19 avril 1908 : « Hier matin, Mr Jean Massardier, ouvrier mineur domicilié rue du Buisson, 2, au Chambon Feugerolles, a déclaré à la gendarmerie que ses deux fillettes, Marie, 10 ans et Madeleine, 7 ans, étaient absentes du domicile familial depuis vendredi matin. Il ignore l’heure exacte de leur départ et malgré les plus actives recherches de la famille, il a été impossible de savoir ce qu’elles sont devenues. Ces deux enfants sont habillées de noir et chaussées de sabots. Elles sont plutôt petites pour leur âge. Les personnes qui pourraient en donner des renseignements sont priées d’en informer la famille ou la gendarmerie, ou encore la mairie. »
14 juin 1908, (encore un dimanche) : « Enfant perdu : dans la matinée d’hier, Mme Françoise Planchet conduisait à la gendarmerie une fillette de 10 ans, trouvée errante près des octrois de Montrambert. Cette enfant, qui n’a pu dire où elle habitait, a cependant donné le nom de son père, Jean Massardier, 36 ans (précision sans doute apportée par l’auteur de l’article), ouvrier mineur. Sa mère est morte l’année dernière à l’hospice de Bellevue" (Nouvel hôpital de Saint-Etienne).

- L’octroi du Chambon Feugerolles
Puis, toujours le 14 juin 1908, dans le journal « Le Stéphanois », on en apprend un peu plus :
« La Ricamarie (commune qui jouxte le Chambon Feugerolles) Enfant égarée. Une jeune fille, âgée d’une dizaine d’années, qui s’était égarée, a été recueillie par Mme Planchet, au hameau de la Pélissière. L’enfant est vêtue de noir, coiffée d’un chapeau de paille noire, portant un crêpe, chaussée de bottines à boutons, tablier noir. Elle venait de la direction de Saint-Etienne. Elle déclare que son père s’appelait Massardier Jean et sa mère, décédée, s’appelait Dumas Rosalie. Elle déclare en outre avoir des tantes travaillant à Bourg-Argental, chez Mr Colcombet. Prière aux personnes qui auraient quelques renseignements à fournir de s’adresser soit à la mairie, soit à la gendarmerie."
Notons qu’il s’est déjà écoulé environ deux mois entre la déclaration de disparition et sa remise à la gendarmerie ! D’autre part, chaussée à son départ de sabots, on la retrouve avec des bottines à boutons...
Puis, dans « Le Mémorial » du 28 juillet 1908 : « Suicide : Le Chambon Feugerolles. La nuit de dimanche à lundi, le sieur Jean Massardier, 35 ans, domicilié rue Dubuisson a mis fin à ses jours en se pendant au moyen d’une corde fixée à un clou planté dans le chambranle de la porte de son appartement ».
J’ouvre ici une parenthèse pour faire deux remarques qui se sont profilées au fur et à mesure de mon étude sur les faits divers du monde rural et ceux du milieu urbain au XIX me siècle.
On constate vraiment beaucoup de suicides, hommes, femmes, jeunes, adultes, vieux... tous confondus, mais surtout dans les classes populaires, dans les villes. Peut-être était-ce dû au déracinement, car beaucoup, suite à la crise du monde rural, venaient des campagnes travailler dans les mines de ce bassin qui s’étalait de la vallée de l’Ondaine à la vallée du Gier, et dont Saint-Etienne formait le nœud central. Les hommes s’employaient aux mines et les femmes aux usines de tissage ou de rubans, qui fleurissaient alors. Mais la misère les poursuivait souvent, les idées noires aussi...
Or, dans les campagnes, il existait un tel réseau de promiscuité, chacun intervenant dans la vie de ses proches et voisins, que l’individu ne pouvait que rarement s’échapper de leurs regards et de leurs griffes, ce qui évitait ce genre de drame (tout en causant d’autres nuisances).
Mais revenons à ce cas pour en rechercher d’éventuels éléments complémentaires.
Tout d’abord, je recherche l’acte de décès du père, puisqu’on a une date précise. Il survient le 27 juillet 1908 au Chambon Feugerolles. Or, il est mentionné « veuf de Marie-Rose Petit ». La fillette avait dit que sa mère se nommait Dumas !
Alors je recherche leur mariage, par le site « Généal 42 ». Avec Dumas, rien. Avec Petit, je le trouve, au 12 mai 1897 à Bourg-Argental. L’époux est cultivateur, l’épouse ouvrière en soie.
Puis, je recherche le décès de l’épouse, survenu « un an auparavant », dans les tables décennales des archives municipales de Saint-Etienne. Je le trouve non pas en 1907, mais le 29 novembre 1906, épouse de Jean Massardier, journalier au Chambon Feugerolles.
Apparemment, le père n’a pas pu continuer sans elle...
Et les deux fillettes ?
Par la mention en marge de son acte de naissance, retrouvé à Bourg-Argental (recherché au lieu du mariage des époux, car je ne trouvais rien au Chambon) nous apprenons que l’aînée se marie à la Grand-Croix le 25 janvier 1924 avec Jean-Marie Allègre. Marie était née le 12 avril 1898 à Bourg-Argental, père cultivateur et mère ouvrière en soie.
Quelle aura été sa vie depuis 1908, mystère ! Les recensements du Chambon Feugerolles ne la mentionnent pas. Mais le foyer n’apparait pas non plus rue du Buisson sur celui de 1906.
La recherche de Jean Massardier dans les registres matricules n’a rien donné non plus (Loire et Haute-Loire puisque, né à Saint-Didier (43), il avait vécu avec ses parents à St-Victor Malescours (43) avant de s’établir à Bourg-Argental (42).
Quant à la cadette, Madeleine, dont nous n’avons eu aucune nouvelles depuis sa disparition, née le 19 février 1902 à Bourg-Argental (prénommée en fait Marie-Magdeleine), une mention en marge nous apprend qu’elle meurt à Sainte-Foy les Lyon le 4 novembre 1987 (sans doute hôpital ou ehpad).
Qui pourrait m’aider à éclaircir les zones encore obscures de cette étrange affaire ?
Merci pour votre aide et vos conseils...
Maryse Daudenet est aussi l’auteur du Roncier , une histoire émouvante, imaginée à partir d’un véritable procès d’Assises.
Messages
1. L’affaire Massardier : des disparitions dans le département de la Loire, 28 mars 2019, 20:57, par martine hautot
Bonjour, Maryse
Affaire bien mystérieuse,
Juste un petit renseignement. Au recensement de 1906 ,toute la famille,les parents et leurs 3 filles demeurent à Bourg Argental : outre les deux aînées ,il y a une petite Marguerite qui ne survit guère à sa mère ,née en 1905 ,elle décède en 1907 .Son acte de décés est en ligne( Bourg Argental décés 1903-1908 page 102/ 144 .Ce décès est déclaré par Dumas Louis ,oncle de l’enfant. (ce qui explique peut-être l’erreur dans la déclaration de la fillette sur le nom de naissance de la mère) .Le père qui ne déclare pas le décès est dit journalier. Le décès a eu lieu chez Monsieur Cros à Haute Soleillée .
Bien cordialement,
Martine
1. L’affaire Massardier : des disparitions dans le département de la Loire, 29 mars 2019, 08:09, par Daudenet
Merci beaucoup pour cette première précision , bonne journée.
2. L’affaire Massardier : des disparitions dans le département de la Loire, 29 mars 2019, 11:32, par Michel Guironnet
Bonjour,
Dans La Croix du 23 avril 1908, cet entrefilet :
"Notre correspondant de Chambon (Loire) nous écrit que les fillettes Massardier n’ont pas disparu, comme l’ont annoncé des dépêches d’agences."
Que faut-il en penser ?
Cordialement.
Michel Guironnet
1. L’affaire Massardier : des disparitions dans le département de la Loire, 29 mars 2019, 12:51, par Daudenet
Ah ça par exemple !!! J’attends les hypothèses avec impatience ! Merci à vous tous qui "creusez" l’affaire.
2. L’affaire Massardier : des disparitions dans le département de la Loire, 29 mars 2019, 13:39, par Daudenet
Ne serait ce qu’une simple fugue ? Et pourquoi ce correspondant du lieu s’adresse t il au journal national et non au journal local ?
3. L’affaire Massardier : des disparitions dans le département de la Loire, 29 mars 2019, 14:07, par martine hautot
Bonjour ,j’imagine deux “disparitions”:une de quelques jours en Avril 1908 des deux fillettes ,retrouvées peu après , l’autre concernant seulement l’ aînée:elle semble venir de Saint Etienne ,elle pourrait avoir été suite à la première fugue placée dans un orphelinat et avoir voulu retrouver son père et s’être perdue .Il faudrait que vous puissiez consulter son acte de mariage susceptible de vous fournir quelques indications.La plus jeune semble être restée célibataire ,peut-être religieuse .
Martine
1. L’affaire Massardier : des disparitions dans le département de la Loire, 29 mars 2019, 16:55, par Michel Guironnet
Bonjour Martine,
Dans « L’Echo de Rive de Gier » du 3 février 1924 est indiqué : ETAT RELIGIEUX DU 24 AU 30 JANVIER.
Mariages : le 26, Jean-Marie Allègre, de Grand’Croix, et Marie-Rose Massardier, de St Paul-en-Jarez
Une piste à explorer !
Cordialement.
Michel
2. L’affaire Massardier : des disparitions dans le département de la Loire, 30 mars 2019, 08:49, par martine hautot
Bonjour,Michel
et en 1934 ,l’annonce du baptême de leur fils René ,le 3 Janvier à Rive de Gier dans Echo de Rive de Gier.
Tout cela est situé dans un mouchoir de poche ,si je ne me trompe. Une famille bien catholique en tout cas !
Par contre pour les parents de Marie Mussardier , Jean Mussardier et Marie Petit , leur contrat de mariage en 1897 est chez maître Collet Joseph Ferdinand à Bourg l’ Argental le 24 Avril 1897.Peut-être quelque chose dans ses archives pour la succession de Marie puis de Jean ?
Bon Week-end
Martine
3. L’affaire Massardier : des disparitions dans le département de la Loire, 30 mars 2019, 09:16, par DAUDENET MARYSE
Bonjour et encore merci à tous pour ces compléments très intéressants ! Je vais les rajouter à ma chronique. Je sais bien pour l’octroi (merci à Michel de l’avoir inséré) mais en effet, il n’existe pas, à ma connaissance, de photo pour celui de Montrambert.
4. L’affaire Massardier : des disparitions dans le département de la Loire, 30 mars 2019, 09:55, par Michel Guironnet
Bonjour Martine,
Le baptême de René a lieu à Grand’Croix (juste à côté de Rive de Gier vu de la Normandie !)
Avant, il y a eu le baptême de Lucien le 2 mars 1932
Après, celui de Josette-Marinette le 1er mai 1937
Tous à Grand’Croix d’après les annonces de "L’Echo de Rive de Gier"
Par contre, je n’ai rien trouvé sur sa soeur Madeleine 🙁
Bon week end.
Michel
5. L’affaire Massardier : des disparitions dans le département de la Loire, 30 mars 2019, 10:10, par Michel Guironnet
Bonjour,
Je viens de trouver sur Delcampe une carte photo de juin 1908 avec un groupe de jeunes filles d’un internat au Chambon Feugerolles.
Peut être qu’il y a Marie-Rose Massardier ?
https://www.delcampe.net/fr/collections/cartes-postales/france/le-chambon-feugerolles/carte-photo-1908-le-chambon-feugerolles-ecoliere-college-lycee-internat-42-loire-733182992.html
A suivre.
Michel
6. L’affaire Massardier : des disparitions dans le département de la Loire, 30 mars 2019, 10:21, par martine hautot
vous remarquerez la bottine d’ une de ces demoiselles ! C’est sans doute le pensionnat libre de jeunes filles de Saint Joseph !
7. L’affaire Massardier : des disparitions dans le département de la Loire, 30 mars 2019, 10:50, par DAUDENET MARYSE
Je pense que les messages sont diffusés à tous les intervenants à la fois ? Ou faut-il répondre à chacun ?
Je suis vraiment heureuse de toutes ces "trouvailles" et de la peine que chaque interlocuteur prend ! Que la photo de ces fillettes est émouvante ! Et, ironie du sort, c’est l’établissement où j’ai passé tout le cycle du collège !
Alors, on peut se demander si le père avait bien de quoi payer (apparemment pas très aisé) ou s’il bénéficiait d’une aide administrative ? Au cas bien sûr où ses filles auraient été pensionnaires. En effet, tout le suivi montre un milieu de pensées plutôt religieux, et pourtant il s’est suicidé...
8. L’affaire Massardier : des disparitions dans le département de la Loire, 30 mars 2019, 10:52, par martine hautot
En complément ,ce pensionnat est tenu par les religieuses de Saint -Joseph de Lyon !Il faudrait pour vérifier l’éventuelle vocation religieuse de Madeleine connaître précisément son lieu de décès.
J’ai connu personnellement une religieuse qui orpheline toute jeune avait été recueillie dans un orphelinat des sœurs de la Sagesse en Bretagne ,avait travaillé un temps chez elles avant de devenir à son tour soeur de la Sagesse !Elle avait ainsi passé presque toute sa vie dans la congrégation .
J’imagine ce genre de destin pour Madeleine.
Martine
9. L’affaire Massardier : des disparitions dans le département de la Loire, 30 mars 2019, 15:31, par Michel Guironnet
Bonjour Maryse,
Dans le recensement de 1901 de Bourg-Argental, le couple Massardier Petit habite au 6 rue des Ecoles, voisins de l’instituteur.
Leur fille Marie-Rose, 3 ans à l’époque, n’est pas avec eux.
Jean Massardier travaille comme "journalier" chez "Etienne & Cie" et Marie Rose Petit travaille comme "tisseuse" chez Jarrosson.
C’est une importante usine de Bourg-Argental, établissement crée par Mr Jarrosson qui me semble être un patron "paternaliste" si je me fie à ce qu’en disent les deux grands articles nécrologiques du "Mémorial de la Loire et de la Haute Loire", fin janvier et début 1897.
Les familles ont-elles par ce canal des aides pour l’éducation de leurs enfants ? Peut-être.
Cordialement.
Michel
10. L’affaire Massardier : des disparitions dans le département de la Loire, 30 mars 2019, 18:25, par martine hautot
Maryse,il y avait plusieurs orphelinats non loin du lieu d’ habitation des petites :un au Chambon Feugerolles tenu par les sœurs de saint Vincent de Paul ,fondé en 1868 pour les filles et 1893 pour les garçons :18 places pour les garçons ,30 pour les filles et plusieurs autres à Saint Etienne ,généralement tenus par les sœurs de Saint Vincent de Paul ou les sœurs de Saint Joseph de Lyon. Les enfants y étaient accueillis gratuitement ou pour un prix modique ,ils y restaient jusqu’à 21 ans.A l’orphelinat du couvent de la Reine à Saint Etienne,les fillettes apprenaient la couture, le repassage ,la broderie et le dévidage .Vous trouverez sur Gallica dans la France charitable et prévoyante la liste de ces établissements
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5802221d/f891.image.r=%22orphelinat%20de%20chambon%20feugerolles%22
Martine
11. L’affaire Massardier : des disparitions dans le département de la Loire, 24 avril 2019, 09:25, par Colette Boulard
Bonjour,
Cet ouvrage semble fort intéressant. Je n’ai pas réussi à me déplacer dedans, d’un département à l’autre. Y a -t-il un "truc" ? Un qui m’échappe, oui, sûrement. Merci à vous.Cela pourra en intéresser plus d’un(e).
12. L’affaire Massardier : des disparitions dans le département de la Loire, 24 avril 2019, 11:07, par martine hautot
Bonjour Colette
En faisant une recherche sur google avec" gallica la France Charitable et Prévoyante" ,vous arrivez sur un recueil qui va des départements du Jura à La Loire Inférieure dans l’ordre alphabétique ,ensuite après quelques pages de considérations générales on reprend avec l’ Ain,Aisne ...
Ce n’est pas très commode !
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5802221d/f56.image.texteImage
J’espère que vous y trouverez ce que vous cherchez.
Bien cordialement,
Martine
4. L’affaire Massardier : des disparitions dans le département de la Loire, 29 mars 2019, 14:21, par VIGOUROUX Jean
Bonjour,
Une petite observation quant à l’illustration du texte : l’octroi de la carte postale est celui de La Malafolie (côté Firminy, à l’ est du Chambon) et non celui de Montrambert (côté La Ricamarie)qui est donc à l’est du Chambon.
5. L’affaire Massardier : des disparitions dans le département de la Loire, 2 mai 2019, 14:48, par Blanc
Merci à tous pour toutes ces informations que je transmets à une amie qui a déjà réuni une immense généalogie des descendants de Claude Massardier né vers 1544 à Saint-Just-Malmont (Haute-Loire) actuellement 9561 descendants et qui ne connaissait pas l’existence d’un troisième enfant ni les lieu et date du mariage de Sainte-Croix, le 25 à l’état civil selon deux sites Geneanet. L’époux, Jean-Marie Allège, est né à Saint-Julien-Chapteuil, le 24.05.1898, fils de Jean-Marie, cultivateur, 29 ans, et de Rosalie Savin, son épouse, 23 ans, (28, 8/329), aucune mention marginale. Je me suis procuré l’acte de décès de Marie-Magdeleine. Je peux vous le faire suivre. Elle est décédée célibataire. Cordialement. Jean-Marc