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Accueil > Articles > La vie militaire > Les conscrits de 1870 à 1914 > « Par suite de fièvre typhoïde »

« Par suite de fièvre typhoïde »

Les épidémies de typhoïde dans les casernes

Le jeudi 5 novembre 2015, par Michel Guironnet

Dans le cadre de notre rubrique sur la conscription de 1870 à 1914, nous poursuivons l’étude des épidémies dans les casernes entre 1874 et 1914... Après la scarlatine dans les casernes voici aujourd’hui les cas de typhoïde.

A la tribune du Sénat, nous avons vu récemment discuter, à propos de la fièvre typhoïde de Lure, un certain nombre de questions extrêmement importantes au point de vue de l’hygiène des troupes et de l’organisation du service de santé. Nous croyons utile d’insister sur quelques-unes d’entre elles.

On est tombé d’accord sur la nécessité de fournir les casernes de bonne eau potable et les statistiques ont du reste démontré que, grâce aux efforts tentés dans ce sens depuis 1890 et continués jusqu’à ce jour, la mortalité et la morbidité par fièvre typhoïde ont notablement diminué dans l’armée. C’est là un fait acquis et il démontre qu’il convient de continuer les travaux entrepris dans ce sens. [1]

« Hôpital civil de Lons le Saunier.
Des registres des décès du dit hôpital a été extrait ce qui suit : le sieur Ducrot Jean Marie, soldat au quarante quatrième régiment de ligne, troisième bataillon, quatrième compagnie, numéro matricule 1896, né le dix février mil huit cent cinquante neuf, à Saint Léger sous la Bussière [2] ; fils de Pierre (Ducrot) et de Jeanne Dargaud ; est entré au dit hôpital le dix neuf du mois de mai mil huit cent quatre vingt deux, et y est décédé le trente un du mois de mai même année, à onze heures du soir, par suite fièvre typhoïde… »

Jean Marie venait d’avoir 23 ans, deuxième garçon d’une famille de cinq enfants. Recensé avec la classe 1879, il habite alors à Trambly. Il avait été incorporé au 44e de Ligne le 13 novembre 1880.

Cette mort d’un soldat due à la typhoïde est loin d’être un cas isolé ! Entre 1878 et 1883 sont signalés dans les journaux, partout en France, de nombreux décès dans les casernes.Voyez le « petit florilège » en port-folio en bas de cet article.

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Un soldat du 23e de Ligne



Cette coupure de presse du « Journal de l’Ain » du 6 novembre 1882 n’est qu’un exemple. Nous avons retrouvé le nom de ce pauvre soldat dans le registre de décès de Bourg en Bresse [3] :

Albert Auguste Malessard « célibataire âgé de vingt deux ans, soldat au 23e de Ligne » né à Drom (Ain, au sud de Meillonnas) « fils de Jules Malessard et de Jeanne Marie Célestine Guichard, est décédé en cette commune (de Bourg en Bresse) et au domicile de l’hôpital le samedi quatorze du mois d’octobre (1882) à quatre heures du matin »

Sa fiche matricule nous confirme son décès à l’hôpital de Bourg, mais ne parle, évidemment pas, de la typhoïde !

Tailleur de pierres, né le 19 janvier 1860, donc de la classe 1880, il tire au sort le numéro 73 et est reconnu « propre au service ». Il est « incorporé et arrivé au Corps le 16 novembre 1881, immatriculé sous le N°1332 » [4]

Ce n’est pas non plus la première épidémie dans les casernes. Lisez le sévère constat fait par le Docteur Léon Colin cinq ans plus tôt [5] :

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Introduction à la communication faite en 1877
« Grâce aux recherches, aux études auxquelles se sont livrés et se livrent chaque jour les hygiénistes, il est bien établi aujourd’hui, que l’eau est le véhicule de la plupart des maladies épidémiques, et que l’apparition de ces maladies est presque toujours consécutive à l’absorption d’eaux d’alimentation contaminées.

La preuve s’en fait malheureusement chaque année à Paris à nos dépens dès que l’on substitue à l’eau de source l’eau de Seine, que l’on ne se donne même pas la peine de puiser à une assez grande distance de la capitale, on voit apparaître la fièvre typhoïde avec une intensité toute particulière, et précisément dans les quartiers où cette substitution se prolonge le plus.

Jusqu’à une époque toute récente la mortalité par la fièvre typhoïde dans nos casernes décimait nos jeunes soldats, simplement parce qu’on ne s’était pas préoccupé d’y amener d’eau véritablement potable et que celle qu’on y consommait était contaminée par des infiltrations de toutes sortes.

On s’est aujourd’hui lancé dans la bonne voie, on a muni presque toutes ces casernes de filtres bien disposés, de filtres filtrant réellement, de filtres en porcelaine, et, comme conséquence et logique, on a pu voir tout de suite les cas de fièvre typhoïde devenir extrêmement rares »
 [6]

Le Professeur Paul Brouardel présente, en 1906 ; devant la « Commission supérieure consultative d’hygiène et d’épidémiologie militaire » à la demande du Ministre de la Guerre ; un rapport très circonstancié sur « La fièvre typhoïde dans les garnisons de France » qui met en évidence la cause de l’alimentation en eau dans les épidémies des villes de garnison [7]

Malgré les interventions de ces illustres savants hygiénistes, plus de trente ans après le décès du pauvre Jean Marie Ducrot, on peut lire (entre autres) dans « L’Indicateur de la Savoie » du 10 janvier 1914 :

« A l’Académie de médecine, M. Badie a fait part des travaux de M. Vincent, du 20e d’infanterie à Montauban.

En septembre et octobre 1913, une grave épidémie éclata dans la garnison de Montauban, donnant lieu à 58 cas de typhoïde, à 10 cas d’embarras gastrique fébrile suspects et à 16 morts.

L’épidémie frappa la population civile. Plus de 3.000 jeunes recrues arrivèrent à Montauban au commencement d’octobre et en pleine épidémie. La vaccination précoce et en masse de tous ces jeunes soldats, ainsi que de presque tous les anciens soldats de la garnison a eu pour effet de protéger les uns et les autres d’une manière absolue.

L’épidémie a été complètement enrayée dans l’élément militaire, alors que la fièvre typhoïde continuait à se manifester parmi la population civile non immunisée. Les réactions générales ont été presque toujours nulles ou insignifiantes ».

A la veille de la Grande Guerre même, le « Journal de Vienne et de l’Isère » du 29 juillet 1914 signale que « cent cinquante soldats cantonnés au camp de Chalons sont atteints de la fièvre typhoïde ».

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Petit florilège des épidémies de typhoïde dans les journaux
La fièvre typhoïde n’est qu’une des maladies infectieuses « qui accablent nos pauvres soldats » Il y a aussi ; comme pour la population civile ; entre autres, la variole, la diphtérie, la syphilis et les rhumatismes.

[1Extrait du « Progrès militaire » de décembre 1898 cité dans le « Bulletin du service de santé militaire » de février 1899.

[2canton de Tramayes, arrondissement de Mâcon, département de Saône et Loire

[3Etat-civil en ligne sur le site des archives départementales de l’Ain

[4Renseignements sur sa fiche matricule N°226 « en ligne » sur le site des AD de l’Ain

[5Annales d’hygiène publique et de médecine légale ; série 2, n° 49.(1878)

[6« Journal des économistes » revue mensuelle de l’économie politique, des questions agricoles, manufacturières et commerciales (Juillet 1892)

[7Cette étude, avec plusieurs pages de tableaux, est disponible sur Gallica

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5 Messages

  • « Par suite de fièvre typhoïde » 6 novembre 2015 17:45, par Martine Hautot

    Bonjour,
    Toujours très intéressantes ces histoires d’épidémies dans les casernes et ailleurs aussi au XIX siècle :il a fallu qu’ après Pasteur des chercheurs en trouvent les origines comme Charles Nicolle pour le Typhus avec le rôle du pou et que des vaccinations soient organisées pour les voir disparaître progressivement.
    Bien cordialement,
    Martine Hautot

    Répondre à ce message

  • « Par suite de fièvre typhoïde » 7 novembre 2015 09:12, par Araque

    Bonjour,
    je sais que sur les bateaux, il y eu le même problème mais existe-t-il des textes là dessus ???
    Cordialement
    J.A.

    Répondre à ce message

  • « Par suite de fièvre typhoïde » 7 novembre 2015 09:47, par monique simon

    Bonjour,

    Un de mes grands oncles maternels, né à Plouezoc’h (Finistère) est décédé à l’Hôpital Militaire de Rennes, en 1880, de la fièvre typhoïde, selon l’acte transmis dans son village natal.

    Né en 1855, il semblerait que ce décès ait eu lieu à la fin de son service militaire.....la légende familiale fait que son père, non prévenu, soit allé le chercher à la gare de Morlaix.

    Cordialement.

    Répondre à ce message

  • « Par suite de fièvre typhoïde » 11 novembre 2015 19:18, par Marie Malergue

    Bonsoir,
    Mon arrière grand-père est mort le 30 janvier 1915 au camp de Chalons suite à une fièvre typhoïde (cf. mémoire des hommes). Il était né dans le Puy-de-Dôme et avait 40 ans.
    L’eau mais aussi les aliments peuvent être contaminés. La maladie n’a pas disparu mais elle est moins fréquente. La vaccination de la population n’est pas obligatoire. Les salmonelles thyphi A ou B ne sont généralement pas multirésistantes aux antibiotiques (jusqu’à présent...)
    Cet article est très intéressant et il rappelle l’importance des mesures d’hygiène au fil du temps.
    Bien cordialement
    Marie Malergue

    Répondre à ce message

    • « Par suite de fièvre typhoïde » 10 mars 2016 21:18, par robin des bois

      Je découvre ce topic avec intérêt et, si le webmaster m’y autorise, je souhaiterais faire une petite digression sur la « Grippe espagnole » de 1918

      * primo ; j’ai été amené à retrouver des « fiches- matricule » et des « fiches- décès » de différents soldats ayant des liens avec la famille de mon épouse.
      Parmi elles, celles de 3 frères soldats, tous 3 morts pour la France en 1914-1918 ! ( faut le faire !)

      * 2 l’ont été par maladie :

      • l’un à l’Hôpital temporaire n°4 de Salonique,le 19/10/1918  : « maladie contractée en service »
      • l’autre à l’Hôpital temporaire n°27 bis de St JUNIEN, le 30/09/1918(selon la fiche- matricule) ou de St Julien (selon la fiche-décès Mdh) : motif « pneumonie grippale hyperthermique »
        ce serait « la grippe espagnole » : « espagnole » parce que l’Espagne a la première su rompre le silence sur ce fléau

      * Incroyable mais vrai : il faut attendre 2014 pour que des études américaines montrent que cette « Grippe Espagnole » est transmise à la fois par l’Homme et par les animaux du groupe aviaire (volailles, oiseaux..)
      Elle aurait donc un lien réel et serait l’ancêtre de la fameuse Grippe A/H1N1 actuelle !

      Ce qui est assez troublant, c’est qu’en 1918 les combattants originaires d’Asie (dont l’Indochine pour les Français, l’Inde pour la GB ) ont été mis en cause, de même que les pigeons encore très utilisés en 14-18 !!

      SVP pour comlément, CF aussi ce lien :
      http://sante.lefigaro.fr/actualite/2014/04/29/22281-lorigine-virus-grippe-espagnole-1918-enfin-precisee

      Répondre à ce message

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