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Un mariage contraint par la Grande Guerre, une vie secouée par la Seconde Guerre mondiale (11e épisode)

Le jeudi 17 décembre 2015, par Danièle Godard-Livet

La vie change après la première guerre mondiale avec l’industrialisation de cette vallée savoyarde, mais la vie des parents Jacquet et de leurs enfants va ressembler étrangement à celle des grands-parents, avec les mêmes joies et les mêmes travaux.
Dans les récits de ma mère, les générations se confondaient dans les souvenirs d’une vie simple et du bonheur des étés à Bénétan.
C’est la seconde guerre mondiale qui va complètement détruire cet équilibre immobile. Résistance, communisme ouvrier, collaboration milicienne, exécutions, déportations, meurtres vont endeuiller les familles et sans doute laisser des haines farouches, quoique tues encore aujourd’hui.

Marie Emma et Isidore et l’enfance de leurs deux enfants

Les enfants de Marie Emma et Isidore Jacquet vivent une enfance qui ressemble à celle de leur mère toute tournée vers la famille Cattelin. En 1936 quand les enfants ont une dizaine d’années, La Bâthie a changé par rapport au moment de la naissance de Marie Emma et Isidore, mais sans doute pas tant que ça.

On monte toujours à Bénétan l’été mais il n’y a personne pour entretenir le chalet où Sara et François Gabriel ont pris la suite des veuves de Camille et de Ferdinand ; Deux époux morts jeunes et deux fils morts pour la France !
Travaille-t-on toujours aux ardoisières ou bien le travail ne reprendra-t-il qu’après la deuxième guerre mondiale ? Les installations sont toujours là et, malgré les interdictions, les enfants s’en servent pour jouer.

Comme du temps de la jeunesse de leur mère, on monte encore l’été avec les deux vaches et les poules, on fait le potager et les foins et on court la montagne. La cascade du dard coule encore à plein régime, pas encore vidée de son débit par la construction du barrage de Roselend et la conduite forcée qui descend jusqu’à la centrale de La Bâthie.

L’univers de leurs fréquentations se portera plus sur la famille Cattelin que sur les familles Jacquet et Cadet et Bénétan sera de nouveau le lieu des rassemblements en été. Marie Thérèse e et Lucien auront un peu la même enfance que leur mère, frère et sœur soudés avec des cousins et cousines, les enfants des cousins et cousines de leur mère Marie Emma :

  • Camille et Suzanne Cattelin, les enfants de François Gabriel, les petits enfants de Camille (Marie et Eugène Sicco, les autres petits enfants sont partis avec leurs parents dans le sud de la France et ne connaîtront pas Bénétan) ;
  • Albert Ferdinand Vauthier le fils de Sara, le petit fils de Ferdinand Cattelin ;
  • Marius, Adrienne et Marie Louise Lennoz Gratin, les enfants de Jeanne Joséphine ; Marthe et Marius Payot les enfants de Léonie Joséphine, Marius Cattelin, le fils d’Adrien et de Germaine Pastre, tous petits enfants de Laurent Cattelin ;
  • Louis, Marie Louise, Germaine et Emma Vuillet les enfants d’Emile Vuillet, les petits enfants de Joseph Vuillet ;
  • Théodore et Philomène, leurs enfants Noël, David, Moïse, Emile, Albert et Léon (de l’âge de Marie Emma) et leurs enfants Marius Michel, Gisèle Emile (Noël) Raymonde (Emile) André Pierre et Irène (Léon)... (de l’âge de Marie Thérèse et de Lucien) ;

Les seuls cousins qu’ils ont côté Jacquet sont les Ronque (et Cécile Delaye), enfants de Marie Françoise Jacquet et Alexandre Alfred Ronque, la seule de la famille Jacquet à avoir des enfants, presque tous plus âgés que Marie Thèrèse et Lucien, car Marie Françoise avait quinze ans de plus que son frère !

Les Ronque, une famille de travailleurs manuels qui vit très unie à Arbine : ouvrier d’usine, forgeron, menuisier, commis boucher. Julien Ronque, le commis boucher qui travaillait chez Payot épousera une cousine Payot.

Nul souvenir dans la famille des enfants des cousins Garzend (Gaston et Marie Rosalie) ou Louis (Marcel), petits enfants des tantes Cadet Marie Rosalie et Marie Mathilde, qui pourtant vivent à La Bâthie.

Jusqu’à la nouvelle guerre qui arrivera avant les 40 ans des parents, avant les 20 ans des enfants qui font, pour certains, des études plus longues et pour beaucoup se dispersent vers des mariages et des métiers loin de La Bâthie.

La Bâthie avant la seconde guerre mondiale

En 1936 qui reste à La Bâthie des 28 petits enfants et des 45 arrière petits enfants de Joseph Marie Cattelin (de ses deux mariages avec Marguerite Blanc et Rosalie Jacquet) et des 12 arrière petits enfants de François Jacquet (le père de Marie Lucien) ?

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La Bâthie en 1937

Il y a eu des départs mais il reste au moins un descendant de chacune des branches de la famille qui habite encore La Bâthie et y élève ses enfants et se rappelle l’histoire de la famille. Les départs complets de certaines branches n’auront lieu qu’après la seconde guerre mondiale.

Il y a même eu des retours comme celui de François Alphonse Garzend un cousin germain de Françoise Isidore (du côté de sa grand-mère maternelle) qui après avoir vécu à Paris et s’être marié à Paris, rentre en 1926 à La Bâthie où il sera contremaître à l’électro-chimie. Avec sa femme Francine Célestine Pointet, ils ont deux enfants Gaston et Marie Rosalie Françoise et habitent Arbine. Tous les autres enfants de la tante maternelle de François Isidore vivent déjà ailleurs, comme le frère de Francine Célestine Pointet qui s’est marié à Montréal et mourra au Maroc.

L’électrochimie emploie toujours plus de monde et les artisans traditionnels ont en partie disparu mais La Bâthie reste un village de cultivateurs où pointent cependant des habitudes urbaines ; il y a maintenant un coiffeur. Mais la démographie reste à l’étiage, plus basse qu’avant la première guerre mondiale.

La seconde guerre mondiale

Il y a eu de la résistance dans ces montagnes et dans ces usines. 18 fusillés ou déportés sur le monument aux morts de La Bâthie, 165 sur le monument de la résistance à Albertville.

La Bâthie se situe entre deux des secteurs organisés par la résistance à partir de 1943, celui du Beaufortain dont le foyer se trouve au lac de la Girote en construction qui libérera Albertville et celui de la Tarentaise centré sur Aime et Moutiers qui libérera Moutiers. Ses deux secteurs auront à leur actif d’importantes destructions et sabotages et deux parachutages alliés très importants, mais aussi un optimisme excessif en août 1944 qui conduira à des déportations, des exécutions sommaires lors des contre-attaques allemandes.

Trois des victimes ont des liens familiaux avec François Isidore Jacquet :

  • Marcel Louis, tué à chambéry en 1944 (petit fils de Marie Mathilde Cadet) et René Joseph Tartarat (petit fils de Marie Joseph Cadet) déporté à Bergen Belsen pour faits de résistance et Auguste Ferdinand Tartarat tué à Séez près de Bourg St Maurice en septembre 1944 (une des suites du désastre du Combottier sans doute, contre-attaque allemande à partir du col du petit St-bernard), un arrière petit neveu de Joseph Garzend, le mari de Marie Rosalie Cadet qui avait l’âge de Marie Thérèse et de Lucien.

Marie Thérèse et Lucien en connaissaient certainement d’autres comme ce Fernand Lennoz-Gratin, fils d’un mutilé de la grande guerre qui s’était réinstallé à La Bâthie après la guerre de 14, tué le 8 juillet 1944 à La Bâthie. Pas parent mais forte tête de 19 ans. Ou Marius Busillet qui habitait Biorges mort en juin 1944 à Albertville. Ou Alfred Guméry, tué en Allemagne en septembre 1944 né en 1923 qui habitait Langon en 1936. Moins certainement Marcel Francisque Pommat né en 1920 cousin de Vuillet et des Jacquet tué à Neuengamm ou Georges Christin Billat né en 1921 et mort en 1945 à Lubeck (il habitait Prulliet avec ses parents et ses frères et sœurs en 1936).

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Journal Le Valaisan le 26 octobre 1944

Des drames aussi, après la libération de la Haute Savoie et d’Albertville, alors que les tribunaux de guerre de la France libre délibéraient rapidement comme au Grand Bornand (75 miliciens exécutés) ou le drame des Tartarat de Chamelon : l’oncle de René Joseph Tartarat, sa tante, son cousin et sa grand-mère sont retrouvés assassinés chez eux en octobre 1944 ; c’est l’oncle curé qui venait leur rendre visite qui fait la découverte. Vengeance contre des miliciens qui avaient permis la déportation d’un neveu ? Simple jalousie familiale pour la maison et les terres de Chamelon ? Les deux frères, il est vrai, avaient suivi des voies bien différentes : alors que le père de René joseph était resté au pays, paysan puis ouvrier à l’électrochimie, son frère Jean François avait été longtemps chauffeur à Paris et n’était rentré à La Bâthie qu’avant la guerre.

Secret bien gardé que cette quasi guerre civile des Savoie ! A peine, nous a-t-on raconté que l’on cachait des résistants à Bénétan et qu’il y avait beaucoup de communistes à la Bâthie ! Dans le cas de l’assassinat des Tartarat de Chamelon ne raconte-t-on pas que le meurtre aurait été commis à l’instigation de l’instituteur très communiste qui aurait fait boire des jeunes et les aurait envoyés dans cette expédition punitive pour venger la dénonciation du cousin déporté ou l’honneur de la France (la petite fille, fille et sœur des assassinés aurait fréquenté les Allemands) ?

De quel côté était la famille Jacquet à cette époque ? Avec un François Isidore Alphonse qui avait milité dans les croix de feu, elle n’était sans doute pas du côté des communistes ! Pas de Cattelin non plus dans les victimes de la seconde guerre mondiale.

L’après-guerre

Juste avant la guerre Adrien Cattelin, le frère de Marie Emma, s’est remarié avec une fille Guméry dont il aura deux filles (Rolande et Poupette). Il conservera le café hérité des Pastre et se lancera après la guerre dans l’exploitation renouvelée des ardoisières où il s’emploiera avec Marius (son fils) Henri et Noël Tartarat Bardet, Séraphin Lennoz Gratin, Séraphin Billat, Michel Bonvin, Adolphe Busillet, Sylvain Cadet, André blanc, Fernand Lennoz Gratin, les frères Trolliet et des prisonniers allemands.

Des Bâthiolains prisonniers en Allemagne y feront souche comme ce Cadet retrouvé via Geneanet

Et une démographie qui va repartir, des constructions de maisons, une nouvelle route « la déviation » qui double la nationale 90 (devenue départementale 990) qui coupe les champs de la plaine de l’Isère en deux et qu’il faut traverser pour aller pêcher la truite et prolonge ce qui deviendra l’autoroute A430 vers Moutiers et Bourg St Maurice et les stations de la Tarentaise.

Sans oublier des inimitiés tenaces entre voisins qui font la petite histoire de tout village comme celle qui opposera les Jacquet et les Billat, voisins dans le village qui jamais ne vendront aux Jacquet cette parcelle qui jouxtait leur propriété qu’ils ont préféré vendre au crédit agricole. D’où venait la querelle ? D’une lettre anonyme attribuée à Marie Emma qui avait conduit les gendarmes à enquêter ? De l’achat en viager par les Billat de la maison que Nelly Jacquet avait acheté à sa retraite, tout près de celle de son frère et qui n’avait pas coûté cher aux Billat puisque Nelly était morte quelques mois après ?

Pourtant les Billat et les Cattelin avaient des liens familiaux nombreux, via les Pastre (première épouse d’Adrien, frère de Marie Emma), les Lennoz-Gratin (dont un frère avait épousé une sœur de Marie Emma) et les Payot (dont un fils avait épousé une sœur de Marie Emma) ; et les Jacquet n’étaient pas sans lien avec les Billat puisque la femme de Séraphin Billat (Huguette Bonvin, fille de Cécile Delaye et d’un lointain cousin Bonvin des Jacquet) n’était autre que la petite nièce de François Isidore Jacquet (dont la grand-mère était aussi une Billat Françoise). Mais peut-être ses proximités familiales n’arrangeaient-elles rien, bien au contraire.

La famille savoyarde et les débits de boissons, cafés, auberges, hôtels, restaurants

Il y a toujours eu des cafés et des aubergistes à Gubigny et à Arbine ; en 1891, il y en a une douzaine. Et la famille y tient une place incontestable. La plus grande longévité dans la profession revient aux Pastre qu’on suit dans leur métier d’aubergiste de 1876 à 1936. Jean Félix Pastre l’immigré italien de 2e génération, naturalisé français et qui sait tout faire, tient déjà une auberge en 1876 avec sa femme, une nièce de Joseph Marie Cattelin : Césarine Cattelin ; son fils Sylvain Alexis prendra la suite avec sa femme Eugénie (Billat) épousée en 1901. En 1936, ils sont toujours là, toujours aubergiste l’année où meurt leur fille Angèle qui avait épousé Adrien Cattelin.

En 1896, un hôtel s’installe à La Bâthie dans le quartier de la gare tenu par François Valentin Vieuge qui vient de perdre sa femme Agathe Louise Cattelin ; en 1901 c’est François Gaudichon qui ouvre une auberge puis un hôtel à Arbine, lui aussi après avoir perdu sa femme Marie Adelaïde Cattelin. Tous deux étaient précédemment marchands de vin à Paris.

Dans ces mêmes années (1901-1906) Camille et Laurent Cattelin sont aubergistes, comme Lucien Jacquet. Les années suivantes, l’activité n’est plus recensée comme telle, jusqu’à ce que Marie Emma Cattelin épouse Jacquet tiens à nouveau un café en 1931. L’hôtel de la gare sera tenu par des Vieuge jusqu’en 1926, confié à d’autres ensuite ; mais l’hôtel café restaurant d’Arbine reste entre les mains de François Gaudichon, puis de sa veuve Angèle, puis d’Angèle remariée et enfin en 1936 de sa fille Noëlie Gaudichon.

Les Vauthier eux-mêmes ont trempé dans la profession : en 1906 Alphonse est voyageur en liqueurs et en 1926, Louis fabricant de limonade. Comme Joseph Garzend l’époux de Marie Rosalie Cadet ou Jean Lassiaz (demi frère de Jeanne Marie Lassiaz la si tôt veuve de Camille cattelin) l’époux de Louise Agathe Besson (une des filles de Marie Félicité Dorothée Cattelin) qui ont tenu auberge à Arbine dans les années 1890 et peut-être plus tard, même si les recensements ne le mentionnent pas, jusqu’à la mort précoce du mari de Louise Agathe en 1929. Leur fille Agathe devenue Peizerat est la grand mère du champion de patinage Gwendal Peizerat.

Étonnante constante !

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  • Pour visiter le site de l’auteur : A partir de ce que vous me racontez de votre arbre généalogique ou de vos albums-photos, j’écris pour vous l’histoire de votre famille.

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