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Accueil > Articles > Chroniques familiales et aventures généalogiques > Une famille de paysans, les Pras, originaires d’un village du Forez > Mathieu Pra Borjas et Marguerite Magnard des “années de misère” au temps des Lumières (épisode 40)

Mathieu Pra Borjas et Marguerite Magnard des “années de misère” au temps des Lumières (épisode 40)

Le jeudi 9 janvier 2014, par Danièle Treuil †

Après le détour du côté de mes ancêtres Roche, je reprends le chemin de la lignée “Pra”. L’un après l’autre, depuis les temps lointains où nous les avons rencontrés, ils nous mènent progressivement jusqu’à la Révolution de 1789, moment charnière du récit. C’est là en effet, que nous allons retrouver les arrière-grands-parents de mon père Georges et leurs deux fils Claude, dont l’histoire a fait l’objet de la première partie de cette chronique.

Nous sommes arrivés pour l’instant en 1693, date de naissance de Mathieu, un des fils d’Estienne Pra Borjas et de Claudine Roche. Il vivra longtemps pour son époque (1693-1776). Il poursuit les efforts de son père pour installer un domaine à Borjas … En attendant, il partage avec ses parents les “années de misère” avant de connaître après la mort de Louis XIV un renouveau qui annonce le siècle des lumières.

L’enfance et l’adolescence, et la fin du règne de Louis XIV…

Les catastrophes climatiques et la guerre…

Si les parents de mathieu, estienne et claudine, ont vécu les “années de misère” à l’âge adulte, tous leurs enfants en ont pâti en leur pleine jeunesse. Mathieu est même venu au monde l’année de l’hiver glacial 1693/94, que j’ai déjà évoqué. Je reviens sur le sujet tant cet événement et la catastrophe de 1709 qui a suivi ont marqué les esprits et causé tellement de ravages que la population a diminué de façon drastique, comme le soulignent les historiens. Pourtant la plupart d’entre nous, si nous gardons vaguement le souvenir des morts dues aux guerres du Roi Soleil, nous avons oublié l’hécatombe causée par les famines et les maladies entraînées par ces catastrophes climatiques. Tous étaient touchés, vieillards et enfants compris, et beaucoup mouraient. Chez nos ancêtres, la crainte de voir de tels malheurs se reproduire a dû les préoccuper de longues années durant, en particulier à l’entrée de chaque hiver.

Voici de nouveau quelques annotations des curés dans les registres paroissiaux :

La famine de 1693-94, à travers les remarques des curés de paroisse :

Il est à remarquer a la postérité et on pourra faire scavoir a ceux qui ne sont pas encore naiz que l’année présente 1694 a esté une des plus rigoureuses années qui aye peut estre jamais esté “ (curé de Rochefort sur Loire).

Il y a beaucoup de maladies sur la fin de l’année 1693 qui ont continué en 1694 et beaucoup de mortalité… la disette du bled a été si grande que la plus grande partie du peuple fut morte de faim, si la Turquie n’avait fourni du bled ; a valu jusqu’a 10 l le bichet et encore avoit beaucoup de peine d’en avoir, quoiqu’il y eut beaucoup de reste dans Lyon qui se gâta et fut jetté dans la rivière (curé de Montagny, près de Givors).

L’année 1694 a esté une des plus funestes et des plus malheureuses que jamais il se soit oui dire, puisque les trois fléaux de la colère de Dieu estoient en campagne. On les a pu voir l’un après l’autre, mais tous ensemble, ils n’ont jamais esté… les pauvres estoient dans une si grande famine, qu’ils mangeoient par les prez comme des bestes ; les racines de mauves et de la panoys sauvages estoient leur nourriture ordinaire cuitte dans de l’eau, mais sans sels ny autre chose, que c’étoyt ce qui les rendoient boudemples de telle manière qu’on avoit horreur de les voir… (curé de St Jean la Bussière).

la stérilité de l’année dernière qui a esté si grande qu’il n’y a pas eu le quart de la récolte, tout a été stérile mêsmes dans les meilleurs endroits, jusqu’aux buissons (curé de Joux).

La deuxième fois en 1709, mathieu a seize ans, une année, qui “fust nommé l’année cruelle, en raison d’une autre année qui avait précédé en mil six cent nonante trois, qui fus nommée la meschante année”. Le peuple n’y comprend plus rien, ce ne peut être que le signe de “la colère de Dieu” ! Mais de quoi est-on coupable exactement ? Comment l’adolescent, presqu’un homme dans le contexte villageois, vit-il tout ce temps ?

Ces malheurs ne sont donc pas les seuls, on est en plein règne de Louis XIV, comme nous savons, et là aussi les curés de paroisse ne se lassent pas d’en faire l’écho… La guerre, avec des “impost excessifs sur toutes sortes de choses, d’estats, de conditions et de métiers”, une grande guerre qui dure depuis six ans : “estant obligé de se deffendre contre l’Angleterre, l’Ollande, l’Espaigne, l’Empire d’Allemagne et tous les princes et électeurs de ce pays là et enfin le duc de Savoie, assisté d’une grande quantité de calvinistes chassez de France, dans laquelle la guerre s’est répandu, une abondance de sang incroyable, tant de la part de nos ennemis que des nostres” (curé de Rochefort sur Loire). Excepté quelques années de paix entre 1697 et 1702, la guerre a opposé jusqu’en 1713 la France à l’Europe entière, coalisée contre un monarque tout puissant, présenté comme n’écoutant que « son bon plaisir et violant serments, trèves et édits ». De 1688 à 1713, près de deux millions de soldats sont morts au total, fauchés par les nouveaux fusils à tir rapide et les baïonnettes à douille, mises au point par Vauban. La paix est enfin signée à Utrech en 1713 et à Rastadt en 1714. Philippe V est reconnu roi d’Espagne, mais doit renoncer à la couronne de France (source : Jacques Marseille).

Mathieu parmi sa fratrie

Tous les enfants sont pratiquement nés en février-mars ou en octobre-novembre, des enfants conçus au printemps ou au creux de l’hiver. Ils viennent au monde de deux ans en deux ans. Leur mère a quarante-deux ans pour le dernier.

Trois petites filles sont donc nées avant mathieu et avant la première famine. Elles survivront, sauf gabrielle décédée à huit mois en 1688. Quatre autres enfants viendront après lui, dont trois garçons. Mathieu avait quinze ans quand son petit frère philippe est mort. Il a dû être bien triste, même si on était résigné à l’époque… Il faut attendre l’année 1713, pour que la situation s’améliore. On commence à se remettre des deux catastrophes climatiques qui se sont succédé. C’est la fin de la guerre de succession d’Espagne et le pays va connaître avec Louis XV une ère de répit.

L’installation à Borjas

Le père estienne, avec la famille qui s’agrandit, n’a pas attendu pour trouver de nouvelles terres à cultiver ; dès le lendemain de la disette de 1693/94 comme nous l’avons expliqué, il a pris un fermage à Borjas, le village en dessous de Roche. Au moment du décès de gabrielle en septembre 1688, la famille est encore installée à Roche avec le père de claudine, Jean roche, et sa deuxième épouse. Mais quand mathieu vient au monde en 1693, cinq ans plus tard, tout le monde se trouve à Borjas (avec ou sans les parents de Claudine ?), où naîtront successivement les autres enfants. C’est plus près du bourg de St Just et légèrement plus bas bas en altitude que le hameau Roche (de 820 mètres à 800 mètres) et surtout plus bas par rapport à Oblette et au village des Pras de leurs aïeux. Nos ancêtres descendent… génération après génération, et on peut les comprendre. Ils cherchent à fuir la froidure qui sévit l’hiver… bien pire dit-on qu’autrefois !

La maison

Le domaine, loué par estienne, comprend-il des bâtiments d’habitation ? Ou les pra ont-ils fait construire une maison. Je pense qu’il s’agit plutôt de la première hypothèse, car le mot “domaine” utilisé dans le bail (du latin domus = la maison) laisse à penser qu’il ne s’agit pas uniquement de terre. Aujourd’hui, la trace de la ferme Borjas de l’époque est matérialisée par les ruines, qui existent derrière la construction plus récente, datée de la fin du XIXe siècle environ, vendue par les cousins Vallas de la Thuillière (descendants d’un frère d’Anthoine, mon ancêtre de la Bussière) à un couple de Roannais qui a transformé le lieu en résidence secondaire.

A quoi ressemblait la ferme de l’époque, quand estienne a installé sa famille, où notre ancêtre mathieu a grandi et passé sa vie d’adulte, avant de la transmettre à son tour à ses descendants ? Pour le 17/18è siècle, nous sommes certes mieux renseignés sur les demeures seigneuriales ou bourgeoises que sur l’habitat rural. Peu d’inventaires à ces époques chez les paysans des montagnes. Nous avons le premier en 1818, avec la succession du petit-fils de mathieu ; c’est un siècle plus tard, alors que la maison a subi à l’évidence plusieurs remaniements. (pour les informations qui vont suivre, plusieurs sources ? [1])

Évolution depuis la fin du Moyen-Age

Au début, il s’agissait de simples masures en torchis et en bois, couvertes de chaume. Très vite, en Forez, on a construit des soubassements en pierre et, souvent à partir du XVIIe siècle, tout le mur, d’autant que le climat est humide et que les pierres sont faciles à trouver dans l’environnement des Monts de la Madeleine, où elles affleurent parfois à même le sol. La maison d’alors ne comporte qu’une seule pièce, d’environ six mètres sur neuf. C’est une sorte de “cuisine-séjour”, pourvue de plusieurs lits clos, avec souvent en Forez une cheminée de milieu dite aussi « chauffant au large ». La famille peut prendre place tout autour pour les veillées et se réchauffer la face à défaut du dos, car bien souvent il faut ouvrir la porte pour évacuer la fumée. L’étable est souvent contiguë à la maison, elle tiédit le mur mitoyen. Parfois, quand la famille s’agrandit – et si elle en a les moyens - on ajoute un appentis, pour mettre quelques réserves (noix, lard, laine à filer… ) et une chambre. Cette fois la cheminée est mitoyenne aux deux pièces, ouverte d’un côté sur la cuisine et fermée à l’arrière par une plaque, qui chauffe ainsi la chambre. A Borjas, la ferme actuelle est pourvue de ce type de cheminée. La maison est prolongée par des bâtiments qui s’organisent peu à peu en quadrilatère, au fur et à mesure de leur extension, formant ainsi une grande cour intérieure fermée par un porche, lequel préserve du regard des passants. C’est là qu’on trouve fournil, aire à battre, place à fumier, soue à pourceaux, loge des brebis, étable, et des sortes de hangars pour la charrue et le matériel agricole.

La maison autrefois ne comportait pas d’étage, c’est sans doute le cas quand estienne et claudine en prennent possession. Plus tard, leur arrière-petit-fils claude rénovera la maison, en construisant un étage, comme nous en avons trace dans sa succession en 1818. C’est alors un balcon de bois, appelé “estre”, caractéristique du pays d’Urfé, qui court le long de la façade pour desservir les pièces de l’étage.

L’obscurité règne à l’intérieur

Ce qui caractérise la maison d’autrefois, c’est l’obscurité qui règne à l’intérieur. La lueur de l’âtre est souvent l’unique source de lumière. Bien que les chandelles soient connues depuis longtemps, leur utilisation en effet est parcimonieuse, car le coût en devient vite élevé. C’est la lampe à l’huile qui constitue le progrès. Elle est formée d’un réservoir généralement métallique, qui contient le plus souvent de l’huile de chanvre ou de noix. La mèche se fabrique avec un vieux chiffon ou une tige de jonc. Appelée « chaleu » dans le nord de la Madeleine, « crapaud » dans la région proche de St Priest la Prugne, la lampe est souvent dotée d’un crochet de suspension. Les fenêtres sont rares et elles sont garnies, non pas de vitres, car jusqu’au XIXè le coût du verre est élevé, mais de papier huilé, ce qui limite l’entrée de la lumière du jour, dispensée davantage finalement par la porte qui reste pratiquement toujours ouverte, pour évacuer la fumée et les odeurs…

Des odeurs indéfinissables

A l’obscurité s’ajoute une odeur forte, indéfinissable. En effet, pendant longtemps, le sol est en terre battue, tassée par les piétinements, au point de former une croûte. On nettoie comme on peut, au balai de bruyère, d’ajonc ou de quelque autre végétal. “Le vent, la pluie, le petit bétail, le pourceau, la basse-cour et tous les parasites de la création rampants, gratteurs, sauteurs y entrent familièrement” (Arthur Comte). La boue et la saleté rapportées de l’extérieur -même si chacun laisse ses sabots sur le seuil - les eaux sales, les liquides renversés, imprègnent le sol, sans parler des excréments des enfants, des animaux domestiques, des fientes des poules Des nuées de mouches l’été agacent tous les occupants et il faut souvent suspendre les bébés pour leur éviter la morsure des rats. S’ajoutent à tout cela les “exhalations des habitants, vivant tous dans la même pièce, les effluves culinaires émanant du pot toujours suspendu à la crémaillère, dans laquelle à longueur de journée mitonne la « soupe », souvent aux choux, plat de résistance du paysan”. On devait être habitué à toutes ces odeurs et elles n’indisposaient pas. Il faut toujours avoir à l’esprit, que nos ancêtres ne percevaient pas leur environnement domestique comme nous aujourd’hui, habitués que nous sommes au confort et à un souci parfois exagéré de la propreté.

Le mobilier

Le mobilier est pauvre. On le connaît dans notre famille à partir de mathieu, grâce aux contrats de mariage et plus tard aux testaments : des lits avec leur garniture, des coffres, des petits bancs. Le coffre est omniprésent, aussi bien chez les Provençaux du 16e siècle que dans l’Auvergne du 17e et la Bourgogne du 18e. L’essence du bois, la présence ou non de serrures, font la différence, suivant la fortune. Du temps de mathieu, il est en sapin. Le coffre sert à tout ranger : vêtements, linge, vaisselle, papiers importants… (nul doute que les documents de famille dont nous avons hérité y ont séjourné), mais aussi céréales, noix, laine des moutons à filer ; il fait de plus office de siège. La table est aussi toujours présente, mais c’est souvent un assemblage de planches posées sur des sortes de tréteaux, de là l’expression « dresser la table ». Elle n’est pas alors considérée comme un meuble à part entière et ne figure pas dans les contrats, ni les inventaires (mais il est par contre question des « nappes »). La table de ferme, telle que nous la connaissons, avec son tiroir, se répand peu à peu au cours du 18e siècle, toujours avec ses bancs. Mathieu a peut-être connu cette amélioration, ainsi que les sols empierrés et peut-être les vitres aux fenêtres...

L’eau et le feu

Le feu ne s’éteint pour ainsi dire jamais. En été cependant, alors que la famille vit surtout en extérieur, il est mis en sommeil ; afin de réchauffer les plats, les femmes utilisent un petit dispositif, placé à côté de la cheminée ou devant la fenêtre, alimenté par du charbon de bois et qui a souvent pris nom de « potager » (qui existait encore dans les fermes de mon enfance). Toutes les opérations qui consistent à transporter le feu, obtenir une flamme, allumer une chandelle ou une lampe à huile se font à partir de tiges sèches de roseau et plus particulièrement de tiges de chanvre, les « chenevottes”. Les allumettes »chimiques« sont apparues beaucoup plus tard. Il faut donc garder précieusement une source de feu dans la maison. Comme le raconte Alice Taverne, lorsqu’une femme l’a laissé s’éteindre par mégarde - et c’est là un sujet de dérision publique - il lui faut se rendre chez une voisine pour y quémander un peu de braise, qu’elle rapporte avec précaution dans un vieux sabot. On raconte comment une famille avait ainsi, au moment de son déménagement, transporté de la braise depuis l’ancien logis jusque dans l’âtre de la nouvelle maison, symbole s’il en est de continuité pour la lignée Cité dans  »la maison, usages domestiques roannais" - musée Alice Taverne,1986. Tout autant, sinon plus que le feu, l’eau constitue un bien précieux.

A Borjas, une source sur la droite du chemin, juste avant d’arriver à la ferme, permettait d’alimenter la famille en eau potable. Existait-il aussi un puits ?

L’eau se porte à la maison à raison d’un ou deux seaux à la fois. Ce n’est qu’à des occasions exceptionnelles (lessives, grands nettoyages) que l’on recourt à des moyens plus conséquents : par exemple, baquet sur une civière (= brouette). Même en dehors des cas de sécheresse, l’eau est utilisée parcimonieusement. Un ou plusieurs seaux couverts la conservent propre et fraîche pour la boisson et la préparation des repas. Un certain ordre d’utilisation permet de se servir plusieurs fois du liquide : l’eau de lavage de la salade remplit la « fontaine » pour se laver les mains ou la bouillotte du fourneau qui restitue l’eau chaude.

Le temps du mariage et du renouveau

Quelques années avant le mariage de mathieu - il a alors vingt-deux ans - le dimanche 1er septembre 1715, à huit heures un quart du matin, s’éteint le roi soleil, après un règne de soixante-douze ans. “L’aimable régence" de Philippe d’Orléans [2], établie lors de la minorité de Louis XV, de 1715 à 1723, semble annoncer des temps meilleurs, souci de maintenir la paix à l’extérieur et de favoriser, à l’intérieur, l’essor du commerce et le désendettement du paysan. A la différence de Louis XIV, le régent va se laisser convaincre par un certain John Law [3], un jeune écossais (qui a dû fuir son pays à la suite d’un duel), et qui après un long périple en Europe est revenu en France en 1715. Il s’intéresse, par tradition familiale, au système bancaire et préconise pour favoriser les échanges de développer une monnaie de papier.

Le banquier Law

Avec le concours de Law, le régent substitue à l’or une monnaie de papier, fabriquée à partir de 1718 par une banque royale, qui ouvre des succursales dans plusieurs villes de province. Dans le même temps, est créée la Compagnie des Indes, pour favoriser le commerce. L’argent circule, la spéculation se déchaîne, l’inflation développe les affaires. Dans les campagnes, nous dit Jacques Marseille, “des terres en friche sont remises en culture et les archives des notaires indiquent d’importantes mutations. La hausse des prix de vente et la baisse des taux d’intérêt soulagent bien des misères” Finalement des banquiers hostiles à Law demandent le remboursement en or de leurs billets et, bientôt suivis par d’autres actionnaires, réussissent à créer la panique et à entraîner la banqueroute de l’institution. Le 14 décembre 1721, Law, ruiné, doit s’enfuir à l’étranger. Il meurt à Venise en 1729. Malgré la triste fin de l’entreprise de Law, le bilan avec le recul paraît tout à fait positif. Sur le plan du commerce avec l’Outre-Mer, les résultats de la Compagnie des Indes, arrêtés en mars 1722, font état d’un actif de 76 millions contre un passif qui ne dépasse pas 9 millions. Sur le plan intérieur, la croissance dans le pays est repartie, celle des villes et bourgs entraînant celle des campagnes.

Le mariage

C’est dans ce contexte favorable que mathieu va se marier pendant l’hiver 1719, le 31 janvier, juste dix ans après la famine de 1709. Son père s’est éteint en août l’année précédente, mais sa mère est encore là. Elle mourra l’année suivante. C’est lui qui est seul maître à bord maintenant. Comme nous le savons, il est en effet l’aîné des garçons. Il a deux frères cadets : claude qui épousera plus tard une fille brat ; etienne, qui est témoin à son mariage et à celui de son fils aîné en 1744 (il a quarante-six ans alors), mais nous avons perdu sa trace ensuite, y compris dans les communes avoisinantes ; il est possible qu’il n’ait pas quitté la ferme et soit resté célibataire… il n’apparaît pas dans les actes que nous avons. Mathieu a vingt-six ans, c’est le moment de prendre femme. Pour la première fois, il va chercher son épouse dans une famille pour nous encore inconnue, bien qu’elle soit présente dès les premiers registres de baptême de St-Just-en-Chevallet : Les magnard ou maignard.

La famille Magnard

Le patronyme ne correspond pas à l’appellation d’un lieu, comme à l’accoutumée jusque-là dans notre lignée, mais à un nom hérité de la tradition franque. Est-ce à dire que les magnard sont arrivés avec des invasions venues du nord ? En tout cas, la famille est implantée depuis plusieurs générations à Plasson, hameau voisin de Roche. Le père de la jeune femme, antoine magnard plasson, est laboureur. La jeune mariée s’appelle marguerite. C’est la deuxième épouse Pra a porté ce prénom dans notre lignée, après marguerite oblette Elle a vingt-et-un ans. Nous lui connaissons un frère aîné mort à huit ans en 1699 (d’autres enfants l’avaient sans doute précédé, car les parents s’étaient mariés en 1684) et trois petites sœurs, dont des jumelles.

Contrairement à ce qu’il en est pour d’autres familles de mes aïeules, je n’ai trouvé aucune trace des magnard dans les documents familiaux, ni dans ceux remis par le notaire de St-Just en 2004. J’ai dû me contenter de quelques recherches dans les registres paroissiaux. Les magnard sont moins nombreux que les roche, les oblette ou les tamain, mais ils sont souvent alliés par mariage avec ces familles, dont les villages sont très proches les uns des autres. L’arrière-grand-père de marguerite, un dénommé pierre magnard, né vers 1590, a épousé en 1616 une denyse oblette, patronyme porté par les épouses de deux de ses fils ; une de ses filles se marie par ailleurs avec un jean tamain, patronyme que nous retrouvons à plusieurs reprises dans notre lignée. Quant au père de notre aïeule, antoine magnard, son épouse alix mathé se trouve en parenté par alliance avec un des oncles paternels de Claudine. On tourne toujours entre les mêmes familles.

Marguerite Magnard °1693, fa d’Alix Mathe ° 1665 x 1684 Antoine Magnard ° 1659 – lui-même fs de Marie Oblette x 1658 Jacques Magnard ° vers 1630 – lui-même fs de Pierre Magnard ° ca 1590 x ? 1616 Denyse Oblette [4]

Plusieurs remarques :

• Les magnard à plusieurs reprises donnent naissance à des jumeaux, comme les des sœurs jumelles de marguerite, antoinette et benoite, nées le 29 août 1704. Et aux générations précédentes, claudine et just, soeur et frère de son père, qui sont nés le 25 février 1657.

• On remarque plusieurs mariages croisés, c’est-à-dire un frère et une sœur épousent la sœur et le frère d’une autre famille, une façon de réduire les frais de noces et surtout de compenser les dots, le grand problème étant d’avoir suffisamment de numéraire, pour assurer le paiement au moment venu. Par exemple, la mère de notre aïeule marguerite, alix mathe6, s’est mariée avec antoine magnard le 29/6/1684, le même jour que son frère jacques mathe épousait la sœur d’antoine, jeanne. En 1719, le même jour que Mathieu Pra et Marguerite se marie un jeune couple de la parenté, car on retrouve parmi leurs parents des Mathe, Canard et Tamain… et les mêmes témoins Prost. Les deux familles étant mêlées, ont-elles organisé des festivités communes ?

Les noces

Elles se déroulent en plein hiver, après un été très chaud et sec, comme d’ailleurs sera le suivant, un temps peu propice à de bonnes récoltes ! Janvier est le mois où l’on se marie le plus, avec février et novembre. L’été n’est pas une période favorable à cause des travaux des champs et l’église interdit décembre, le mois de l’Avent, et mars, le temps du Carême. Quant au jour, il est possible que ce soit un mardi, le jour où les statistiques nous disent qu’on se marie le plus. Depuis 1713, on ne peut plus en effet célébrer les noces les dimanches ou les jours fériés ; le vendredi, jour maigre, n’est pas propice. Le mardi, au contraire, permet de préparer la fête dès le lundi et de poursuivre jusqu’au jeudi…

Mathieu, nous l’avons dit, compte vingt-six ans et la jeune fille, qui est née le 8 novembre 1697, vingt-et-un ans tout juste. Le mariage a lieu une trentaine d’années après celui de leurs parents respectifs, ce qui correspond à l’écart moyen entre les générations. Un oncle maternel de mathieu, Anthoine Roche, prêtre et docteur en théologie, est présent à la cérémonie. Mathieu avait hérité des terres à la mort de son père estienne et le contrat devait préciser les legs faits par sa mère et les dédommagements à verser à ses frères et sœurs, quand ceux-ci se marieraient. Si le contrat ne figure pas dans les archives familiales, on en trouve trace cependant parce que, neuf ans plus tard en 1728, mathieu remet quatre cent-soixante livres à son jeune frère claude qui vient de se marier, à l’âge de trente-et-un ans, avec une certaine jeanne brat. Une remarque pour mémoire : nous rappelons que notre ancêtre jehan roche, vers 1580, avait déjà pris pour épouse une marye brat, fille d’estienne. Nous avons quelques actes concernant ce jeune frère claude et la famille brat, qui seront présentés plus loin.

Naissance de six enfants

Mathieu et marguerite mettent au moins six enfants au monde, dont deux ne parviennent pas à l’âge adulte semble-t-il. L’aîné s’appelle claude, c’est notre ancêtre. Il porte le prénom de son oncle alors âgé de vingt-quatre ans, (le futur époux de jane brat). Ce dernier avait hérité du prénom de son parrain Claude Carré [5]. C’est ainsi que ce “petit nom” est entré pour la première fois dans notre lignée Pra, où il va se maintenir jusqu’à la génération de mon père comprise (soit sur 7 générations, de 1697 à 1900).

C’est à cette époque qu’on publie le nouveau dénombrement du royaume par généralités, élections, paroisses et feux, une base pour recenser le nombre de contribuables, en fonction du nombre d’habitants par feu. D’après ce document, une famille française compte en moyenne six enfants [6] C’est justement le nombre d’enfants connus chez notre couple mathieu et marguerite.

Mathieu poursuit l’œuvre de son père

Après toutes les années de galères qu’ont connues nos ancêtres paysans, ils sont entrés maintenant dans ce que l’on a appelé plus tard “le siècle des Lumières”. Le renouveau s’amorce en fait à peu près au moment du mariage de mathieu et de marguerite, avec l’arrêt des guerres et les mesures prises, sous l’instigation du banquier Law, qui relancent le commerce et les affaires. Le processus va se poursuivre jusqu’aux trois-quarts du siècle, entraînant une nette amélioration des conditions de vie du paysan. Même si le temps réserve encore certaines années de mauvaises surprises, elles sont plus espacées, et il ne survient plus de catastrophes climatiques, telles que celles qu’on a connues.

La famine a disparu et aussi la « terrible maladie », le “mal de feu” comme on l’appelle quelquefois. C’est La peste de Marseille, apportée le 25 mai 1720 par le Grand Saint Antoine, un bateau en provenance de Syrie, qui marque le dernier assaut de l’épidémie sur le territoire. Bien circonscrite, elle n’atteint pas le Forez.
Certes typhoïde, dysenterie, variole et suette continuent à faire des ravages : en 1719, l’année du mariage de mathieu, la variole fait 14 000 victimes dans la capitale et la dysenterie sévit tout l’été, du fait de la canicule, dans l’ensemble du pays (450 000 morts), emportant de nombreux bébés [7]. Mais toutes ces maladies n’arrêtent pas les progrès de la vie. Même si l’état sanitaire de la population rurale reste encore très médiocre, on commence à s’en préoccuper en haut lieu et à faire distribuer, à partir de 1728, « des boîtes à remèdes » aux curés et religieuses. On essaye aussi de mieux contrôler les accouchements et de former des « mères-sages », à qui on inculque quelques principes d’hygiène et la pratique de l’ondoiement : « 12 mai 1768, sépulture d’un enfant légitime de Claude Duclos et Gabrielle Bost ondoyé huis par Anne Duclos, mère sage de ce lieu ». On en vient même à tromper la nature pour contrôler la taille de la famille, en pratiquant le coïtus interruptus, mais il est vrai que c’est davantage dans le nord de la France qu’au sud de la Loire et, à St Just, les naissances restent nombreuses. Mathieu - qui n’a pas oublié ses seize ans et la famine terrible qui sévissait alors - va profiter de ces temps favorables pour poursuivre inlassablement l’œuvre commencée par son père estienne : augmenter la surface des terres à cultiver. Pour commencer, il va poursuivre, de bail en bail, le fermage engagé par son père à Borjas au lendemain de 1693, auprès du sieur Gaulne.

Le bail est régulièrement renouvelé

Son père est donc mort en août 1718, la ferme courait jusqu’en 1720. Depuis mathieu a signé un nouveau contrat, le 27 janvier 1721, avec le sieur Jean Villeneuve, successeur de Jean Guy Gaulne, seigneur d’Ogerolles Il obtient ensuite régulièrement le renouvellement du bail. Après avoir payé ses fermages directement au propriétaire, Jean villeneuve, il les verse à un certain Guillaume Villeneuve, laboureur au village Goutille, qui n’est autre que le frère du précédent, lequel résidant à Lyon - où il est employé aux affaires du roi - ne se déplace plus pour la circonstance. Nous avons ainsi plusieurs quittances, établies par Guillaume Villeneuve, notamment en 1725, 1726, puis par son fils Claude Villeneuve Goutille, en 1732 ; A quelques détails près, les formules sont toujours semblables :

« reconnoit et confesse avoir eu et receu, tant cy devant que présentement, en bonnes monnaies ayant cours, de mathieu Pra .. la somme de neuf fois vingt livres, compté, nombré et par ledit confessant retiré, comme il dit et se contente, pour raison du terme du prix de la ferme escheu puis la St Michel dernier, dont il demeure quitte, sans préjudice des termes avenir... » A cette somme, Il faut ajouter vingt livres « d’estraines », appelées autrefois « espingles », sorte de gratifications complémentaires que le fermier règle sur le champ. Et, en nature, quatre livres de beurre et deux poules.

• Le bail du 27 janvier 1721

J’ai trouvé le document dans les archives familiales. C’est le premier bail dont j’ai le texte. Il est possible de compléter les informations tirées des quittances.
« Il est personnellement estably sieur Jean Villeneuve, employé aux affaires du roy en la ville de Lion, et présent en ce lieu de St Just en Chevalet, lequel de gré a assencé et remis comme il assence et remet par les présentes avec promesse de maintenir et faire jouir en paix, envers et contre tout, pour le tems et terme de six années consécutives et six prises de tous fruis (c’est-à-dire six récoltes), qui prendront leur commencement à la Saint Michel Archange prochain (soit le 28 septembre) et apareil jour finissant, à mathieu pra du village Borjas, parroisse de St Just en Chevalet, acquis par le sieur Villeneuve de Monseigneur Gaulne d’Ogerolle, fils et légataire de noble Jean Guy Gaulne... ». Le prix de la ferme sera payé deux “termes esgaux, quy seront à chaque feste de Pasque et à St Michel”.

• Sera tenu ledit preneur…

Le bail précise aussi, dans le détail, toutes les obligations du preneur :
« sera tenu ledit preneur de faire les biefs des prés en temps deubs, ne couper aucun arbre par pied, soit verd ny sec, que les tondailles ordinaires, faire les labourrages en temps deubs, tenir les prés en bon estat, entretenir les hayes, clotures, vines ; en fin de ferme, laisser les foins et pailles dans lesdits battiments dudit domaine, bien conditionné, sans diminution, ni altération… ».
Tout est codifié. Le preneur doit s’en tenir aux récoltes et ne rien toucher au “patrimoine” en quelque sorte, ne couper aucun arbre notamment. Il s’engage à entretenir le bien, comme si c’était le sien propre : faire les biefs, entretenir les haies, les clôtures…

Mathieu obtient du nouveau propriétaire de ne pas payer les impôts au seigneur dont dépend la terre au sommet de la hiérarchie, les « servis » ou « cens », avantage que le noble sieur Gaulne avait déjà consenti à son père. En général, il s’agissait de sommes ou de redevances en nature très modestes, mais c’est une question de principe. C’est le propriétaire “usufruitier” en quelque sorte – en l’occurrence Villeneuve - qui doit payer, même si de fait il s’arrange souvent pour faire porter la charge au fermier (je reviendrai sur cette question).

« Comme ledit pra a représenté au sieur Villeneuve que pour les précédentes fermes du sieur Gaulne il n’estoit pas tenu d’acquitter les servis d’icelluy domaine, ny qu’il ne li pouvoit obligé, ledit Villeneuve le décharge par les présentes de ces clauses et conditions et qu’il ne sera tenu d’acquitter yceux servis, pendant la durée de ladite ferme. »
Le bail est signé en présence de Jean-Baptiste Fonthieure, notaire dudit St Just.

• régularisation

La signature de ce nouveau bail n’empêche pas mathieu de régulariser la situation avec le propriétaire précédent, “Noble Jean Guy Gaulne”, à qui il règle le 3 juillet 1721 le solde de soixante livres « à bon compte de celle de deux cent soixante-dix-sept livres, seize sols, qu’il doit à mon père, des termes de la ferme du domaine Borjat eschue, et de laquelle somme de soixante livres, je promets faire rendre quitte par mon dit père... » signé : Gaulne le fils

Nouveau bail en mai 1748… mêmes clauses, mais le prix a augmenté

En mai 1748, mathieu signe un renouvellement de bail, directement avec un Guillaume Villeneuve de Crémeaux. Il semble que c’est le même que celui de Goutille.

• fermage ou métayage ?

Le coût de “l’assance” (c’est-à-dire la location) est cette fois de cent quatre-vingts livres pour chaque année. Par contre, il n’est plus question “d’estraînes”, ni de redevances en nature, ce qui constitue une évolution. Il s’agit davantage d’un contrat de fermage - d’ailleurs on utilise bien l’expression “pour la ferme” - que de métayage, lequel implique des paiements en nature.

Fermage et métayage
Ces types de contrat entre un propriétaire (le bailleur) et l’exploitant (le preneur) ont survécu à la Révolution et existent toujours aujourd’hui. Ils font partie d’un ensemble de lois codifiées dans le livre IV du code rural. En fait les conventions possibles sont nombreuses en dehors de ces contrats : il existe par exemple le bail à loyer, l’usufruit, le bail à nourriture, vente d’herbe… et de nombreuses questions se posent encore aux propriétaires de terres agricoles et à leurs exploitants dans leurs relations contractuelles.
Toutefois les contrats à fermage et à métayage restent de grands classiques. Le fermage est toujours payé en monnaie, entre des minima et maxima fixés par l’autorité administrative. Le propriétaire prend en charge les assurances incendie, l’impôt foncier et les grosses réparations.
Le métayage est régi par la règle du tiers. Il est basé sur le partage aussi bien des produits que des dépenses, dans la proportion : un tiers pour le bailleur, deux tiers pour le métayer.
En général ces contrats sont établis aujourd’hui pour une période de neuf ans, renouvelable, ce qui assure une stabilité au preneur.

On le constate, la situation est très diverse, encore aujourd’hui, car par contrat on peut moduler certaines dispositions, une fois les règles de base respectées. A l’époque de nos ancêtres, l’affaire se compliquait du fait que la notion de propriété était complexe et se déclinait à plusieurs niveaux, comme j’aurai l’occasion de l’expliquer.

• paiement de la ferme

A l’époque les fermages que je connais sont plutôt établis sur six ans. Le montant du loyer doit être payé chaque année en deux termes égaux « à la Saint Jean Baptiste et à la St michel » (on ne parle plus de la “feste de pasque”, dont la date varie chaque année). C’est la coutume, de payer toujours en deux fois. Outre comme ici à la St Michel (29 septembre) et à la St Jean (24 juin), on trouve parfois la Saint Martin d’hiver (11 novembre) voire le jour de l’an et même celui de Noël ! Les clauses et conditions du bail sont les mêmes que “celles portées par la ferme précédente”, en ce qui concerne notamment “le chepteil”. « reconnaît ledit pra qu’il luy a été cy devant remis, même depuis de longues années, des bestiaux, bovins pour la culture dudit domaine au prix de deux-cent-vingts livres, vingt-trois brebis ou moutons et deux chèvres, qu’il promet rendre aux fins des présentes, ledit cheptel et ces brebis, teste par teste, audit Villeneuve ... ». (Il n’est plus question de l’âne qui figurait dans le bail de 1721). Le fermier doit les restituer en fin de bail, mais aussi les semailles dont il est chargé.

La description du “domaine”

Grâce au bail de 1721, nous avons des précisions sur le domaine donné en fermage “consistant en maison et autres bâtiments, jardin, cheneviers, prés, pasquiers, terres et autres appartenances, le tout comme il se contient et comporte, sans réserve de forest, de boys, le tout à la même forme et sous les mêmes clauses et conditions que ledit mathieu en a jouy et jouyt actuellement, suivant la précédente ferme reçue par Me Fonthieure, notaire royal". (le contrat est donc passé devant le même notaire, Maitre Fonthieure). Ainsi le fermage concerne bien, non seulement des terres, mais aussi une maison et différents bâtiments, avec un jardin.

Mathieu ne s’est pas contenté de renouveler le bail engagé par son père, il en a signé d’autres, et il a aussi, tout au long de sa vie, procéder à des achats et des ventes de terre, en se battant parfois contre la mauvaise foi de certains partenaires. Il a dû se défendre et faire surtout des choix. C’est ce que je vais relater dans de prochains épisodes et aussi vous conter ce qui a mobilisé le pays pendant plusieurs années : la construction du “Grand Chemin”, une étape importante pour le développement de la région.

Pour lire la suite : Mathieu, rassembleur de terres.

Je renouvelle mes vœux à tous pour une très bonne année et pourquoi pas pour la mise en œuvre d’une présentation de vos découvertes généalogiques, à destination de vos proches. Merci encore de votre fidélité.


[1« La maison, usages domestiques roannais » - musée Alice Taverne, 1986 – La maison des jours d’autrefois, Anne Pons, Ed. Joël Guenot, 1980 – Les paysans de France, Arthur Conte, 2000 - Revue Française de généalogie, N° 108.

[2Philippe d’Orléans : 1674-1723, neveu de Louis XIV par son père.

[3John Law, né en 1671 à Édimbourg, mort en 1729 à Venise. Son nom se prononçait « lass » en français.

[4Tableau Magnard plus complet à disposition et informations sur les premiers Magnard trouvés dans les registres.

[5Claude Carré parrain : c’était un parent, sans doute un cousin, choisi par Mathieu dans la famille de ses grands parents paternels, puisque son grand-père Just Pra avait épousé en 1645 une Nicolle Carré.

[6Recensement : cf. Contexte, Thierry Sabot, édition Thisa, 2012.

[7Les maladies en 1719. Source : Contexte, déjà cité.

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7 Messages

  • Bonjour Danièle,

    Je n’ai pas manqué ce premier rendez-vous de l’année avec votre chronique. C’est formidable, avec votre petit schéma on situe immédiatement les différentes générations de vos ancêtres et les régimes politiques correspondants. J’ai aussi beaucoup apprécié toute cette description de l’évolution de la construction, la composition des maisons, avec tous ces petits détails qui nous font mieux comprendre la vie de nos ancêtres dans les campagnes, et encore plus dans ces régions de montagne.

    Alors que dire sinon que l’année 2014 commence bien, cet article est un excellent cru. Bravo Danièle.

    Bien amicalement.

    André

    Répondre à ce message

  • Je suis très intéressé par votre relation car je m’appelle Roche et j’ai épousé une demoiselle Magnard dont le père était éditeur à Paris. Pouvez vous me donner des détails sur ces Magnard , car ceux du coté de ma femme venaient au 19° siécle d’une famille de souffleurs de verre de la région de St Etienne dans la Loire.Mes ancêtres Roche quant à eux viennent du Cantal près de Saignes.
    Merci pour ce document passionnant.

    Répondre à ce message

    • Bonjour à vous et à M Magniard qui m’a envoyé le message suivant, car ma réponse le concerne aussi.

      C’est inattendu de retrouver Roche-Maignard dans votre couple ou dans vos familles, qui ne sont pas pour autant directement originaires de cette région.
      Pour Roche - L’origine des patronymes dans le sud de la Loire correspond souvent à un lieu, en l’occurrence pour ce patronyme qui comportait une roche, et dont le village a tiré son nom. Mais bien évidemment, les rochers sont répandus qui ont pu caractériser divers endroits, et ce patronyme est je pense assez fréquent (par exemple le Cantal pour vous et l’Isère pour M Magniard). Ceci dit, les Roche à St Just disparaissent pratiquement de la région, comme je l’ai indiqué, au début du 18è. Ils ont sans doute émigré ailleurs.
      Quand à Magnard, Meynard, Maynard, Ménard, il est confirmé par le dictionnaire des patronymes que c’est un nom d’origine germanique. Or les invasions de ces populations en Forez sont très anciennes. Le pays est resté après la chute de l’empire romain quelque temps sous tutelle burgonde (jusqu’en 534). Leur nom hérité d’un prénom date-t-il de cette époque ? De toutes façons, à l’exception des territoires dévastés du Nord, où les peuples germaniques se multiplièrent, ils restèrent minoritaires, au milieu de populations qui maintenaient les traditions romaines ( source : revue Fse de Généalogie n° 117, 1998). Reste bien sûr la possibilité que plus tard, à titre individuel, des personnes de cette origine soient venues dans la région, pour exercer leur profession par exemple. Ce qui est sûr c’est qu’il s’agissait de personnes non liées à une terre et donc mobiles. Le nom signifie un trait de caractère, il est dérivé de maginhard, composé de magin qui signifie force et hard dur. Mais vous le savez sans doute.
      A St Just, ils apparaissent dès le début des registres, mais ils ne semblent pas très nombreux. Si vous me communiquez votre courriel, je vous adresserai ceux que je connais, lesquels se sont fixés autour du bourg comme laboureurs.

      Je n’ai pas de documents sur ces familles et je ne peux vous en dire plus, c’est-à-dire peu de chose !

      Bien cordialement. Danièle Treuil

      Répondre à ce message

  • Bonjour,
    Je suis toujours avec plaisir votre « saga ».

    Je suis bien sur intéressé par vos Magnard car j’ai aussi des Roche dans la Loire, l’Ardèche et surtout de Roche (lieu) dans l’Isère.

    Cordialement
    PM G

    Répondre à ce message

  • Bonjour
    Les catastrophes qui ont frappé durant les années 1693 et 1709 semblent avoir épargné certaines régions aujourd’hui françaises. C’est le cas de l’Alsace où, en relevant le nombre d’actes de baptêmes, mariages et sépultures, dans la ville d’Obernai entre 1661 et 1741, j’ai calculé des indices de natalité, nuptialité et mortalité. Si on observe une valeur plus élevée de la mortalité en 1709, elle n’est toutefois pas exorbitante. Et 1693/94 apparaissent comme des années dans la moyenne. On notera que s’il y a eu plus de décès dans l’absolu en 1709, l’indice de mortalité est aussi amplifié par une baisse du nombre des baptêmes cette année-là, en relation avec une diminution des mariages en 1708.

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