www.histoire-genealogie.com


----------

Accueil - Articles - Documents - Chroniques - Dossiers - Album photos - Entraide - Testez vos connaissances - Serez-vous pendu ? - Éditions Thisa


Accueil » Articles » Chroniques de nos ancêtres » L’énigmatique dégothification du seing de Xavier Baumgarth

L’énigmatique dégothification du seing de Xavier Baumgarth


vendredi 7 février 2020, par Marie-Claire Ancel, Michel Baumgarth

Répondre à cet article

Les signatures de nos ancêtres

Les traces les plus personnelles laissées par nos aïeux sont leurs signatures apposées sur les actes d’état-civil par ceux qui savaient peu ou prou écrire ; étonnamment elles n’ont guère inspiré les généalogistes ni même les philologues et autres lexicologues. Nous avons longuement cherché sur Internet, mais nous avons dû nous rendre à l’évidence : nous n’avons trouvé aucun mot pour désigner la discipline qui traiterait de l’étude et de l’analyse des signatures.

En fait, celles-ci ne semblent intéresser que ceux qui sont atteints de la bizarre manie de la collecte compulsive des autographes de soi-disant célébrités.
Certains férus de généalogie leur ont quant même trouvé un modeste usage subalterne : comme les photographies, elles servent à l’illustration de leur arbre.
Mais, au delà de cette touche décorative et néanmoins affective, n’y aurait-il rien d’autre à tirer de ces paraphes que la confirmation de l’illettrisme de membres de notre parentèle révélé par leur graphisme laborieux ou par leur absence avec la classique formule « qui dit ne savoir signer » ?

Thierry Sabot a préconisé d’en faire un outil [1] pour gagner un temps précieux dans la recherche de la présence de membres de notre famille comme témoins dans les actes d’état-civil : une signature connue est en effet beaucoup plus repérable en bas de l’acte que le patronyme perdu dans la masse du texte.

Quant à nous, nous avons déjà publié deux articles dans la Gazette qui ont utilisé les signatures pour mener à bien nos enquêtes [2] ; aujourd’hui nous vous proposons une énigme que nous n’avons pas su résoudre ; saurez-vous être plus perspicaces que nous ?

Les deux seings de Xavier Baumgarth…

Dans notre dernier article « Jean, fils de personne » le test de comparaison des signatures a été décisif pour la résolution de l’énigme ; mais, bien que nous n’avions aucune réticence quant à leur authenticité et à leur auteur, un petit rien indéfinissable nous empêchait d’être tout à fait sereins ; à la longue, nous avons fini par découvrir ce qui nous perturbait : le U dans le paraphe de Xavier n’était pas surmonté de l’accent qui pendant au moins 128 ans fut d’usage dans les actes d’état-civil alsaciens de notre famille.

Nous avions raconté la découverte de cet étonnant accent dans notre article « Mettez l’accent sur les signatures » et des lecteurs de la Gazette nous avaient donné l’explication de sa présence : dans l’écriture cursive gothique en usage en Alsace, les graphismes du M, du N et du U sont très voisins et ces lettres sont donc facilement confondues surtout lorsqu’elles sont mitoyennes et liées ; l’accent permet d’identifier le U :

Dans la troisième génération des descendants du fondateur de la famille, nous avions retrouvé cette signature accentuée, apposée par les trois-quarts des Baumgarth.

Notre Xavier était l’un de ces arrière-petit-fils du patriarche ; mais quid de son paraphe ?

Une vérification s’imposait et son mariage le 11 juillet 1831 à Huttenheim nous fournit la réponse :

L’accent était bel et bien présent à la noce, mais il n’en existait plus aucune trace sur les onze signatures que nous avions comparées dans notre précédent article !

Deux questions s’imposèrent immédiatement à nous : de quand datait cette étrange mutation et quelle en était la motivation ?

Il nous fallait être exhaustif quant aux paraphes de Xavier et nous avons complété notre collection en l’étendant à toute son existence [3] et en recherchant les actes dans lesquels il fut seulement témoin.
Au total, nous avons colligé 31 actes dont voici le classement chronologique :

Les 14 signatures jusqu’en 1848

De son mariage en 1831 à Huttenheim à la naissance de son 9e enfant en 1848, il apposera quatorze signatures [4] qui sont manifestement inspirées de l’écriture cursive gothique ;

La juxtaposition des lettres du patronyme Baumgarth en cursive gothique donne :

Les 17 signatures d’après 1848

À la naissance de son dixième enfant le changement est radical et persistera toute sa vie : l’accent sur le U a disparu [5], le B initial et le H final sont totalement différents, les empattements du M qui étaient anguleux se sont arrondis et le R est devenu bien délié. Manifestement l’écriture gothique a été abandonnée au profit du graphisme en usage dans les autres provinces françaises.

La cursive gothique, bête noire du généalogiste amateur à la recherche de ses racines alsaciennes :

La cursive gothique a sévi jusqu’en 1941 en Alsace et ce n’est pas par compassion pour les généalogistes qu’Adolf Hitler l’a supprimée : il venait d’apprendre avec horreur que le créateur des caractères qui faisaient la fierté du Grand Reich était juif. L’histoire ne dit pas si le Führer en fureur fit mettre au pilon les invendus de son best-seller « Mein Kampf ».

Pour le béotien en graphisme gothique, l’abord des actes est grandement problématique et épuisant : la transcription des noms et prénoms est difficile et parfois même hasardeuse ; il n’est pas évident de découvrir que derrière

Les quatre couples nom-prénom ci-dessus sont tirés de tables décennales et sont donc le résultat de l’écriture habituelle du rédacteur ; on imaginera sans peine ce que cela devient dans le contexte de leur personnalisation en signature…

Pour tenter de faire comprendre cette difficulté à ceux de nos lecteurs qui n’ont pas l’heur (bon-heur et/ou mal-heur) d’avoir des ancêtres alsaciens, nous leur proposons ce petit florilège de signatures gothiques de trois mariages :

Pendant la période de l’annexion allemande 1871-1918, les difficultés liées au graphisme gothique ont été singulièrement aggravées par le changement de langue officielle dans les actes puisque la traduction nécessite au préalable une épuisante transcription du texte.

Parfois l’usage de la cursive gothique nous plonge dans une situation qui frise le mimétisme ; ainsi dans nos recherches familiales, nous avons croisé à de multiples reprises des familles BANNWARTH qui ont ralenti nos démarches : nos deux patronymes ont des consonances assez voisines et se composent tous les deux de 9 lettres dont les deux premières et les quatre dernières sont identiques ; mais il ne s’agit pas de variantes onomatisques car leurs étymologies sont bien différentes : baum (= arbre ) et garten (= jardin), donc pépiniériste pour nous, bann (= le territoire de la commune) et warth (= gardien), donc garde-champêtre pour eux. Dans notre graphie usuelle le risque de confusion reste modéré, tandis qu’en cursive gothique, il est majeur lorsque les lettres sont liées entre elles :

comme le montre la comparaison suivante :

Pour un œil non exercé, la méprise [6] est imparable ; avec l’habitude, la différenciation se fait sur l’accent qui surmonte le u de Baumgarth et qui n’existe évidemment pas sur le premier n de Bannwarth.

La question du « quand ? » est résolue ; il reste celle du « pourquoi ? »

Le fait est patent : entre les mois de juin 1848 et de décembre 1849, Xavier a brusquement et définitivement troqué sa signature gothique contre une autre d’obédience non germanique ; il restait à trouver sa motivation pour cette étrange mutation. Notre réflexion fut d’emblée obnubilée par une interrogation : ce « hiatus dégothifiant » était-il l’apanage de la carrière scripturale du seul Xavier ou bien se retrouvait-il chez des alter ego ?

Mais la recherche de la réponse à cette question nous engageait vers un travail titanesque et nous avons opté pour une approche indirecte beaucoup plus réaliste en lui substituant celle-ci : le taux de signatures « gothiques » a-t-il subit une variation notable après 1848 ?

Nous avons testé notre option en l’appliquant d’abord à l’état-civil de Friesenheim et en commençant par la seconde période (= après 1848). Ce choix n’était certes pas rationnel puisque Xavier n’en était ni natif ni résident ; mais la curiosité et la paresse l’ont emporté sur la logique puisque Friesenheim, le berceau de la famille, comptait encore de nombreux Baumgarth mâles et seulement 689 habitants, tandis qu’Huttenheim n’abritait que la seule famille de Xavier, mais recensait 2186 âmes.

Bien nous en a pris car nous avons constaté avec étonnement que les graphes gothiques étaient la règle souffrant de bien rares exceptions [7] ; cela nous dispensait donc d’allez explorer la situation d’avant 1848.

Toutefois nous avions grand scrupule à conclure à l’absence de changement sur ces seuls résultats car une objection majeure pouvait nous être faite : Friesenheim n’était qu’un village à vocation exclusivement agricole, tandis qu’Huttenheim était un bourg dont l’économie reposait aussi en grande part sur l’usine de filature de coton [8]. Il nous fallait tenir compte de cette forte composante ouvrière, facteur favorisant de changements des us et coutumes et ce d’autant plus que la révolution de 1848 venait de se terminer.

Nous avons donc repris notre étude des signatures dans l’état-civil d’Huttenheim ; mais une difficulté imprévue se présenta : à notre grande surprise deux signatures (non gothiques) étaient omniprésentes. Il nous a donc fallu éliminer l’influence délétère de ces deux indésirables [9].

Entre le 4/8/1838 et 19/1/1858 Jean François FELTZ, instituteur, mit sa griffe 607 fois sur les 1590 actes de ces 20 années ; la dernière datait seulement de 6 jours avant son décès.

Du 6/7/1849 au 27/2/1871 Xavier BRAUN, veilleur de nuit puis agent de police, apposa son paraphe 814 fois sur les 2717 actes de cette période !!!

Cette pléthore de signatures s’explique sans doute par leurs fonctions : l’un était instituteur et donc probable secrétaire de mairie ; l’autre était agent de police [10] et donc très proche de la mairie, tant dans l’espace que dans son activité professionnelle.

Néanmoins, cela n’explique pas la présence de l’un ou l’autre compère comme témoin dans 94 mariages puisque ce rôle est habituellement dévolu à un ami très cher ou à un proche parent.

De même, il est étrange que le duo soit fréquemment uni

Face au problème posé par cette exubérante collection, nous n’avons pas trouvé d’autre échappatoire que la simple exclusion de ces deux signataires dans nos statistiques.

Cette éviction réalisée, le taux de paraphes gothiques atteignait respectivement 90% pour la période 1845-1848 et 87% pour celle de 1849 à 1856 ; compte tenu des approximations de notre méthode, ces nombres ne nous paraissent pas significativement différents entre eux ni même différents des 92% trouvés pour Friesenheim et nous sommes donc enclins à considérer qu’il n’y a pas eu de modification notable de la répartition des signatures de la population dans la décennie suivant la révolution de 1848.

La mutation de signature de Xavier apparaît donc comme un phénomène isolé dans un monde stable : au niveau régional, les données géopolitiques [11] n’ont subi aucun changement notable dans cette période ; au niveau local, la commune d’Huttenheim (où la famille était installée depuis plus de 17 ans) n’a pas connu de modification sensible. Quant à Xavier, rien n’indique un changement dans son statut professionnel et social et sa vie familiale s’est écoulée en une désespérante et routinière succession de naissances et de décès de sa progéniture.

Force nous est donc de constater que notre sagacité a été prise en défaut : notre enquête ne nous a livré aucune esquisse de piste pour tenter de résoudre cette énigme.

Et vous, saurez-vous être plus perspicaces ?

Pourtant en dépit de notre échec, nous ne regrettons pas nos efforts car cela nous aura permis d’évoquer la cursive gothique et d’attirer votre attention sur l’intérêt potentiel des signatures.

*****

Addendum : L’étonnante longévité de la cursive gothique alsacienne

L’histoire des deux seings de Xavier est terminée (sauf si vous avez des idées…) ; mais, à la réflexion, nous n’en avons pas encore fini avec la cursive gothique…

Nous avons été extrêmement étonnés de découvrir que le style cursive gothique était très largement majoritaire et presque quasi la règle des signatures des habitants de Friesenheim et Huttenheim (donc très probablement de nos villages alsaciens ) en ce milieu du 19e siècle.

L’existence de cette graphie si particulière dans les paraphes ne peut s’expliquer que comme la conséquence de l’usage bien ancré de la cursive gothique dans la pratique de l’écriture courante.

L’état-civil nous ayant servi de fichier pour le recueil de ces signatures, il faut remarquer que cela induit de facto un décalage d’une à deux décennies entre la conception des paraphes au cours de l’adolescence de leurs auteurs et leur apposition dans les actes lorsque ceux-ci sont parvenus à l’âge d’être témoin ou marié. On peut-donc en déduire que l’écriture en cursive gothique était la règle trois décennies après la prise de la Bastille. Il est fort étonnant que ce particularisme régional ait aussi bien survécu à la tourmente révolutionnaire et à l’obsession administrative de Napoléon.

Plus étonnant encore, il faut remarquer que cette graphie avait au préalable survécu sans dommage aux 140 années d’intégration de l’Alsace au royaume de France (le traité de Westphalie date de 1848) dont 70 ans de centralisme et d’absolutisme de Louis le quatorzième.

Notre inextinguible curiosité nous poussa à rechercher quelle fut la carrière ultérieure de la cursive gothique en Alsace, d’autant que l’annexion allemande de 1870 eut pour conséquence une germanisation forcée de presqu’un demi-siècle. Mais nous n’avons pas su trouver la moindre documentation sur le sujet sur internet…

Décadence de la cursive gothique alsacienne…

Force nous était donc d’aller y voir par nous-mêmes et nous avons, à cette occasion, découvert une nouvelle utilisation potentielle des signatures : celles en gothique étant la conséquence directe de la pratique de l’écriture du même nom, elles pouvaient être utilisées comme marqueur du mode de graphie scripturale en usage ; les actes d’état-civil nous servant encore une fois de fichier.

À Huttenheim, pour la période 1849-1856, nous avions trouvé un taux de seings gothiques de 87% ; une seule génération plus tard (tranche 1870-1875), il s’était effondré à 70% !

Cette évolution laissait donc présager que le passage à l’obsolescence du style d’écriture ancestral était largement engagé et il est éminemment probable que Jules Ferry et ses lois sur la scolarité publique, laïque et obligatoire (1881-1882) auraient rapidement entrainé sa disparition si la guerre de 1870 et l’annexion allemande qui s’en est suivie n’avaient pas inversé le cours de l’histoire.

Renaissance ! ou renaissance ?

Pour déterminer quelle fut l’évolution du graphisme scriptural après ce rebondissement du scénario, nous avions un outil tout trouvé : il suffisait d’examiner les signatures apposées quelques décennies plus tard sur les registres…

Hélas, nous nous aperçûmes avec consternation que l’annexion avait aussi sérieusement modifié les règles administratives : dès 1876, l’état-civil alsacien fut régi selon les modalités du régime allemand qui ne comporte que la mention des identités et civilités des mariés, des parents et des témoins, à l’exclusion de leurs signatures.

En l’absence de celles-ci pour la période 1876-1919, nous ne disposions plus de marqueur du caractère gothique de l’écriture et nous n’avons donc pas de réponse à notre questionnement pour les deux dernières décades du 19e siècle.

Toutefois, il faut remarquer qu’il existe de facto un décalage d’une à deux décennies entre la conception-adoption des signatures et leur usage dans les actes d’état-civil ; ce sont donc celles de la période 1919-1930 qui constituent les marqueurs potentiels de l’état de l’écriture en cursive gothique du début du 20e siècle. En conséquence, nous pouvons les utiliser pour faire le bilan après trois décennies de germanisation forcée…

Re-hélas !, nouvelle désillusion : l’état-civil n’est plus en ligne à partir de 1913 ! … Il nous faudrait donc aller en salle de lecture ou patienter quelques années ; notre curiosité restera donc insatisfaite…

Quid après cette parenthèse dans l’histoire ?

Il est probable, pour ne pas dire certain, que le retour de la langue française dans l’école sous la férule des maîtres a rapidement sonné le glas pour la cursive gothique.

Là encore, l’examen du style des signatures apposées au cours des années trente nous renseigneraient ; mais bien de l’eau coulera sous les ponts avant leur mise en ligne sur le net.

Et quid de l’intermède 1940-1945

Nous ignorons donc le niveau résiduel d’usage de l’écriture en cursive gothique au moment de la débâcle de 1940. Mais, l’annexion de fait de l’Alsace offrait à nouveau une potentialité de résurgence à cette graphie si elle perdurait suffisamment longtemps.

Il est probable que le peu d’enthousiasme de la population envers l’occupant fut un frein très efficace et que l’usage fut certainement réduit au texte des seules proclamations officielles et aux actes administratifs.

La découverte horrifiée de son péché originel de judéité par Hitler en 1941 mis un terme définitif à son histoire.

JPEG - 153.4 ko
wikipédia –alphabet latin-Sûtterlin

Notes

[3De Witternheim (dont il était natif) à Lièpce (où il décéda), en passant par Huttenheim (où il se maria et où sont nés ses enfants), sans oublier Friesenheim le berceau de la famille. L’astuce de Thierry Sabot nous rapporta 4 signatures comme témoin dans des actes extra-familiaux.

[4Xavier ne figure comme témoin dans aucun acte de son village natal Witternheim, de celui de Friesenheim ( berceau de la famille ) et d’Huttenheim avant 1831.

[5Le trait en avant du U n’appartient pas à la signature de Xavier de 1853 ( N°6), c’est une virgule du texte sus-jacent ; ce n’est donc pas un U accentué.

[6Cette méprise a d’ailleurs été commise dans l’état-civil d’Huttenheim de1853 : l’acte de décès d’Anne-Marie Baumgarth, fille de Xavier, du 22/10/1853 est répertoriée en fin de registre sous le nom Bannwarth et l’erreur est reprise dans la table décennale 1853-1862.

[7De 1849 à 1856 dans les actes d’état-civil (N-M-D) de Friesenheim, nous n’avons trouvé que 49 signatures sur 606 qui ne soient pas de facture gothique soit 8% et elles n’étaient apposées que par seulement 15 individus. Nous sommes conscient du fait que la population des signataires des actes ne représente qu’une approximation grossière de la représentation de la population car elles est essentiellement composée d’hommes d’âge supérieur à 25 ans.

[8Au recensement de 1851 : Huttenheim comptait 2186 âmes et 676 sont mentionnées comme employés à la filature de coton (dont Xavier et son fils aîné), soit un tiers des habitants.

[9De 1845 à 1848, 137 signatures étaient non gothiques sur 1341 (Feltz exclu) et de 1849 à 1856, il y en avait 151 sur 1120 (Braun et Feltz exclus).

[10Le terme « agent de police » est constamment utilisé ; nous nous serions attendu à trouver le terme « garde-champêtre » en usage dans les villages ruraux ; mais sans doute faut-il voir dans cette dénomination l’importance du rôle de la filature dans la vie communale.

[11La révolution de 1848 a été strictement parisienne et n’a donc pas perturbé notablement les conditions de vie de notre Alsace.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

10 Messages

  • Bonjour,
    Je n’ai pas de réponse à apporter à cette énigme, mais j’ai lu votre article avec délectation. J’ai découvert l’usage de l’écriture gothique et les difficultés rencontrées par ceux qui recherchent dans les archives alsaciennes. L’étude des signatures est très intéressante et met en évidence l’importance de les observer pour ne pas tomber dans le piège de patronymes semblables. J’y suis attentive aussi par affection, comme vous le faites remarquer. Et, surtout, tout ceci est relaté dans un style superbe. Je vous lis à chaque fois avec beaucoup de plaisir, mais je n’avais jamais laissé de message. Voilà qui est fait. Merci pour ces moments.
    Nicole

    Répondre à ce message

  • Bonjour Monsieur BAUMGARTH,
    Ayant 25 % de sang alsacien par ma grand-mère maternelle, la graphie est effectivement ma « bête noire » ! Je me heurte à l’impossibilité totale de lire les actes alsaciens, uniquement pour la graphie car j’ai une assez bonne notion d’allemand. Je n’ai donc pu remonter mon arbre sur cette branche que grâce à mes cousins plus érudits avec les risques d’erreur que vous relevez à juste titre dans votre article.
    J’ai lu celui-ci avec grand intérêt et je vais d’ailleurs le conserver dans mes archives pour pouvoir m’y référer ultérieurement.
    Pour répondre à vos besoins statistiques : ma grand-mère maternelle est née à Pfaffenhoffen (Bas-Rhin), en 1904. Pfaffenhoffen est une bourgade pas un village. Il n’y a donc effectivement plus aucune signature hormis celle du rédacteur (der standesbeamte) sur l’acte de naissance (écrit en allemand, cela va de soi). Je relève que l’écriture de ce dernier est totalement en cursive gothique.Le formulaire pré-imprimé est également en écriture gothique mais les caractères d’imprimerie sont bien plus faciles à déchiffrer. Je précise que la religion est indiquée.
    Les registres de décès de Pfaffenhoffen sont en ligne sur le site internet des archives Adeloch jusqu’en 1922. Le basculement de la graphie s’opère sans surprise à la fin de la guerre : en 1918, les actes (en allemand) sont en imprimé et cursive gothique. Dès 1919, (les actes sont en français)les caractères changent, tant en imprimé qu’en manuscrit.
    Pour la question posée concernant Xavier BAUMGARTH, le changement de 1848, s’il n’est manifestement pas lié à un changement local est peut-être lié à un événement qui lui était personnel. Quelle était sa profession ? A-t-il changé à cette époque ? A-t-il pris des responsabilités locales, dans sa commune, son église, sa confrérie ? A-t-il été amené à voyager ? Il s’agit probablement d’un changement de fréquentation.
    Bonnes recherches, et à vous lire prochainement pour la suite !
    Agnès

    Répondre à ce message

  • Bonjour Michel,
    Comme Agnès, pas de réponse non plus mais moi aussi je vous lis à chaque publication et toujours avec grand plaisir et soif d’apprendre et de découvrir malgré mes 75 printemps : soyez-en remercié :-)

    J’ai, moi aussi, des ancêtres alsaciens (entre autres !!!) par ma grand-mère maternelle BISSEL et j’ai eu beaucoup de difficultés avec les écritures. J’ai heureusement eu de l’aide.

    Je vais reprendre mes quelques « BANWARTH » égarés dans mes « BISSEL » pour voir si j’ai bien lu l’orthographe. Par contre je n’ai pas rencontré de BAUMGARTH, dommage, nous ne cousinerons pas.

    Je reprends sur mes fiches, à la place des photos, les signatures que je peux trouver : une trace qui me rend mes ascendants et collatéraux plus présents.

    Continuez, si possible, cette inlassable quête pour notre plaisir (et le vôtre)

    Amitiés généalogiques

    Eveline

    Répondre à ce message

  • Bonjour,
    Bravo pour cet article très documenté !
    La moitié des branches de mon arbre part en Moselle, dans le Bas-Rhin et en Allemagne, je comprends tout à fait le découragement éprouvé face à cette écriture quasiment illisible (d’autant plus quand on ne pratique pas la langue).
    J’ai justement récemment parcouru les recensements du village d’Obersteinbach (67) et après 1880, on retrouve parfois dans les listes des personnes composant un même foyer, des patronymes écrits en cursive « normale » et d’autres en cursive gothique. Parfois ce sont les patronymes qui sont écrits en « normal » et les prénoms en gothique. Je ne me souviens pas avoir vu l’inverse.
    Un exemple qui m’a frappé : http://archives.bas-rhin.fr/detail-document/REC-POP-C350-R5411#visio/page:REC-POP-C350-R5411-261076 (car on y retrouve notamment la même problématique de l’accent sur le U ... sur un nom à consonance française !)
    Bien sûr, ce ne sont pas des signatures, mais c’est tout de même intrigant, car si dans l’ensemble je pense que cela a été écrit par 2 mains différentes, j’ai l’impression que ce n’est pas toujours le cas.
    Pour la petite anecdote, il y a des BAUMGARTEN dans ces listes nominatives. Mais leur patronyme fait partie de ceux écrits en « dégothifié ».

    Répondre à ce message

  • Bonjour,

    Comme toujours, un article très fouillé et passionnant, qui part d’un intéressant questionnement : qu’est-ce qui a pu pousser votre ancêtre à subitement modifier sa signature, alors qu’aucun élément extérieur évident ne semblait l’y contraire ou inciter ?

    Pour ma part sans avoir d’ascendants alsaciens, je suis confrontée à l’écriture gothique du côté de mes ancêtres allemands, mais j’avoue n’avoir entrepris que peu de recherches de ce côté pour le moment !

    Merci pour cette belle enquête,
    Cordialement
    Sonia Landgrebe

    Répondre à ce message

  • Travail et analyse impressionnants, avec toute la rigueur que cette démarche implique. Ce n’est pas à la portée de tous ! Bravo à vous,
    C. Boulard

    Répondre à ce message

  • Bonjour Michel,

    Tout d’abord bravo pour votre étude bien intéressante. Outre le patronyme, il vous reste quelque-chose d’alsacien : une certaine curiosité amusée et truculente !

    Avec bien moins de courage que vous, je me lance néanmoins dans une explication sortie, par conséquent, de ma seule imagination.

    A cette époque (1848) ou l’enseignement n’était pas obligatoire et néanmoins payant (et souvent réservé aux garçons de ce fait), Xavier avait déjà un fils, Xavier, de 17 ans. Ce dernier, qui n’a pas eu le même instituteur que son père, lui a peut-être fait remarquer qu’il écrivait son nom « à l’allemande » (voire « à la prussienne », puisque l’Allemagne n’existait pas à cette époque) et non « à la française », alors qu’ils étaient bel et bien Français. Cela a dû tomber comme une évidence au père qui a changé aussitôt, avec enthousiasme et définitivement sa signature, car le patriotisme français était (et est toujours) fort autant que sincère en Alsace, contrairement à une certaine idée reçue.

    Par ailleurs, vous appelez « best-seller », l’ouvrage d’Hitler « Mein Kampf », alors que c’est seulement le tirage qui était faramineux, pas les ventes, puisque pour l’essentiel, il était le cadeau de mariage fait par le régime aux jeunes couples allemands (et donc aux mariés alsaciens et Mosellans aussi). L’avant-propos est imprimé en gothique mais pas le corps du livre qui l’est dans les caractères que nous connaissons, peut-être pour rassurer le potentiel lecteur de l’époque qui ne connaissait que l’écriture gothique en même temps que le drainer vers cette écriture moderne, et Dieu sait si les nazis se présentaient à cette époque comme des modernistes.
    Il faut noter néanmoins que dans toute la période de l’occupation (1939/1945), les panneaux de signalisation, dès lors qu’ils étaient écrits en allemand, l’étaient en écriture gothique (version française en écriture romane), comme on peut s’en rendre compte sur les photos d’époque. Idem pour les documents officiels, tels qu’affiches ou laissez-passer et autres.

    Qu’est ce qui a pu amener l’Allemagne nazie, puis l’Allemagne actuelle à renoncer à l’écriture gothique, un « truc » pourtant spécifiquement allemand ? Il y a sûrement des études éclairantes sur le sujet.... Peut-être un bon sujet à vous soumettre en vu d’un prochain article, qui sait ?

    Cordialement.

    Répondre à ce message

    • L’énigmatique dégothification du seing de Xavier Baumgarth 9 février 19:04, par Christiane CONVERT

      Bonjour,
      votre question m’a d’autant plus interpellée que j’ai un quart d’ancêtres (ma grand-mère paternelle) originaire d’Erstein et de son canton et que je n’avais jamais fait attention à ce changement de signatures ! Cela a piqué ma curiosité et je me suis donc replongée dans mes ancêtres alsaciens pour voir ce qu’il en était chez les miens. Ce qui m’a fait remarquer plusieurs choses :
      J’ai constaté d’abord que tous les employés municipaux, maires ou adjoints, du 19e siècle, signaient les actes en écriture normale. Étaient-ils choisis en fonction de leur connaissance de cette écriture ou la connaissaient-ils parce qu’ils étaient plus instruits ?
      Sur mes actes d’Erstein mes ancêtres masculins, artisans ou journaliers, savent tous parfaitement signer dès le début du 19e siècle, souvent même avant la révolution mais toujours en écriture gothique. Je remarque qu’ils continuent à signer en gothique bien après 1848. Par contre je remarque également que lorsque les témoins de l’acte sont d’un niveau social supérieur à celui de mes ancêtres, les témoins signent en écriture normale.
      J’en suis venue à me demander s’il existait, avant Jules Ferry, dans un bourg relativement important comme Erstein, deux niveaux d’école : une petite école élémentaire où l’enseignement aurait été donné en alsacien avec écriture gothique puis un cours supérieur en français avec écriture normale ou bien deux écoles parallèles une pour les pauvres et une pour les plus aisés.
      Peut-être s’y ajoute-t-il aussi une question de génération : dans un même acte de mariage en 1849 le père signe en gothique, le fils en écriture normale. Soit l’enseignement de l’écriture a changé à l’école, soit le fils n’a pas fréquenté la même école que son père ou a plus étudié, ou bien l’écriture gothique fait un peu ringard et les enfants s’en affranchissent...
      Voici beaucoup d’hypothèses mais votre question est passionnante. Quelqu’un plus proche que moi du Bas-Rhin pourrait-il nous dire comment se passait l’enseignement de l’écriture en Alsace au 19e siècle ?

      Bien à vous
      Christiane Convert

      Répondre à ce message

      • L’énigmatique dégothification du seing de Xavier Baumgarth 12 février 04:09, par Michel BAUMGARTH

        Christiane, bonjour,
        votre suggestion d’une relation entre le niveau social et la pratique d’une signature non gothique est fort intéressante. Ce lien ne nous avait pas effleuré l’esprit lors de nos recherches, ( mais l’interactivité de la Gazette sert à faire germer des idées ).
        Cette suggestion ( et celle de la volonté de déringardisation du fils par rapport au père mériterait d’être étudiée - elle rejoint d’ailleurs le commentaire d’Orson ).
        Hélas, le temps n’est extensible et, quant à nous, nous avons déjà d’autres gamelles sur le feu...
        Quant à la question du mode d’enseignement de l’écriture en Alsace au 19e siècle, nos recherches n’ont guère été fructueuses et, comme vous, nous espérons bien que d’autres lecteurs nous apporteront des éclaircissements.
        Toutefois, dans un article proposé à Thierry Sabot pour publication, nous apporterons une donnée tout à fait étonnante sur cette question ; à suivre donc ...

        Répondre à ce message

    • L’énigmatique dégothification du seing de Xavier Baumgarth 12 février 05:36, par Michel BAUMGARTH

      Orson, bonjour,
      D’abord un grand merci pour le « ... quelque chose d’alsacien  ».
      Votre explication par un apprentissage inversé du fils vers le père me séduit. J’ai donc immédiatement vérifié que Xavier fils signait bien « à la française » ; mais son premier paraphe datait de son mariage en 1861 soit 13 ans après la mutation...
      Néanmoins à l’encontre de cette hypothèse, on peut objecter qu’il serait extraordinaire que ce changement se soit limité au seul Xavier père puisque nous n’avons pas trouvé de modification significative dans le reste du village.
      À la réflexion, il serait logique que ce changement « patriotique » de la signature soit précédé du changement patriotique de l’écriture.
      hélas, nous ne disposons pas d’exemplaires de l’écriture de Xavier père et de ses contemporains pour le vérifier.
      Cette option nous étant refusée, poussons l’idée un peu plus loin : faute de pouvoir comparer l’évolution de leur écriture personnelle, nous pourrions comparer l’évolution de leurs lectures.
      Autrement dit, les journaux régionaux de l’époque étaient-ils
      « gothiques » ou « à la française » et il y a-t-il eu une évolution ?
      Qui saura nous le dire ?

      Quant à « Mein kampf », il est vrai qu’il fut « offert » larga manu aux nouveaux mariés, mais il a aussi été beaucoup acheté par les vieux couples et les célibataires éblouis par l’auréole du fuhrer ( ou pour ne pas se faire dénoncer par les voisins...) ; ce fut donc quand même un best seller, même s’il fut aussi un « best gift » de propagande ;
      J’ai hérité de mon grand père Adrien Baumgarth d’un exemplaire de « mein Kampf ».
      Concierge d’école et portant un profond respect aux livres - symboles de l’éducation, il l’avait trouvé dans une poubelle à la libération et en dépit de son caractère sulfureux, il n’avait pas supporté qu’un livre puisse subir un tel sort ).
      J’ai vérifié mon exemplaire : il est bel et bien imprimé totalement en écriture gothique.
      L’abandon officiel de la cursive gothique datant de 1941, il serait logique que les tirages ultérieurs respectent cet abandon.

      Orson, un grand merci pour vos commentaires.

      Michel Baumgarth

      Répondre à ce message

https://www.histoire-genealogie.com - Haut de page




https://www.histoire-genealogie.com

- Tous droits réservés © 2000-2020 histoire-genealogie -
Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Mentions légales | Conditions Générales d'utilisation | Logo | Espace privé | édité avec SPIP