand que vous en soiyer de même
cher belle sœur j’ai changer de secteur je suis toujour en alsace il y (a) toujour un peu de neige mais le temp nes pas trop mauvais ses jour ci.
Voila quelque temt que Gaspard mas pas écrit
enfin je fini ses deux mot en vous embrassent tout bien fort.
Votre baux frère pour (la) vie. M B.
Lettre des frères Claude à Claudia et Célina.
Ils s’apprêtent à passer en première ligne, mais circonstance plus favorable : le temps s’améliore.
Claude le Dode remercie sa nièce Célina qui a aidé son fils Gilbert à lui écrire une lettre.
Il espère obtenir prochainement une permission.
Le 19 Mars 1916
Cher belles sœur et nies
Je fait réponse a votre aimable lettre qui nous a fait un grand plaisir de savoir de vôt nouvelles et de seux de nôtre frère Gaspard çar voila déjas lontemp qu’il nous a pas écrit et nous on ne peut pas lui écrire çar on ne c’est pas son adraisse.
Quante a nous deux nous somme toujour a peupres en bonne santer pour le moment et nous désirrons de grand ceurs que nôtre lette nous trouve toujour en bonne santer aussi telle que nous le désirrons
Cher belle-sœur et nies, nous sommes toujours au même en droix en deuxièment ligne et demain on passe en première
voila quelque jour qu’il fait bien beau parvu que sa continue çar la pluis nous et pas bien agréables pour nous
cher belles seur et nies je va vous çuitent pour aujourd’hui en vous dônent nôt maiheure a miteir et des milliers de bon baisser de tout nôtre ceur
Vôt deux beau frère et oncle pour la vie
Morel
cher nies je suit très heureux de recevoir une petite lettre de mon petit Gilbert* et de voir que tu a prit temp de paine pour moi et pour mon enfant ( . . .) j’aisperre si nis a pas de changement sout peux que je pourrent te remercier de vive voix
ton oncle pour la vie
| * Gilbert. Âgé de huit ans, fils de Claude dit le Daude. |
Lettre de Claudia et Célina.
Une modeste foire aux bestiaux à Lavoine leur a permis d’avoir quelques clients.
La terrible bataille de Verdun a des retentissements jusqu’au village, trois voisins en reviennent grièvement blessés. Elles se réjouissent de savoir Gaspard à l’écart du danger.
Lavoine le 21 mars 1916,
Bien cher mari et papa
Nous venons a toi cher petit ami pour te dire que nous sommes toujours en bonne (santé) et nous désirons de tout cœur cher ami, que tu en sois de même et que tu es fait bon voyage
Cher petit ami hier nous avons eu une bonne foire à Lavoine, il y avait quatre vaches et quatre marchands et nous avons fait une bonne journée nous avons vendu pour 1 francs cinquante de café au 4 marchands qui sont venus nous trouver malgré que nous sommes détirées du champ de foire.
Cher petit ami hier et aujourd’hui il a fait bien moins beau que dimanche il a plu presque tout le temps mais ce ne sont que des giboulées de Mars.
Cher mari et cher papa on nous a dit que le Claude des Petit Dode (?) avait été blessé un pied, le neveu de la Prusienne (?), le Jacques est aussi grièvement blessé, il y en a un aussi de chez Chauny*, le mari de cette femme qui avait été mordue par un chien enragé qui a eu les deux jambes coupées, ils ont été blessé tous trois à Verdun.
Cher petit cœur, malgré qu’il nous est très dur que tu n’es pas auprès de nous, nous sommes tout de même heureuses de voir que tu n’es pas sur le front au risque des balles et des obus et tout ce que nous demandons c’est que tu puisses rester à Moulins jusqu’à la fin de la guerre et en attendant l’heureux jour où tu pourras avoir une autre petite permission nous terminons cher ami en t’embrassant mille fois bien fort et de grand cœur.
Ta bien chère femme et fille pour la vie et a bientôt de tes nouvelles.
Claudia et Célina Morel
| * chez Chauny. Probablement chez Chaunier, village de La Guillermie. |
Lettre de Gaspard.
Son retour de permission s’est bien passé. La desserte ferroviaire de Lavoine facilite grandement les déplacements.
Il a apporté un colis à son cousin. Il est déjà dans l’attente d’une autre permission et plus encore de la démobilisation.
Les pommes de terre de Claudia ont été appréciées.
| Pour en savoir un peu plus sur « Le Tacot Bourbonnais », cliquez sur le Pdf ci-dessous : |
Moulins le 22 mars 1916
Chère femme et chère fille,
Je m’empresse de vous écrire deux mots pour vous dire que j’ai fait bon voyage et je suis en bonne santée et je désire que m’a lettre vous trouve de même.
Je n’ai pas encore vu le Mitron* pour lui donner son colis, je crois bien qu’il viendra un de ces soirs.
Je vous promets mes chéries que je suis été content de mon voyage mais a présent le temps va me durer tant que je n’aurais pas une autre permission mais je voudrais que ce soi la grande permission mais il faut bien se contenter de ce que l’on a.
Je vous direz aussi que Mr Colas** a été content de mes pommes de terre car ils en ont pas de si belles.
Allons chéries je ne vois pas grand nouveau a vous dire pour le moment qu’il faut bien vous soignier et en attendant l’heureux jour de la délivrance pour tous recevez mille bons baisers de celui qui vous aimes et vous embrasse milles fois bien fort votre tout dévoué mari et. papa.
Morel Gaspard
| * le Mitron. Son cousin, Antoine Lagnieu, boulanger de Lavoine. ** Mr Colas. Son logeur. |
Lettre de Claudia et Célina.
Elles ont des bonnes nouvelles des trois frères de Gaspard au front.
La mère et la fille se distraient tout en veillant sur leur approvisionnement en bois.
Lavoine le 23 mars 1916
Cher petit mari et papa
Nous nous empressons de répondre à ton aimable lettre que nous venons de recevoir et qui nous a fait un grand plaisir. Pour quant à nous deux, nous sommes toujours en bonne santé et nous désirons de tout cœur que tu en sois de même.
Bien cher petit ami en même tant que ta lettre nous avons reçu des nouvelles de tes deux frères Claude et ainsi que de Bonnet et ils sont tous les trois en bonne santé Claude* nous dit qu’il espère venir en permission dans sous peu.
Cher petit mari et papa aujourd’hui jeudi pour nous distraire un peu nous sommes allées faire un petit tour vers notre lot de bois**, nous avons fait une bonne petite promenade et en revenant nous avons apporté chacun un petit fagot de balais secs pour allumer notre feu et nous ne faisons que d’arriver.
Cher petit ami aujourd’hui il a fait une belle journée et il ne faisait pas froid mais je crois que demain il ne fera pas si beau car le temps est menaçant.
Allons bien cher petit cœur nous ne voyons pas grand chose a te dire et en attendant le jour où la grande permission nous terminons en t’embrassant des milliers de fois bien fort ta bien chère petite femme et fille qui t’aiment et pensent à toi.
Claudia et Célina Morel
| * Claude. L’aîné des deux frères, dit aussi Le Dode. ** notre lot de bois. Pratique de l’affouage qui, chaque année, attribue aux habitants une coupe dans les bois communaux. |
Lettre de Bonnet à Claudia et Célina.
Le chasseur aipin rappelle son changement de secteur et les épreuves du cheminement qui l’ont mené dans de nouvelles tranchées. (voir lettre du 17 mars)
Il est heureux d’avoir reçu des nouvelles de ses frères, tout en en déplorant la situation de guerre où ils sont plongés. Avec l’aide divine il espère en voir la fin.
Jeudi le 23 mars 1916
Mas cher belle sœur et nièce
Je fait réponse a votre lettre qui mas fait un grand plaisir de savoir de vos nouvel et les nouvaux du pays pour quand a moi je suit toujour en bonne santée en désirent que vous en soiyer de même
cher belle sœur et nièce j’ai changer de place et de secteur je suit maintenant du coter de la Loraine tout pres des Vosges et je tassure quil nous on fait cheminez et des kilomètres dans les pates pour allez rejoindre se nouvaux secteur il nous on que donnez 3 jour d’arêt et nous voila de nouvaux au trancher et voila bientôt cinq mois con ny est enfin chère belle sœur et nièce si la fin de sette pénible guerre finissez abientôt
enfin le secteur pour le moment et assez tranquil pourvu que sa dur jusque la fin il y avez encore assez de niege quant on a monter mais ses temt ci il est presque toute parti sa ne fait pas trot froid et nous voila au baux jour
cher belles sœur et nièce mon frère Gaspard mas écrit hier en me donnant de ses nouvel pour des nouvel de mes deux autres frêres voila déja quelque jour que je n’est point reçu enfin vous m’end donnez je suit très content de savoir qu’il sont toujour en bonne santée eux aussi car ses bien triste de se voir tous dans une pariel situassion mais enfin sa finira bien un jour avec l’aide de Dieu et la sainte Vierge.
Je fini pour aujourd’hui car cher belle soeur et nièce je ne peut pas tout vous expliquer en vous donnant a tout deux mille gros baiser de tout mon cœur.
MB
Voila mas nouvel adresse
M B. 53e Batallion de chasseurs alpin 8e compagnie
2e section secteur postal n° 184
Lettre de Gaspard à Claudia et Célina.
Il vient de leur adresser un colis de semences potagères avec un petit cadeau pour Célina.
Moulins le 25 mars 1916
Chère femme et chère fille,
A l’instant j’arrive du travail et je m’empresse de vous transmettre ces deux petits mots pour vous dire que je suis toujours en bonne santée et je désire que m’a lettre vous trouve de même.
Chères femmes j’ai expédiés tes oignons avec salade racine graine de poireaus radis et chou rave dans une petite boîte a poivre en même temps, tu trouvera des oignons échalotte.
Et toi chère Célina,il y a un petit cadeau pour (toi) tu me diras sur ta prochaine lettre si j’ai eus bon gout
Je termine pour aujourd’hui en vous envoyant milles bons baisers.
Votre bien dévoué mari et papa qui vous aime.
Morel G
Votre colis sera a la gare dimanche soir et vous pourrez aller le chercher Lundi
Lettre de Claudia et Célina.
Un frère, Claude le Dode, est en permission à Lavoine. Une rencontre avec Gaspard serait-elle possible à Lavoine ou à Moulins ?
Lavoine le 29 mars 1916
Cher mari et, cher papa
Nous venons à toi pour te donner de nos nouvelles. Nous sommes toujours en bonne santé et nous désirons de tout cœur que tu en sois de même.
Cher petit ami ton frère Claude est venu en permissions pour six jours il est arrivé hier matin par le train du matin qui vient jusqu’à Matichard* et que tu as pris quand tu es venu. Aujourd’hui il est venu nous voir et il est resté toute la journée avec nous
cher petit ami il serait très heureux de te voir et il nous a dit que si tu pouvais venir dimanche qu’ il serait bien content mais si tu ne peux pas récrit nous donc de suite pour nous dire où il faudra qu’il aille te trouver mardi et quelle train qu’il faudra qu’il prenne pour que tu sois mieux disponible car il doit repartir mardi.
Cher mari et cher papa hier matin il est tombé un petit peu de neige mais le soir il n’y en a plus eu et il ne faisait même pas bien chaud mais aujourd’hui il a fait un peu moins froid.
Allons bien cher petit mari et papa pour aujourd’hui nous ne voyons plus bien grand chose à te dire pour aujourd’hui et tâche donc de nous récrire de suite et en attendant de recevoir de tes nouvelles nous terminons en t’embrassant des milliers de fois bien fort. Ta bien chère petite femme et fille qui t’aiment et pensent à toi nuit et jour.
Claudia et Céline Morel.
| * Matichard. Village de Lavoine. |
Lettre de Claude le Jeune à son frère Gaspard.
Le hasard a amené les deux frères Claude du 298è R.I. sur un secteur occupé précédemment par le régiment de Gaspard, le 104è R.I.T. Claude le Dode bénéficie d’une permission.
Dans l’immédiat le secteur est assez calme et le temps agréable.
Jeudie le 30 Mars 1916
Chère frère
Je fait réponse a ta lettre que j’est resu hière le soir avec plésir de savoire de t’est nouvelles et surtou que tu est toujour en bonne sentez pour le moment.
qu’en (à) nous chère beau frère* nous some toujour en bonne santez pour le moment est on désire bien que notre lettre te trouvera de même.
Chère je man vais te dire que mon frère** ses en nalée dimanche pour la deusième foit pour six jours
Cher frère je te direz que nous some toujour dans le même secteur on fait 15 jours en première ligne et 15 jours en deusième on vas en repos a cotée du Bois a longer (Bois allongé) puisque tu a ocupé le secteur tu dois savoir lan droit je te direz que le secteur est ases tranqu’il pour le moment je te direz qui fait un jolis temp pour le moment sa fait bien beau temp
Cher frère je ne vois plus grand chose a te dire pour aujourd’hui je finis mas lettre en temp brassant de tout mon cœur ton frère qui t’aime pour la vie
Morel
| * beau frère. sic, il s’adresse à son frère Gaspard. ** mon frère. Claude le Dode. |
J. M.O. du 298è Régiment d’Infanterie : 30 mars Le Godat-Hermonville, 3 avril Le Godat-Hermonville.
Le 5è Bpn occupe alors les emplacements suivants : 18è et 20è à Bois allongé.
Voir ci-dessus, la carte du 1er mars.












16/ La Grande Guerre et les Morel de Lavoine : correspondance familiale et témoignage historique.