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Vandalisme funeste

jusqu’où ira la folie destructrice des hommes ?

Le vendredi 6 février 2026, par Pierrick Chuto

La tourmente révolutionnaire eut raison de Notre-Dame-du-Guéodet, la plus belle chapelle de Quimper.

Vandalisme funeste

Il est cinq heures de relevée en ce jeudi 4 novembre de l’an de grâce 1783 quand une dizaine de messieurs, semble-t-il très importants, sortent de la chapelle de Notre-Dame-du-Guéodet. On reconnaît M. de La Roque Trémaria, lieutenant-maire, suivi du procureur du roi, de deux anciens édiles, du recteur de Saint-Mathieu et d’autres échevins. Ils font partie du corps municipal qui, dans les combles de l’édifice, délibère des affaires de la cité.

De passage à Quimper, le pèlerin découvre à l’angle de la rue des Étaux et de la rue du Guéodet cette belle chapelle qui mesure environ 27 mètres de long sur 10 de large. S’il a l’odorat un peu fin, il se hâte d’y entrer. Comme il n’existe pas encore d’abattoir public, les bêtes sont abattues plus haut, place Mesgloaguen, à l’endroit le plus élevé de la ville. Le sang et les immondices se répandent dans les rues qui descendent et les odeurs pestilentielles corrompent l’air de la rue des Étaux où sont établis de nombreux bouchers et charcutiers. Cela ne semble pas déranger les clients et l’on s’étonne des nombreuses épidémies qui font tellement de victimes chaque année, après pourtant de nombreuses prières à Notre-Dame-du-Guéodet.

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Notre-Dame-du-Guéodet par Jean Caveng
D’après une reconstitution de Louis Le Guennec

Ainsi, en 1412, la peste ayant causé le décès de nombreux Quimpérois, une bougie de cire fut installée devant l’autel de la Vierge pour la remercier d’avoir éloigné le terrible fléau. En 1783, enroulée autour de la tige d’une grosse lanterne, cette bougie brûle toujours et, chaque année à la Chandeleur, l’on veille à ce qu’elle mesure 1600 mètres, soit la longueur des remparts de la cité. La croyance populaire prétend que si, par malheur, elle s’éteignait, Quimper serait submergé par les eaux de la mer et de la rivière Odet qui déborderaient du puits accolé à la chapelle.

Aujourd’hui, en 2025, ne cherchez pas la chapelle au coin de la rue des Boucheries (nom actuel) et de la rue du Guéodet. Ces deux voies piétonnes du vieux Quimper attirent beaucoup de touristes qui ne peuvent imaginer qu’il y avait là, selon l’historien Louis Le Guennec l’un des plus curieux, des plus intéressants et des plus vénérables édifices religieux de Quimper.
En pleine tourmente révolutionnaire, la municipalité délaissa la chapelle pour aller siéger un peu plus bas, place Maubert. L’église laissée à l’abandon et sans doute pillée, le coup de grâce survint après le concordat lorsque l’évêque la réclama.

Il lui fut répondu que les moellons de la vieille église allaient être bien utiles pour réparer la chapelle du collège et, c’est ainsi qu’en 1822, il n’en restait plus rien. Les archives de l’époque ne signalent pas la moindre protestation. Pas de comité de défense ! Pas de pétition ! Et pourtant, elles auraient été les bienvenues.

Disparus le porche gothique, le beau jubé, les magnifiques boiseries, les vitraux, paraît-il, supérieurs aux verrières de la cathédrale. Et la bougie de 1600 mètres ? Personne ne la pleura car, en 1792, après l’avoir éteinte (elle ne devait plus être aussi longue), deux garnements se penchèrent au-dessus de la margelle du puits dans l’espoir de voir les eaux monter, monter, monter. Mais Quimper n’a pas subi le sort de la ville d’Ys et les amateurs de belles légendes furent déçus. Imaginez aujourd’hui Quimper avec une flottille de pédalos à la place des vélos !

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Pierre sculptée du XIIIe siècle
Trouvée en 1924 dans les fondations de la chapelle (Dessin de Louis Le Guennec)

La statue de la Vierge à l’enfant qui, dès le porche, accueillait les fidèles, a miraculeusement survécu à la ruine de la chapelle. Offerte à la famille de Silguy, elle est aujourd’hui l’ornement de la tombe familiale au cimetière Saint-Marc.
Quant à la cloche en bronze qui date de 1312, elle a pris place derrière la statue du roi Gradlon sur la plateforme de la cathédrale Saint-Corentin. Classée monument historique, elle est désormais électrifiée.

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Cloche de la chapelle
Positionnée depuis 1806 derrière la statue du roi Gradlon
Photo : Archives municipales de Quimper

S’il y a une morale à tirer de cette histoire, l’Église a triomphé des bourgeois quimpérois. Ceux-ci avaient voulu se libérer de l’emprise de l’évêque et du chapitre en construisant une église bien à eux, près de la place où s’élevait en majesté la cathédrale. Si celle-ci est toujours bien présente, sa « rivale » a disparu, victime de la folie des hommes.

Mais laissons la conclusion à Louis Le Guennec (1878-1935) : (Quel) triste exemple de vandalisme funeste, pétri d’ignorance, d’abêtissement et de mépris du passé.

On pourrait encore l’écrire aujourd’hui, n’est-ce pas ?

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