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Accueil > Documents > Témoignages > L’arbre qui ne voulait pas mourir > Pépé Aurand et Mamy Laurençon (18e épisode)

Pépé Aurand et Mamy Laurençon (18e épisode)

Le mercredi 1er octobre 2003, par Josiane Laurençon-Kuprys

Certains dimanches nous allions manger chez Pépé Aurand et Mamy Laurençon, rue de la République à Lyon.

Généralement, Maman et moi nous y rendions, accompagnées de Marraine, ses deux fils et leur petit chien Kapi, dont Jacky, fils cadet de Marraine, revendiquait la légitime propriété.

Kapi était un petit animal à deux couleurs, au poil dru, dont le museau et les deux oreilles étaient bien pointus, et dont la drôle de petite queue, se terminait en point d’interrogation. C’était aussi un compagnon de jeu idéal, à l’œil vif et intelligent.

En chemin, je persécutais mon cousin pour qu’il me prête son chien, et Jacky intraitable, commençait par refuser...

Mais arrivés place Bellecour, après maintes palabres et capitulant devant tant d’insistance, il finissait par me le confier. J’accédais alors, à ma très grande joie, au privilège convoité, de tenir Kapi en laisse, jusqu’au bout de la place. Ce qui, hélas, arrivait trop vite à mon goût.

Ma responsabilité terminée, je rendais donc Kapi à un Jacky hilare, tandis que je pleurnichais et que Marraine rouspétait.

Ho ! Vous avez fini tous les deux, ce n’est pas possible !... Et quand je pense que vous allez recommencer au retour !

Lorsqu’on arrivait enfin, chez Mamy, on me donnait de vieux jouets en bois, sortis de la grande armoire, qui se trouvait tout de suite à gauche, en rentrant dans la cuisine. Ainsi, Mamy s’assurait d’avoir la paix jusqu’au repas.

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Hélène Morice-Aurand épouse Laurençon
ma grand-mère paternelle

Puis, nous passions à table, servis par notre fidèle Fifine, cuisinière et dame de compagnie de Mamy. Dernier vestige d’un autre temps... les gens de maison !

Sans plus de famille, aussi vieille que ses batteries de casseroles et après avoir servi toute sa vie, Fifine ne voulait pas laisser ma grand-mère.

Avec sa jupe ample et longue, recouverte de son grand tablier bleu, qui devenait blanc et brodé pour le service, et son éternel petit chignon ramassé derrière la nuque, elle s’affairait devant son fourneau. Car le génie de Fifine résidait dans l’art de cuisiner encore, quelques bons mirontons, malgré une bourse de plus en plus plate.

Elle attendait que sonne l’heure de la retraite, laquelle reculait chaque année.

A la fin du repas, après le dessert, Maman se mettait au piano et nous avions droit au récital.

« Le lac de Côme » coulait en cascade des doigts maternels, ainsi que les accents frappés de la Danse Macabre de Saint-Saëns et bien d’autres jolis morceaux qui régalaient l’auditoire.

Heureuse, je l’écoutais et je l’entends encore. Je vois courir ses mains sur le clavier, effleurant et tapotant les touches avec beaucoup de doigté.

Comme tu étais belle, maman, avec ta robe claire et tes cheveux bruns tombant sur tes épaules !

Lorsque je me souviens encore de la grande table familiale, je revois aussi l’arrière-grand-père Aurand, que j’appelais Pépé. Il était assis, une grande serviette à carreaux autour de son cou, retenue par un élastique et deux pinces à chaque bout.

Il trempait son pain dans une eau violacée par quelques gouttes de vin et ses vieilles mains tremblantes et ridées se bagarraient pour couper sa viande.

C’était un tout petit homme aux yeux noisette et son visage, encadré de cheveux neigeux et d’une barbe bien peignée, taillée en arrondie, qu’il lustrait machinalement avec sa main à longueur de temps, lui donnait une douce allure de Père-Noël.

Sur ses épaules frêles, un grand châle des Pyrénées réchauffait son dos arrondi par les ans, telle de vieilles montagnes.

Ne tenant que par la grâce divine, ses vieux dentiers ne mastiquaient plus rien, à moins que tout soit imbibé. Cela faisait de drôles de bruits lorsqu’ils se décrochaient de la mâchoire de Pépé, qui, d’un coup de langue expert, les renvoyaient s’encastrer au plafond du palais.

Une irrésistible envie de rire, dont l’inconscience de mon âge n’autorisait pas la maîtrise, s’annonçait imminente. D’ailleurs, Jacky et Henri, imitant Pépé, en encourageaient l’expression à grands renforts de grimaces... et j’étouffais de rire dans ma serviette, sous l’œil sévère de Papa.

Tassé sur lui-même, telle une petite souris, Pépé trottinait, du magasin à l’appartement, pour aller accorder ses chers pianos.

Il faisait vibrer son diapason à l’oreille, et, tournevis en main, il tendait, serrait ou relâchait chaque corde, selon les sons qu’il obtenait en tapotant sur les touches.

Puis, traînant les pieds dans ses vieilles pantoufles, il traversait le couloir en sens inverse et retournait s’enfermer dans sa chambre, pour s’offrir en cachette, quelques sucreries, extirpées de son armoire, avant d’aller s’asseoir dans son grand fauteuil, toujours dos à la fenêtre.

Là, enfoncé dans les coussins, les jambes recouvertes d’un vieux plaid, les mains jointes sur le ventre, il attendait patiemment l’heure du repas.

Lorsque j’arrivais, je courais l’embrasser, dans sa chambre. Alors il se levait et d’un clin d’œil complice, il m’appelait pour me donner une pastille Vichy, tirée de la vieille boîte, qu’il rangeait dans son tiroir secret.

En véritable artiste, il transformait le monde qui l’entourait, au profit d’un autre, sans doute plus attrayant, dont il était seul maître. Et il vivait là, chichement, dans cet univers restreint et ralenti, qui ne reflétait plus le faste de la vie qu’il avait vécu.

Car Pépé Aurand n’avait pas eu moins que le président Edouard Herriot et les frères Lumière pour amis, avec lesquels, en bons lyonnais qui se soignent, il allait faire bombance à la gloire de la gastronomie régionale.

A l’époque de la prospérité, Pépé possédait des usines de pianos en Algérie, et à Lyon, à l’emplacement de l’actuel hôpital Edouard Herriot et de l’école d’infirmière.

Le terrain regroupait la demeure familiale, le parc et plus loin l’usine. Pépé vendit tout cela pour une bouchée de pain, à Edouard Herriot, encore maire à l’époque, croyant recevoir la Légion d’Honneur qu’on lui avait toujours promise. Mais on oublia malencontreusement de la lui donner...

Pépé possédait également une propriété à Oullins, nommée joliment « le Chalet Fleuri », où l’on célébra, avec grand faste, les fiançailles et les noces de mes parents.

C’est d’ailleurs du jardin de cette propriété, que mon père, amoureux fou de ma jolie Maman, arrachait scrupuleusement chaque matin, des brassées d’œillets de poète. Il allait ensuite les déposer devant la porte du magasin de son futur beau-père, Monsieur Pierre Belantan.

Chaque jour des fréquentations de mes parents, Grand-père Aurand, regarda donc s’appauvrir ses jolies bordures, impuissant, désespéré et interloqué.

Certains jeudis après-midi, après mes cours de danse, Maman me laissait parfois chez Mamy.

L’appartement bourgeois de Pépé et Mamy s’enroulait autour de grands couloirs sombres, débouchants dans des pièces mal éclairées, dont les fenêtres hautes et étroites ne laissaient guère entrer le soleil.
Le magasin et la cuisine donnant sur la rue Childebert, étaient particulièrement sombres. En revanche, la salle à manger, côté rue de la République, était la pièce la moins austère.

Deux fenêtres sur la droite l’éclairaient, un joli vaisselier rempli d’une argenterie bien astiquée, et une cheminée sur laquelle trônait une belle pendule, en créaient l’atmosphère et la grande table, ses chaises à haut dossier, ainsi que le piano, en signaient le caractère.

Le piano, sur lequel de vieux professeurs de musique et de chant venaient donner leurs cours contre quelques sous, permettait à Grand-mère de mettre un peu de beurre dans les épinards.

Lors de ces après-midi pluvieux, Mamy m’offrait le thé, et pendant que nous buvions en grignotant quelques gâteaux secs, j’entendais régulièrement taper, le do fortissimo, sensé donner le ton.

L’élève entamait la gamme, montant et descendant ses vocalises, ponctuées par la voix du professeur, qui reprenait les notes discordantes. Et cela recommençait, lancinant comme une litanie. L’élève se raclait la gorge et reprenait de plus belle. Midzou, le gros « chat tigré », somnolait, comme en état de léthargie, sur un coin de la table, et au dessus du fourneau, posé sur une tablette, le réveil, véritable métronome, rythmait le temps. Tic. Tac. Tic. Tac.

Devant l’évier de pierre, caché derrière la porte d’un grand placard, dans lequel on suspendait torchons et ustensiles de cuisine, se trouvait le tabouret à cirage. C’était mon siège de prédilection. Assise là, j’écoutais Mamy, me lire, les histoires d’Agatha Christie.

Grand-mère lisait en mettant la tonalité et rentrait dans la peau des personnages. Moi, assise à ses pieds sur le tabouret, les yeux écarquillés, la bouche entrouverte j’écoutais avec ravissement « les dix petits nègres », « le mystère de la chambre jaune » et « Roultabille ».
Tous ces récits faisaient courir de délicieux frissons le long de mon échine.

Je buvais chacune de ses paroles, lorsque tout à coup, au moment le plus palpitant, la porte s’ouvrait.

Le professeur de piano venait prendre la relève du professeur de chant, qui lui même, venait régler Mamy, bavarder, et enfin s’en aller... Dans la salle à manger, la gamme reprenait alors, par onomatopées Do ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Et Grand-mère reprenait son récit, là où elle l’avait laissé, ponctué par les croches et les silences.

Ah ! La tête de ces professeurs, vieilles filles par vocation. Semblant calquées sur le même modèle, il y en avait des timides et d’autres revêches, mais toutes étaient jeunes filles de bonnes familles. Elles s’habillaient au « décrochez-moi ça », étaient fades et sans attraits, se confondant avec la tapisserie maussade, que je n’ai jamais vue changée pendant toute mon enfance.

Puis nous passions de la cuisine à sa chambre. A droite, contre le mur, face au prie-Dieu, il y avait son lit, au centre, un joli guéridon habillait la pièce, et sur sa table de chevet, s’étalaient images pieuses et chapelet. Tout cela baignait dans une atmosphère tristounette et mal éclairée car il fallait faire des économies sur tout...

J’aime croquer mon enfance, et grignoter avec plaisir dans les succulents récits de mon arrière-grand-père Aurand. C’était un personnage de grande distraction, ce qui lui joua plus d’un tour, durant toute sa longue vie.

Mes parents aimaient raconter ses aventures, aux repas de famille, à la grande joie des enfants.

Je vais essayer de conter l’une d’elle, en essayant d’y mettre tout le talent et la drôlerie nécessaire.

Pépé avait pour habitude de faire son jardin avec de vieilles fripes spécialement réservées à cet usage.

Un jour, dans l’accoutrement habituel, notre jardinier s’affaire au milieu de ses fleurs.

Tout à coup, sans doute préoccupé par quelque responsabilité urgente, il se précipite brusquement dans sa chambre, se met en habit d’homme du monde, remet en place ses pioches, et court prendre le tram pour descendre à Lyon.

Comme c’est le plein été, il s’assoit près de la fenêtre à guillotine, baissée juste à la hauteur de sa tête.

En face de lui, une jeune femme sourit. Très courtois, Pépé lui répond par un petit salut de la tête, ce qui a pour effet immédiat de déclencher un nouveau sourire de la jeune femme, qui, cette fois se cache dans un mouchoir en dentelle.

Après quelques courbettes affables de Grand-père, innocent, les sourires de sa voisine se transforment en franche cascade de rire.

Oh ! Monsieur, votre chapeau !

Là, Pépé découvre avec beaucoup de confusion et de stupeur, qu’il a conservé son vieux canotier, dont le fond décousu, se soulève gaillardement, d’une manière des plus comiques, à chaque courant d’air.

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4 Messages

  • Pépé Aurand et Mamy Laurençon 8 avril 2008 12:49, par SOFF

    que vous dire. Es une histoire vrai ou simplement de l’imaginaire. Mon nom de jeune fille est laurençon. Je connais très peu de chose de ma famille. Mon grand père est né à RIEUM et mon père à RIOM
    Que pouvez vous me dire d vous ?

    Répondre à ce message

    • Pépé Aurand et Mamy Laurençon 1er avril 2009 22:14, par ghislaine morice

      bonjour josiane laurencon ..... en lisant votre histoire , j ai cru comprendre que vos arrieres grands parents etaient , si je ne trompe :helene morice mariee a joannes laurencon ? si c est le cas , je pense pouvoir vous dire que helene morice est la fille de Charles victor marius morice et de peraldo therese . si vous pouviez me donner plus de details sur vos grands parente et arrieres , je serais tres tres heureuse .... je recherche mes ancetres pour connaitre mon histoire !je m appelle ghislaine morice . mon adresse email est . lamithe.mouton chez yahoo.fr . j attends de vos nouvelles avec impatience et vous en remecie a l avance . a bientot

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      • Pépé Aurand et Mamy Laurençon 4 avril 2011 17:19, par fondecave j louis lavelanet 09

        bonjour je suis fondecave j louis ma mere est une PERALDO sylviane fille de PERALDO georges ne en 1893 a setif algerie fils de PERALDO jean baptiste ne 1849 lui meme frere de PERALDO therese nee en 1859 a PHILIPPEVILLE decedee a lyon en 1931

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  • Pépé Aurand et Mamy Laurençon (18e épisode) 18 février 2020 09:55, par Mike MORICE

    Salut,

    Pour comprendre ce « silence », il faut savoir que c’est moi qui ai publié les souvenirs de jeunesse de Josiane avec son accord (Josiane est ma cousine préférée).

    Mais depuis la date de cette publication, Josiane n’a rapidement plus eu d’accès à Internet et il était hors de question d’indiquer ici son n° de téléphone ...

    Elle vient de m’autoriser à indiquer son adresse postale pour celles (ceux) qui voudraient la joindre, ce qui lui ferait très grand plaisir ; donc voici :

    Mme J. KUPRYS
    55 ? PLACE DES Pins - lot St-Martin
    83570 CARCES, Var

    (elle est d’une santé acceptable pour ses 76 ans, ma cadette de 12 ans)

    Répondre à ce message

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