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Accueil > Articles > La vie militaire > Les conscrits de 1870 à 1914 > Les étapes de l’appel des classes : troisième étape, le conseil de révision

Les étapes de l’appel des classes : troisième étape, le conseil de révision

Le jeudi 7 mai 2015, par Michel Guironnet

« Bons absents », « ajournés », « dispensés », « exemptés », « réformés », « versés dans les services auxiliaires »... Ces catégories, décidées au cours du Conseil de Révision, n’entrainent pas, pour les conscrits, les mêmes conséquences.

Qu’est le Conseil de révision ?

Conseil de Révision. Hier ont eu lieu, à Alençon, les opérations du Conseil de révision pour les jeunes gens de la classe 1912 et des ajournés de 1911 appartenant au canton Est d’Alençon.
Ces opérations étaient présidées par M Robert Leneveu, préfet de l’Orne, assisté de M le général Gillet, de M. Gervais, secrétaire général de la préfecture, de M. le Sous-intendant militaire et de MM. le docteur Hommey, conseiller général du canton de Sées et d’Andigné, conseiller d’arrondissement du canton de Carrouges.

Quatre-vingt-sept conscrits de la classe 1912 étaient inscrits ; sur ce nombre un a été rayé, quatre ont été ajournés, huit sont des engagés volontaires, quatre ont été déclarés « bons absents », 53 ont été reconnue bons, six ont été versés dans les services auxiliaires, huit ont été réformés, trois ont été ajournés au 30 mai.
Huit ajournés de la classe 1911 ont également repassé sous la toise : deux d’entre eux ont été reconnus bons, Quatre ont été versés dans les services auxiliaires, un a été réformé, un a été ajourné au 30 mai (pour cause de maladie actuelle).

Dans l’ensemble, et de l’avis des personnes présentes à la révision, le contingent de conscrits de 1912 est meilleur que celui des années précédentes ; il y a un progrès réel et marqué au point de vue de la force physique.
Cinq jeunes gens ont manifesté sur-le-champ l’intention de s’engager dans la cavalerie.
L’Ouest-Eclair du 12 mars 1913

Le conseil de révision se réunit, souvent de bonne heure, afin de pouvoir « visiter sans précipitation » les jeunes gens sur leurs aptitudes physiques, examiner leurs réclamations et statuer en connaissance de cause.

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Tout nus sous la toise
Cette gravure est tirée de « En Tournée de révision, conte humoristique » signé Carlochristi publié en 1902. Disponible sur Gallica, nous en conseillons fortement la lecture !

C’est l’occasion, pour les appelés, de « passer tout nus sous la toise ». Ceux qui ont fait des demandes de dispenses doivent alors produire les pièces justificatives.

Le Conseil de révision se transporte dans les différents cantons.
Les jeunes gens reçoivent à domicile, au moins 8 jours d’avance, leurs ordres individuels de convocation avec le jour, l’heure et le lieu de réunion. La presse locale publie également l’itinéraire du Conseil de révision.

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Itinéraire du conseil de révision
pour l’arrondissement de Tournon
« Journal d’Annonay » du 24 mars 1883

Le Conseil de révision est composé :

  • Du Préfet, président, d’un conseiller de préfecture.
  • D’un conseiller général, d’un conseiller d’arrondissement.
  • D’un officier général, d’un membre de l’intendance.
  • Du commandant de recrutement, d’un médecin civil ou militaire.

Les maires n’en font pas partie, mais doivent y assister. On peut leur demander des renseignements sur les jeunes gens appelés, leurs infirmités réelles ou simulées.

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Visite des jeunes gens
Extrait de "Manuel des conseils de révision :
nouvelle législation du recrutement de l’armée"
par un capitaine de recrutement (1878)

Liste du recrutement cantonal

A l’issue des opérations du Conseil de révision, la liste du recrutement cantonal est établie, comprenant tous les hommes du même canton, ayant concouru au même tirage, et n’ayant pas été exemptés.

Cette liste est divisée en cinq parties :

  • 1° Par ordre de numéros de tirage, tous les jeunes gens déclarés propres au service actif.
  • 2° Ceux qui sont dispensés du service dans l’armée active.
  • 3° Les jeunes gens déjà liés au service, les inscrits maritimes et les dispensés conditionnels .
  • 4° Les jeunes gens dispensés du service dans l’armée active, mais reconnus aptes à l’un des services auxiliaires de l’armée (bureaux, administration, etc.).
  • 5° Les ajournés, c’est-à-dire les jeunes gens qui, au moment des opérations du Conseil, n’ont pas la taille minimum de 1 m 54 ou sont reconnus trop faibles pour un service armé. Ils sont renvoyés à l’année suivante et seront de nouveau examinés par le Conseil de révision.

Les ajournés ne sont soumis à aucune obligation militaire jusqu’à ce que le Conseil de Révision se soit prononcé définitivement sur leur aptitude physique. Ils ne sont définitivement exemptés ou classés dans les services auxiliaires que si, après la deuxième année, ils sont déclarés « impropres » au service actif.

Les cas d’exemption sont limités aux cas d’infirmités rendant absolument inapte au service actif ou auxiliaire. Celui qui s’en est rendu coupable en cas de blessure ou mutilation volontaire, dans le but d’être exempté, est puni d’un mois à un an d’emprisonnement.

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Etre réformé, cela tient à un cheveu !
« Journal d’Annonay » du 8 mars 1903

Cas de dispense du service

Il y a trois catégories de dispenses :

  • 1° Dispenses du service actif en temps de paix.
  • 2° Dispenses en tout temps, à titre conditionnel.
  • 3° Dispenses à titre provisoire.

Sont dispensés du service actif en temps de paix :

  • A. Le frère aîné d’orphelins du père et de mère.
  • B. Le fils unique, ou l’aîné des fils, à défaut de fils, le petit-fils unique ou l’aîné des petits-fils d’une femme actuellement veuve, ou d’un père aveugle ou entré dans sa 70éme année.
  • C. Le plus âgé de deux frères appelés à faire partie du même tirage, si le plus jeune est reconnu propre au service.
  • D. Celui ayant un frère dans l’armée active.
  • E. Celui dont un frère est mort en service, ou bien est réformé ou admis à la retraite pour blessures reçues en service commandé ou des infirmités contractées dans les armées.

Sont dispensés du service militaire en tout temps, à titre conditionnel :

  • A. Les membres de l’instruction publique qui s’engagent à se vouer pendant dix ans à la carrière de l’enseignement, engagement décennal accepté par le recteur de l’Académie avant le tirage au sort.
  • B. Les professeurs des institutions nationales des sourds-muets, ou des jeunes aveugles.
  • C. Les grands prix de l’Institut
  • D. Les élèves de l’École des Langues orientales vivantes, ou de l’École des Chartes, nommés après examens, à la condition de passer dix ans dans les dites écoles ou dans un service public.
  • E. Les élèves ecclésiastiques désignés par les évêques et archevêques, ou les jeunes gens qui étudient pour se vouer au ministère dans un culte salarié par l’État.

Sont dispensés du service actifs titre provisoire :

  • Les jeunes gens soutiens de famille. La liste est dressée par les conseils municipaux.
  • Les dispenses provisoires cessent dès que l’homme ne remplit plus ses devoirs de soutien de famille.
  • Les dispensés des première et troisième catégories sont appelés en temps de guerre.
Aucune exception !
Attention, la loi du 15 juillet 1889 dit que tout homme valide est soldat de 20 à 45 ans. Il doit faire trois ans dans l’armée active. Les dispensés eux-mêmes qui, jusqu’à présent, étaient laissés dans leurs foyers, devront, avant de bénéficier de la dispense en temps de paix, accomplir au moins une année de service actif.

Les jeunes gens « de la première partie des listes de recrutement cantonal » peuvent obtenir des sursis d’appel. Ils doivent en justifier la nécessité : par exemple apprentissage d’études, direction d’une exploitation agricole, industrielle ou commerciale ; pour leur compte ou celui de leurs parents.
Ce sursis d’appel peut être accordé pour un an et renouvelé une deuxième année. A son expiration, on fait le temps de service complet de son numéro de tirage.

Les « Bons absents » sont incorporés d’office

Devant le nombre, croissant chaque année, des jeunes gens qui se soustraient aux opérations des conseils de révision, le ministre de la guerre a décidé que les « bons absents » seraient désormais appelés à l’activité à la date du 1er octobre.
Cette mesure permettra de se rendre compte des aptitudes physiques des intéressés, de procéder, s’il y a lieu, à des enquêtes sur les infirmités qu’ils peuvent invoquer et de les déférer, le cas échéant, aux commissions de réforme.
Ceux qui seront maintenus au corps seront ainsi en mesure de commencer leur instruction en même temps que les recrues appelées normalement.

« Répertoire administratif des maires et des conseillers municipaux » (1910).

Conformément aux instructions du ministre de la guerre ; les hommes du contingent de 1912 formé des jeunes gens de la classe 1911, des ajournés de la classe 1910 et des hommes en sursis rappelés sous les drapeaux, seront mis en route du 1er au 10 octobre dans les conditions suivantes :

1° le 1er octobre, les « bons absents », c’est-à-dire les jeunes gens qui ont négligé de se présenter devant le conseil de révision, ainsi que les hommes affectés aux troupes à cheval
Le Moniteur Viennois du 27 août 1912

Pour lire la suite : Nous allons prendre des mesures... La taille des conscrits entre 1810 et 1914

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12 Messages

  • Bonjour,Michel
    Exposé très clair qui nous permet de mieux nous repérer à la lecture des fiches matricules .
    Un grand merci
    Martine

    Répondre à ce message

  • Bonjour
    Merci pour cet exposé, j’ai enfin compris pourquoi un grand oncle n’avait pas fait la première guerre mondiale alors qu’un de ses frères y était tué et un second (mon grand père) grièvement blessé ; ce grand oncle était en effet dans l’enseignement (il deviendra directeur d’école).

    Répondre à ce message

  • dans la généalogie (LOCHON) du coté de mon mari il y a un ancetre dont je ne retrouve pas de matricule de régiment il s’agit de LOCHON jean françois o le 27/10/1847 a COULONGES les sablons 61 il a éffectuer une période d’une dizaine d’années dans un séminaire puis il s’est marié le 24/07/1888 a COUDRECEAU 28 peut etre avez vous une réponse

    cordialement j.LOCHON

    Répondre à ce message

  • Bonjour

    Très intéressant. Cependant, vous faites état seulement de 5 parties ; or, j’ai sous les yeux la fiche matricule de mon ancêtre de la classe 1902 ayant été versé dans la 6e partie (celle des services auxiliaires) que vous mettez vous en 4e partie, et certains font état même d’une 7e partie.

    Pourquoi ces différences ,

    Avec mes remerciements

    Alain

    Répondre à ce message

  • Bonjour,

    mon arrière grand père à été exonéré dans la case « décision après la clôture de la liste du contingent cantonal » par le conseil de révision. Mais dans la case « observation » il est marqué « le 21 mai 1867 Délivré un certificat d’inscription dans le contingent ».

    Mon arrière grand père a t’il été exempté de faire son service ? mais a t’il été appeler pour faire la guerre de 1870 ?

    Cordialement.

    Joseph Schielé

    Répondre à ce message

  • Bonjour
    J’ai trouvé le feuillet matricule de mon arrière grand père sur lequel est inscrit :
    « inscrit sous le n°105 de la liste du canton de Saulxures sur Moselotte »
    « classé dans la 5e partie de la liste en 1908 (faiblesse) ».
    Il est de la classe 1907,il n’y a pas d’autres précisions. Cela veut-il dire qu’il n’a pas fait du tout son service militaire ? Sachant que sur les documents militaires, son matricule est inchangé. A noter qu’il est décédé lors de la bataille de Steinbach en janvier 1915.
    Merci pour votre attention.
    J’ai trouvé vos documents très intéressants, ceux-ci m’ayant permis de comprendre toutes les subtilités des feuillets matricules.
    Sandrine LOEW

    Répondre à ce message

    • Bonjour,

      Comme je l’explique dans l’article :
      à l’issue des opérations du Conseil de révision, la liste du recrutement cantonal est établie...Cette liste est divisée en cinq parties...
      5° Les ajournés, c’est-à-dire les jeunes gens qui, au moment des opérations du Conseil, n’ont pas la taille minimum de 1 m 54 ou sont reconnus trop faibles pour un service armé. Ils sont renvoyés à l’année suivante et seront de nouveau examinés par le Conseil de révision.
      Les ajournés ne sont soumis à aucune obligation militaire jusqu’à ce que le Conseil de Révision se soit prononcé définitivement sur leur aptitude physique. Ils ne sont définitivement exemptés ou classés dans les services auxiliaires que si, après la deuxième année, ils sont déclarés « impropres » au service actif.

      Et voilà ! Pour en savoir plus, il faut vous rendre dans les archives départementales concernées et consulter les registres du conseil de révision de ce canton en 1908.

      Par contre, bien des « ajournés » ont combattu durant la Grande Guerre. Les pertes humaines étant considérables, l’Armée était, malheureusement, beaucoup moins exigeante sur les conditions physiques des soldats.

      Cordialement.
      Michel Guironnet

      Répondre à ce message

      • Merci beaucoup pour ces informations !

        Répondre à ce message

        • Vos informations sont exactes pour l’essentiel mais il y a quelques points pour la 3e étape le conseil de révision sur lesquels on lit parfois sur les sites de communes des informations différentes.
          Par exemple, il semble que pendant un certain temps, les familles des conscrits pouvaient assister à la séance qui était donc vraiment publique et même après que des instructions aient été publiées pour rendre la visite privée, cad uniquement devant les membres du conseil, de nombreux préfets ou sous préfets toléraient la présence de spectateurs ou spectatrices.
          Il est aussi indiqué pour une commune des Alpes de Haute Provence que tous les conseillers municipaux étaient invités à assister à la séance et il est ajouté avec malice que les dames du conseil acceptaient par conscience professionnelle de venir assister au défilé des jeunes gens entièrement nus. Vrai ou faux ?
          La composition du conseil de révision semble aussi varier beaucoup d’un chef lieu de canton à un autre même s’il faut distinguer les membres qui ont voix délibérative et les autres qui participent pas au vote sur l’aptitude du conscrit.
          Les textes qui fixaient la composition des conseils de révision ont peut être modifié celle-ci à plusieurs reprises. Il était courant qu’il y ait beaucoup plus que 5 membres.

          Répondre à ce message

          • Bonsoir,

            Vos remarques sont très intéressantes. Pour démêler le vrai du faux, le mieux serait de comparer pour une même séance du conseil de révision ce qu’en dit la presse locale avec le compte rendu officiel de ce conseil (conservé aux archives départementales)
            Il est vrai que selon les endroits, la tolérance devait être plus ou moins grande en fonction de la législation en cours...et des habitudes (bonnes ou mauvaises) prises par les participant-e-s les années précédentes.
            Un beau sujet d’article que vous pourriez nous faire partager :’-))
            Cordialement.
            Michel Guironnet

            Répondre à ce message

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