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Accueil > Articles > La vie militaire > « Nos Poilus » > Poilus de Saint-Clair-du-Rhône > Joseph François Biard, mort pour la France

Joseph François Biard, mort pour la France

Le dimanche 1er octobre 2006, par Michel Guironnet

Au cimetière, accrochée sur le mur à côté d’une tombe, une plaque émaillée avec un visage de « Poilu » entre deux médailles... un nom et une date à demi effacés...

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A la mémoire de Joseph Biard

Le 20 septembre 1916, le Lieutenant Emile Narcisse Fournier, officier d’état civil au 6e Régiment d’Infanterie Coloniale « étant au ravin nord est du Bois Olympe, commune de Cappy (Somme) » rédige l’acte de décès du soldat Joseph François Biard.

Soldat de 2e classe à la 1re Compagnie de Mitrailleurs du 6e Régiment d’Infanterie Coloniale, Joseph François Biard est « Mort pour la France » quinze jours plus tôt ; « tué à l’ennemi » le 5 septembre 1916 « au sud est de la cote 63 entre Barleux et Belloy en Santerre (Somme) ».

Le rédacteur précise : « par suite de l’éloignement de l’officier d’état civil et des circonstances de guerre, nous n’avons pu faire cette constatation nous-mêmes ».

Il y a plus de 12 kilomètres entre Cappy et Barleux. Ces deux villages du Santerre sont, comme toute la région de Péronne, ruinés par la Bataille de la Somme qui fait rage depuis l’attaque générale du 1er juillet 1916 [1].

L’acte de décès est rédigé sur les déclarations de deux témoins :

  • Jean Le Dé, 30 ans, sergent brancardier au 2e Régiment d’Infanterie Coloniale (domicilié dans le civil 33, rue des Douves à Quimper).
  • Pierre Souan, 26 ans, soldat de 2e classe au 2e Régiment d’Infanterie Coloniale (domicilié dans le civil à Lamothe-Landerron, canton de La Réole en Gironde).

Joseph François Biard n’avait pas encore trente ans. Avant la guerre, il est cultivateur.

Né le 6 octobre 1886 à Saint Clair du Rhône (Isère) petit village au bord du Rhône au sud de Vienne ; il est l’aîné des enfants de Jean Joseph Biard, géomètre, et de Marie Louise Bracoud, ménagère [2].

Ses parents se sont mariés le 17 février 1885 à Saint Clair [3].

Joseph François a une sœur, Françoise Joséphine Marguerite, née le 14 décembre 1895 « au bourg de Saint Clair » [4]. C’est l’une des paroissiennes présentes en juillet 1911 aux pieds de la Vierge de la Salette.

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Extrait du registre matricule de Joseph François Biard
Registres de la classe 1906 pour le bureau de recrutement de Vienne. Archives départementales de l’Isère en ligne.

Le Poilu Joseph François Biard, de la classe 1906, porte le numéro 924 du recrutement de Vienne. Au régiment, il a le matricule OR 1521.Le 6e Régiment d’Infanterie Coloniale est caserné à Lyon en 1914. Avec le 5e R.I.C, il fait partie de la 2e Brigade Coloniale.

Dès la mobilisation, ses soldats sont d’abord en opérations militaires dans les Vosges : col de la Chipotte ; Larifontaine (septembre 1914.) ; bataille de Morhange, bataille de Sarrebourg ; puis en 1915 en Argonne (juillet - août) et en Champagne : Bois Guillaume II, Souain, retranchement des Vandales(septembre.)

Bataille de la Somme : 4 et 5 septembre 1916

  • L’historique du 5e R.I.C raconte : « Après avoir cantonné du 31 juillet au 15 août dans l’Oise, le régiment est embarqué en camions-autos et transporté dans la Somme. Le 16 août, il s’installe au camp de Marly, dans la région de Chuignolles et le lendemain il se porte en réserve de division dans la région nord-ouest de Dompierre.

Le 22 août, il relève en ligne le 6e colonial dans le secteur entre Belloy-en-Santerre et Barleux. Il y reste cinq jours au cours desquels le bombardement ennemi, assez violent, lui cause quelques pertes...Relevées dans la nuit du 26 au 27 août, les unités du régiment reviennent au camp de Marly.

Le 2 septembre, elles vont bivouaquer entre la combe sud-ouest du bois Olympe et la route Fay - Cappy, et dans la nuit du 3 au 4, elles prennent leur place dans le dispositif d’attaque. Les 4 et 5 septembre a lieu l’attaque des positions allemandes au sud ouest de Barleux ».

  • L’historique du 6e R.I.C raconte :
    Le 15 août 1916, le 6e régiment d’infanterie coloniale entre en secteur au nord-est d’Assevillers et au nord de Belloy-en-Santerre. Les tranchées de première ligne sont des tranchées allemandes conquises la veille par le régiment relevé. L’artillerie allemande bombarde furieusement le secteur, l’artillerie française répond avec violence.
    Dès l’arrivée, les hommes se mettent courageusement au travail pour organiser les boyaux et tranchées et aménager le secteur en vue d’une attaque prochaine.
    Le 4 septembre à 14 heures, après une violente préparation d’artillerie, le régiment donne l’assaut en direction de Villers-Carbonnel. La première ligne ennemie (tranchée de Goritzia) est dépassée, et un violent combat s’engage pour la possession de la deuxième ligne (tranchée du Poivre), qui tombe presque entièrement en notre pouvoir.
    Mais la division d’infanterie qui, un peu plus au nord, attaquait le village de Barleux, se trouve obligée de regagner ses tranchées, entraînant dans son repli le régiment immédiatement à gauche du 6e colonial. Vers 19 heures, par suite de ce mouvement, le régiment a son flanc gauche complètement découvert.

...Des barrages de sacs à terre sont établis dans la tranchée de Goritzia, et le régiment, malgré une lutte acharnée, conserve le terrain conquis.
Pendant la nuit, les Allemands procèdent à un violent bombardement, tandis que leurs troupes se massent pour la contre-attaque qui se déclenche le 5 septembre à 5 heures du matin.
Malgré la fatigue et le manque de munitions, les hommes ne cèdent le terrain que pied à pied et parviennent à conserver la partie conquise de la tranchée de Goritzia et la plus grande partie de la tranchée du Poivre, permettant ainsi à la division de droite de conserver le terrain conquis sans être inquiétée sur son flanc.

A 13 heures, le bataillon Plomion (3e bataillon) prononce une nouvelle attaque et fait ainsi échouer une forte contre-attaque que l’ennemi préparait pour 14 heures.Ces deux journées ont coûté au régiment 25 officiers et 1.000 hommes tués, blessés ou disparus.

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Les tranchées vers Barleux
Extrait de l’historique du 5e Régiment d’Infanterie Coloniale, historique ainsi que celui du 6e R.I.C disponible sur Gallica.
« Le 5 septembre il pleut, le terrain se transforme en cloaque, avec des pistes détrempées, des relèves difficiles pour des troupes fatiguées. Un brouillard épais recouvre le champ de bataille... Jean Marie Piegay, du 60e Régiment de Besançon, écrit le 8 septembre :
« J’ai été pendant trois jours à droite de Barleux. Nous avons attaqué tous les jours, pris des tranchées, les Boches contre-attaquaient et nous repoussaient. Je te dis que ça a été un massacre effroyable et le résultat néant. On était trempés jusqu’aux os ; dans les boyaux il y avait 80 centimètres de boue, de vase et on marchait dedans au risque d’être enlisés.
Nous étions carapacés de 15 à 25 kilos de boue. Jamais je n’en ai autant vu que cette fois, c’est horrible ce que j’ai souffert »
 [5]

La belle conduite des troupes pendant ces attaques leur vaut l’ordre du jour suivant du général commandant la 15e division d’infanterie coloniale :

" Le Général commandant la division tient à adresser ses félicitations aux troupes de la 2e brigade d’infanterie coloniale pour leur conduite durant les journées des 4 et 5 septembre.
Elles ont eu à surmonter de nombreuses difficultés, ont subi de très lourdes pertes et ont fait preuve d’une ténacité digne d’éloges dans les tentatives répétées pour atteindre les objectifs qui leur avaient été fixés.

Si les circonstances et la réaction particulièrement violente de l’artillerie ennemie ne leur ont pas permis de voir leurs efforts couronnés de succès, leurs fatigues et leurs sacrifices n’auront pas été vains. Elles ont fixé l’ennemi, l’ont obligé à une grosse consommation d’hommes et de munitions et ont ainsi facilité la progression d’autres unités.
Elles auront donc contribué au succès que l’offensive générale prise sur notre front ne peut manquer d’obtenir " Général Bro.

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Gloire posthume
Dans « Le Journal de Vienne » du 21 octobre 1922. Le journaliste n’a pas relu sa copie ou n’a pas vérifié ses sources : il s’agit bien évidemment de Joseph Biard !

[1Pour connaître les différentes phases de la Bataille de la Somme, consulter le site du « Chtimiste » et particulièrement sur l’attaque des 4 et 5 septembre : http://www.chtimiste.com/batailles1418/1916somme2.htm

[2Deux autres Biard « Morts pour la France » sont inscrits sur le monument aux morts à Saint Clair :

  • Jean Joseph, du 62e Régiment d’Artillerie de Campagne, mort à Orfeuil le 13 octobre 1918, né à St Clair le 7 mai 1891.
  • Louis Joseph, du 1er Régiment d’Artillerie de Montagne, mort à Sisteron le 17 août 1916, né à St Clair le 18 octobre 1889.

Ce sont deux frères, fils de Charles Biard et de Marie Duchamp. Ce couple (en 1889 Charles a 30 ans, Marie 22 ans) a un autre fils, Joseph Antoine, né le 3 mai 1893 ; et une fille, Joséphine Marguerite, née le 25 novembre 1896.

[3Jean Joseph Biard est né le 15 novembre 1857, fils de Joseph (57 ans en 1885) et de Sophie Brunet. Marie Louise Bracoud est née le 5 septembre 1860, fille de François et de Marguerite Cellard (mariés à St Clair le 30 novembre 1859). Marie Louise Bracoud décède le 11 octobre 1925, Jean Joseph Biard décède en 1933.

[4Elle épouse à Saint Clair le 12 avril 1921 Henri Albert Sibut. Décédée à Condrieu le 15 juin 1977.

[5Cité par Alain Denizot dans « La Bataille de la Somme (juillet novembre 1916) » (Perrin 2002)

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4 Messages

  • > Joseph François Biard, mort pour la France 18 octobre 2006 23:36, par rp4 et rp6

    Bel article, qui fait pensée a ces glorieux combattants. Comme vous j’ai résumé la vie de certains de ces soldats et celà est trés émouvant.

    Trés cordialement

    René PIERRE

    Répondre à ce message

    • > Joseph François Biard, mort pour la France 19 octobre 2006 09:07, par monroi11458

      monroi1458 chez yahoo.fr bonjour je suis de barleux et je recherche des souvenirs et des historiques sur la vie de barleux pendant la guerre 14 18 qui a des historiques de regiments ayant combattu sur barleux ki a histoire de soldats ayant combattu a barleux je suis entrain d effectuer un essai un livre sur l histoire de barleuxpendant laguerre 14 18 qui es encor assezmysterieuse ses habitants ayant evacues le village en juin 1914 merci de maider et de me donner desadresses ou des renseignements sur les ric et autres regiments

      Répondre à ce message

      • Bonsoir,

        Vous avez plein de sites sur Internet faits par des passionnés de la Guerre 14-18.

        Je pense notamment au Chtimiste, très complet....Avez vous consulté les archives départementales ? Elles pourraient vous conseiller et vous orienter.
        Bon courage !

        Michel Guironnet

        Répondre à ce message

    • Bonsoir,

      Merci pour votre appréciation qui me fait grand plaisir.

      C’est vrai qu’il est très émouvant de faire revivre ces combattants de la Grande Guerre...Guerre si loin déjà et pourtant si proche (moins de 100 ans)

      Pourquoi n’écriveriez vous pas un article sur « vos » poilus dans le Magazine ?

      Cordialement.

      Michel Guironnet

      Répondre à ce message

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