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Vollore et les Lévigne, les marchands de bois de la Chevalerie (5e épisode)

Le jeudi 5 novembre 2015, par Danièle Godard-Livet

Si vous regardez les registres de Vollore au 18e siècle, vous verrez que les Lévigne y sont partout. Un tiers des mariages sont des mariages Lévigne et ils ont beaucoup d’enfants. C’est Michel Sablonnière, l’expert en communautés agricoles de la montagne de Thiers qui m’a guidée vers la généalogie des Lévigne de la Chevalerie, marchands de bois ; qui tous descendents (et avec eux tous les Lévigne de Vollore) de deux frères, installés dans les années 1700 venant d’Augerolles.

Mais Vollore, c’est aussi le couvent de l’ermitage, construit sur le domaine donné par Louis XIV pour promouvoir la foi catholique dans ces contrées trop peu croyantes ; c’est aussi la partition à la révolution de la grande paroisse originaire en deux communes, Vollore-Ville et Vollore-Chignore qui deviendra Vollore-Montagne ; c’est aussi la révolte de 1793 contre la conscription, et les prêtres non assermentés, condamnés à mort que les paysans cacheront, ce sont aussi les communautés agricoles. Une abondante littérature pour un lieu si rude, depuis Les bons Dieux de Jean Anglade, jusqu’à La révolte de Vollore de Bruno Ciotti en passant par le livre de l’abbé Guélon sur L’histoire de Vollore. J’ai aussi lu le livre d’Henri Ponchon sur Augerolles et l’énorme thèse de Bernard Brunel au si beau titre pour qui connaît ces contrées Le vouloir vivre et la force des choses, ainsi que le fort volume de Pierre Mondanel L’ancienne batellerie de la Dore et de l’Allier. Certains de ces ouvrages sortaient de la bibliothèque de mon père.

Je suis aussi une Lévigne, descendante des Lévigne de la Chevalerie, mais d’une branche qui s’est vécue comme déclassée dès l’origine. J’ai retrouvé depuis, les descendants de la branche d’Auguste Lévigne qui a réussi à Lyon dès 1880 tout en restant très attaché à la Chevalerie. Nous avons pu ensemble vérifier l’histoire de nos deux familles.

C’est à La Chevalerie que j’ai passé les premiers mois de ma vie avant que mes parents ne s’installent à Puy-Guillaume. Je garde à ce lieu sauvage un attachement très fort que mes recherches généalogiques ont éclairé, bien au-delà de mes souvenirs d’enfance. Vous allez comprendre pourquoi.

Marie Lévigne, descendante d’une famille qui se vit comme déclassée

Le mariage des parents de Marie Lévigne, Annet Lévigne et Péronne Lévigne en 1804, cousins au 5e degré, semble faire suite à une longue série de mariages entre proches parents dont cette famille de marchands de bois est coutumière. N’est-ce vraiment que cela ? Pierre Lévigne de la Chevalerie vient de perdre son fils aîné, mort à 43 ans laissant une veuve et dix enfants ; il a d’autres fils mais pourquoi ne pas marier sa petite fille Péronne avec cet Annet Lévigne de la Côte, un cousin qu’on ne fréquente plus beaucoup depuis que la révolution a éloigné les deux branches ? Les autres enfants de sa bru sont encore très jeunes, et cet Annet Lévigne qui n’a que 30 ans est le fils aîné d’Annet Lévigne de la Côte, le frère de Pierre de la Chevalerie ?

Au mariage d’Annet et de Peronne, c’est la famille de la Chevalerie, celle de Peronne qui est la plus présente avec Pierre désigné comme oncle paternel de l’époux, Etienne un de ses fils comme oncle paternel de l’épouse, Françoise comme mère de l’épouse ; la famille de la Côte, celle d’Annet n’est représentée que par l’un des jeunes frères d’Annet, Huguet.

Ce sera la même chose lors de la naissance du premier enfant d’Annet et de Péronne : Françoise née en 1806, déclarée par son père, son aïeul Pierre et son grand oncle Etienne.

Mais les choses ne se passeront pas comme l’entendait le grand père Pierre ; Françoise Planat, la bru veuve, souhaite garder sa place et celle de ses fils. Elle aussi est fille de marchands de bois, de Mathieu Planat et Anne Chalmette et petite fille d’un notaire royal de Courpière. Et c’est sans conteste une forte femme qui ne décédera qu’à 80 ans en 1837.

Annet et Péronne quitteront très vite la Chevalerie pour s’installer à Aubusson d’Auvergne à La souche où naîtront Annette, Marie et Annet leurs autres enfants.

A La Chevalerie, depuis la mort du père de Peronne, fils aîné de Pierre, il y a trois personnalités incontournables, Pierre le patriarche, Françoise Planat, l’épouse du fils aîné tôt décédé, la mère de Péronne, et Etienne Lévigne un autre fils de Pierre qui ne se mariera pas mais sera avec son père de tous les mariages et de tous les baptêmes dans la famille. Il n’y avait manifestement pas de place pour Annet et Peronne et leurs enfants.

La chevalerie, les marchands de bois

Pour comprendre un peu mieux la situation, il faut faire un détour par la Chevalerie, le monde des marchands de bois et les ruptures de la révolution française.

La Chevalerie d’abord, ce hameau de Vollore Montagne, au bord de l’horizon, à plus de 1000 m d’altitude, entre le ciel et les blocs de granit, les bruyères et les sapins drus, les fougères, les serves et les ruisseaux, un belvédère au dessus de la plaine.

Un lieu sauvage et sans doute si peu conquis par la religion catholique que Louis XIV avait senti le besoin d’y créer une mission qui deviendra le couvent de l’ermitage. Les frères Lévigne n’ont-ils pas contesté le paiement de la dîme dans des temps plus anciens, comme le rappelle l’abbé Guélon ?

Depuis les années 1700, deux frères Lévigne Etienne et Annet mariés à deux sœurs Marguerite et Antoinette Servillie s’y sont installés, venant sans doute d’Augerolles ; ils sont marchands de bois, et même marchands de bois par eau. Bien que les envoyés de Colbert aient jugé les bois de la région de faible qualité par rapport à des hêtraies ou des chênaies de plus belle venue, le commerce du bois par eau est une grande activité du pays grâce à la proximité de la Dore qui permet, lors des crues, de transporter les troncs vers Paris ou Nantes, amarrés ensemble en sapines.

C’est un commerce rude et périlleux qui tient ensemble des familles dans une sorte d’aristocratie du danger, du bois et de l’eau et d’un certain niveau d’éducation à défaut de richesse. Les Lévigne, les Pouzet, les Planat, les Chomette, les Janvier sont des marchands de bois qui se marient entre eux.

Un siècle plus tard, quand commence notre histoire, les Lévigne se sont multipliés à Vollore Montagne, au point d’un tiers des mariages de la commune sont des mariages Lévigne. Ils ne sont plus tous marchands de bois, ni à la Chevalerie, ni à La Côte. Mais ceux qui nous concernent le sont restés et ils en sont fiers, même s’ils sont tous aussi agriculteurs. Pierre Lévigne, le patriarche de la Chevalerie qui a déjà 72 ans au moment du mariage d’Annet et de Péronne et Barthélémy Maurice le petit fils qui prendra sa suite se désigneront jusqu’à leur mort comme marchand de bois.

Pour tout dire nous ne savons pas grand chose de cette activité malgré la lecture du gros volume consacré à la navigation sur la Dore et sur l’Allier. On imagine la difficulté du débardage de ces bois, le transport en charroi tiré par des bœufs jusqu’au port de Lanau, l’entreposage sur les berges dans l’attente de la crue, la confection des sapines et le terrible guidage de ces embarcations rudimentaires sur la rivière en eau profonde. Tous les obstacles, depuis les chemins défoncés, les ponts inexistants sur les ruisseaux, les berges difficiles, les rapides, les tourbillons, les bancs de sable. Peu de chose, si ce n’est le témoignage de ce fils du patriarche Pierre dont le cadavre a été retrouvé noyé à Gores en Varenne. Modeste mais poignante preuve de l’activité de nos ancêtres.

La révolution à Vollore

Il faut maintenant en venir à la révolution qui avait mis de la distance entre les deux frères : Annet Lévigne le révolutionnaire (le père d’Annet) et Pierre Lévigne le conservateur (le grand père de Péronne).

A la révolution, la commune de Vollore Montagne a été créée par division de la grande paroisse de Vollore et Annet Lévigne père en est devenu le premier maire, très fier de l’être.

La révolution à Vollore Montagne n’a pas été toute simple, pas à cause d’un seigneur défendant ses privilèges, ni à cause des prêtres réfractaires, pas plus au sujet de la vente des biens de l’Eglise comme biens nationaux, mais à cause des réquisitions et de la conscription.

Le seigneur, sans doute pas très riche était réfugié à Paris et sans revendication si ce n’est celle de survivre et de sauver sa peau. Quant aux prêtres, pauvres prêtres issus de familles de pauvres gens, les familles ont préféré les cacher. Personne pour partir à la chasse des prêtres qui n’avaient pas juré fidélité à la République ; rien à voir avec la petite Vendée qu’a connu le département voisin de la Loire. Annet le révolutionnaire et Pierre le conservateur avaient deux frères prêtres, Hugues et Antoine, l’un desservant de Vollore montagne, l’autre missionnaire à l’ermitage. Tous les deux condamnés à mort, puis à l’exil, ils ne semblent pas avoir été inquiétés. Hugues est mort à 71 ans en 1814 et Antoine est devenu curé du Brugeron après la révolution.

Concernant les biens nationaux, ils en ont acheté ce qu’ils pouvaient, parcelles à la mesure de leurs moyens sans doute moins grands que ceux de notables mieux installés de la plaine, notaires de Vollore Ville ou de Courpière ou marchands de bois d’Augerolles plus prospères.

Mais surtout ces braves montagnards pauvres et isolés, têtes raides, n’ont eu aucun enthousiasme pour se lever comme un peuple pour défendre la République. Les soldats de l’an II, très peu pour eux. C’est la révolte de Vollore qui a conduit à l’intervention de la troupe et à la décapitation à Thiers d’une quinzaine de malheureux !

Les deux frères Pierre et Annet semblent bien s’être séparés autour de ces événements révolutionnaires. Et ces deux branches Lévigne auront à partir de là des histoires bien dissemblables, sans doute sur des caractères et des valeurs différents plus que sur des faits précis.

Deux histoires familiales bien différentes

Pierre le conservateur de la Chevalerie se comporte en parfait patriarche, ne laissant aucun de ses fils se marier après la mort de son aîné et confiant son héritage à son petit fils Barthélémy Maurice Lévigne marié à 23 ans (en 1809 après la défection d’Annet et Péronne) avec la fille d’un boulanger de Celles sur Durolle (peur de manquer héritée de la révolution ?) ; héritage qu’il confiera ensuite à son fils Jacques Barthélémy François Lévigne, époux d’Annette Borias en 1846 puis de Jeanne Fayard en 1859 ; qui le transmettra à Jean Antole Lévigne... qui le vendra en 1923 aux descendants de Marie Lévigne : Annet Jean Guyonnet et Angèle Aimée Sauzede. Plus d’un siècle après que les parents de Marie ont quitté La Chevalerie... dans une tardive (et malencontreuse ?) revanche des déclassés sur la branche de Pierre .

C’est aussi la branche de Pierre qui s’occupera des affaires publiques de Vollore Montagne pendant le siècle en fournissant plusieurs maires à Vollore Montagne : Jacques Barthélémy François de 1830 à 1850, Jean François Lévigne, son frère de 1876 à 1881 et Anatole Lévigne de 1888 à 1892 puis de 1908 à 1919. La branche de Pierre aura aussi le souci continu de l’éducation de ses enfants (Auguste Lévigne, le frère aîné d’Anatole créera à la fin du XIXe la première grande pharmacie de Lyon).

Mais n’allons pas trop vite dans cette histoire et restons au début du XIXe siècle

Le souci de transmission familiale d’Annet de la Côte sera bien moins organisé de même que son souci d’éducation de ses enfants. Le métier de marchand de bois a également été abandonné pour l’agriculture. En 1817, trois des fils d’Annet de la Côte sont témoins sur son acte de décès : Pierre cultivateur à Bournier, le fils cadet, Annet le père de Marie Lévigne mon ancêtre, cultivateur à la Côte et un autre Annet, mais aucun ne sait signer au contraire des petits fils de Pierre.

Annet et Péronne les parents de Marie Lévigne meurent à Noirétable en 1838 et 1845 à La Faye (où s’est installé leur autre fils d’Annet marié à une Jeanne Marie Robert de St Jean La Vêtre ?). Et Marie Lévigne, arrière grand-mère de ma propre grand-mère devient propriétaire à La Côte et peut songer à se marier à 37 ans.

Pour lire la suite...

  • Pour visiter le site de l’auteur : A partir de ce que vous me racontez de votre arbre généalogique ou de vos albums-photos, j’écris pour vous l’histoire de votre famille.

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2 Messages

  • j’en bave,les yeux se mouillent ;double effet secondaire de sénilité ?—non,simplement —(et qui qui affirmait encore naguère que ces Levigne vollorois n’étaient pas de la lignée ?)

    Répondre à ce message

  • Vollore et les Lévigne, les marchands de bois de la Chevalerie (5e épisode) 14 décembre 2015 21:37, par Marthe LEVIGNE épouse BUSSIERE

    Madame,
    un grand merci pour votre article grâce auquel j’ai pu remonter très haut dans la lignée LEVIGNE de mon père.
    Je suis Marthe LEVIGNE épose BUSSIERE demeurant à Vichy,
    fille unique de LEVIGNE Marc Emile (1921 Noiretable - 2013),petite fille de LEVIGNE Camille Joseph (1891-1960) x Marthe GAUDARD, elle même fille de GAUDARD Pierre (de St Marcel d’Urfé) et de GIRAUDIER AnaÏs (St Jean la Vêtre),
    arrière petite fille de LEVIGNE Jacques,de la lignée de LEVIGNE Barthélémy Maurice, de LEVIGNE Annet (1755 1798) de LEVIGNE Pierre dit « le patriarche »...
    Pourriez-vous me conseiller la lecture d’un livre me permettant de mieux connaître l’environnement et l’histoire de mes ancêtres ?
    Merci pour votre réponse.

    Répondre à ce message

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