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Accueil > Documents > Témoignages > L’arbre qui ne voulait pas mourir > Margot (16e épisode)

Margot (16e épisode)

Le dimanche 1er juin 2003, par Josiane Laurençon-Kuprys

Par un après midi chaud, Maman cousait sur notre bout de terrasse, les lunettes sans lesquelles elle était incapable de faire quoi que ce soit, bien campées sur son nez, et sa corbeille d’ouvrage, avec tout l’assortiment nécessaire aux travaux de couture : ciseaux, dé, fils... posée sur la table.

Brusquement tel un éclair, Maman aperçut une masse sombre fondre sur elle et avant qu’elle ne puisse réaliser ce qui lui arrivait, un gros oiseau reprenait déjà son envol avec dans le bec non pas un fromage, mais ses précieuses besicles.

Que c’était drôle de voir Maman courant et gesticulant en criant :

Mes lunettes, mes lunettes...

Mais l’oiseau farceur s’envolait toujours plus haut, apeuré par les cris perçants de ma mère.

Alors que je riais à en perdre le souffle, Grand-père, attiré par le vacarme, sortit de la maison.

Oh ! Dit Pépé, c’est une pie il faudrait voir où elle a fait son nid.
L’affolement passé, nous guettions tous, cette « monte en l’air ».

Heureusement l’attente ne fut pas longue, car nous aperçûmes notre pie entrer dans l’arbre lierre que Pépé avait au fond du jardin. Il ne nous restait plus qu’à aller forcer l’antre de cette coquine voleuse.

On y trouva... de vrais trésors hétéroclites : bouchons, morceaux de verre, cailloux brillants, petits bouts d’aluminium, dé à coudre et enfin, Dieu merci, la paire de lunettes de Maman.

Si cette aventure, aux allures de fable, eut pu trouver ici une fin heureuse et banale, elle ne s’en contenta pas et fut plutôt, cet été là, le commencement d’un véritable roman d’amour entre cette pie et moi.

Margot, ainsi donc baptisée selon la tradition, se prit, en effet d’une tendre amitié pour la maison et ses occupants, décrétant qu’elle ne pouvait plus se passer de nos câlins et surtout de gourmandises.

Tôt le matin elle faisait sauter l’espagnolette de la fenêtre de Pépé pour venir me réveiller tout doucement en me mordillant le craquant de l’oreille. Comme je faisais mine de ne rien sentir, elle me donnait de légers petits coups de bec sur le nez ou bien tirait quelques mèches de mes cheveux en poussant de petits cris. Enfin, désespérée de n’obtenir aucun succès, elle se mettait à ramper sous les draps pour me picorer le ventre.

Les effusions du réveil passées, Margot huchée sur mon épaule, nous descendions pour déjeuner.

Ensuite la journée s’organisait autour de l’actualité de cette pie farceuse que tous les enfants du village m’enviaient. Quel succès !

Fort indépendante, il arrivait donc à Margot de disparaître, pour ne rentrer qu’au souper, dont cette chapardeuse n’oubliait jamais l’heure.

Ce qui donnait lieu à une séance assez comique, car Grand-père qui ne la voulait surtout pas dans la cuisine, pensez, elle piquait dans les gamelles, la chassait à coup de torchon ou de balai.

Veux-tu t’en aller de là, sale bête...

Mademoiselle ne partageait pas cet avis et, s’entêtant, elle s’envolait sur le bord de la cheminée en répliquant par des cris stridents.

Pépé agitait alors son torchon avec violence, ce qui déclenchait automatiquement la fuite de notre héroïne, sur le rebord de la porte ou sur le lustre qui protestait en se balançant dangereusement, puis sur l’horloge ou le haut de l’armoire.

Toujours plus haut, telle était sa devise.

Toute cette agitation nous procurait une veillée fort animée. Que de crises de rire !

Enfin, Grand-père réussissait à la chasser dans le vestibule, puis, toujours la poursuivant, la faire sortir par la porte. Elle disparaissait alors dans le jardin, dans un vrombissement d’ailes.

Mais nous ne savions pas que cet animal avait des ruses de Sioux. Si, sans méfiance, nous avions laissé la fenêtre ouverte, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, notre effrontée faisait le tour de la maison et réapparaissait dans la cuisine, avec un air triomphant.

Grand-père essoufflé se remettait aussitôt en chasse, sous nos regards amusés et nos éclats de rire. Il nous semblait que l’oiseau, n’ayant pas l’air d’avoir peur du bonhomme, s’amusait follement.

Et le soir suivant la scène recommençait, mais cette fois nous avions ordre de fermer toutes ouvertures, et notre couac se trouvait interdite devant la vitre.

Elle tapait, donnait des coups de bec rageurs, s’ébouriffait en se dandinant d’une patte sur l’autre.

Nos suppliques ne changeaient rien. Grand-père, tel un chêne inflexible, restait de glace, et c’est avec le cœur gros que nous montions dans nos chambres.

Il faut dire que Margot manquait d’éducation. Elle volait et mangeait tout ce qui était à la portée de son bec et ne manquait jamais de se laisser aller là où elle se trouvait. Mais nous l’aimions tendrement et elle nous le rendait bien.

Un jour elle ne vint pas me réveiller, ni les autres matins non plus. Etait-elle partie sous d’autres cieux ? Ou bien avait-elle eu un sort funeste ? Nous ne la revîmes plus et une fois encore le ciel des vacances en fut quelque peu obscurci.

Elle disparut comme elle était venue, mais en nous laissant pour compte cette histoire que je narre aujourd’hui.

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