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Jeanne Bardey, dernière élève d’Auguste Rodin (6e épisode)

La consécration de sa carrière artistique


jeudi 20 juin 2013, par André Vessot

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Notre artiste lyonnaise n’a rien perdu de l’enthousiasme de ses débuts. Durant la période 1928- 1934 nous l’accompagnerons dans ses expositions et dans ses voyages : la Suisse, la Grèce, les Pays baltes, la Russie. Nous côtoierons ses nombreux amis et nous nous réjouirons de la consécration de sa carrière artistique.

Je voudrais débuter ce nouvel épisode en vous présentant ce très beau texte sur Jeanne, tel qu’il a été écrit à cette époque par son amie Marcelle Tinayre.
Pour connaître le vrai visage de Mme Bardey, il faut la voir chez elle, dans l’atmosphère quiète et recueillie qui est comme le silence visible.
Autour de la maison, le crépuscule automnal épaissit sa grisaille humide où tremblent les halos de lumière, et la noble ville antique s’endort au double chant de la rivière. Passez la porte rouge. Un monde se révèle :

Là tout n’est qu’ordre et beauté ...

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Marcelle Tinayre (Collection particulière, © A. Quella-Villéger)

Vieux bois polis, cuivres luisants, marbres blonds, cadres et miroirs dorés, si doux sur la tenture bleue ; charmante petite cour d’une grâce italienne, peuplée de statues et parée de verdures défleuries. Dans ce minuscule royaume vivent deux femmes un peu fées, la mère et la fille, si fraternelles que leurs âmes ont le même âge, créant la beauté avec leurs doigts magiciens et ne prenant pas d’autre souci.
Mme Bardey, ni "bohème", ni mondaine, semble avoir pour devise la belle pensée de Rude : On mesure le génie d’un homme à sa puissance de solitude. Solitude ne signifie pas égoïsme, et surtout quand il s’agit d’une femme, mais concentration intellectuelle, repliement en profondeur de la sensibilité, liberté dans le travail assidu, affranchissement des petites servitudes qui obligent à disperser en monnaie vaine le trésor gaspillé du temps.
Cette vie de sagesse et de labeur, enclose dans le sanctuaire de l’atelier, donne au pur visage de Mme Bardey une sérénité presque conventuelle. N’est-elle pas entrée "en art" comme on entre "en religion" ? L’amour de la beauté et l’amour divin sont deux flammes prises au même foyer. Elles brillent dans ces yeux de femme, d’un gris limpide, qui regardent si droit et si loin, et qui découvrent, au delà des apparences, le secret spirituel enclos dans la matière de toutes choses.
 [1]

A Paris pour faire le portrait d’un anglais

Quand elle ne travaille pas dans son atelier de la rue Robert avec sa fille, Jeanne se déplace à Paris pour faire le portrait d’un anglais, pour visiter un musée et perfectionner sa technique ou pour présenter ses œuvres dans un salon, comme en témoignent ses lettres adressées à François Guiguet.

Nous allons aller à Paris ma fille et moi du 20 au 31 janvier. Vous ne me parlez pas de venir à Lyon, alors je vais à vous. Je n’ai pas osé aller plus loin dans ma petite peinture. Il y a certainement à la perfectionner ; mais je vous attends. Toutes les personnes qui l’ont vue l’ont trouvé très bien au point de vue technique. On me dit qu’il va y avoir une réaction contre toutes les vilaines choses que nous voyons. J’ai toute confiance. J’ai fait connaissance d’un professeur de l’école, il enseigne le dessin pour la soierie. Je serai heureuse de vous dire notre entretien, il vous intéressera sûrement. 
Je voudrais bien savoir quand je pourrai vous voir sans vous déranger ou bien si vous voulez faire avec moi une promenade d’enseignement dans un musée ; nous en serions bien heureuses.
Dès que je saurai mon adresse à Paris je vous l’enverrai.
Je vous envoie avec ma plus vive reconnaissance toutes mes amitiés.
 [2]

Je suis à Paris ; j’ai été appelé pour faire le portrait d’un anglais. Je serai heureuse si je puis vous voir quelques instants pour vous dire toute la joie qu’a ma fille de sa petite exposition à Lyon. Elle est très encouragée et elle a fait un dessin en vue d’une peinture. J’en ai beaucoup à vous dire de vive voix. Je suis seule ici, prise par mon travail. J’ai le matin à midi seulement de libre. Si vous acceptiez de déjeuner avec moi, j’en serais très heureuse. Je travaille à côté de la Madeleine. Donnez-moi un rendez vous. Le matin je suis place des Vosges ; mais je crois obtenir des séances le matin.
 [3]

L’art subtil et émouvant des sculpteurs de masques

En mai 1928 Jeanne expose des masques et dessins à la Galerie Druet [4] où Edouard Herriot, ministre des Beaux-Arts, vient lui rendre visite. ... Sans doute, les masques de Mme Bardey n’ont pas la destination précise des masques grecs ou égyptiens, et ne tiennent pas davantage au domaine de l’occultisme, comme ceux de l’Afrique. Pratiquement, ils sont dépouillés de tout symbolisme, mais l’on peut dire qu’il y a symbole partout où une expression humaine a été profondément saisie.
Les reproductions qui illustrent ces pages permettent de se rendre compte du double caractère de réalisme et de stylisation que l’on rencontre dans ces œuvres.

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Jeanne Bardey, Ma fille
Masque en terre cuite colorée
(Extrait de Madame Jeanne Bardey, imprimerie Audin, Lyon, 1928)

L’une d’elles est un portrait fort ressemblant dont nous connaissons l’original ; ce visage de terre peinte est modelé avec le même amour que dans le marbre le plus précieux. Comme il vit avec le ferme et délicat modelé de son contour, ses lèvres closes et souriantes, l’expression éloquente de ses yeux clairs qui ressortent dans le teint assez coloré et quelle note amusante d’interprétation libre et fantaisiste, donne la couleur verte de ses cheveux ! Une autre est une figure rieuse. Le visage est pris seul, même la chevelure a été supprimée afin que l’attention se concentre sur ce rire jeune qui fait songer un peu à celui d’une faunesse malicieuse, épanouissant chaque trait, passant comme une vague sur ce paysage d’une figure, et nous laissant rêveurs et charmés devant ce miracle connu et toujours nouveau du rire humain. Il faut dire tout le charme tendre de certains petits visages si simples. L’un d’eux est presque enfantin encore, avec ses joues rondes et bien modelées, gonflées de candeur, ses yeux tranquilles largement ouverts et ses bandeaux de cheveux coiffés avec modestie. Vivant témoignage de l’enfance au moment où elle commence à se transformer, à mêler de gravité son innocence confiante ...

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Jeanne Bardey, visage d’enfant (Musée des Arts Décoratifs de Lyon - Photo D.R.)
Masque terre cuite peinte

Seule une très grande artiste, en ce siècle où le véritable artisan n’existe plus, pouvait faire revivre l’art subtil, profond et émouvant des sculpteurs de masques ...
Ses masques, qui ne sont pour elle qu’une toute petite partie de son art, s’apparentent à son admirable sculpture et se parent de ses qualités. C’est parce que ses petits visages de terre sont enfantés en réalité grâce à un immense labeur et une profonde expérience que nous subissons si vivement la force de leur présence, comme celles de petites divinités familières qui hanteraient nos maisons. En réalité, il n’y a pas de petites œuvres pour un grand artiste. En chaque motte de terre que ses mains touchent, qu’il le veuille ou non, passe comme un fluide, tout ce qu’il détient de meilleur. Voilà pourquoi nous aimons tant converser intérieurement avec ces visages merveilleusement silencieux qui, avec une infinie bonne foi, nous confient tout ce qu’ils possèdent de vie, de rêve et de poésie.
 [5]

De retour à Lyon, elle expose le 1er juin à la Galerie St Pierre et quelques mois plus tard elle honore le Salon de l’Art Décoratif Moderne avec deux statues en plâtre grandeur nature, Kneph et Adolescente.

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Jeanne Bardey, esquisse (Photo archives Varille)
Domaine de Casteuse à Lourmarin en Provence

C’est avec cette carte illustrée d’une esquisse que Jeanne présente ses voeux pour l’année 1929 à son ami Mathieu Varille. Lorsqu’elle était invitée avec sa fille au domaine de Casteuse à Lourmarin, elle se plaisait à dessiner ce paysage provençal qu’elle aimait beaucoup. Se sont-ils connus par l’intermédiaire d’Edouard Herriot, ou à l’occasion d’un salon, ou bien professionnellement l’avait-elle rencontré en achetant du papier pour ses dessins et gravures ? Je n’en connaîtrai jamais la réponse, mais leur amitié a duré le restant de leur vie. Erudit lyonnais, Mathieu Varille était très actif dans les cercles artistiques et littéraires, les sociétés d’histoire et d’archéologie, que ce soit dans sa cité ou en Provence, sa seconde patrie. Nous lui devons de nombreux livres. Edouard Herriot a été son professeur lorsqu’il étudiait au lycée Ampère.

Prix Paul Chenavard : un jury unanime

Le 28 février 1929, Jeanne présente un Torse de femme à la commission municipale chargée de l’attribution du prix Chenavard. Monsieur Emmanuel Lévy, ancien premier adjoint au Maire de Lyon, se souvient : Je me rappelle la surprise d’un jury entré chez elle sans prévention favorable, sortant ravi, unanime, lui votant le prix Chenavard que Lyon décerne tous les dix ans. [6] Tony Garnier annonce le résultat favorable du vote.

Dans son testament reçu le 2 juin 1891 par Me Delapalme, notaire à Paris, Monsieur Paul Chenavard, ancien artiste peintre, institue la Ville de Lyon sa légataire universelle, à la charge pour elle d’exécuter ses dispositions ...
Il institue pour son exécuteur testamentaire M. Edouard Eynard, actuellement député du Rhône.

Le conseil municipal de Lyon a accepté le legs de Paul Chenavard dans sa séance du 23 avril 1895 [7]

Vu le testament par lequel M. Paul Chenavard a institué la Ville de Lyon sa légataire universelle, à la charge d’exécuter diverses dispositions, parmi lesquelles figure celle d’employer chaque année une somme de deux milles francs, de manière à former au bout de dix ans, une somme de 20 000 francs qui devra servir à l’acquisition d’une œuvre d’art méritante, tableau ou sculpture, produite dans cette période de temps par un artiste lyonnais. Cette œuvre d’art sera désignée par une commission qui sera composée du jury chargé de décerner le prix de Paris, du Maire de la ville de Lyon, du préfet du département du Rhône et de mon exécuteur testamentaire tant qu’il vivra. .
La commission composée conformément aux dispositions du testament a décidé l’acquisition d’une sculpture de Mme Bardey, « Torse de femme », à reproduire en bronze, pour la somme de 20 000 francs, décision entérinée par le conseil municipal de Lyon dans sa délibération du 25 mars 1929. [8]

Le Musée des Beaux-Arts de Lyon s’enrichit de ce Torse de femme en juin 1929. Léon Rosenthal son directeur ambitieux [9] crée une salle des arts décoratifs modernes, installe l’éclairage électrique dans les galeries du musée, réaménage les salles des peintres français et lyonnais et fait entrer les sculptures modernes d’ Antoine Bourdelle, Auguste Rodin, Charles Despiau ...

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Jeanne Bardey - Torse de femme (Musée des Beaux-Arts de Lyon, photo collection personnelle)

Le succès d’une exposition privée

Dans la foulée du prix Chenavard, Jeanne et sa fille ont l’intention de faire une exposition privée de leurs œuvres, auxquelles viendraient s’ajouter celles de François Guiguet. Organisée du 19 au 28 avril, celle-ci rencontre un certain succès, 323 personnes se sont déplacées, dont Monsieur Roux-Spitz, architecte, et sa femme, le peintre Garaud, maître Paradon, notaire ... Deux lettres à François Guiguet en témoignent :

Nous avons l’intention de faire une petite exposition, je crois d’ailleurs vous en avoir parlé. Il me serait très agréable de montrer quelques unes de vos œuvres. Nous espérons avoir très prochainement votre visite et nous en causerons utilement. [10]

Notre exposition et celle de maman a beaucoup de succès. Pour satisfaire différentes personnes qui désirent encore revenir, nous laissons ouvert tout dimanche.
Madame et Monsieur Roux-Spitz, architecte, 17 rue de Bonnel, m’a prié de vous remettre sa carte, je l’ai malheureusement égarée.
Monsieur Caraud, peintre, a beaucoup admiré vos dessins et laissé une carte.
Monsieur Jules Paradon notaire est venu. Il désire acquérir quelques uns de vos dessins 3 ou 4. Je lui ai retenu l’homme rouge (tête de paysan, ancien dessin de vous) quant aux autres craignant que ce soient des portraits, je lui ai dit de s’arranger avec vous.
Ecrivez-lui, sa carte est jointe à la présente lettre.
Le beau-frère de Monsieur Thomas dont vous avez fait le dessin de deux fillettes désirerait aussi acquérir un dessin. Il ne m’a pas dit son nom à lui. Tous voudraient la fillette debout devant le piano. Maître Paradon est très admirateur du groupe de trois fillettes, un fragment du portrait à plusieurs personnages.
Je vous le répète, vos dessins sont très admirés et cette exposition a le plus grand succès. Hier samedi 77 entrées. C’est un record pour une petite manifestation privée ! Aujourd’hui encore 28 nouveaux visiteurs.
Nous espérons que vous êtes contents de votre organisation de salon et nous vous adressons, cher Monsieur Guiguet, nos souvenirs et amitiés.
 [11]

"Des bustes qui évoquent la Grèce ..."

Le "Samedi-Lyon" relate l’évènement dans ses colonnes, accompagnons le dans sa visite :

Ce n’est point le compte-rendu de cette exposition, installée avec un goût parfait dans l’atelier même et la demeure de l’artiste, que nous prétendons faire ici. Toute notre ambition est de fixer en quelques lignes le souvenir de cette manifestation d’art, d’une exceptionnelle valeur. L’univers artistique sait que Mme Bardey est une très grande artiste, un sculpteur que Rodin se plaisait à réclamer pour son élève et qui, des leçons de ce maître, a su dégager une magnifique personnalité ; qu’il s’agisse des dessins aux traits fermes où l’essentiel est dit en notes sobres, de peintures où la technique est poussée à son extrême limite avec la plus admirable conscience, ou de ses œuvres sculpturales qui, de la glaise ou du marbre, ont fait jaillir des formes d’une vérité éternelle, où la vie a été non pas fixée, mais emprisonnée en quelque sorte dans une matière qu’elle anime ; de ces masques où toutes les subtilités de la physionomie humaine ont été saisies par un œil d’une acuité extraordinaire et par une main habile à suivre les suggestions de la vision et de la pensée, où la personnalité du modèle est à jamais définie à travers les séductions d’une polychromie savante qui est, grâce à de minutieuses recherches, arrivée à saisir quelques uns des secrets du passé. (Nous pensons, en écrivant ceci, à certain petit masque bien vitrifié et qui rappelle certains émaux de l’Egypte des pharaons).

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Jeanne Bardey, Adolescente (Photo collection personnelle)

A côté de ce petit masque, nous nous arrêtons longuement devant des bustes qui évoquent la Grèce, et en particulier devant celui qui a valu à son auteur le "prix Chenavard", devant des portraits saisissants de réalisme et des statues grandeur nature, comme celle (Adolescente) qui est destinée au musée du Luxembourg ; et si nous montons au second étage, où sont exposées des esquisses si personnelles du Maître Guiguet, c’est devant un magnifique portrait de Mme Bardey que nous nous arrêtons encore ; sa place nous semble vraiment marquée dans notre musée. Il est bon de penser que notre ville, d’âpre lutte sociale et économique, renferme des sanctuaires de travail où la science et le rêve s’unissent aussi infiniment et aussi victorieusement. [12]

Quelques mois après, Jeanne envoie deux bustes au salon d’automne : l’un d’un architecte dont l’attitude exprime la hardiesse des conceptions ; l’autre d’un professeur qui sur une anatomie d’homme d’études présente une tête de visionnaire. Ce qu’il faut admirer dans ces ouvrages, c’est la vérité scrupuleuse du modelé. Mme Bardey ne construit pas ses visages par des plans symétriques. Elle suit exactement leurs innombrables profils. Ainsi obtient-elle la souplesse de la vie. Ces bustes sont présentés tels qu’au sortir de la fonte dans une patine d’aspect doré. [13]

D’une exposition à l’autre elle travaille dans son atelier de la rue Robert, faisant le portrait de Monsieur Buer (11 séances), puis celui de Monsieur Lévy (44 séances) qu’elle termine le 19 juillet. Elle sculpte ensuite le buste de Tony Garnier et ébauche celui d’Edouard Herriot. Entre temps elle part en vacances avec sa fille, dans le midi, à Lourdes puis dans la vallée de la Dordogne.

Jeanne publie "Les deshérités"

En novembre 1929 elle publie "Les deshérités", tirés à 100 exemplaires, contenant 49 planches reprenant les dessins qu’elle avait faits dans les asiles d’aliénés, tant à l’Hôpital de Villejuif, qu’à La Salpêtrière ou à Bron (voir la 3e partie ). Emmanuel Lévy, ancien premier adjoint au maire de Lyon, en a rédigé la préface.

Dans le présent album Mme Bardey pratique des coupes dans l’hallucination sociale ; elle montre des êtres arrêtés dans une forme singulière, fixés en un rêve spécial. Or son dessin exact, copiant l’artiste du mal, retrouve en ces deshérités le bien, joie, volonté, génie, bonté, où le laid irréductible apparaît comme une passion révélatrice et expiatrice du mal commun. On doit comparer la méthode de cette femme à celle du savant ; sa pitié minutieusement décompose puis recompose ; elle obéit au commandement d’amour, de respect envers des créatures portant la marque spéciale d’un destin.
Appliqué moi-même à l’étude du droit, de l’ordre contracté, j’apprécie cet art classique, cette recréation totale. Il convient de respecter infiniment la vue d’œuvres de l’artiste que Rodin avait devinée, qu’il a élevée au culte suprême. Ceci change de la production pour parvenus, des notations pour vannés de cet après guerre.
J’écris cela non par courtoisie, mais pour l’honneur.
 [14]

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Jeanne Bardey, paralytique à l’hôpital de Villejuif (Gallica, Morphologie médicale, 1912)
(Ouvrage dédié au Docteur Sigaud, le médecin de confiance de Jeanne Bardey)
Paralytique général, âgé de 25 ans

Joseph Serre [15], journaliste du "Salut Public", en rend compte dans l’édition du 24 janvier 1930 :

Ce recueil de dessins crayonnés au vol dans les asiles d’aliénés de Bron, de Villejuif, de la salpêtrière, et que leur auteur, Mme Bardey, publie en ce moment par souscription, donne la mesure du travail de la grande artiste, élève et amie de Rodin, et qui excelle à créer la vie, à découvrir sous la forme l’âme, à traduire l’impression et l’expression des visages et des choses.
... Mais ces croquis si curieux et d’une vérité intense ne sont qu’une part minime, bien que remarquable, de l’œuvre vaste et très variée de l’éminent peintre sculpteur.
Joseph Serre cite Marcelle Tinayre, ainsi que quelques extraits de la préface d’Emmanuel Lévy, signalant qu’une exposition très prochaine va permettre à tous d’en juger.

En feuilletant les archives du legs Bardey au centre de documentation du Musée des Arts Décoratifs de Lyon, j’ai trouvé ce très beau poème de Joseph Serre qui illustre bien les relations amicales que tissait Jeanne.

A Madame et Mademoiselle BARDEY

Vos asters rayonnants, violets, mauves, blancs, roses
Fleurs au cœur d’or, pareils aux étoiles des cieux
En mêlant leur richesse aux fraicheurs de vos roses
Font de ma chambre grise un jardin radieux.

Ainsi l’art qui chez vous dès le seuil nous éclaire
Posant sur chaque objet un rayonnement pur
Fait de votre home, comme une fleur de lumière
Qu’aimeraient Phidias et Rodin, j’en suis sûr.

Eux ? Et qui sait si tels vos asters et vos roses
Qui dans mon vase à moi survivent maintenant
Qui sait si ces grands cœurs en leurs métamorphoses 
D’Athènes et de Paris se sont joint à Mornant.

Joseph Serre

Des pointes sèches légères pour l’llustration de livres

L’artiste lyonnaise emploie aussi ses talents dans l’illustration de livres avec "ses pointes sèches légères et classiques" [16] . Ses mines de plomb rehaussées de couleurs agrémente l’édition 1929 de l’ouvrage "Une volupté nouvelle" de Pierre Loüys [17] . Ce conte narre la redécouverte de la vie moderne par la déesse Callistô [18]. Ses portraits gravés illustrent le livre "Madame Récamier" de Jules Lemaître édité en 1930.

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Jeanne Bardey, Mines de plomb rehaussées de couleurs
Illustration du livre de Pierre Louÿs
« Une volupté nouvelle » (Collection personnelle)

Edouard Herriot, grand helléniste, qui en 1920 et 1924 avait propulsé sa ville dans l’aventure des jeux olympiques en proposant une candidature associée à un véritable projet urbain et athlétique autour du stade de Gerland [19], publie "Sous l’olivier", carnet de voyage en Grèce. Il n’en faut pas plus à l’artiste lyonnaise, passionnée par les civilisations antiques, pour nourrir un nouveau projet, illustrer la prochaine édition de cet ouvrage.

Voyage en Grèce sur les pas d’Edouard Herriot

Au printemps 1931 Jeanne et Henriette partent pour la Grèce, d’abord à Athènes où elles résident à l’hôtel de Grande Bretagne. Elles sont enthousiasmées des merveilles qui les entourent, éblouies par la grandeur et la lumière. Le premier mois l’artiste lyonnaise avoue à son ami Guiguet ses difficultés à dessiner, elle ne sait comment s’y prendre [20].

Quelques semaines après leur arrivée, Henriette note dans sa correspondance les progrès accomplis : Nous sommes enthousiasmées encore et toujours des merveilles qui nous entourent et maintenant nous pouvons commencer à travailler ce qui nous avait été impossible le premier mois. Nous dessinons beaucoup dans les musées d’après les marbres et bronzes antiques. Je crois que je fais des progrès. En ce moment nous essayons de dessiner "Le petit cavalier" nouvelle découverte faite merveilleux petit bronze enfant grandeur nature. Voilà la matinée que nous passons dessus. Je crois que lorsque nous aurons vaincu cette difficulté le reste nous paraîtra relativement facile. Où en est mon portrait ? Que devenez-vous ? Maman se joint à moi pour vous adresser toutes nos sympathies. [21]

Dans cette lettre, Henriette évoque son portrait qui a permis à François Guiguet d’obtenir le prix Paul Chenavard (délibération du Conseil Municipal du 29/04/1931) [22]. Ce tableau fait maintenant partie des collections du Musée des Beaux-Arts de Lyon.

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François Guiguet, Portrait de jeune fille, 1931 ( © Lyon MBA - Photo Alain Basset)
Inventaire B 1681
Portrait d’Henriette Bardey

Après Athènes, Olympie où, comme les athlètes, Jeanne arrive à vaincre ses difficultés, stimulée par l’acharnement d’Henriette. Et si j’osais ce clin d’oeil, elles ont remporté une victoire dans ce lieu mythique s’il en est, berceau des jeux.

Quel voyage, quel ravissement ! Jamais je n’ai été aussi heureuse. Croiriez-vous que durant six semaines je n’ai pu prendre le crayon. Comme vous me l’avez dit cela était peut-être nécessaire. A Olympie où nous arrivions nous avons voulu essayer de dessiner ; mais là encore mêmes difficultés. Malgré tous mes efforts je devais me reconnaître vaincue et je disais à Henriette que je renoncerai. Devant cet aveu dénué d’artifice elle relève le défi et dit "Eh bien moi je m’entête". Oh ! Essaye la place est libre et elle fit tant et tant que la difficulté était vaincue et ce fut une série de dessins que je serai heureuse de vous montrer. Les combats de Centaures et des Lapithes nous auront donné du mal ; mais quelle joie pour moi d’avoir vu ma fille capable d’énergie, de volonté acharnée et quelle belle récompense. Cela vaut toutes les peines, la joie est si grande et maintenant nous voilà en route pour la Crête. A Olympie nous sommes restés huit jours travaillant huit heures par jour au musée. Ici on m’a dit que le Musée de Candie [23] offre bien un an de travail.

Je suis heureuse de vous annoncer cette bonne nouvelle sur ma fille maintenant je suis sûre de son avenir. Je ne vous envoie pas beaucoup de cartes parce que pas une ne peut rendre cette merveilleuse sculpture, ni cette belle nature. C’est la couleur et la lumière qui font tout ici et la photo est impuissante à rendre quoi que ce soit.
... J’ai continuellement présents les bons conseils que vous m’avez donnés. Je ne dis pas que je les mets toujours en parfaite pratique ; mais j’entends votre voix constamment quand je travaille. J’ai de la difficulté à remettre en place un paysage. Je ne sais si je dois commencer par les premiers plans ou les derniers. De là vient une confusion terrible ...  [24]

Le voyage se poursuit avec la Crète puis Delphes et de nouveau Athènes, avant de rejoindre la rue Robert : ... Sommes très heureuses dans ce beau pays [25]
... Nous trouvons beaucoup de travail à faire tant dans les musées que dans la campagne de l’Attique qui est une merveille. Nous avons fait je crois du bon travail à Delphes. Nous n’avions jamais dessiné d’après les marbres et nous nous y passionnons. A tort ? A raison ? Nous ne savons. Nous serions heureuses d’avoir votre appréciation ... [26]

"L’art pour tous" chez Madame Bardey

Madame Bardey aime faire partager sa passion pour l’art, et en ce mois de février 1932 elle accueille, lors d’une journée porte ouverte de son atelier, les sociétaires de "L’art pour tous". Cette Association avait pour but de réunir des personnes de toutes conditions, afin de les faire participer aux joies de l’art, de leur faire découvrir et mieux connaître les collections publiques et privées, les monuments, les musées, la beauté des sites.
Cet évènement est relaté dans un article du "Salut Public" : Madame Bardey a fait aux sociétaires de l’Art pour tous l’honneur et le plaisir de leur ouvrir, dimanche, les portes de son atelier de sculpture, atelier qui est aussi un musée.
Dans ce musée, aussi ordonné mais plus vivant qu’un musée officiel, se classent des meubles anciens qui ont dû faire bien des envieux parmi les artistes qui ont eu la bonne fortune de les admirer. Armoires, bahuts, cabinets, tables sièges, celles et socles abritent ou supportent les œuvres, sculptures ou peintures, de la maîtresse de céans qui veut bien elle-même raconter ses débuts. Débuts assez remarquables pour que Rodin leur ait prodigué ses encouragements.
Mme Bardey, simplement, rappelle les conseils que lui donna le maître et tout ce que son talent leur doit. Ce qu’elle ne dit pas c’est la conscience et l’acharnement qu’elle apporta à l’étude et au perfectionnement d’un art pour lequel elle avait une vocation ardente ; c’est la discipline et l’ordre qu’elle sut imposer à sa maîtrise fougueuse et qui nous ont valu ces études, ces statues, ces bustes, pleins de pensées, d’exactitude et de vie. Voici des déesses qui apportent la lumière à l’humanité ; une "Femme accoudée", une "Chasteté" ; les bustes de Guiguet et de Rodin, et les mains du maître de qui elle a appris à travailler ; et encore ces pastels, ces dessins, ce buste "Ma fille" qui reproduisent un modèle dont la tendresse maternelle s’est si souvent et si heureusement inspirée.
Mme Bardey use avec une pareille maîtrise et un égal bonheur de tous ces moyens de l’expression de la pensée : la terre, le marbre, le bronze ; mais aussi la mine de plomb, le pastel, la pointe sèche. Elle veut bien ouvrir ses cartons pour montrer les nombreux dessins qu’elle a conservés de ses études, et surtout les dessins originaux qui illustreront magnifiquement le volume de M. Herriot : "Sous les oliviers" par l’exécution desquels Mme Bardey consciencieuse jusqu’au scrupule, pour se documenter exactement et sur place, vient de passer quatre mois en Grèce. A la fin de la visite de l’atelier-musée de Mme Bardey M. Magnin, président de « l’Art pour tous », a su trouver les mots qui convenaient pour remercier l’hôtesse de son accueil bienveillant et l’artiste des joies élevées qu’elle avait procurées à tous.
 [27]

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Jeanne Bardey, dessin de son voyage en Grèce
Illustration du livre d’Edouard Herriot
« Sous l’olivier » - Edition 1932
(Collection personnelle - Exemplaire n° 13 de Tony Garnier)

"Sous l’olivier" avec Herriot

Du 10 au 19 juin 1932, Jeanne expose à Paris, 12 rue Magellan, les dessins et croquis rapportés de son voyage en Grèce et dont quelques uns servent à illustrer le livre d’Edouard Herriot.

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Sous l’olivier (Photo Archives Varille)
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« Sous l’Olivier » d’Edouard Herriot
Exemplaire n° 13 de Tony Garnier
(Collection personnelle)
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« Sous l’olivier » (Détail)
Dédicace de l’exemplaire de Mathieu Varille par Jeanne Bardey

Jeanne fait la connaissance de Nicolas Leprince

A l’occasion d’une de ses expositions Jeanne a fait la connaissance du peintre Nicolas Leprince. Sous ce pseudonyme se cache en fait le prince Nicolas de Grèce, exilé en France avec sa famille, il a participé avec ses frères à l’organisation à Athènes des premiers jeux olympiques modernes de 1896. J’ai retrouvé dans les archives du legs Bardey une lettre très émouvante qu’il a adressée à Madame Bardey pour la remercier de l’envoi d’une photographie de la tombe de son père. Je vous laisse le plaisir de la découvrir : la tombe repose au pied des cyprès de son cher Tolstoï dans la terre du pays qu’il a tant aimé. Il a donné cinquante ans de sa vie à la Grèce dont il avait fait sa seconde patrie s’étant dévoué corps et âme à sa cause et prenant à cœur ses intérêts qu’il a toujours défendus envers et contre tous. Son dernier geste fut une preuve de dévouement et d’amour qu’il lui portait puisqu’il lui a volontairement donné sa vie. Le Bon Dieu en le rappelant à lui, lui aura épargné la douleur de voir les malheurs qui se sont abattus depuis sur ma malheureuse patrie.
Je suis ému aux larmes que vous ayez pensé à m’envoyer cette petite image si touchante dans son émouvante simplicité et que je garderai toujours comme une de mes précieuses possessions. Je suis heureux d’avoir eu l’honneur et le vrai plaisir de faire votre connaissance, car comme je vous l’ai dit, j’avais été charmé par votre beau talent lors de ma visite à une de vos expositions ; le charme particulier qui se dégageait de toutes vos œuvres m’avait tout de suite ravi.

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Jeanne Bardey, dessin de son voyage en Grèce
Illustration du livre d’Edouard Herriot
« Sous l’olivier » - Edition 1932
(Collection personnelle - Exemplaire n° 13 de Tony Garnier)

Je suis heureux et fier aussi que vous ayez emporté de mon pays un souvenir si vivant et que vous en ayez compris le secret de la séduction qu’il ne révèle qu’à ceux qui comme vous savent apprécier les beautés de sa nature … et surtout les comprendre. Je ne parle pas de ses incomparables monuments historiques qui n’ont pas de secret pour vous et dont vous avez su rendre les multiples perfections avec une sûreté si pure et si délicate.
Je quitte Paris demain dans l’après-midi et ne pense pas être de retour avant le mois de novembre. Si, à cette époque, j’aurais le plaisir de vous y rencontrer je me soumettrais à votre désir de vous servir de modèle quoique je reconnaisse ne rien avoir de ce qui pourrait attirer une grande artiste telle que vous.
En vous remerciant encore une fois de votre délicate pensée je vous prie chère Madame, de me croire bien à vous. Nicolas.
 [28]

Retour au salon de printemps

L’artiste lyonnaise continue de faire connaître son travail à Paris, à Lyon et même à Berne où elle expose en mai 1930 ; de la capitale helvétique elle envoie une carte postale à son ami François Guiguet. [29] En avril 1931, bien qu’étant en voyage en Grèce, Jeanne participe au salon du Bois Gravé Lyonnais qui se tient à la bibliothèque municipale. Le Salut Public note que Madame Bardey a tenu la gageure de tailler dans le bois l’un de ses dessins dont le trait est si tenu. Elle a joint à l’épreuve définitive une épreuve d’état pour attester l’authenticité de ce travail étonnant [30].

Jeanne fréquentait assidûment le salon d’automne de Lyon depuis la rupture de Louis Bardey avec la Société Lyonnaise des Beaux-Arts. Mais à la faveur d’un renouvellement de cette institution et du changement de son président, elle est maintenant élue et participe au salon de printemps 1932.

Quant à François Guiguet, il expose de nouveau à Lyon grâce, semble-t-il, à son élève reconnaissante. Outre le prix du legs Paul Chenavard, d’autres facteurs ont sans doute contribué au retour de Guiguet en odeur de sainteté à la Société Lyonnaise des Beaux-Arts. En 1930, le peintre fut convié à exposer au salon d’automne de Lyon avec les célébrités parisiennes : Bonnard, Maurice denis, Van Dongen, Raoul Dufy, Marquet, Utrillo, Vlaminck, Vuillard ... A la Lyonnaise on commença à se poser des questions. L’année suivante, Herriot nomma Guiguet membre de la commission consultative du Musée de Lyon ... Alors tout simplement, on lui demanda d’exposer. Il accepta et le Président Perrachon put lui écrire le 27 janvier 1932 "Je suis très heureux et très flatté de vous voir participer à notre exposition cette année. Le portrait de Mme Bardey, placé dans notre salle d’honneur, fait admirablement bien. Mme Bardey nous a aussi envoyé un petit marbre ravissant [31]

Luc Roville rend compte de ce salon de printemps 1932 dans "Le salut Public" :
Mme Bardey expose une figure de Marbre de Paros, une forme encore engagée dans le bloc ; il y a dans cette manière une intention ; elle fait sentir l’effort de l’artiste, animant peu à peu la matière rebelle. Nous savons avec quel art Mme Bardey y parvient. [32]
L’année suivante elle y présente un masque en bronze à cire perdue, avec ce petit air de mystère qu’on trouve si souvent dans les œuvres de cette artiste, celui de Dulac en bronze vert, et le buste par le même artiste, du président Herriot ... [33]. En 1934, la sculpture a une place importante dans le salon de printemps, Mme Bardey expose une Tête de vieille femme d’un modelé qui suit toutes les déformations de l’âge. [34]

Elle présente un Torse de Jeune femme en bronze au salon d’automne de Paris de 1933. "L’art et les artistes" qui rend compte de cette manifestation fait remarquer que la difficulté des temps se fait sentir, mais les peintres sont gens courageux, les sculpteurs plus encore, et ils ont résisté. ... Evoquant la sculpture de Jeanne, le correspondant de cette revue écrit Nous y avons trouvé ... de la vigueur et du nerveux  [35]. Quant au quotidien "Le Temps", sous la plume de Thiébault-Sisson, il précise pour la sculpture Elle ne brille pas ici par le nombre : elle s’impose par la qualité., ajoutant "Il y a du nerf, enfin du savoir, et une noblesse fine et fière dans le Torse en bronze de jeune femme exposée par Jeanne Bardey" [36].

Des talents au salon des femmes artistes modernes

En ce printemps 1934 Jeanne participe à l’exposition annuelle des Femmes Artistes Modernes qui vient de s’ouvrir à la Maison de France, avenue des Champs Elysées, 101. On y retrouvera groupés tous les talents féminins que les années d’avant et après guerre ont mis en évidence ... La sculpture est dominée par une rétrospective où le talent nerveux de Camille Claudel se déploie en accents passionnés. De solides travaux d’Yvonne Serruys, d’Anna Basch, de Mme Debayser-Gratry, et un Buste expressif de l’architecte Auguste Perret [37], par Mme Bardey, ajoutent un charme tout particulier à l’ensemble [38]. Dans l’article du "Matin" on peut lire : Dans la section de sculpture, notons la vivante et expressive Jeune fille et la si intéressante Tête d’homme de Mme Bardey ; l’Eve séduidante de Mme Y. Serruys et la magistrale rétrospective des œuvres de Mme Camille Claudel, parmi lesquelles un couple dansant, intitulé La valse, et une rigoureuse Tête de Rodin résument l’originale diversité du talent de cette consciencieuse artiste [39].

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Jeanne Bardey, Auguste Perret, 1933 (Musée des Arts Décoratifs de Lyon - Photo Pierre Verrier)
Buste plâtre (N° Inventaire : Bardey 32)

Marie-Anne Camax-Zoegger (1881-1952)



Marie-Anne Camax-Zoegger fut la présidente fondatrice du salon des Femmes Artistes Modernes, qui eut lieu chaque année de 1931 à 1938. Les plus célèbres femmes artistes de cette époque y participèrent comme Suzanne Valadon, Marie Laurencin, Mariette Lydis ou Tamara de Lempicka.

Marie-Anne CAMAX-ZOEGGER fut une artiste peintre très appréciée du monde des arts de 1919 à 1952, année de sa mort, comme paysagiste néo-impressionniste allant jusqu’au fauvisme mais aussi comme portraitiste de l’enfance. Une grande partie de son œuvre fut achetée par l’Etat. Victime du phénomène de mode, son œuvre est aujourd’hui oubliée dans des réserves d’édifices publics et dans les familles de collectionneurs qui fréquentaient les Salons ou se réunissaient dans son atelier de la rue d’Auteuil à Paris. Petite fille de l’artiste, Marie-Anne de Cockborne cherche à réhabiliter son œuvre et à localiser les toiles dispersées depuis plus de 60 ans afin de mieux les faire connaître.

Nomination dans l’ordre de la légion d’honneur

En feuilletant les archives du legs Bardey, j’ai découvert plusieurs brouillons de lettres adressées à Nicolas de Grèce qui nous renseignent sur un voyage effectué par Jeanne Bardey et sa fille. J’ai fait un grand voyage avec ma fille. Nous avons fait une croisière en Baltique. Après avoir visité les capitales de Norvège et de Suède nous sommes allées jusqu’à Léningrad où nous avons pu voir le beau musée de l’Ermitage.

Ce voyage en Russie lui avait été vivement conseillé par son ami Edouard Herriot qui en était revenu enthousiasmé l’année précédente. Mais si Jeanne revient enchantée par la visite des musées de Léningrad, elle est plus critique et constate la suspicion qui pèse sur les individus les empêchant d’avoir des contacts personnels avec les étrangers.

C’est à Dantzig, au cours de sa croisière dans la Baltique, qu’elle apprend sa nomination de chevalier dans l’ordre de la légion d’honneur [40]
Cette décoration lui a été remise par Edouard Herriot. La consultation de son dossier transmis par les Archives Nationales m’en a appris un peu plus sur l’artiste lyonnaise. Outre sa longue carrière artistique, on peut noter : la formation gratuite d’élèves étrangers, la qualité de membre du jury du Salon d’automne de Paris et de l’Ecole des Beaux-Arts de Lyon, les nombreuses expositions à l’étranger (Londres, Amsterdam, Venise, Rotterdam, Zurich, Genève, Liège ...), et enfin elle a été lauréate des prix Morancé et Conté (dessin).

De retour des pays baltes, Jeanne et Henriette organisent une nouvelle exposition dans l’atelier de la rue Robert. "Le progrès de Lyon" relate l’événement dans ses colonnes : Mme et Mlle Bardey, de retour d’un voyage aux musées de Léningrad, exposent en ce moment dans leur atelier de la rue Robert, 14, une série de portraits au crayon et de médailles de bronze. On y voit figurer Nicolas de Grèce, MM. Edouard Herriot, Emmanuel Lévy, Kambani, Massoul ... Avec quelle acuité ces deux artistes savent évoquer et fixer dans la figure humaine les sinuosités particulières d’une bouche, la vivacité des yeux, le graphique d’un mouvement. Ici les éléments analytiques de l’observation sont dépouillés du détail et résumés avec puissance. Cette oeuvre malgré de fréquents séjours à Paris et à l’étranger reste une oeuvre lyonnaise, âpre et mesurée. On n’a pas oublié que Mme Bardey fut une lauréate du prix Chenavard. [41]

Pour lire la suite...

Liens

Sources

  • Archives Municipales de Lyon
  • Archives Départementales du Rhône
  • Bibliothèque Municipale de Lyon (Part-Dieu)
  • Centre de documentation du musée des Arts Décoratifs de Lyon
  • Bibliothèque du Musée des Beaux-Arts de Lyon
  • Maison Ravier à Morestel
  • Musée Rodin
  • Archives Varille
  • Une volupté nouvelle de Pierre Louys, 1929
  • Sous l’olivier d’Edouard Herriot, 1932
  • Hubert Thiolier : "Les peintres lyonnais intimistes"

P.-S.

Avis aux lectrices et lecteurs de la gazette :
Qui pourrait me dire où se trouve maintenant la sculpture « L’adolescente » qui était auparavant dans le jardin du Musée du Luxembourg ? Dans la base Joconde on trouve la mention « Localisation inconnue ».
Je cherche aussi des informations sur les prix Morancé et Conté.
Vous pouvez me contacter par l’intermédiaire du forum.

Notes

[1Extrait de Madame Bardey, Imprimeries réunies, 1924

[2Lettre de Jeanne Bardey à François Guiguet du 18/01/1928

[3Lettre de Jeanne Bardey à François Guiguet du 14/06/1928

[4Du 14 au 25 mai 1928, Galerie Druet, 20 rue Royale à Paris, Gallica, L’art et les artistes

[5Extrait de Madame Jeanne Bardey, Imprimerie Audin, Lyon 1928

[6Jeanne Bardey, "Les « déshérités », imprimerie Audin, Lyon, 1929

[7Archives Municipales de Lyon, Registre des délibérations 1217 WP 150

[8Archives municipales de Lyon, Registre des délibérations 1217 WP 187

[9Directeur du Musée des Beaux-Arts de Lyon de 1924 à 1932, succédant à Henri Focillon

[10Lettre de Jeanne Bardey à François Guiguet du 05/04/1929

[11Lettre d’Henriette Bardey à François Guiguet du 28/04/1929

[12Le samedi-Lyon du 11/05/1929

[13Luc Roville, Le Salut Public 25/10/1929

[14Bibliothèque de la Part-Dieu, Extrait de la préface des Deshérités, côte HB 007300

[15Joseph Serre (1860-1937), écrivain lyonnais, philosophe et poète

[16L’art et les artistes octobre 1932, page 65

[17Pierre Louys(1870-1925), poète et romancier français

[18Dans la mythologie grecque Calisto, fille de Lycaon, roi d’Arcadie était une des nymphes favorites de Diane

[19Blog de Sylvain Bouchet, historien de l’olympisme

[20Carte de Jeanne Bardey à François Guiguet du 05/04/1931

[21Carte d’Henriette à François Guiguet du 10/5/1931

[22Archives Municipales de Lyon, Registre des délibérations 1217 WP 189,

[23Aujourd’hui Héraklion

[24Lettre de Jeanne Bardey à François Guiguet du 02/06/1931

[25Lettre de Jeanne Bardey à François Guiguet du 21/06/1931

[26Lettre de Jeanne Bardey à François Guiguet du 09/07/1931

[27Le Salut Public, 29/02/1932

[28Lettre de Nicolas de Grèce à Jeanne Bardey du 23/07/1932

[29Carte postale de Jeanne Bardey à François Guiguet du 25/05/1930

[30Le Salut Public 29/04/1931

[31Hubert Thiolier, Les peintres lyonnais intimistes, page 197

[32Le Salut Public 23/02/1932

[33Le Salut Public 28/02/1933

[34Le salut Public 27/02/1934

[35L’art et les artistes Octobre 1933 page 66

[36Le Temps 24/11/1933

[37Auguste Perret (1874-1954), architecte de la reconstruction du Havre après la guerre

[38Le Temps 27/05/1934

[39Le Matin 09/06/1934

[40Décret du 31 juillet 1934

[41Le progrès du 21/11/1934

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