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À Verdun (23 juin au 10 juillet 1916) (7e épisode)


jeudi 3 juin 2010, par Françoise et Pierre Férole, Michel Guironnet

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Une puissante préparation allemande

23-06-1916 : 2h du matin, un prisonnier allemand interrogé par le 359e a indiqué qu’une attaque sur Thiaumont allait avoir lieu à l’aube, mais, comme la veille une tentative allemande, vigoureuse mais limitée, avait été mise en échec, on pense qu’il s’agit de la énième action de ce type, et l’on ne s’inquiète pas outre mesure, bien que par cet interrogatoire on ait appris qu’une division fraîche, la 103e, venant de Saint-Mihiel, était arrivée sur place l’avant-veille et que ses effectifs s’ajoutaient à ceux qui se trouvaient actuellement en ligne.

Aussi allait-on trop tard comprendre qu’effectivement une opération d’envergure avait été organisée par l’état-major allemand, et que dès 1heure du matin des effectifs considérables avaient pris place dans les tranchées de départ des ravins situés au nord de Thiaumont et de Fleury.

Chaque Allemand portait avec lui 3 jours de vivres, 100 cartouches, 5 grenades à main et un outillage portatif.

Entre le ravin de la Couleuvre (Bois de Nawé) et les ravins au nord de Fleury les Allemands alignaient les 74e, 78e et 92e régiments d’infanterie, les 10e, 12e et 24e Bavarois ainsi qu’une unité d’alpins.

Un peu avant 3 heures la queue du 114e a enfin réussi à atteindre sa zone, c’est à dire quelques abris sommaires et un labyrinthe de tranchées en désordre, impossibles à repérer dans la nuit noire.

Les liaisons sont établies avec les unités du 297e en réserve au Bois Gravier. Le Cdt Desoffy charge son officier adjoint de rendre compte au PC de Quatre-Cheminées, en empruntant le boyau montant, en très mauvais état.

En attendant l’aube les chasseurs du 114e vont pouvoir, jusqu’à 6 heures se reposer quelque peu des efforts harassants de la nuit.

À cet instant précis la situation est en train de tourner à la catastrophe pour le 121e, sur les crêtes.

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Les lieux de la bataille
Carte extraite du tome 14 de « Histoire illustrée de la Guerre de 1914 » de Gabriel Hanotaux.

Le 121e écrasé sur place à Thiaumont

3 heures : Une reprise du pilonnage allemand sur les 1res lignes du 121e, très précis cette fois et avec du gros calibre, s’accompagne de bombardements massifs aux gaz asphyxiants. Les corvées de soupe du 121e n’ont pas pu arriver à temps, mais on va bientôt penser à autre chose qu’à se restaurer :

3 h 30 : La 3e Cie du 121e voit bientôt défiler dans le brouillard et les fumerolles des crêtes, des vagues allemandes très denses, venant du bois Nawé par le Ravin de la Couleuvre et qui semblent se diriger vers l’est par le ravin du Bois Triangulaire.

Il s’agit en fait de l’ultime mise en place des troupes d’assaut vers Souville, Fleury et Thiaumont, pour permettre aux réserves de se masser, prêtes à intervenir, dans les ravins de la Couleuvre, à gauche, de la Caillette au centre, et de la Fausse Côte à droite.

Le 121e tire des fusées rouges pour demander l’intervention de l’artillerie qui, aussitôt, tire en avant et en arrière de notre 1re ligne.

Mais le pilonnage allemand avec du gros calibre redouble de violence sur tout le front, y compris sur l’arrière, et s’acharne sur le 121e BCP et le 65e RI qui, obligés de se terrer à même le sol, se trouvent pris au piège et vont être littéralement broyés sur place pendant plus de 2 heures, prisonniers d’un déluge de feu et de gaz qui ne leur laisse que peu de chances de survie.

Sur l’ouvrage de Thiaumont, voir le remarquable site « Les Français à Verdun »

4 heures : À droite du 121e, après un violent pilonnage, les premières lignes du Bois Triangulaire (17e, 18e et 20e compagnies du 239e RI) et la ligne intermédiaire sur la crête de Fleury sont ensevelies et annihilées dans les mêmes conditions que leurs camarades de gauche. Les relations avec l’arrière sont toutes coupées.

Les quelques nids de mitrailleuses subsistant sont anéantis dès le début de l’avance allemande.

Les Allemands pénètrent dans Fleury où le capitaine Hans parviendra pourtant à s’accrocher dans l’obscurité avec ses 3 dernières sections dans les 2 dernières maisons au sud du village.

De là il domine la crête de la Poudrière et bloque l’avance des Allemands qui cherchent à avancer vers l’Ouest vers le petit bois de Fleury.

Le 239e entreprend, au milieu des plus grosses difficultés, de se rassembler et de se déployer sur la crête au sud de Fleury mais la piste de la Poudrière est violemment battue par l’artillerie et les mitrailleuses allemandes imposant aux 21e et 24e compagnies, rappelées de Verdun, des plus grandes difficultés pour monter jusqu’au village.

4 h 30 : L’officier adjoint du 114e, un lieutenant, envoyé vers Quatre-Cheminées, revient et fait un compte-rendu alarmant mais confus au Cdt Desoffy : en effet les gaz ont pénétré toutes les salles du réduit de Quatre-Cheminées dont les liaisons téléphoniques sont coupées avec les 1res lignes qu’on sait violemment bombardées mais on ignore encore tout d’un désastre qu’on commence seulement à pressentir et dont l’obscurité ne permet pas de prendre la mesure.

5 h 30 : Le bombardement semble ralentir sur le 121e alors que, protégées par un feu roulant intense, des vagues allemandes serrées enveloppent Thiaumont et Fleury.

Les survivants de la 3e Cie du Lieutenant Sigisbert ouvrent le feu et contiennent la première vague mais d’autres colonnes les contournent par la gauche et, pris à revers, ils sont enveloppés et exterminés ou capturés.

Le 121e, déjà écrasé par le déluge de feu de la nuit, est submergé de même que les unités du 65e RI : le fort de Thiaumont est pris et dépassé, et la poussée allemande, forte de milliers de combattants, continue inexorablement soutenue par un feu roulant d’une précision mortelle.

Vers 6 h 30, les 1re et 2e compagnies du 114e, postées un peu en arrière, autour du PC119 et sur la ligne intermédiaire sont à leur tour bousculées par l’avance allemande et prises dans la tourmente des fusillades et des canonnades qui se croisent.

La 2e Cie, autour du PC 119, est parvenue à arrêter un moment la progression allemande mais les pertes subies sous un intense feu roulant allemand, puis l’assaut répété de colonnes allemandes compactes, l’ont obligée à se replier sur Quatre-Cheminées au prix de pertes énormes.

Le capitaine Grosjean est capturé avec de nombreux survivants dont certains, tel le sous-lieutenant Ribier, réussiront à s’échapper à la faveur de l’entrée en jeu des 75 français et à regagner difficilement les abords de Quatre-Cheminées.

Le PC de Quatre-Cheminées menacé

De 7 heures à 8 heures : Alors que toute la crête, depuis Thiaumont jusqu’à la cote 321 en direction de Fleury, est désormais aux mains de l’ennemi, on n’a plus aucune nouvelle du 121e dont 80 à 100 survivants, épuisés et choqués, parviendront quand même péniblement à rejoindre à gauche le 359e RI.

L’action de l’artillerie allemande qui avait bien diminué à l’aube pour permettre aux assaillants d’attaquer a repris avec fureur sur toute la crête.

A 7 h 45 une relative accalmie permet au commandant de Susbielle, enfermé à Quatre-Cheminées, d’envoyer un coureur porter au commandant Desoffy l’ordre suivant :

L’ennemi attaque très vigoureusement sur notre front. Notre 1re ligne a dû se replier. Le 114e bataillon de chasseurs se portera immédiatement, en utilisant le boyau et les défilements à l’ouest du PC de Quatre-Cheminées, de façon à prendre à revers et sur sa droite l’attaque ennemie.

Le détachement Charpiot (297e) se portera dans la même direction, en échelons, à 200m en arrière de la gauche du 114e. Bataillon.

En effet la chute du PC119 a permis à l’ennemi de reprendre sa progression et menacer à son tour Quatre-Cheminées où le Cdt de la 258e Brigade, le général et l’état-major du 65e RI sont enfermés. Le temps presse donc terriblement.

Malheureusement le temps, très clair de ce début de journée, facilitant les repérages par avion, le rassemblement et la mise en mouvement du 114e qui, par précaution, avait été échelonné durant la nuit, va demander un temps assez long.

8 h 15 : Le Cdt Desoffy profite de ce délai pour rejoindre, avec les pionniers du lieutenant Zéo, le PC de Quatre-Cheminées afin de reconnaître le terrain et d’organiser au mieux la contre-attaque.

Une accalmie temporaire de l’artillerie lui permet d’atteindre assez facilement le PC qu’il trouve désemparé et sans nouvelles de l’avant. A son arrivée, le capitaine de Juge Montesquieu de l’état-major de la brigade, cherchant à reconnaître le terrain est mortellement touché par balle sur l’observatoire situé au dessus du PC.

Se rendant rapidement sur place, le Cdt Desoffy aperçoit, à une vingtaine de mètres de lui, des fantassins allemands qui le mettent en joue.

Il n’a que le temps de se laisser glisser en bas du talus pour rejoindre le lieutenant Zéo à qui il donne l’ordre de ceinturer à la hâte et de retrancher le PC avec ses pionniers et l’aide des quelques chasseurs rescapés de la 2e compagnie, en tout 20 à 30 hommes au maximum, car on est alors sans nouvelles de la 1re Cie du capitaine Grosjean.

Sur l’abri des Quatre Cheminées, voir le site « Les Français à Verdun »

Les Allemands dévalent la côte de Fleury !

8 h 40 :

Par le boyau de liaison, et tandis que les obus de 150 et de 210 allemands pleuvent à nouveau au sud de Quatre-Cheminées, le Cdt Desoffy redescend en hâte vers le Bois des Vignes où les compagnies du bataillon stationnées au Bois des Vignes ont dû normalement entamer leur mouvement de montée. A peine a-t-il parcouru 200m qu’il aperçoit d’importantes fractions dévalant la crête de Thiaumont-Fleury.

Croyant tout d’abord à une débandade française bien que l’artillerie allemande se soit tue sur les hauteurs, il découvre avec stupeur qu’il s’agit de troupes allemandes progressant avec ordre et méthode. Il prend alors brusquement toute la mesure de la débâcle de la nuit et comprend que la 129e et la 130e divisions ont toutes deux été enfoncées.

En un éclair, la situation s’est considérablement compliquée pour lui : s’il fait porter toutes ses forces sur l’opération qui lui a été prescrite un instant plus tôt à Quatre-Cheminées, son flanc droit va être dégarni et dangereusement menacé par la déferlante allemande que rien ne pourra plus arrêter du fait de l’enfoncement de la 130e Division à Fleury.

Coupé de toute sa hiérarchie, il sent brusquement que toutes les cartes reposent désormais entre ses mains.

Il arrive en hâte au Bois des Vignes pour constater – heureusement - que la reprise du bombardement a retardé les opérations d’équipement au combat des chasseurs, encore embarrassés de leurs bardas.

Disposant de ses 4 compagnies de chasseurs, de leurs 2 compagnies de mitrailleuses, des 2 compagnies du détachement Charpiot (297e) au Bois Gravier et d’une compagnie de territoriaux, il prend aussitôt l’initiative de résister à l’ennemi, non seulement sur la crête de Froideterre, et sur Quatre-Cheminées, comme il lui a été prescrit, mais aussi à droite sur les pentes de Fleury que les Allemands sont en train de dévaler en bon ordre :

À gauche, sous les ordres du capitaine Pauly, adjudant-major du 114e, il envoie le capitaine Berger avec la 3e Cie du 114 (lieutenants Madelein et Gully, adjudants Barbe et Chatelain), les 2 Cies du 297e et la CM2 du capitaine Heitzmann (Sous-lieutenant Cabany, adjudant-chef Barbier).

À droite, vers Fleury, le capitaine Véron, avec la 4e Cie (sous-lieutenants Férole et Mourenas) et un peloton de la CM1 du capitaine Walch (lieutenant Ritter, adjudants Cluzet et Souveyran) devra regagner le terrain perdu sur les pentes de Fleury, soutenu sur sa gauche par la 5e Cie du capitaine Henry (lieutenants Rosaz et Giordan) et un autre peloton de mitrailleuses de la CM1.

La 6e Cie du capitaine Derain (lieutenant Hébrard) en soutien, doit porter un dernier peloton de mitrailleuses à la lisière nord du Bois de Vignes et flanquer au centre les attaques des 3 autres compagnies à hauteur de Quatre-Cheminées.

Ces différentes unités constituent désormais l’ultime et fragile rempart en mesure de bloquer l’avance allemande, alors qu’au même moment, à 2 pas de Quatre-Cheminées les assaillants ennemis visent à la grenade les entrées des cheminées d’aération du réduit où sont toujours enfermés les officiers d’état-major des unités de 1re ligne.

Heureusement, l’effet de surprise qui va accompagner cette contre-attaque inattendue du 114e, compensera miraculeusement la faiblesse et la fatigue des effectifs disponibles, et donnera le change à des allemands désorientés par une réaction qu’ils n’attendaient pas et dont ils vont aussitôt surévaluer l’importance.

Reprise en main in extremis de la situation par le 114e

9 h : Les mouvements allemands sous la crête de Fleury étant très visibles depuis le versant Est de Froideterre, où se déploie le 114e, la contre-attaque vers Fleury de la 4e Cie se met rapidement en place.

Les Allemands réajustent alors leurs tirs de 210 et les concentrent sur le nord du Bois des Vignes, mais sans pouvoir briser notre contre-attaque : bientôt les tirs croisés de nos mitrailleuses, soutenus par une reprise de tirs de notre artillerie sur la crête de Fleury, parviennent à faire reculer les Allemands qui avaient débordé la crête de plus de 300m et dont quelques groupes isolés sont capturés.

Pendant ce temps, plus haut, sur la côte de Froideterre, les autres compagnies sont contraintes de progresser à flan de pente en se dissimulant difficilement sur un terrain ravagé et violemment battu par l’artillerie ennemie.

Parvenues pourtant sur la crête de Froideterre, elles entreprennent de déloger et capturer les survivants de la section allemande du lieutenant Betzler qui s’étaient d’abord glissés silencieusement vers le Ravin des Vignes, mais avaient dû aussitôt refluer vers le haut et se blottir aux abords du fort en attendant des renforts.

Sur l’ouvrage de Froideterre, nous conseillons ce lien. En bas de cette page de Chemins de Mémoire, un lien ouvre un reportage photo sur cet ouvrage fortifié.

Sur la crête de Froideterre, ainsi dégagée, les pelotons de mitrailleuses peuvent s’installer dans les boqueteaux qui dominent Quatre-Cheminées et le Ravin des Vignes. Bien que visés par les batteries adverses qui leur font subir des pertes importantes, ils réussissent, en dépit de ces bombardements et mitraillages constants, à couvrir efficacement, au centre, la 5e et la 6e compagnies qui atteignent et parviennent à dégager Quatre-Cheminées après un corps à corps sanglant.

Partout les pertes en hommes et en matériel sont importantes, et les conditions de combat particulièrement éprouvantes sur un terrain dévasté et dépourvu d’organisations défensives.

10 h : La ligne intermédiaire a été reconquise sur 1500m y compris à droite vers Fleury, où la 4e Cie a dû mordre sur le secteur de la 130e Division pour rétablir la liaison avec le 239e.

Plus à gauche, le retranchement X, long boyau qui constitue la limite avec le secteur de la 257e Brigade et qui monte jusqu’à la crête, avait été très tôt occupé par les Allemands à la faveur de la chute de la tranchée des Trois-Cornes qu’il dessert.

La 257e Brigade a contre-attaqué avec le 106e BCP qui vient de reprendre le retranchement X et de dégager une batterie située sur la ligne intermédiaire, immédiatement en contre-haut de Quatre-Cheminées. Cette reprise va appuyer de manière efficace l’action du 114e sur Quatre-Cheminées et verrouiller l’avance allemande sur la ligne intermédiaire.

10 h 30 : Les Allemands, depuis le fort de Thiaumont, la crête de Fleury et le PC 119, désormais en leurs mains, effectuent un violent pilonnage sur la ligne intermédiaire et le Bois des Vignes, où se trouve tout le matériel de cantonnement du 114e. La destruction totale des liaisons téléphoniques impose le recours aux liaisons, longues et souvent meurtrières, par coureurs.

12 h : L’attaque allemande est enfin enrayée. Au 297e RI, le 7e bataillon et les 2 compagnies du 6e bataillon qui n’ont pu, la veille, effectuer leur relève sont placés sous les ordres du 359e RI.

À Quatre-Cheminées, dont les entrées sont toujours sous le feu direct d’un nid de mitrailleuses allemand, on peut enfin, mais avec difficulté, entreprendre l’évacuation des blessés et des 2 états-majors.

Bilan d’une journée décisive

Tout le reste de la journée, le 114e organise le terrain et les liaisons, tout en devant repousser à la grenade les patrouilles ennemies qui cherchent continuellement à reprendre l’initiative, à l’abri de barrages et de bombardements toxiques incessants.

Le téléphone ne peut être rétabli et les liaisons s’effectuent toujours par coureurs à travers boyaux et tranchées dans des conditions excessivement dangereuses.

En fin de journée, pilonnages, gaz asphyxiants et harcèlements continuent, et la situation est la suivante :

Sur la ligne intermédiaire (devenue 1e ligne) 3 compagnies du 114e tiennent bon entre le point X et Quatre-Cheminées.

Sur la pente Est du Ravin des Vignes la 4e compagnie du capitaine Jean Véron du 114e contient la progression allemande.

Sur la crête de Froideterre 2 compagnies du 6e bataillon du 297e RI occupent le terrain.

A droite, le village de Fleury est au main des Allemands à l’exception des dernières maisons au sud. Par contre la crête de la Poudrière est tenue par le 239e ainsi que l’est du village. Le JMO du 239e RI souligne fièrement qu’aucune unité du régiment n’a reculé et que les unités situées sur les terrains perdus se sont fait tuer sur place !

Les 4 compagnies du 121e BCA engagées dans la bataille sont anéanties à l’exception d’une centaine d’hommes regroupés autour du 359e RI : 580 chasseurs ont officiellement péri, les autres (presque 500) sont prisonniers ou portés disparus.

En fin de journée, au 114e, 500 hommes environ (morts, blessés ou disparus) sur 1200 manquent à l’appel. De nombreux blessés, dont Auguste Férole, sont dirigés vers l’hôpital de St Dizier.

De son côté le général Méric, commandant la 257e Brigade pourra souligner avec une fierté quelque peu assassine que « toutes les positions de sa brigade sont intactes malgré des pertes sévères » !

La nuit de tous les dangers

Nuit du 23 au 24 :

La nuit, pluvieuse, se passe dans la boue et la hantise d’une reprise de la poussée allemande : en effet le front du 114e s’est démesurément étiré au regard de ses effectifs, alors que le terrain, bouleversé par les bombardements, n’offre aucun abri où s’accrocher , que les liaisons avec l’arrière sont coupées et qu’il n’existe aucun espoir de voir arriver avant le lendemain les renforts du 63e RI qui sont bloqués à l’arrière par de violents tirs de barrage de l’artillerie lourde allemande.

De plus, les bombardements de la mi-journée sur le Bois des Vignes ont anéanti les sacs de vivres et de campement du 114e qui y avaient été déposés en hâte lors du déclenchement de la contre-offensive du matin.

Le ravitaillement va donc s’en trouver gravement compromis et c’est à un isolement complet qu’est réduit ainsi le 114e. Il est clair que toute initiative allemande durant la nuit serait de nature à enfoncer la fragile barrière que constitue alors ce bataillon.

Fort heureusement, durant cette nuit, aucune action d’envergure ne sera déclenchée par l’ennemi, qui avait tout misé sur l’effet de surprise et sur l’efficacité du nouveau gaz et avait été décontenancé par la vigueur de la contre-attaque des chasseurs et la faiblesse du résultat final au regard de l’immense effort exigé de lui.

Sa réaction principale sera une intensification des bombardements sur nos lignes, en particulier dans le secteur de Quatre-Cheminées et sur nos arrières, auxquels répondront des tirs fournis de 75.

Les liaisons téléphoniques sont toujours impossibles et les déplacements, qui ne peuvent s’effectuer que de nuit, rendent extrêmement difficile le regroupement des débris du 121e et des 2 premières compagnies du 114e.

Le seul point positif est la présence à Quatre-Cheminées d’un important stock de bandes de mitrailleuses qui permet d’approvisionner sans faille les premières lignes.

Réaction inattendue de l’Etat-Major français

L’unique réaction de l’état-major est de décider d’attaquer sans délai pour reprendre immédiatement le terrain perdu en utilisant le 63e RI, une fois arrivé sur les lieux, ainsi que le 359e RI.

Ordre est donné de reprendre Thiaumont malgré l’extrême fatigue, les pertes sévères subies et les risques d’une contre-attaque. Le général Mangin prescrit au général Garbit : La mission du Groupement reste la même …/… En conséquence la 129e division reprendra le terrain perdu et rejettera l’ennemi au-delà de la crête de Fleury en le contre-attaquant. Cette contre-attaque aura comme objectif l’ancienne 1re ligne française jusqu’à l’abri 320 inclus. Elle se portera d’un seul bond sur son objectif. Signé Mangin.

D’où l’ordre général 91 à la 129e DI :

L’intérêt de la situation générale exige la reprise des terrains perdus : il faut y aller à fond, jusqu’au dernier homme, jusqu’au dernier souffle, à la baïonnette, à la grenade ! La patrie le demande ! Signé Garbit.

Bien que cet ordre ait semé la consternation parmi les combattants, hiérarchie comprise, il sera maintenu contre vents et marées par l’état-major.

24-06-1916 : L’opération, d’abord fixée pour 20h30, est repoussée pour des raisons de logistique et la journée peut être utilement employée à organiser la défense de la ligne intermédiaire et de Quatre-Cheminées.

15 h : Un rapport du colonel de Susbielle souligne les très grosses difficultés rencontrées par les 3 bataillons de renfort (2 du 63e + 1 du 297e) pour simplement déborder la lisière du Bois des Vignes, même par le boyau, à cause de l’artillerie allemande postée sur les hauteurs de Fleury.

16 h : Un nouveau rapport du colonel de Susbielle signale que l’ennemi se fortifie sur les pentes Est du ravin des Vignes et y tient le PC M4 sous le feu de ses mitrailleuses.

Il demande une intervention urgente de l’artillerie sur ces positions, qui sont en train de se renforcer. Cette demande restera sans réponse.

Trois contre-attaques meurtrières

25-06-1916 : L’ordre d’opérations, qui prévoit un départ depuis la ligne intermédiaire pour reprendre Thiaumont, le poste de la cote 320, puis la ferme de Thiaumont, a fixé l’attaque à 4h avec 2 bataillons du 63e et le 5e du 297e qui ont pris place à la faveur de l’obscurité.

4 h : Après une courte progression, ces unités sont mitraillées depuis le PC 119 qui surplombe Quatre-cheminées et bloquées sur place : les pertes sont sévères.

On tente alors de contourner l’abri 119 sur ses flancs mais, par faute d’une bonne connaissance du terrain, on s’empêtre dans les barbelés des anciennes défenses françaises échelonnées autour de l’abri.

Pour comble de malchance notre artillerie, entrée enfin dans la danse, tire trop court et bombarde nos propres troupes malgré l’intervention immédiate du colonel de Susbielle.

11 h 45 : Un nouveau rapport du colonel de Susbielle fait état de pertes considérables, de l’extrême fatigue de ses troupes et proteste contre les tirs toujours trop courts de notre artillerie.

Malgré ce rapport, instruction est donnée de poursuivre coûte que coûte l’ordre d’opération.

Nos unités vont piétiner toute l’après-midi dans des conditions de combat extrêmes sans pouvoir prendre l’initiative, et à 17heures le PC 119 n’aura finalement pas pu être réoccupé.

Nuit du 25 au 26 : Ordre est donné de lancer un nouveau coup de main sur PC 119 dans la nuit en utilisant les « éléments les moins éprouvés et au meilleur moral » (sic !) du 63e RI.

26-06-1916, 6 h 35 : Malgré une nouvelle demande à l’artillerie française de cesser son tir, toujours trop court, sur certains de nos éléments qui avaient réussi de déborder PC 119 sur ses flancs ces tirs continuent de plus belle et obligent ces éléments à se replier.

Dans la matinée, un coup de main prévu, et lancé sur PC 119, échoue sous les tirs toujours trop courts de notre artillerie.

Après des pertes considérables les effectifs des bataillons engagés, épuisés et démoralisés par la certitude de se sentir sacrifiés, se retrouvent finalement à leur point de départ !

27-06-1916, 4 h 30 : Malgré les fortes réticences de la plupart des commandants d’unités, l’état-major s’en tient à la reconquête du terrain perdu et lance un ordre d’attaque général avec le renfort d’unités étrangères à la 129e Division.

Cette attaque, improvisée dans la matinée avec ces nouveaux moyens, est immédiatement immobilisée par des tirs de mitrailleuses, de front, depuis Thiaumont et le PC 119, et de flanc depuis les hauteurs de Fleury.

Ces tirs causent des pertes, d’abord sérieuses, mais qui s’intensifient rapidement avec l’entrée en jeu de l’artillerie lourde allemande.

Une nouvelle vague d’assaut est pourtant lancée à midi. Elle n’a d’autre résultat que de provoquer de nouvelles pertes dans un sol toujours boueux et sous une pluie fine qui tombe obstinément.

28-06-1916, 4 h 30 : Un nouvel ordre d’attaque est précédé de cet appel, un modèle du genre, du général Lacotte : « Le général demande encore cet effort aux braves troupes qu’il commande et qui viennent de lui donner tant de preuves de courage, de résistance physique et morale et d’esprit de sacrifice » !!!!!

11 h 40 : Quand il devient enfin clair aux yeux de l’état-major que la nouvelle attaque a échoué et que, profitant de nos actions suicidaires en direction de Thiaumont, l’ennemi continue à améliorer tranquillement ses positions de Fleury sans être inquiété par notre artillerie, occupée ailleurs, on commence alors à se faire à l’idée d’organiser les nouvelles positions.

On décide enfin de relever, tard dans la nuit, par le 247e RI, les combattants du 63e et du 297e et ce qui reste du 114e, toujours en 1re ligne à Quatre-Cheminées, mais cette manœuvre, très délicate, car les hommes sont au contact avec l’ennemi, ne pourra se faire qu’avec difficulté et seulement dans la nuit du 29 au 30.

L’objectif de reconquête de la crête Thiaumont-Fleury ne sera pas atteint malgré une nouvelle attaque meurtrière le 30 suivie d’une dernière le 1er septembre, jour où l’ordre sera enfin définitivement rapporté.

Un bilan accablant

Ces 10 jours auront coûté 1600 morts et disparus et 1150 blessés à la 258e brigade :

  • 114e : 298 morts et disparus, 395 blessés.
  • 121e : 962 morts et disparus, 91 blessés.
  • 297e : 342 morts et disparus, 666 blessés.

sans compter les éléments du 65e RI qui n’avaient pu être relevés le 22 au soir, le 63e RI et les autres éléments du 247e engagés plus tardivement.

De son côté la 257e brigade, un peu moins exposée à gauche, compte quand même les pertes suivantes :

  • 106e : 278 morts et disparus, 373 blessés.
  • 120e : 93 morts et disparus, 191 blessés.
  • 359e : 258 morts et disparus, 673 blessés.
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On prépare le canon de 37
La photo est prise dans la Grand’Rue de Saizerais, village de Meurthe et Moselle, à 8 kms au nord de Pont à Mousson.
Nous sommes le 17 juillet 1916 : le Bataillon part pour aller combattre à Bois le Prêtre

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Saizerais Le canon de 37

Une relève qui n’a pas été volée

01-07-1916 :

Le cantonnement du 114e se trouve au Bouchon-sur-Saulx à 10 km au sud-ouest de Ligny-en-Barrois. Une dizaine de jours est mise à profit pour rétablir et reconstituer partiellement les unités, pour certaines exsangues, de la Brigade.

L’importance des pertes a été telle que les bataillons de chasseurs doivent être ramenés de 6 à 4 compagnies soit guère plus de 800 hommes et de 2 compagnies de mitrailleuses à une seule de 3 pelotons. Le Cdt Genêt prend le commandement du 114e.

10-07-1916 : On embarque à Ligny pour débarquer à Toul. Le 114e est à Dommartin-lès-Toul le 11. Le 13, il est à Saizerais jusqu’au 17, le 17 à Saint-Martin-Maidières dans la banlieue immédiate de Pont à Mousson.

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En route vers Bois le Prêtre
17 juillet 1916 : dernière photo de groupe à Saizerais

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  • À Verdun (23 juin au 10 juillet 1916) 8 avril 2013 16:10, par WEINNERT André

    Mon grand père maternel, HERNANDEZ Vincent régiment du génie d’Avignon, avait été désigné pour faire sauter le fort de Vaux. Les fils, sans cesse coupés et épissés, tant racourcis qu’il était assuré de sauter lui-même. In extrémis, une estafette l’a rejoint : ordre annulé, les nôtres préparent une contre-offensive. Si ce soldat avait été blessé ou tué lors de sa progression, mon grand-père y restait.
    En 1919, il a participé au Rif.
    Décédé 23 décembre 1968.

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  • À Verdun (23 juin au 10 juillet 1916) (7e épisode) 21 novembre 2015 11:46, par FAURE CAROLE

    Notre arrière grand-père nous a été déclaré mort à l’ennemi le 28/06/1916 à Thiaumont régiment 261e d’infanterie matricule 3083 de la 20e C,

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  • À Verdun (23 juin au 10 juillet 1916) (7e épisode) 2 mars 2016 11:27, par philippe Penther

    Mon grand père Marcel Penther (114 bataillon de chasseur, a participé à la bataille du ravin des Vignes). Je cherche à connaitre sa compagnie.

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  • Bonjour
    Il convient d’ajouter à cette triste journée du 23/06/1916 :
    Gillot Paul Gustave, né le 3/07/1878 à St Aubin en Bray , du 239è RI. Marié 3 enfants. Disparu le 23 juin 1916 à Fleury, devant Douaumont. Mort pour la France.N° de matricule 314.
    Cordialement
    JBE

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  • À Verdun (23 juin au 10 juillet 1916) (7e épisode) 27 mars 2017 21:00, par moulin patrick

    Ernest Bonnaffoux soldat au 121 BCP a été fait prisonnier à Thiaumont le 23 juin 1916 et envoyé à Germersheim
    après guerre il exerça le métier de boulanger dans l’Aisne

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