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Jules Marius est l’un des trois...

Un soldat du 299e

Le vendredi 11 novembre 2022, par Michel Guironnet

A la date du 30 août 1914, la très longue "liste des pertes" du 299e régiment d’infanterie [2] indique trois soldats Petrequin "disparus".
Un se prénomme Jean, les deux autres sont sans prénom. Malgré mes recherches, l’un reste (encore) inconnu. L’autre est un jeune "Poilu des Roches".

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Etat des pertes
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Trois soldats Petrequin

Jules Marius est né le 12 avril 1884 à Saint Prim (Isère), au hameau de Gerbay au bord du Rhône, il est le fils de Michel Petrequin, 46 ans, jardinier ; et de Julie Chaix, 43 ans, cuisinière.
Ils se sont mariés à Die, dans la Drôme, le 25 novembre 1869. Michel, natif de Saint Clair le 31 mai 1838, est alors jardinier à Chatillon sur Chalaronne. Julie Chaix est née le 20 décembre 1843 à Treschenu-Creyers (Drôme)
Jules a une sœur aînée, Marie Madeleine, née à Saint Prim le 12 avril 1872. Brodeuse sur tulle, elle se marie à Saint Prim le 16 février 1895 avec Pierre Cellard, plâtrier, né à Condrieu le 14 novembre 1870. Le couple s’installe rue de l’église aux Roches et aura deux enfants : Antoine Honoré, né le 13 septembre 1897 et Louise Augustine née le 8 juin 1899.

A 16 ans, Jules Petrequin est « ouvrier en sparterie chez Chamouton »aux Roches puis tapissier. En 1901, il habite chez son tuteur Pierre Cellard aux Roches. En effet, ses deux parents sont décédés :

  • son père est mort « à une heure du matin dans sa maison d’habitation située à Saint Prim, hameau de Gerbay » le 24 novembre 1888. C’est le père de Michel, Jean Baptiste, 76 ans, qui déclare le décès. Jules Marius, 4 ans, et sa mère Julie viennent habiter chez lui à Gerbay. Il est veuf. Son épouse, Madeleine Garat, est décédée à Saint Prim le 20 décembre 1884.
  • Julie Chaix décède en février 1900 au Péage de Roussillon. Dans l’acte, elle est dite « née à Nonerée », en fait il faut lire « Les Nonières », hameau de Treschenu où elle est née.

En 1904, Jules Petrequin se fait recenser pour l’Armée [3]et tire le N° 49. Déclaré « Bon pour le service », il ne fait qu’un an d’armée, dispensé au titre de l’article 21 : « aîné d’orphelins ».
Après son armée, il habite en 1906 « au Grand Pavé » à Reventin-Vaugris (tout à côté des Roches) puis en 1907 à Villeurbanne, 55 place de la mairie. En 1908, il est de nouveau « chez Cellard » Grande Rue, aux Roches de Condrieu.

En août 1914, à la mobilisation, Jules Marius est affecté au 299e Régiment d’Infanterie, 19e compagnie. Ce régiment regroupe essentiellement des soldats de Vienne et de ses environs. Précision utile pour la suite de notre récit, le 299e RI fait partie de la 147e Brigade d’Infanterie rattachée à la 74e Division d’Infanterie du 16e Corps d’Armée.

Malgré la résistance des Allemands, le 299e marche dans la direction de Gerbéviller, et le 28 (août 1914) il franchit la Mortagne. Immédiatement après le passage, le 6e Bataillon se déploie et gagne la côte 282. Le feu ennemi est intense, la lutte est âpre contre les puissantes lignes organisées allemandes. Cependant nous réussissons à nous établir fortement sur les pentes au nord de la rivière. L’avance a été pénible et les pertes sensibles, mais l’ennemi a subi un véritable échec.
Le 29, le brouillard est trop épais, pour qu’on puisse tenter quoi que ce soit : ce n’est que le 30, au lever du jour, que le Régiment en liaison avec les autres unités de la 74e D. I. attaque les tranchées du bois du Haut de la Paxe. Au pied des pentes, face à l’objectif, les bataillons marchent dans le brouillard jusqu’à 300 mètres environ des lignes ennemies. Là il faut s’arrêter. Une fusillade intense, à laquelle succède un feu d’artillerie prend le régiment en écharpe. Les pertes sont sérieuses.

« Historique du 299e régiment d’infanterie : la grande guerre » 1921

Jules Marius est blessé au cours des premiers combats, probablement le 30 août à Gerbéviller. Evacué, il meurt, « des suites de ses blessures », à une heure du matin le 7 septembre 1914 à l’Ambulance 3/8 du 8e Corps d’Armée à Vennezey (Meurthe et Moselle). Victor Dallois et Joseph Millet, infirmiers militaires, déclarent son décès [4].

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Victor Dallois, infirmier et prêtre
"Livre d’Or du Clergé"

Cette Ambulance N°3 est mise à la disposition de la 15e Division et, venant d’Essey la Côte, elle s’installe à Vennezey le 28 août au soir.
Jules Marius, à priori, doit être retrouvé blessé et être secouru par un autre Groupe de Brancardiers Divisionnaire (GBD) que celui de la 74e.

Rien d’étonnant lorsqu’on lit quelques passages de son JMO [5] :
« 30 août 1914 : dès 6h du matin, exploration de la région Séranville, passage toujours impossible sur Gerbéviller….A partir de 10 h 30, l’affluence des blessés est telle que le GBD, bien que fonctionnant comme Ambulance depuis le matin, est absolument débordé. Une ambulance est demandée par téléphone au Directeur (du Service de Santé) du XVIe Corps (d’Armée). 197 blessés ainsi recueillis et pansés sont évacués au fur et à mesure du retour des voitures qui font constamment la navette entre Remenoville et Vennezey.
A 15 h 30 arrive une Ambulance, N°12. Cette ambulance fait partie d’un groupe de 2 ambulances, la 10 et la 12, et d’1 SH [6], N° 8 mises à la disposition de la 74e division… »

« 31 août : avant le jour et grâce au brouillard, un nouveau convoi (de brancardiers) réussit à passer sur Gerbéviller malgré la canonnade de la route. 32 blessés sont ramenés. La même opération est reprise à la tombée de la nuit…le jour toute tentative reste impossible. A 12h arrivée au GBD de M. l’abbé Vasseur, aumônier volontaire. »

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Louis François Vasseur
Aumônier volontaire au GBD de la 74e DI.
"Livre d’Or du Clergé"

« 1er 7bre (septembre) : pour la 1re fois, Remenoville n’est pas bombardé…le soir attaque sur la rive droite (de la Mortagne) vers Vallois. Convoi sur Gerbéviller. Ramené 18 blessés graves dont quelques-uns restés 3 jours dans les tranchées sans pouvoir être relevés à cause de la fusillade continue. »

Ceci explique en partie que, dans les pertes du 299e régiment, Jules Marius Petrequin soit indiqué "disparu". C’est par contre vraiment le cas pour Joannès Sylvain Petrequin, celui prénommé Jean dans la liste du JMO. Ce n’est que le 29 avril 1920 qu’un jugement établit que ce soldat, né à Vienne le 11 août 1885, est tué à l’ennemi le 30 août 1914 à Gerbéviller.

Jules Marius Petrequin faisait partie du même régiment que le soldat Jean Baptiste Ducrot, tué au combat du 30 août 1914. Henri Reymond, de Saint Clair du Rhône, village voisin des Roches, est également « mort pour la France » ce jour-là.

Pour comprendre le contexte de la mort de ces soldats, et de tant d’autres du 299e Régiment d’Infanterie, vous pouvez lire mes deux articles.

Son acte de décès est transcrit dans les registres des Roches le 24 décembre 1914. Il est inscrit sur le monument aux morts des Roches et sur la plaque de l’église paroissiale.

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Monument aux morts des Roches

[1Journal des Marches et Opérations 26 N 744/1 vue 35.

[2Journal des Marches et Opérations 26 N 744/1 vue 35.

[3Classe 1904 N° 717 vue 29/154 sur le site des archives de l’Isère.

[4Sur cette Ambulance, voir sur Mémoire des Hommes le JMO du Service de Santé du 8e Corps d’Armée (26 N 130/1 vues 14 à 28/104). Les archives nationales, sur le site de Pierrefitte-sur-Seine, conservent ses deux registres pour l’« état-civil régimentaire » (F/9/4881numéros 3333 et 3334)

[526N 403/17

[6Section d’ Hospitalisation

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16 Messages

  • Jules Marius est l’un des trois... 12 novembre 2022 11:16, par magguy level

    la guerre de 1914/1918 a été une grande pourvoyeuse de morts et de graves blessés de jeunes hommes qui manquèrent à jamais à leurs famille
    qu’il y ait eu des doublés d’un site à l’autre n’est pas étonnant à creuser encore si on peut dire merci pour ces anonymes que vous réssucitez

    Répondre à ce message

  • Jules Marius est l’un des trois... 11 novembre 2022 14:55, par Isabelle MASSÉ

    Petit rajout, Marcellin PETREQUIN avait fait ses classes en 1903 et ses périodes d’exercices en 1908 et 1911 au 99e RI qui a fait partie du 299e RI. Que faisait-il au 96e quand il a été récupéré blessé ? Je n’y connais pas grand chose en régiments, j’ai cherché un peu mais je ne trouve pas d’explication.

    Répondre à ce message

    • Jules Marius est l’un des trois... 11 novembre 2022 17:31, par Michel Guironnet

      Bonjour,

      Marcellin Petrequin a été mobilisé au 96e RI et est mort à Grenoble le 20 août 1914 dans un hôpital de l’arrière installé dans l’usine Reymond.
      Les archives médicales de l’Armée à Limoges conservent peut être des traces de son évacuation et de cette hospitalisation.
      Son acte de décès est en ligne sur le site des archives municipales de Grenoble (3E 122/9 vue 22/32)
      Il est peu probable qu’il s’agisse du 3e Petrequin.

      Pour information : Le 99e RI est le régiment d’active, le 299e RI est le régiment de réserve.

      Cordialement.
      Michel Guironnet

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      • Jules Marius est l’un des trois... 13 novembre 2022 08:42, par Isabelle MASSÉ

        Bonjour,
        Marcellin est décédé le 20 septembre 1914 et non le 20 Août. Et son acte de décès (que j’avais lu avant d’intervenir sur cette page) contient plusieurs erreurs, il est né le 1er Aôut et non le 6, sa mère se nommait Anne ou Annette (selon les actes) PAYRE (ou PEYRE aussi selon les actes)et non CARRAS. Il a très clairement fait ses classes dans le 99e RI, et s’il était bien au 96e fin Août il était présent sur les mêmes lieux que le 299e fin Aout 1914.
        Sachant que les fiches et les actes sont remplies après la guerre, je ne serais pas étonnée que la première ait provoqué en cascade les mêmes erreurs sur les actes suivants.
        L’erreur n’est peut-être pas sur le monument aux morts où il était connu. Sa femme et ses frères et soeurs vivant après la guerre ont probablement témoigné de la véracité des inscriptions ou en tout cas les ont lues.
        Bref le doute est permis, et Marcellin qui n’est pas sur les listes des blessés ou tués ou disparus des journaux de marche du 96e RI, est quand même bien mort de ses blessures de guerre et a été décoré.
        Son jeune frère Marc Michel PETREQUIN est lui aussi décédé dans cette même période entre le 24 et le 27 Août 1914, mais dans les Vosges. Famille durement touchée donc.
        Bonne journée à tous

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        • Jules Marius est l’un des trois... 9 février 2023 08:31, par Michel Guironnet

          Bonjour Isabelle, bonjour à tous,

          J’ai demandé il y a quelques semaines au Service des Archives Médicales Hospitalières des Armées si elles avaient trace de l’hospitalisation au H.A N° 8 de Grenoble du soldat Marcellin Petrequin en 1914.

          J’ai reçu il y a quelques jours trois documents tirés de leurs archives :
          1/ Le numéro de son régiment est marqué sur deux documents 96e d’Infanterie, mais corrigé ultérieurement en 99e. Seul le 3e porte sans correction 99e RI.
          2/ Sa date de naissance et le nom de sa mère sont également faux (voir le message d’Isabelle ci-dessus) Ils reprennent les erreurs de sa fiche matricule !
          3/ Il est admis à l’Hôpital Auxiliaire N°8 de Grenoble le 5 septembre 1914 pour blessures à la cuisse gauche.
          4/ Il meurt d’infection suite à une phlébite le 20 septembre 1914 à 0 h 30.
          5/ Marcellin doit donc bien être considéré comme le 3e Petrequin blessé le 30 août 1914. Les erreurs constatées sur les documents de l’hôpital entraineront les mêmes erreurs sur son acte de décès et sa fiche de Mort pour la France.

          Très cordialement.
          Michel Guironnet

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          • Jules Marius est l’un des trois... 9 février 2023 10:56, par Isabelle M

            Bonjour Michel (merci pour votre mail), bonjour à tous,

            A nous deux on a trouvé, et sorti de l’anonymat ce 3e soldat PETREQUIN en lui redonnant son prénom.
            On s’attaque au soldat inconnu ?  🙂

            Bonne journée
            Isabelle

            Répondre à ce message

        • Jules Marius est l’un des trois... 13 novembre 2022 09:36, par Michel Guironnet

          Bonjour,

          Veuillez me pardonner  😇 : j’ai écrit 20 août par erreur alors que j’avais l’acte de décès sous les yeux !

          Cordialement.
          Michel Guironnet

          Répondre à ce message

  • Jules Marius est l’un des trois... 11 novembre 2022 13:04, par Isabelle MASSÉ

    Bonjour Michel,

    Recherche fouillée (je suis épatée). Un nom de plus qui s’extrait de ces listes terribles pour reprendre vie, c’est vrai que c’est émouvant.

    Est-ce que le troisième PETREQUIN ne pourrait pas être Marcellin Paul décédé de ses blessures le 20 septembre 1914 ?
    Il est bien possible qu’il soit décédé quelques jours plus tard comme Jules Marius. Il était sur les mêmes lieux de bataille avec son 96e RI, et est mort à l’hôpital auxiliaire de Grenoble. Croix de guerre avec bronze il est à la fois sur le monument aux morts de Bellegarde-Pussieu où il était né le 1er août 1882 et sur celui d’Eyzin-Pinet où il vivait.

    Cordialement
    Isabelle

    Répondre à ce message

    • Jules Marius est l’un des trois... 11 novembre 2022 17:56, par Michel Guironnet

      Attention : il y a une erreur sur le monument aux morts de Bellegarde-Poussieu qui indique le 99e RI pour Marcellin Petrequin : sa fiche matricule, sa fiche sur Mémoire des Hommes ainsi que son acte de décès à Grenoble indiquent bien qu’il est au 96e RI.

      Cordialement.
      Michel Guironnet

      Répondre à ce message

  • Jules Marius est l’un des trois... 11 novembre 2022 10:33, par Michel JEANNOT

    Émouvante évocation…

    Michel
    Petit-fils d’un "marsouin" de la 8° D.I. disparu en Serbie le 19 mars 1917 et dont le corps et la plaque ont été découverts en 1939.

    Répondre à ce message

  • Jules Marius est l’un des trois... 11 novembre 2022 09:23, par Derôme-Beugnon Nadine

    Bonjour,
    Voir sur Mémorial Genweb la fiche de PETREQUIN Joannès Sylvain. Est-ce le même que votre Jean ?

    Répondre à ce message

    • Jules Marius est l’un des trois... 11 novembre 2022 09:34, par Michel Guironnet

      Bonjour Nadine,

      Il est à peu près sûr que c’est le même.
      C’est en tous cas la conclusion à laquelle je suis arrivé.
      Voir à la fin de mon article : Jean ou Joannès ? Jean est peut être son prénom d’usage...et ils sont tous les deux au 299e RI et morts le 30 août 1914 à Gerbeviller.

      Cordialement.
      Michel Guironnet

      Répondre à ce message

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