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Les photos des familles, source de fragments de vie

Le vendredi 13 mai 2022, par Michèle Champagne

Qui n’a pas eu entre ses mains des photos de ses grands-parents, oncles et tantes, cousins et cousines, et dans le meilleur des cas, de ses arrière-grands-parents ? Portraits, photos de vacances, d’anniversaires et de fêtes, de voyages, de maisons ou d’appartements, autant d’événements et de visages que l’on n’a pas connus, ou qui ont fait partie de notre vie à un moment. Comment les faire revivre avec leurs silences et le peu d’informations dont on dispose (naissance et décès, lien de parenté, filets de souvenirs, menus objets…). A partir d’une compilation des photographies des familles, j’ai exploité ces visages, dans leurs lieux de vie, au fil des événements qui laissent des traces, pour en tirer un roman sous la forme de « fragments de vie ». Je partage ma démarche pour illustrer qu’il est possible de faire revivre ces personnes, tout en les rapprochant de nous, donnant ainsi un souffle de vie à une généalogie.

Inventorier le fonds photographique

Commençons d’abord par les photographies isolées, celles qui sont en vrac dans des cartons, boîtes d’archives sacs et autres. Au fur et à mesure du dépouillement, il s’agit de rassembler :

• les photographies des personnes connues, plus ou moins légendées, et de les ranger dans des enveloppes au nom des personnes (nom et prénoms) avec éventuellement les dates et les lieux des photos ;

• les photographies des personnes inconnues, non légendées, sont triées par sexe et rangées également dans des enveloppes avec la mention « inconnu(e)s ;

• en l’absence de date de prise de la photographie, la datation peut être déduite par des caractéristiques telles que : les dimensions de la photo, le support, la qualité du papier, la pose…. [1]

Pour les albums des familles, le dépouillement consiste à :

• identifier les membres des familles, les dates et lieux, dans la limite des informations disponibles ;

• relever les personnes ne faisant pas partie de la parentèle (amis, connaissances…) dont les photos reviennent fréquemment dans un ou plusieurs albums.
Les photos numérisées sont rangées :

• dans des « répertoires des familles », sous format électronique, classées par le nom de famille (en majuscules) et les périodes : plusieurs photographies de la même famille peuvent porter sur plusieurs années ;

• les photographies associées à des lieux (vacances, résidences, monuments, etc.,) sont ventilées dans des « répertoires thématiques », sous format électronique, par exemples : campagne, mer, montagne, ville, village…, et renvoient aux « répertoires des familles ». Il est préférable de constituer des liens électroniques plutôt que de copier les mêmes photographies dans plusieurs répertoires, le risque étant de perdre l’unicité d’un contexte familial par l’éclatement du stockage.

Les négatifs et les diapositives subissent un travail plus minutieux : aucune légende sur les supports, si ce n’est sur l’enveloppe des négatifs qui porte souvent une mention générique : vacances 1952, Noël 1960, anniversaire d’un membre de la famille... Le dépouillement consistera à :

• évaluer à grosses mailles le volume des négatifs et des diapositives ;

• effectuer une « visualisation à la volée », à l’aide d’un lecteur de diapositives, planche contact ou tablette pour les négatifs ;

• pour les personnes déjà recensées lors des dépouillements précédents (cf. photos isolées, albums des familles, photos numérisées), les négatifs et diapositives de ces personnes seront numérisés et classés dans les « répertoires des familles » et/ou « répertoires thématiques ».

Le recensement terminé, nous disposons d’une vue d’ensemble du fonds photographique dont les éléments sont décrits dans un tableau Excel (cf. tableau 1).

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Il convient maintenant de choisir les photographies pour lesquelles des fragments de vie seront écrits, voir l’encadré ci-après.

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Se focaliser sur les personnes apparaissant le plus souvent sur les photographies

Ces personnes donneront lieu à l’écriture des fragments de vie. L’arbre généalogique est un bon support pour les situer dans la fratrie. Les personnes retenues sont décrites dans la mesure des informations disponibles, ou à défaut, elles donneront lieu à des recherches complémentaires à partir de leurs périodes de vie, lieux de vie, professions ou autres.
Le résultat est un fichier Excel, facilement exploitable pour des filtres et statistiques ; à chaque personne est attribué un numéro pouvant correspondre au code SOSA de l’arbre généalogique. Un exemple est donné ci-après dans sa forme simplifiée (cf. tableau 2).

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Une même liste peut être réalisée pour des personnes hors familles revenant souvent en photos : amis, médecins de famille, professeurs, personnalités locales, etc. Ces personnes pourront nourrir les fragments de vie des membres des familles retenues.

Dans la mesure où l’on dispose d’informations comme les noms et prénoms, période(s) de vie, vient le temps de se faire plaisir. Cela consiste à s’inspirer des photographies pour décrire l’expression d’un visage, la signification de la pose, la description des vêtements. Le livre d’Anne-Marie GARAT, Photos de familles : un roman de l’album, Actes Sud, 2011 [2], fournit des exemples pour décrire des photos des familles :

« L’album est un livre du visage. Visage des nôtres, parentèle, fratrie, descendance, êtres aimés, éloignés, disparus » [3].

Cette description sera complétée par des informations sur les lieux de vie (histoire, environnement, photos) et d’autres sources externes.

Les photographies associées aux fragments de vie sont numérisées ; un répertoire est créé et porte le nom de « Fragments de vie », dans lequel figurent des sous-répertoires pour chaque individu et/ou couple ainsi qu’un répertoire de documents pour les mêmes individus et/ou couples.

Traits, sourires, regards, formes des visages, cheveux, autant de caractéristiques qui donneront lieu à ce que l’œil du rédacteur y voit, mais aussi les expressions et ce qu’elles révèlent comme la colère, la tristesse, le doute, la froideur. C’est également l’occasion de découvrir des ressemblances en sautant quelques générations. Dans ce cas, l’association de ces photos serait à mettre en valeur.

Exemple de description d’une photographie d’un couple (1910)
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Photo 1 Alberta Rancourt et Prime Robillard, 1910 - archives privées famille Champagne, Michèle Champagne.

La femme est debout, l’homme assis. Alberta RANCOURT enserre son époux de ses deux bras, comme si elle l’enlaçait. Son regard est lointain alors que celui de Prime ROBILLARD fixe le photographe. Il a les mains fermées, son visage s’avance comme s’il affirmait son choix. Un avenir commun se dessine au loin, mais il est encore trop tôt pour le partager, d’où ces lèvres fermées, discrètes. Le foulard au col de la blouse d’Alberta nous intrigue, s’agit-il d’une imitation de la cravate de l’homme, désignant ainsi une volonté de prendre son destin ?

Exemple de description d’une photographie de famille (1927)
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Photo 2 Hermine, Blanche et Alcide Champagne, 1927 - archives privées famille Champagne, Michèle Champagne.

Hermine FLEURANT et Alcide CHAMPAGNE, mère et père, entre les deux, leur fille prénommée Blanche. La jeunesse au centre de l’âge mûr anime, elle donne un souffle de légèreté révélée par la pose et le maquillage de la jeune femme. Un même geste rassemble le trio - les mains appuyées sur l’épaule des uns et des autres – comme une chaîne d’affection. La main droite de la mère et celle de la fille sont posées dans une même inclinaison, la main du père, tombante, ferme le clan. La mère et la fille pointent un pied au sol, le gauche pour la mère, le droit pour la fille, seul le père a les deux pieds bien ancrés au sol, signe de volonté. La mère et la fille sont bien couvertes, alors que le père est en costume, comme s’il ne redoutait pas le froid ou qu’il voulait paraître avec son habit. La neige souligne un hiver rude, une faible lumière éclaire les visages.

Le fragment sera complété par des photos des lieux de résidence du couple (Québec : Baie-du-Febvre, Nicolet, Montréal). Ces lieux de vie sont indiqués dans les registres d’état civil, les recensements et autres sources (contrats de location, de vente, cadastres…). L’histoire locale ou régionale, des biographies et romans, des archives audiovisuelles, architecturales, photographiques sont à exploiter [4], sans oublier les journaux locaux. Il peut s’agir aussi de paysages, comme l’évoque l’historien Alain CORBIN :

« En bref, le paysage est une lecture, indissociable de la personne qui contemple l’espace considéré. » [5].

S’il n’y a pas de photographies disponibles dans le fonds, le rédacteur puisera dans les banques d’archives photographiques sous réserve des droits d’auteurs. Les lieux de vie sont une source pour situer les personnes dans leur vécu et leur contexte.

Exemple de description d’un lieu de vie : le livreur de glace
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Photo 3 Livreur de glace, Baie-du-Febvre, Séminaire de Nicolet. Disponible sur le site web de la Baie-du-Febvre http://www.baie-du-febvre.net/tranche-d-histoire

Le livreur de glace avait attelé ses chevaux tôt le matin pour faire sa distribution dans les rues de la Baie-du-Febvre et de Nicolet (Québec) en criant : « Glace, glace ». La vente des blocs de glace fait partie du quotidien des familles. La glace est prélevée sur les rivières et sur le fleuve St-Laurent. Des journaliers la découpent avec de longues scies, face au vent froid de l’hiver, ils ont leurs habits gelés, les visages recouverts de givre, au loin, des enfants les observent. Les journées d’hiver sont rythmées par le bruit des scies qui résonne de partout.

Certains blocs atteignent 50 cm. d’épaisseur, c’est dire qu’il faut y mettre un bon tour de bras pour casser ces mastodontes ! Sortis de l’eau avec de grosses pinces, les blocs sont posés sur des traîneaux pour être transportés vers des glacières. Hermine s’arrêtait parfois de pelleter ou de marcher pour regarder passer ces châteaux de glace, elle qui n’avait jamais connu le carnaval de Québec. Le livreur de glace lui rappelait le père Noël, en traîneaux, chargé d’un précieux bijou : la glace, étincelante au soleil.

Mettre en mots…

Ecrire, c’est…

• restituer une émotion, une impression, celles que l’on ressent en parcourant ces photos :

• « laisser parler l’image », ce que l’œil perçoit ;

• se faire plaisir, écrire ses souvenirs, décrire des paysages que l’on a connu, mettre en mots des sentiments, se ressourcer en une personne disparue, aller à la découverte d’un arrière-grand-père…

Le rédacteur doit laisser libre cours à son imagination, puiser dans ses peurs, ses doutes, utiliser des métaphores pour décrire une personne. Aller à la chasse aux idées en lisant des romans, des journaux de l’époque, des mémoires, des faits divers. Ainsi, le rédacteur explore l’univers de ses personnages : les paysages, l’architecture, les routes, les loisirs et les métiers…. Il s’inspire d’événements comme les anniversaires, les naissances, les deuils, un accident, des retrouvailles, des rumeurs, des us et coutumes… Il n’hésite pas à aller sur les lieux de vie pour s’imprégner de l’atmosphère, rechercher une impression du temps jadis, voir l’article cité en référence [6].

Il faut tout simplement se jeter à l’eau, écrire sans se retenir, laisser parler ses pensées, sans aucune censure. Viendra le temps d’élaguer le texte, de supprimer les phrases et les mots inutiles, de chasser les redondances, de traquer les incohérences et les coquilles.
Le fragment de vie [7], c’est…

• une forme narrative qui vise à raconter plus qu’à prouver ;
• un texte léger et court ;
• une forme qui se prête bien au style poétique, humoristique, descriptif ;
• plusieurs fragments de formes variées ou non, de longueur variable pour décrire une personne, un lieu, un événement.

Le résultat donnera lieu à un livre numérique à transmettre à la famille, une invitation à découvrir ses ancêtres que l’on n’a peu ou pas connus, au fil des générations.

C’est aussi une invitation à un voyage par l’écriture : la force des mots, empreints d’émotions, fera bouger ces visages figés en clichés.


[1Éléments pour dater les photographies, voir : Marine LECLERCQ—BERNARD, Dater une photo entre 1840 et 1930, Généa-Logiques, 19 janvier 2019. Accès de l’article sur le site internet https://genea-logiques.com/2019/01/19/dater-une-photographie-entre-1840-et-1930.

[2Anne-Marie GARAT, Photos de familles : un roman de l’album, Actes Sud, 2011.

[3Anne-Marie GARAT, op. cit. p. 49.

[4Archives de la BANQ (Bibliothèque et archives nationales du Québec) en ligne : https://www.banq.qc.ca/archives/entrez_archives/differents_types_archives/archives_en_images/

[5Alain CORBIN, L’homme dans le paysage, Textuel, 2001, citation p. 11.

[6Comment bien décrire un lieu ? Enviedécrire, 9 novembre 2016, disponible sur le site web : https://www.enviedecrire.com/comment-bien-decrire-un-lieu/

[7Vers une écriture fragmentaire, site web : http://philippepicarelle.e-monsite.com/

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2 Messages

  • Magnifique travail avec de bons conseils à mettre en pratique !

    Pour ma part le seul "bénéfice" du confinement 2020 a été, outre les travaux de peinture et de rangement, l’apposition de noms au dos des photos anciennes.

    Mais je ne suis pas demandeur d’une nouvelle épreuve du même genre pour ce qui reste à faire (diapos, etc…) même si ce qui est fait est fait et bien fait pour la descendance…

    Répondre à ce message

  • Les photos des familles, source de fragments de vie 14 mai 16:34, par Martine SCHERRER

    Bonjour Michèle,
    Merci pour le partage de ce beau travail.
    Il y a quelques années grâce à la datation des photos et aux ressemblances j’ai réussi à mettre des noms sur certaines photos.Au gré des recherches généalogiques on peut aussi trouver des affinités avec des ascendants et les photos ajoutent un plus à la connaissance de ces personnes.
    Merci encore à vous.
    Martine Scherrer.

    Répondre à ce message

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