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Les Mettais, une famille de Ménars - 2/3

2e épisode : le Maire et le Chef de cuisine


vendredi 29 novembre 2019, par Sonia Landgrebe

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Lors de l’épisode précédent, nous avons suivi le parcours d’Hippolyte Christophe le boucher, fondateur de la famille METTAIS de Ménars (Loir-et-Cher), puis celui de son fils Louis Hippolyte, médecin chirurgien à Montrouge et homme de lettres.
Ce deuxième épisode nous entraine à la rencontre du fils cadet, Pierre Pascal Jules METTAIS, boucher et maire de la commune de Ménars, puis du gendre Napoléon LUTZ, époux de Marguerite METTAIS, chef cuisinier originaire du Nord de la France...

III. Le fils cadet : Pierre Pascal Jules, boucher, maire de Ménars

Comme nous l’avons vu, Jules est le dernier-né de la famille METTAIS-LAMBERT, le plus jeune fils du boucher. Etant encore un nourrisson lorsque son frère aîné Louis Félix est décédé, il n’a donc pas pu en avoir de souvenirs ; il a grandi avec Marguerite et Hippolyte, plus âgés que lui respectivement de huit et quatre ans.
Nous ne savons rien d’autre sur son enfance. Au premier recensement en 1836, âgé de 19 ans, il vit avec ses parents, sans indication particulière. Son acte de mariage en 1838 n’indique pas non plus de profession. A-t-il mis du temps avant de se lancer dans la vie active, ou était-il impliqué de facto à la boucherie paternelle sans que ce soit un état officiel ?

Il se marie le 30 novembre 1838 à Cour-Cheverny, à une vingtaine de kilomètres, de l’autre côté de la Loire. Joséphine LIMOSIN, son épouse, est native de cette commune. Son père est un ancien boucher, marié sur le tard ; les parents de Joséphine ont trente ans d’écart. Ils doivent être aisés, car Claude, son père, est désigné depuis des années comme « propriétaire » ou « bourgeois propriétaire » ; c’est sur son propre acte de mariage, bien avant la naissance de Joséphine, que j’ai trouvé sa profession de boucher.

S’agit-il pour Jules d’un mariage d’amour, ou d’un rapprochement entre deux familles de bouchers ? Comment les époux se sont-ils connus ? Nous n’avons aucun moyen de le savoir. Quoi qu’il en soit, lorsque leur premier (et semble-t-il unique) enfant, Jules Hippolyte, naît en 1840, Jules exerce le métier de boucher ; c’est à la même période que son père Hippolyte devient simplement « propriétaire ». Jules a donc dû reprendre son commerce.

D’après les recensements, il exerce cette profession pendant une bonne dizaine d’années, jusqu’au début des années 1850. En 1851, il a déjà élargi son périmètre : on le trouve « marchand boucher, propriétaire cultivateur et adjoint au maire ». Il doit donc posséder des terres, et s’implique activement dans la vie de la commune.

Dès 1856, il n’est plus que « propriétaire cultivateur »  ; en 1861, après le décès de son père, il est « rentier ». Il devait donc être assez fortuné. Sans doute a-t-il cédé la boucherie familiale dans les années 1850, avant même le décès de son père qui n’a pas dû voir d’un bon œil son commerce sortir de la famille...

Les registres d’état-civil de Ménars nous apprennent qu’il devient maire en septembre 1865, prenant la succession de Pierre BAGAULT. Nous sommes sous le Second Empire ; à cette époque, pour les communes de moins de 3 000 habitants, le maire n’est pas élu, mais nommé par le préfet pour une durée de cinq ans.

Sur le tout premier acte d’état-civil qu’il rédige en tant que maire, Jules se dénomme « J. Mettais Limosin, maire » :

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26 septembre 1865
Jules rédige son premier acte d’état-civil

Il signe alors de son nom composé :

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Jules Mettais Limosin, Maire

Très rapidement, il simplifiera son nom et sa signature en « Mettais ».

Le village compte 742 habitants en 1866 ; il n’a jamais été aussi peuplé depuis la Révolution, et connaîtra ensuite une importante décroissance de sa population, qui depuis n’est jamais revenue à un tel niveau. Jules vit toujours rue Haute, avec son épouse et son fils, et un à trois domestiques à demeure selon les années. Ces domestiques ne sont pas uniquement du personnel d’intérieur : par exemple en 1851, Jules emploie et héberge un « domestique cultivateur », un « domestique berger » et une « domestique » tout court. En 1856, il loge un laboureur et une domestique ; plus insolite, en 1861, il héberge – en plus d’une domestique – un ouvrier tonnelier.

En 1866, le recensement nous indique que sa mère Marguerite, très âgée, vit avec eux ; c’est là qu’elle décédera l’année suivante. Jules rédigera lui-même l’acte du décès. Quelques mois plus tard, Jules et Joséphine vont à Paris pour assister au mariage de leur fils Jules, toujours ménarsois mais qui épouse une jeune Parisienne connue par le biais d’Hippolyte. Les jeunes époux vivront à Ménars ; Jules (fils) est marchand de vins.

Jules et Joséphine auront leur premier (et apparemment unique) petit-enfant, Emile Joseph Jules, en 1868. Là aussi, c’est Jules qui rédige l’acte de naissance de son petit-fils. Il a 51 ans.

Les années passent, Jules est tour à tour « propriétaire » ou « rentier » ; son épouse est également dite « rentière ». Pendant un temps, ils n’ont plus de domestique à domicile ; ils en reprennent sur leurs vieux jours, où on leur trouve successivement une cuisinière puis une femme de ménage.
Jules est resté maire, en dépit des changements amenés par la Troisième République qui a succédé au Second Empire en 1871 ; il a été élu puis réélu par le conseil municipal. Une loi de 1884 établit le mandat de maire pour quatre ans ; ce sera le dernier pour Jules, qui passera la main à Etienne WATTEL en 1888, à l’âge de 71 ans, après 23 années à la tête de la commune.

Il décédera trois ans plus tard, le 14 avril 1891, dans la maison familiale de la rue Haute. Son fils est déclarant au décès. Joséphine accueillera alors chez elle sa sœur, également veuve. En 1901, âgée de 81 ans, elle est recensée au foyer de son fils ; en 1906, nous savons par l’acte de décès de son fils Jules qu’elle est elle-même décédée. Je n’en sais pas plus sur la fin de sa vie, les archives en ligne pour Ménars s’arrêtant à l’année 1902.

IV. Le gendre : Napoléon Joseph LUTZ, chef de cuisine, Ménarsois originaire de Comines (Nord)

Pourquoi m’intéresser au mari de Marguerite METTAIS, fille aînée du boucher de Ménars, alors qu’il ne fait pas directement partie de la famille METTAIS et ne m’est pas du tout apparenté ? Tout d’abord parce que j’ai découvert avec surprise qu’il était natif de la commune où je vis depuis plusieurs années, à plus de 400 kilomètres de Ménars, à la frontière belge ; il a donc fait le chemin inverse du mien, grandissant à Comines puis s’installant à Ménars (en passant aussi par d’autres lieux). Et surtout, parce que son parcours et celui de sa famille, particulièrement intéressants, valent la peine d’être évoqués.

Le patronyme LUTZ ne sonne pas très « nordiste », et pour cause : le père de Napoléon, Jean Pierre LUTZ, était alsacien. Sa commune d’origine est mentionnée à plusieurs reprises sur les actes de naissance de ses enfants, mais avec des orthographes approximatives [1] qui m’ont donné un peu de fil à retordre ; j’ai finalement pu trouver son acte de baptême en 1767 à Dangolsheim, dans le Bas-Rhin.

Les parents de Napoléon se sont mariés en 1794 à Linselles (Nord). Agé de 28 ans, l’époux est brigadier au 20e régiment de cavalerie, « ci-devant cantonné à Linselles » ; l’épouse, Rosalie Josèphe JOURDAIN âgée de 22 ans, est la fille d’un tailleur linsellois. Tous deux savaient visiblement lire et écrire, si l’on en croit la grande aisance de leurs signatures.

Le couple aura sept enfants. A la naissance du premier en 1795, le père, toujours brigadier au 20e de cavalerie, est absent, « actuellement dans la Hollande ». Deux ans plus tard, à la naissance du second, il a quitté l’armée ; il s’est installé comme tailleur d’habits à Linselles, embrassant le métier de son beau-père. Lors de la naissance des enfants suivants, il est systématiquement cité comme marchand.

Napoléon Joseph est le petit dernier de la fratrie. Il naît le 7 janvier 1811 à Comines, commune voisine de Linselles ; ses parents n’habitent pas encore officiellement à Comines mais s’y installeront bientôt de manière permanente. Le père est cette fois indiqué « journalier ». Nous sommes sous le Premier Empire ; Napoléon Bonaparte est empereur depuis 1804. Le prénom donné à l’enfant semble indiquer clairement des convictions bonapartistes. On notera que Rosalie a été enceinte en même temps que l’impératrice Marie-Louise ; le futur duc de Reichstadt, ou Napoléon II, naîtra deux mois seulement après ‘notre’ Napoléon LUTZ. Mais dès 1815, l’Empire cèdera la place à la Restauration.

Dans la famille LUTZ, tous les enfants du couple semblent avoir survécu au bas âge, ce qui n’est pas fréquent pour l’époque. Napoléon a cinq frères aînés, dans l’ordre : Pierre François, Fidèle Joseph, Henri Edouard, Florentin Damas Joseph, Charles Louis Joseph. Il a également une sœur, Adèle Josèphe, la plus proche de lui par l’âge (elle a trois ans de plus que lui).

Henri Edouard, le troisième frère par ordre d’âge, décède en 1820 à l’âge de 20 ans seulement. Il était rubanier, un métier très pratiqué à Comines (nous y reviendrons). Son acte de décès nous apprend qu’il habitait chez ses parents rue de Lille à Comines, et que son père a repris l’état de marchand.

En août 1823, Fidèle, le deuxième par ordre d’âge, est le premier de la fratrie à convoler. Depuis dix-huit mois, il s’est établi à Béthune, dans le département voisin du Pas-de-Calais, où il exerce la profession de domestique ; plus tard il sera postillon, cocher, conducteur ou loueur de voitures. Il épouse une jeune couturière béthunoise aux curieux prénoms, Sincère Cléopâtre LACROIX. Les parents LUTZ ont fait le déplacement ; probablement Napoléon, âgé de 12 ans, était-il avec eux.

Huit ans plus tard, en mai 1831, c’est au tour de Florentin, le quatrième frère, de se marier, à Comines. L’heureuse élue, Thérèse FAVRELLE, est une jeune « tailleuse » belge, née et domiciliée à Comines Belgique, commune homonyme jouxtant Comines France et située dans la toute jeune nation voisine [2]

Petite parenthèse d’histoire locale : si la ville de Comines n’a longtemps formé qu’une seule et même entité traversée par la Lys, sa séparation [3] avait été confirmée en 1713 avec le traité d’Utrecht, rattachant sa partie nord aux Pays-Bas autrichiens et sa partie sud à la France.
Les deux communes ont à nouveau fait partie du même pays entre 1795 et 1815, lorsque la France avait annexé un territoire englobant Comines Nord [4], mais elles n’ont pas re-fusionné. La particularité de Comines Belgique a été de rester francophone, formant encore aujourd’hui une enclave wallonne en pays flamand.

Florentin, frère de Napoléon, est rubanier. La rubanerie est alors en plein essor dans les deux Comines ; à cette époque, elle est encore pratiquée de manière artisanale, à domicile. Ce n’est qu’à partir du milieu du siècle que l’industrialisation en fera un métier d’usine, transformant les rubaniers en ouvriers. L’essor sera tel que Comines deviendra la capitale mondiale du ruban utilitaire.

Mais revenons à notre Napoléon. Témoin au mariage de son frère, il est âgé de vingt ans ; toujours domicilié à Comines, il exerce l’activité de marchand (dans quel domaine ?). Il a signé l’acte d’une main sûre. C’est la dernière trace que nous aurons de lui dans la commune de son enfance.

Lorsque sa sœur Adèle se marie en 1834 avec un rubanier cominois (après avoir eu successivement trois enfants de père inconnu dont deux morts en bas âge), rien n’indique la présence de son jeune frère. Nous ne retrouvons la trace de Napoléon qu’en 1836, loin de chez lui puisqu’il s’est installé à Epernay, dans le département de la Marne. Surprise : âgé de 25 ans, il est cuisinier à demeure dans la famille MOËT, fondatrice de la célèbre maison de Champagne.

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« Costumes parallèles du cuisinier Ancien et Moderne »
Gravure tirée du livre de Marie-Antoine Carême "Le Maître-d’hôtel français, ou Parallèle de la cuisine ancienne et moderne." Tome 2 (1822)

Son employeur, Jean-Rémy MOËT DE ROMONT, a longtemps dirigé la maison fondée par son grand-père, développant son rayonnement international ; il a également été à plusieurs reprises maire d’Epernay [5].
A l’époque où Napoléon entre à son service, il est âgé et retiré des affaires ; il vit seul avec son épouse ... et pas moins de 16 domestiques à demeure (ou plus exactement, 9 domestiques et leurs familles) [6].

Pour être à demeure au service d’une maison aussi prestigieuse, Napoléon a dû recevoir une formation de qualité, et avoir fait ses preuves. Il n’existait pas, à l’époque, d’école professionnelle de cuisine. Où a-t-il été formé, où a-t-il débuté ? Nous n’en avons pas le moindre indice, pas plus que nous ne savons pourquoi il a fait le choix de ce métier très éloigné des professions pratiquées dans sa famille.

C’est l’année suivante, précisément le 18 janvier 1837, que Napoléon épouse à Ménars Marguerite METTAIS, fille aînée de notre boucher ménarsois. L’acte de mariage indique qu’il est « chef de cuisine » à Epernay. Comment ont-ils fait connaissance ? C’est un grand mystère ; Napoléon n’avait a priori aucun lien avec le Loir-et-Cher, et Marguerite aucun avec le Nord ou la Marne. L’hypothèse la plus plausible est celle d’une rencontre à Paris, où le couple s’installera après son mariage. Peut-être Hippolyte, le frère de Marguerite alors étudiant en médecine, a-t-il fait connaissance avec le jeune cuisinier lors d’une visite de ce dernier à la capitale ? Les deux jeunes gens avaient presque le même âge.

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Jean-Rémy Moët (1758–1841)

En tout cas, les jeunes époux font tous deux partie de familles d’origine modeste mais en pleine élévation sociale, en ce XIXe siècle marqué par de profondes mutations. Napoléon quitte la maison MOËT pour s’installer à Paris avec sa jeune épouse ; un an après le mariage, en 1838, naît leur fille Anaïs Marie Marguerite. L’acte [7] nous apprend qu’il est toujours chef de cuisine, et que le couple habite au 9 rue Jacob, dans le VIe arrondissement.

Nous n’avons aucune trace de la famille LUTZ-METTAIS dans les années qui suivent. Le frère aîné de Napoléon se marie à son tour, sur le tard, en 1843 au Quesnoy dans le Nord ; le père, Pierre LUTZ, décède à Comines l’année suivante ; rien n’indique la présence de Napoléon à ces événements. Rien ne nous permet non plus de savoir s’il s’est réjoui du retour d’un Bonaparte au pouvoir, d’abord à la présidence en 1848, puis à la tête du Second Empire en 1852.

A Paris, la disparition des archives rend fastidieuses les recherches, et le nom de LUTZ est relativement répandu dans la capitale ; je n’y ai pas trouvé d’autres naissances du couple. Je sais seulement que leur fille décède en 1857, à l’âge de 19 ans ; mais je n’ai pas réussi à accéder à l’acte détaillé qui aurait permis d’avoir des précisions quant à leur domicile.

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Le 9 rue Jacob à Paris
Il est possible que le bâtiment actuel
soit contemporain de cette époque.

C’est seulement en 1860, au moment du décès de notre boucher Hippolyte METTAIS à Ménars, que je retrouve une trace précise de Napoléon. Agé de 49 ans, il a dû amasser une certaine fortune, car il est désormais rentier, statut qu’il conservera par la suite. Il habite toujours Paris (sans précision). C’est également le cas lorsque son épouse Marguerite trépasse le 21 août 1861 chez sa mère à Ménars ; curieusement, l’acte indique qu’elle, en revanche, était domiciliée à Ménars. Est-ce une erreur du maire, ou était-elle séparée de son mari ? Quoi qu’il en soit, Napoléon était bien présent, puisqu’il est déclarant à la mairie à peine deux heures après le décès.

Marguerite n’avait que 52 ans ; peut-être a-t-elle perdu le goût de la vie après le décès de sa fille, mais ce n’est qu’une hypothèse que rien ne permet d’étayer. En tout cas, Napoléon, tout juste quinquagénaire, ne se remariera pas.

Dans les années qui suivent, il perd respectivement sa mère (très âgée) à Comines en septembre 1864, puis son frère Fidèle à Béthune en janvier 1867. Rien ne permet de croire qu’il ait été présent auprès d’eux. En revanche, au moins un élément laisse à penser qu’il était en contact avec Fidèle ; nous y reviendrons un peu plus loin.
Nous ignorons ce qu’a fait notre Napoléon entre 1861 et 1867 ; la seule certitude, c’est qu’il n’habite pas Ménars au recensement de 1866. En revanche, il est d’évidence resté proche de la famille de sa défunte épouse, car il est présent au décès de sa belle-mère, en février 1867 ... et à cette date, il réside à Ménars.

Il doit se sentir bien dans cette commune, car lui qui a connu la petite bourgade de Comines dans le Nord, la ville plus importante d’Epernay dans la Marne et enfin la vie parisienne, restera établi à Ménars jusqu’à la fin de ses jours. Au cours des années suivantes, il est présent à plusieurs événements familiaux dans sa belle-famille : le mariage de son neveu par alliance Jules METTAIS à Paris en août 1867, la naissance du fils de ce dernier en juillet 1868 à Ménars, ou encore le décès de son beau-frère Hippolyte METTAIS en février 1881 à Paris. Il a alors soixante-dix-ans et n’a pas hésité à faire le voyage, ce qui renforce l’idée que Napoléon et Hippolyte devaient être assez proches.

Les recensements de Ménars entre 1872 et 1886 nous apprennent un fait intéressant : pendant toutes ces années, Napoléon n’habite pas seul, mais avec une de ses nièces, Virginie LUTZ, née à Béthune en 1832 et restée célibataire. Il est probable qu’elle soit venue le rejoindre après le décès de son père Fidèle, survenu en janvier 1867 comme nous l’avons évoqué plus haut. Elle avait alors 34 ans ; ce rapprochement montre que Napoléon devait avoir gardé un lien avec son frère Fidèle.

Napoléon et Virginie habitent « Grande Route », comme on disait alors. L’axe principal de Ménars prendra par la suite le nom de « route de Paris », puis « route Nationale », puis « avenue Guillaume Charron » et enfin, dernièrement pour son tronçon situé entre la place de Chimay et la sortie du village vers Orléans, « avenue de la Marquise de Pompadour ». Nous ne savons pas à quel endroit se trouvait la maison occupée par l’oncle et la nièce. En tout cas, ils devaient vivre assez modestement puisqu’ils ne semblent pas avoir eu de domestiques à demeure.

Napoléon Joseph LUTZ décédera le 20 janvier 1889 à Ménars, à son domicile. Les déclarants sont son neveu Jules, rentier à Ménars, et son voisin Louis REIGNIER, employé au chemin de fer.
Virginie, restée seule à 57 ans, ne quittera pas pour autant le village. Au recensement de 1891, on la retrouve « compagne » (c’est-à-dire probablement dame de compagnie) d’une dame âgée de 78 ans, Marie Anne IMBERT veuve MAINGNIER, dans la demeure voisine des METTAIS, rue Haute.
Au recensement suivant en 1896, cette dernière doit être décédée car Virginie vit seule dans une maison de la rue de la Fontaine [8]. C’est là qu’on la retrouve aussi en 1901 ; elle a 69 ans.

En revanche, il n’y a plus de trace de Virginie LUTZ au recensement de 1906. Est-elle décédée entre-temps, ou a-t-elle été recueillie sur ses vieux jours par un membre de la famille LUTZ, bien loin de Ménars ? L’absence en ligne de registres ou tables décennales de Ménars après 1902 ne m’a pas permis de vérifier la première hypothèse.

Napoléon LUTZ ne semble en tout cas pas avoir eu de postérité, hormis une fille morte très jeune. Il n’en est pas de même pour la plupart de ses frères et sœurs, qui ont essaimé à différents endroits en France : Comines, Béthune, Neufchâteau dans les Vosges ... Il est intéressant de noter qu’un petit-fils de son frère Fidèle, habitant à Neufchâteau en 1877-1878, est cuisinier. Est-ce un hasard, ou Napoléon a-t-il aidé son petit-neveu dans cette voie ? ... Quoi qu’il en soit, cela ne lui a pas nécessairement réussi car on le retrouve simple « limonadier » en 1882.

Quant à son frère aîné, Pierre François, il ne semble pas avoir eu de descendance, mais s’est illustré par sa carrière militaire qui lui a valu d’être nommé Chevalier de la Légion d’Honneur, comme Hippolyte METTAIS mais près de trente ans plus tôt, en 1843 ; c’était encore la monarchie, et recevoir cette distinction a impliqué un serment de fidélité au Roi.
Il avait commencé sa carrière sous le Premier Empire, en tant que chasseur puis hussard, et s’est élevé par la suite sous la Restauration puis la Monarchie de Juillet jusqu’au rang de lieutenant au 6e régiment de Lanciers, qui lui a valu cette nomination. Il vivait au Quesnoy (Nord), près de Valenciennes ; Napoléon ne semble pas avoir été proche de lui.

Un dernier mot sur la commune natale de Napoléon : rien ne nous indique qu’il soit retourné à Comines après ses vingt ans, bien que plusieurs de ses frères et sœurs y soient durablement établis. La commune comptait encore plusieurs LUTZ au recensement de 1906 [9], certains français, d’autres belges ; en effet, Florentin LUTZ, frère de Napoléon, a vécu plusieurs années à Comines Belgique où sont nés 9 de ses 10 enfants ; ils sont donc de nationalité belge, bien que la plupart soient ensuite venus vivre en France à la suite de leurs parents. Un petit-fils de Florentin, Gaston LUTZ, est mort pour la France en 1916 ; son nom figure sur le monument aux morts de Comines, devant l’église.

A suivre

Notes

[1Donzelzem, Dongolzem, Dancolhem, Angolshem ...

[2La Belgique a déclaré son indépendance en octobre 1830.

[3Amorcée par un premier traité en 1668.

[4Créant le département de la Lys.

[6Recensement Epernay 1836

[7D’après l’état-civil de Paris reconstitué, suite à la destruction des archives.

[8Il s’agit de l’impasse située derrière la place du village.

[9Le seul disponible pour le Nord.

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8 Messages

  • Les Mettais, une famille de Ménars - 2/3 29 novembre 09:03, par Biard Jean Pierre

    Bonjour Sonia ! La semaine a été longue avant de reprendre la lecture de votre récit ! Toujours aussi bien détaillé !Quelle surprise de découvrir la raison de vos recherches , cet échange entre Ménars et Comines est incroyable ! Je reste admiratif de votre travail et de vos longues recherches . Encore une semaine à attendre la fin du récit ! Ça va être long ! Amitiés ! Jean Pierre

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    • Les Mettais, une famille de Ménars - 2/3 29 novembre 23:32, par Sonia Landgrebe

      Bonsoir Jean-Pierre,
      Ravie que ce 2e épisode vous ait plu autant que le précédent !
      Oui le hasard nous fait parfois des clins d’oeil.
      Encore un peu de patience pour la suite... Merci en tout cas pour votre enthousiasme !
      Amicalement,
      Sonia

      Répondre à ce message

  • Les Mettais, une famille de Ménars - 2/3 29 novembre 11:58, par JOBIN

    Bonjour,un lien possible entre Menars (on peut ajouter Mer et autres communes alentours) et Comines pourrait être la religion protestante car après l’abrogation de l’Edit de Nantes par Louis XIV en 1685 et jusqu’en 1787 des protestants du Loir et Cher (Menars, Mer, Suèvres) allaient se marier en Belgique Ypres, Courtrai, Tournai etc.)

    Répondre à ce message

  • Les Mettais, une famille de Ménars - 2/3 29 novembre 18:24, par Jacqueline Isnel-Guérin

    Bonjour, Bravo ! histoire fort intéressante et bien menée ... quelques actes notariés pourraient sans doute apporter des informations supplémentaires quant aux périodes où l’on ne trouve plus les individus dans les recensements ! Ne pas oublier aussi que lors des recensements des personnes -habitant la commune- peuvent avoir été oubliées !
    A la semaine prochaine

    Répondre à ce message

    • Les Mettais, une famille de Ménars - 2/3 29 novembre 23:42, par Sonia Landgrebe

      Bonjour Jacqueline,
      Contente que ce récit vous plaise !
      Votre remarque est juste sur les recensements, c’est vrai qu’ils loin d’être exacts et ne devaient pas toujours être exhaustifs ...
      Quant aux actes notariés, malheureusement ils ne sont pas accessibles en ligne et je suis loin du Loir-et-Cher ... Mais il est probable effectivement qu’ils nous apprendraient de nombreux éléments complémentaires.
      A la semaine prochaine donc !
      Sonia

      Répondre à ce message

  • Les Mettais, une famille de Ménars - 2/3 29 novembre 22:33, par Gisele Gouyon griebling

    Bonsoir Sonia..
    Heureuse de vous revoir avec la suite.. C est super passionnant.. À bientôt..
    Gisèle.

    Répondre à ce message

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