Sans doute plus individualistes, certains se retrouvent en Vendée, sur l’île d’Yeu.
Ils découvrent un paysage baigné par la mer. Située à quatre kilomètres du continent, l’île compte au XVIIIe siècle environ 2 000 habitants. Presque tous les hommes sont marins au long cours, au cabotage ou à la pêche. Près de 180 bateaux de 60 à 120 tonneaux sont utilisés régulièrement. Ceux qui ne vivent pas directement de la mer sont artisans, commerçants ou agriculteurs. A la Révolution, on compte 28 laboureurs qui utilisent 90 bœufs pour cultiver la moitié de la superficie de l’île en céréales.
En 1770, une « société de tabac » est créée pour vendre sur les côtes voisines les produits des fabriques de Dunkerque. En 1785, Louis XVI achète l’île pour affermir son pouvoir et lutter contre la contrebande du sel et du tabac.
Joseph et Pierre Desnoel (Desnôelle), premiers migrants
Leurs parents, Jean Desnoel et Marie Tartaud sont laboureurs à Darnac et entre 1724 et 1740 ont huit enfants, cinq garçons et trois filles. Les deux garçons qui occupent les positions n°5 et 6 migrent alors que leurs frères et sœurs se marient et s’installent dans leur paroisse de naissance.
Joseph né vers 1735 à Darnac se marie le 14 juin 1767 à l’île d’Yeu avec Marie Jeanne Bernard. Le couple a au moins cinq enfants sur l’île.
Son frère Pierre nait le 15 avril 1736 à Darnac, paroisse où il se marie le 1er février 1757 avec Catherine Petit. Est-ce son frère qui le fait venir sur l’île ? Toujours est-il qu’il s’y remarie le 3 octobre 1787 avec Jeanne Françoise Palvadeau. A cette occasion, il fait établir par les notaires de l’île Pierre Auger et Pierre Decomte un acte pour garder une part de ses biens à ses trois enfants de son premier mariage avec défunte Catherine Petit. Il décède sur l’île le 18 avril 1814.

- Le port de l’île d’Yeu
Les fils de Joseph et de Pierre sont tous marins. Il est intéressant de noter qu’un petit-fils de Joseph, Charles Eugène est né sur l’île le 12 janvier 1825. Il est tour à tour mousse de 1838 à 1841, novice de 1841 à 1843 et matelot. Il déserte le 30 septembre 1849. Il tente l’aventure de la ruée vers l’or en Amérique. Il ne fait pas fortune et part alors vers le Canada où il se marie, à Québec, à Saint-Jean-sur-Richelieu le 30 novembre 1858. Il revient enfin à l’Ile d’Yeu, selon le communiqué publié par Les Tablettes des Deux-Charentes du 28 août 1872 : Dans sa séance du 24 août le premier Conseil de guerre maritime permanent a prononcé à la majorité de 5 voix contre 2 l’acquittement du nommé Desnoël (Charles Eugène) matelot de 2e classe prévenu de désertion à l’étranger pour s’être absenté, sans autorisation, de son bâtiment, la frégate La Poursuivante, San-Francisco (Californie) depuis le 29 septembre 1849 jusqu’au 16 juillet 1872, époque de son arrestation à l’île Dieu .
Autre migrant, René Cubaud, natif de Saint-Barbant
René est né le 13 mars 1745 à Saint-Barbant. C’est le septième enfant de Martial, laboureur et de Jeanne Nelias. Nous ne savons rien de sa jeunesse sinon qu’à la différence de ses frères aînés, François et Simon qui sont laboureurs en Basse-Marche, lui migre en tant que maçon. Il s’installe à l’Ile d’Yeu où il épouse le 1er mai 1771 Marie-Thérèse Pincecloux, fille de garde-champêtre. Le couple a six enfants, trois garçons qui seront marins et trois filles. René décède à 84 ans, au bourg, le 28 août 1829.
Pourquoi et comment est-il arrivé sur l’île ? Le 24 octobre 1777, René est déclaré maître tailleur de pierres et entrepreneur. Il dépose un certificat de bonnes vie et mœurs auprès du notaire Rivault, certificat qui lui a été accordé par les anciens fabriqueurs, principaux habitants et bourgeois de ladite île, attestant notamment qu’il est venu y travailler à la construction d’une bâtisse pour feu Mgr le duc de Mortemart.
Sans doute, prend-il un bateau de pêcheurs à Saint-Gilles pour effectuer la traversée comme les îliens qui au mois d’août vont à la foire dans cette paroisse.
La réussite sociale
Entrepreneur, René investit en prenant des parts dans les bateaux de pêche. Le 27 juin 1782, l’épouse de Pierre-Denis Bossis, pilote lamaneur , lui rend compte des produits des canots nommés la ville de l’Ile d’Yeu et Intrépide ainsi que de deux petites pirogues qu’ils ont en commun et par moitié. Le lendemain, l’épouse du Sieur Jean François Pelletier, capitaine de navire, lui rend compte du produit de cinq bateaux nommés La grande Pirogue, le Prince, Louis le bien aimé, la Majeure pirogue et la petite pirogue hollandaise » possédés en commun.
Entre Révolution et contre-Révolution
René participe aux protestations des îliens contre le gouverneur de Verteuil qu’ils accusent de les voler et de les mépriser en faisant sa basse-cour du cimetière. Quand René Cubaud tue d’un coup de pierre une cane qui se trouve dans le cimetière, il est jeté en prison.
Lorsque la Révolution éclate, une municipalité est élue en février 1790 et fait expulser le gouverneur. Mais ses partisans répètent que l’Ancien Régime est préférable, qu’il faut abolir la municipalité et que les impôts nouvellement créés ne sont qu’au profit des fonctionnaires publics. Le 1er janvier 1792 et les jours suivants, des femmes se rassemblent et discutent des moyens d’empêcher la levée des impôts. Le maire est contraint de signer, sous la menace, des demandes de vivre sous l’Ancien Régime. Le 11 janvier, il reçoit un billet apporté par le fils de René : Messieurs les officiers municipaux, j’ai l’honneur de vous prévenir que la commune, assemblée à la chapelle du port, exige votre présence. Le 12, René Cubaud se présente chez le maire comme député de la commune chargé de le faire venir devant les femmes et les hommes rassemblés. Il fait de même l’après-midi. Pour obtenir des aides financières du District, le maire propose de travailler à un cadastre. René Cubaud lui répond qu’il vaut mieux faire le procès-verbal que le cadastre !
Le 21 janvier un détachement de 75 hommes du 60e régiment d’infanterie débarque sur l’île. Le 7 février, l’ordre est revenu. Un procès est alors organisé : René Cubaud est jugé et acquitté avec d’autres accusés.
Laboureurs, maçons, marins, aventuriers, l’histoire des Bas-Marchois est riche de la grande diversité de leurs parcours de vie pour obtenir une vie meilleure.
Livre : Limousin. Les maçons de la Basse-Marche. Geste éditions












Quand les terriens se font îliens