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Les années marquantes de ma jeunesse 1939 - 1946 (12e épisode)

Epilogue


jeudi 26 octobre 2017, par Serge Consigny

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Dans cette période de fin de conflit les élèves participent au recueillement sur la place du monument aux morts afin de rendre hommage à ceux qui sont « Morts pour la France ».

C’est en chantant l’hymne de la Marseillaise que je pense à mes amis disparus alors que dans le même temps je construis mes pensées à partir des citations du grand poète Victor Hugo :

« Ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie n’ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie…Gloire à notre France éternelle ! Gloire à ceux qui sont morts pour elle ! Aux martyrs ! Aux vaillants ! Aux forts !… »

Ma vie sera marquée à jamais par cette guerre et surtout par la mort de mes amis car c’est à cet instant dramatique que ma vie d’adulte a commencé ; l’inquiétude et les privations s’estompent, la joie revient, je me sens plus fort, mais cette maturité avant l’âge est la conséquence des traumatismes relatifs à cette difficile période. Ma communion solennelle en cette année 1946, sera l’occasion d’une réflexion avec mon copain Jacky, sur Dieu, la vie, la mort et surtout la Liberté avec un approfondissement qui viendra l’année suivante et qui verra la disparition complète de mes attitudes infantines.

L’objectif suivant sera le Certificat d’Etudes Primaire avec un passage obligé de plusieurs mois chez un ancien professeur de mon père à l’école primaire supérieure Armand Lederlin de Thaon-les-Vosges et cela à la suite de mon départ de l’école communale pour coups et blessures reçus de l’instituteur. C’est l’inspecteur d’Académie qui a autorisé ce mouvement à la suite d’une plainte de mes parents. Il s’en est suivi une grève générale des élèves du village qui, ne pouvant plus supporter ses méthodes violentes apprises en Prusse Orientale, ont finalement obtenu une mutation quasi immédiate de ce triste individu.

Cette mise à niveau s’est effectuée avec le concours d’un couple d’instituteurs, amis d’enfance de ma mère, qui m’aidait dans mes devoirs et m’hébergeait chaque midi. Je témoigne de ma profonde gratitude à l’égard de ces trois enseignants qui ont largement contribué à ma réussite. Je me souviens du périple journalier : d’abord le petit chemin de crasse sous le bois de la vigne, puis la passerelle brinquebalante sur la Moselle de la largeur d’une planche ou je devais porter mon vélo sur mon dos en tenant la corde d’une main pour traverser au lieu-dit « l’eau blanche » jusqu’à Chavelot, ensuite longer le chemin de halage sur plusieurs kilomètres en bordure du canal, traverser les chemins intérieurs de la blanchisserie jusqu’à l’école et un retour identique le soir après l’étude à la nuit tombante ! Il faut préciser que la rentrée en 6e à onze ans était antérieurement impossible compte tenu des événements. Les études secondaires commenceront donc ensuite en 5e au « Cours complémentaires d’Epinal ».

C’est dans cette tranche de vie sous contrainte angoissante de l’occupant, en privation générale des biens de consommation courante dans le cadre d’un rationnement qui va durer jusqu’en 1949 et surtout la perte de liberté, que j’ai su apprécier les choses les plus simples de la vie. Paradoxalement j’ai appris et découvert le goût de l’effort physique et intellectuel dans mes actes journaliers ; j’ai également ressenti la satisfaction dans la réussite d’un objectif mais aussi comment affronter une douleur morale intense dans l’adversité. J’ai compris que les contraintes et les échecs doivent servir de référence dans l’apprentissage de nos actes afin de se remettre en cause pour atteindre le but fixé. Ils permettent, après une saine réflexion, d’être en mesure de rebondir positivement avec force, courage et ténacité, en mobilisant notre énergie à bon escient. Les « explosions » de joie qui font partie de la vie et qui sont le reflet de nos comportements dans le cadre d’événements externes auxquels nous sommes sensibles ont malheureusement été limitées pendant cette période. L’héritage laissé par cette guerre : contraintes, privations et pénuries, m’a certainement conditionné dans la gestion positive de mon impatience et de mes envies mais face aux événements négatifs j’ai compris qu’il fallait constamment relativiser, bien graduer avec circonspection l’importance des faits par référence à ce passé, engager l’analyse et faire ensuite la synthèse avant de décider.

La suite est une autre histoire… Ce sera toujours la vie d’un homme à la recherche du bonheur dans la simplicité ; les actes quotidiens seront guidés par un sens profond de la morale, du dialogue constructif, d’une certaine rigueur positive facilitant le compromis, de la mise en œuvre des valeurs humaines en restant soi-même en toutes circonstances et du respect de l’autre…

P.-S.

La date de fin de rédaction de ce recueil est septembre 2004.

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21 Messages

  • Merci de nous avoir fait partager cette tranche de vie si bousculée et si intense pour un enfant. Votre récit, très vivant, était magnifique à lire.
    Cordialement.

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  • Un grand merci pour ce témoignage, vivant et fort bien écrit, que j’ai lu avec plaisir chaque semaine et m’a beaucoup appris.

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  • Bonjour Serge, ... et tout le monde,

    J’ai suivi avec intérêt votre récit au fil des semaines. Merci d’avoir partagé les évènements et les émotions de cette période de votre vie, le tout raconté dans un style agréable et prenant.

    Cordialement

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  • {} Voilà la fin d’un récit passionnant que j’attendais avec curiosité pour lire tous les vendredi et que j’ai imprimé et relié afin qu’il regagne toutes les archives de la dernière guerre dans ma région puisque je suis natif de Senones...ville martyre par la Déportation. Mon Père et mon Frère de 18 ans y ont péri.
    Je vous remercie sincèrement pour l’émotion que m’a apporté vos différents souvenirs bien détaillés qui m’ont fait vivre ces heures noires que je n’ai que très peu connues vu que je suis né en 42. Avec mes remerciements je vous prie d’agréer mes sincères salutations. Vive la France !!!

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    • Merci pour tout et heureux pour vous ! Si vous souhaitez l’ensemble des épisodes, avec des photos d’époque intercalaires, je peux vous les faire parvenir en fichier joint. Merci de me communiquer votre adresse e-mail.
      serge.consigny@orange.fr

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      • Merci pour votre gentille réponse qui m’invite à prendre connaissance de vos documents photographiques. C’est avec joies et curiosités que je les encarterai dans ce qui deviendra un des album de ma bibliotheque personnelle que j’ai constitué sur les guerres dans les Vosges ainsi que la riche Histoire de la Principauté de Salm, où je suis né.

        Merci encore,
        Bernard Mennevret - bersen88@orange.fr

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  • Bonjour Serge,

    Merci pour ce récit que j’ai lu avec attention et un grand plaisir.

    Cordialement
    Franck

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  • Bravo Serge pour cette histoire, votre histoire !
    Qui n’est pas que merveilleuse, elle est aussi formidablement bien racontée avec un contour si précis des évènements et l’enrichissement personnel qu’elle a suscité chez vous au moment où vous l’avez vécue (d’où cette précision foisonnante de détails, impossibles à inventer), comme ensuite, par le « débriefing » que vous en avez fait tout au long de votre vie !

    Comme vous le laissez entendre, ces graves et tristes épisodes vous ont éduqué et pour le meilleur et comme vous avez opté pour le meilleur, je suis persuadé que avez avez su le rendre à votre descendance comme autour de vous, ce dont vous nous faites juges aujourd’hui !

    Bonne continuation, on vous relira avec intérêt et avec plaisir !

    PS : L’instituteur formé en Prusse-Orientale était très probablement Alsacien ou Mosellan, donc Français, en 1945, mais Allemand avant 1918, soit au temps de sa formation.
    Un temps où le Kaiser allemand préférait envoyer les sujets de son « Reichsland Elsass-Lothringen » exclusivement dans ses provinces prussiennes plutôt que chez ses collègues d’autres principautés de l’empire, cela pour mieux les germaniser et parce qu’il avait fait de la germanisation de ce territoire une ambition personnelle ! La plupart des jeunes hommes de Moselle au moins, à cette époque, ont fait leur service militaire en Prusse-Orientale !
    L’autre possibilité est qu’il ait été recruté par le régime nazi dans la période 40/44, éventuellement sur critères politiques s’il n’avait ni la vocation ni la méthode. Dans ce cas, son affectation en Prusse-Orientale n’avait plus rien d’automatique, elle aurait été aléatoire. Son âge en 1946 doit nous renseigner. Bien à vous.

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    • PS : L’instituteur formé en Prusse-Orientale était très probablement Alsacien ou Mosellan, donc Français, en 1945,

      Mais peut être aussi un « malgré nous », ou simplement un ancien prisonnier ayant subi des violences graves qui avaient affectés ses facultés mentales.
      Tout le monde était encore traumatisé par les événements vécus récemment et l’on n’avait pas à l’époque de "cellules psychologiques"pour essayer de porter remède à ces dommages collatéraux.
      Ce personnage était peut être naturellement odieux, certes.

      Mais peut être aussi souffrait-il de graves troubles psychiques, on ne sortait pas indemne de captivité. Il aurait peut être été plus à sa place comme patient dans un établissement de soins que comme enseignant dans une classe !

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      • Je crois savoir qu’il avait été prisonnier en Prusse Orientale et qu’il avait été libéré quelques mois après avoir été capturé. Encore Merci. Cordialement. Serge Consigny.

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        • S’il a été fait prisonnier en Prusse-Orientale, alors il a peut-être été « Malgré-Nous », comme le suggère un intervenant. Dans ce cas, il l’aurait été par les Soviétiques et relégué au goulag de Tambov, comme il se doit. Il aurait été surprenant qu’il en soit revenu et en mesure d’exercer une activité professionnelle dès 1946, année au cours de laquelle les premiers survivants Alsaciens et Lorrains en sont revenus, la plupart y étant morts comme dans n’importe quel goulag.

          Mais si vous dites qu’il « a été » prisonnier quelques mois en Prusse-orientale, alors c’est probablement qu’il était prisonnier de guerre français en Allemagne, soit avec un « KG » dans le dos, comme Fernandel dans « La vache et le prisonnier »(donc KG pour Kriegsgefagene=prisonnier de guerre) et qu’il est revenu en France contre un « jeune » parti faire le STO en Allemagne à sa place. Dans ce cas, il n’était certainement pas ni Alsacien, ni Mosellan, plus probablement un « français de l’intérieur », sans-doute même un Vosgien, ce qui justifierait son affectation dans votre village.
          Son patronyme doit déjà être un élément de réponse.
          Bien à vous.

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    • Merci pour tout et surtout pour toutes vos explications. Cordialement. Serge Consigny.

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  • J’ai suivi avec ferveur ce long récit , aussi celui de mon enfance, six ans en 1944, mais déjà la lucidité d’un esprit en éveil, une famille déchirée entre des membres dispersés entre « malgré nous » lorrains devenus évadés clandestins, mon parrain Dunkerque puis toutes les campagnes depuis la Lybie, toutes les options d’opinion, certaines condamnés « après » ou guidées par le hasard des circonstances, une mère blessée gravement en 44 dans les combats de rue pour la libération de Metz, et une mémorisation aigue de tous les évènements, des blessées des morts, la délation, la pzur des feldgendarmes avec leur grosse plaque de poitrine,la pitié et la sympathie pour ces adolescents allemands, comme mes grands frères, soldats de la dernière heure dans les combats puis la déroute. Tout cela reste marqué si fort dans le caractère, la façon dont on on ressent et reçoit la vie, sans haine et avec lucidité..... Merci pour m’avoir ravivé cette belle leçon de vie

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    • Oui cette période n’était pas facile pour tous mais pour les Mosellans et les alsaciens ce fut une galère terrible ! La peur était constante pour certains ! Mon collègue Alsacien s’était caché dans un grenier à la campagne avec son cousin pendant 18 mois sans sortir et la peur au ventre afin d’éviter un enrôlement dans l’armée allemande ! Cordialement. Serge Consigny.

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  • Épisode d’une vie marquante et troublante que les plus jeunes devront retenir pour ne pas oublier les souffrances de leurs aînés. Comme le dit un commentaire, tu auras laissé à tes petits enfants (oui je suis le beau fils) une très belle trace de ce passage de vie. Merci, je t’embrasse fort. William

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  • C’est formidable, c’est pratiquement ce que j’ai vécu au même âge et que beaucoup d’enfants ont certainement vécu.
    J’avais écrit il y a quelques années mes souvenirs d’enfant pendant la guerre à la demande de mes enfants. Un de mes fils l’a d’ailleurs posté sur internet à l’occasion de mes quatre-vingts ans, il est possible de le lire sur le site « yves1935 ».

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