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Un loyal serviteur des rois de la Restauration : le comte de Peyronnet


jeudi 31 octobre 2013, par Christian Barbezieux

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Pourquoi le comte Pierre-Denis de Peyronnet reste oublié par les historiens de la Restauration ? Il est pourtant un de ces ministres qui déclencha la révolution des Trois Glorieuses en 1830.

Ce second personnage historique, dont nous allons raconter brièvement la vie, n’est pas étranger à la famille du premier (voir le précédent article sur Romain Dalon). Les Dalon, famille de notables bordelais, sont liés au comte Pierre-Denis de Peyronnet, avocat à la carrière politique fulgurante qui marqua les règnes de Louis XVIII et de Charles X durant la seconde Restauration.

En effet, Romain Dalon, premier président du Parlement de Bordeaux, met fin après sa disgrâce en 1713 à une vieille dynastie de parlementaires. Son petit-fils, le marquis Jacques-Joseph Dalon, n’est autre que le gendre du comte de Peyronnet. Plusieurs fois nommé préfet du Cher, puis de Charente-Inférieure, directeur de la Compagnie des chemins de fer du Nord, le marquis Dalon doit ses postes en grande partie grâce son entregent dans la société, autrement dit grâce l’influence du comte de Peyronnet. [1]

Tous les titres et gratifications obtenues par Pierre-Denis de Peyronnet confirment le talent et la pugnacité de cet homme politique longtemps ignoré par les historiens contemporains, lui qui fut pourtant la cible privilégiée des libéraux. Chantre de l’ultraroyalisme durant les ministères de Villèle et du prince de Polignac, Peyronnet associe son nom aux lois les plus impopulaires et rétrogrades de l’époque : loi sur la presse de 1822 et 1827, loi dite « du sacrilège » de 1825, loi sur les successions de 1826. Il est aussi un des artisans des célèbres journées de juillet 1830, Révolution des Trois Glorieuses qui provoque définitivement sa chute.

Pour comprendre comment le comte de Peyronnet s’est forgé une véritable réputation de défenseur de la Contre-Révolution, il faut suivre le long chemin de vie de ce notable bordelais.

Le comte de Peyronnet n’a pas trouvé grâce aux yeux de la ville de Bordeaux. Né le 9 octobre 1778, la seule rue qui lui est dédiée rend hommage en réalité à son aïeul Antoine-Guillaume de Peyronnet, marchand bourgeois.

Son origine sociale permet de mieux cerner notre personnage. Pierre-Denis de Peyronnet est issu d’une famille de trésoriers de France anoblie depuis 1722 par achat d’une charge de secrétaire du roi de la cour des Aides de Guyenne. Il appartient donc d’une noblesse récente. Reçu avocat en 1796, il se marie avec Marie-Anne de Perpigna dont il eut quatre enfants.

Son patrimoine est peu consistant par rapport aux grands négociants , mais il est inscrit parmi les cent contribuables les plus imposé de la Gironde. Le tournant de sa vie a lieu sous la Terreur révolutionnaire : alors âgé de seize ans , tous les biens de la famille sont saisis et mis sous séquestre. Le 25 mars 1794, il apprend que son père Jean-Louis de Peyronnet, Président Trésorier de France, est arrêté et emprisonné aux Orphelines pour cause d’aristocratie et de correspondance avec des contre-révolutionnaires. Il est guillotiné le jour même. Le jeune Pierre-Denis vit mal cette situation et rejette progressivement les idées révolutionnaires ou républicaines qui s’imposent dans les cercles littéraires que Pierre-Denis côtoie. Il adhère pourtant en 1805 à la loge franc-maçonnique « Française d’Aquitaine » en qualité d’apprenti auprès de son mentor au barreau de Bordeaux Phillipe Ferrère et Casimir de Sèze, procureur général au tribunal de première instance. Mais Peyronnet est un fougueux, un sanguin : ses agissements ne plaisent pas à l’archevêque de Bordeaux, Monseigneur d’Aviau ; le colonel Lannes, proche de l’Empereur, préfère ne pas le poursuivre devant la justice pour lui avoir marché sur ses éperons et le faire tomber !

Durant les Cent Jours, Peyronnet insiste pour faire partie de la garde royale pendant que les bonapartistes sont chassés de Bordeaux le 12 mars 1814. Moment inoubliable pour Peyronnet, qui se fait connaître auprès des plus illustres magistrats mais aussi de la famille royale. Son engagement actif pour le rétablissement des Bourbons sur le trône de France ne passe pas inaperçu, notamment auprès de la duchesse d’Angoulême que Peyronnet escorte le 1er avril 1814 jusqu’en Angleterre.

Peyronnet est-il opportuniste ? Pourquoi lui et pas les autres, car en définitive plusieurs acteurs de la municipalité de Bordeaux, qui avaient prêté serment l’Empire, sont devenus soudainement royalistes lorsque les Bourbons ont repris Bordeaux. N’était-ce pas le cas du maire de Bordeaux, le comte Lynch, qui exprima sa joie de revoir le drapeau blanc de la monarchie sur les monuments publics [2] ?

Pierre Denis de Peyronnet fait une brillante carrière dans la magistrature : nommé président du tribunal de première instance de Bordeaux en octobre 1815 par le baron Pasquier, ministre de l’Intérieur, sa rigueur dans le travail et sa discipline le mènent aux postes de procureur général de la cour royale de Bourges en juillet 1818 et de Rouen en janvier 1821. Bien vu par la favorite de Louis XVIII, Madame du Cayla, le roi le choisit pour le ministère de la Justice dans le nouveau gouvernement ultraroyaliste du comte de Villèle, officiellement constitué le 14 décembre 1821.

Désormais c’est une longue carrière en politique que le comte de Peyronnet forge de lui-même, suivant la vague électorale de droite qui submerge les deux chambres parlementaires. Après l’assassinat du duc de Berry en février 1820, la droite ultra emporte la Chambre basse. Peyronnet est élu député du Cher, brigue un deuxième mandat en mars 1824 pour représenter la Gironde. Fait pair de France et chevalier de l’Ordre du Saint-Esprit par Charles X en 1828, son ascension ne s’interrompt que pendant l’intermède gouvernemental du vicomte de Martignac.

Les débuts du comte de Peyronnet en tant que Garde des Sceaux sont convaincants, aidé par la majorité bleu azur de la Chambre des députés et de la Chambre des Pairs. En mars 1822 Peyronnet fait voté une loi sur la police de la presse supprimant le jury pour les procès de journaux ; en avril 1825 la loi du sacrilège est adoptée, punissant de mutilations toute personne ayant volé un objet sacré ou profané une église « volontairement, publiquement et par haine de la religion ». L’influence d’une partie du clergé membre de la Congrégation et des Chevaliers de la Foi permit l’adoption de cette loi, perçue comme rétrograde. Mais Peyronnet n’a que faire des sarcasmes venant du banc des libéraux : tout ce qu’il entreprend réussit et le roi lui est reconnaissant par la distinction de Grand Officier de la Légion d’honneur qu’il lui remet en 1826.

Le vent tourne à partir de 1826 lorsque les projets de loi sur les successions et sur la presse sont proposés. L’opposition libérale s’insurge contre Peyronnet et sa volonté de rétablir un ordre social hiérarchisé basé sur le droit d’aînesse ; la presse ne cesse de publier des libelles sarcastiques après la proposition de loi sur la presse de 1827 très restrictive en matière de libertés : charges financières plus lourdes, autorisation préalable du roi avant parution d’un périodique. Les pétitions demandant l’éviction du comte pleuvent. Battu aux dernières élections législatives de 1828, une affaire de crédits illégalement utilisés pour des travaux d’aménagement à la Chancellerie le met sur la sellette pour quelque temps. La chute est proche.

La formation du nouveau gouvernement ultraroyaliste du prince de Polignac le 8 août 1829, et la nomination du comte de Peyronnet à l’Intérieur provoquent une hostilité vigoureuse de la presse. Le meilleur porte-parole de Charles X et des ultras se voit confier la mission de refaire triompher la droite aux prochaines élections. Mais Peyronnet ne peut faire pencher la balance du bon côté : les libéraux récoltent 274 sièges contre 143 à la Chambre des députés. Le roi hésite à faire usage de l’article 14 de la Charte stipulant que le roi peut rédiger des ordonnances pour la sûreté de l’État. Peyronnet préfère prendre les devants en rédigeant trois des quatre ordonnances signées le 25 juillet 1830 : suspension de la presse, dissolution de la Chambre des députés, réforme de la loi électorale. Cet affront inadmissible déclenche les « Trois Glorieuses ». Peyronnet décide de fuir et se fait rattraper à Tours pour être mis en prison au fort de Vincennes le 20 août 1830. La plupart des ministres du gouvernement Polignac sont accusés de trahison et de concussion. Peyronnet est condamné à la détention perpétuelle et à la déchéance de tous ses titres, grades et ordres. Transféré au fort de Ham dans la Somme, le comte de Peyronnet passe six ans seul dans une cellule qui sert de cabinet de travail, de salon et de salle à manger. Il y rédige près d’une dizaine d’ouvrages, de poèmes et de nouvelles. Gracié en 1836, le comte de Peyronnet finit sa vie de façon très discrète dans son château à Saint-Louis de Montferrand, heureux de retrouver ses proches et cette terre viticole qu’il affectionne. Il meurt le 2 janvier 1854. [3]

Notes

[1Sur Romain Dalon, lire le travail de Didier Auduteau, "Romains Dalon, un Cadillacais à la tête du Parlement de Bordeaux, actes du colloque de Cadillac en octobre 2003.

[2Lire notre article « Un chevalier du lys à la tribune : le comte de Peyronnet », paru dans la Revue historique de Bordeaux et du département de la Gironde, n°13-14, 2009.

[3Le château Peyronnet se situe sur les bords de la Garonne à Saint-Louis de Montferrand. De style néo-classique, le demeure est aujourd’hui une propriété privée comportant plusieurs salles de réception. Voir http://visites.aquitaine.fr/

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8 Messages

  • Pourriez vous me faire savoir la descendance du comte de Peyronnet. Une Marguerite Peyronnet, née vers 1834,dont j ne connais pas les coordonnées, s’étant mariée avec mon arrière grand père, Jean Prony, natif de Doudrac (47). Ce couple est ensuite allé vivre à Issigeac (24) où leur fille née en 1863 à Doudrac, s’est mariée en 1884 avec Antoine Allègre, mon grand père.

    marie-France Allègre, épouse vainguer

    Répondre à ce message

    • bonjour,

      Je connais une famille peyronnet native de ROUGNAC 16320
      dont un des enfants était sculpteur, et une des filles mariée au peintre VERGEOT dont les toiles sont au musée d’angoulème
      ILS sont tous enterrés au cimetière de la commune.

      Je peux éventuellement faire une recherche.

      Répondre à ce message

    • Bonjour,

      J’ai bien pris connaissance de votre demande sur la descendance du comte de Peyronnet. Il se trouve que je la peaufine actuellement . Cependant le nom de Marguerite Peyronnet ne me dit rien, d’autant plus que la particule n’y figure pas. Je me renseigne donc et vous tient au courant .

      Ch. Barbezieux

      Répondre à ce message

    • Madame,

      Comme suite à votre message du 2 février sur la descendance de Marguerite Peyronnet, épouse de votre arrière-grand-père Jean Prony, il se peut que Marguerite Peyronnet soit la petite-fille du comte Pierre-Denis de Peyronnet. En effet, d’après la généalogie de la famille, Marguerite de Peyronnet est la fille de Jean Baptiste de Peyronnet, fils aîné du comte né à Bordeaux le 27 décembre 1796.
      Je n’ai pas la date de naissance de Marguerite, mais elle est issue d’une fratrie de cinq frères et soeurs dont les noms suivent :

      - Richard Louis Pierre Denis de Peyronnet, né le 9 mars 1824 , époux de Reine-Marie Lambot de Fougères

      • Charles-Hippolyte, né le 31 juillet 1825, époux de Louise Constance de Vismes
      • Christine de Peyronnet (pas de date de naissance)
      • Louis Hippolyte (idem)
      • Pierre Elie Marie (idem)

      En espérant éclaircir vos recherches,

      Ch. Barbezieux

      Répondre à ce message

  • voilà une excellente illustration des oublis de l’histoire.
    pour ma part cette présentation me sera fort utile dans le cadre de mon projet de « saga » familiale et historique.
    (sans plagiat, il va de soi)

    Grand merci
    Alain

    Répondre à ce message

  • Bonjour, dans vos recherches et travaux sur le Comte Peyronnet, avez vous rencontré l’existence d’un de ses amis bordelais de jeunesse, Emile Chodruc-Duclos, dont il existe des Mémoires (apocryphes ?)... qui n’a pas comme lui, bénéficié des fruits de leur fidélité aux Bourbons à partir de 1814... ?
    Merci.

    Répondre à ce message

    • Un loyal serviteur des rois de la Restauration : le comte de Peyronnet 13 avril 2014 15:22, par Christian Barbezieux

      Bonjour,

      Je n’ai jamais rencontré dans mes recherches ce personnage, qui fut vraisemblablement un condamné politique royaliste de la première heure avant l’avènement des Bourbons. Il fut emprisonné à la prison Sainte-Pélagie à Paris. Si vous avez des informations supplémentaires à son sujet , et en lien avec Peyronnet, je suis intéressé.
      Merci.

      Répondre à ce message

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