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La section de projecteurs - 2e épisode

Groupe du Génie détaché auprès d’un Régiment d’Artillerie

jeudi 5 février 2009, par Dominique Schutz, Michel Guironnet

« – V’là trois heures qu’on est sur son pivot, soupire Paradis.
– Et ceux-là, qui c’est ?
On voit dans des échappées de lumière une bande de lutins, entourés de vers luisants, poindre et disparaître, emportant de bizarres instruments.
– C’est la Section de projecteurs, dit Cocon. » [1]

Sur la calandre d’une voiture est écrit "SPC AP 1203" c’est à dire Section des Projecteurs de Campagne... Sur plusieurs photos de ces voitures Berliet, on lit « Auto Projecteur » : une voiture est surnommée « Jane » et une autre « la Rescapée ».

Sur un plan des lieux, il est indiqué "S.A.P N° 4", c’est-à-dire probablement Section d’Autos Projecteurs [2] N° 4.

Grâce à des extraits d’un article très documenté sur ces sections de projecteurs, en insérant les photos les plus évocatrices prises par le "camarade Bonnon", nous connaissons mieux les missions de ces sections auprès de l’artillerie.

Les Sections de Projecteurs

Extraits de l’article « Les projecteurs du Génie en 14-18 » par Pierre Beaujan [3].

« La guerre de tranchées s’organisant peu à peu, les défenseurs de celles-ci ressentirent la nécessité de disposer de moyens d’éclairage…./…
Quant aux projecteurs de grande puissance, qui ne devaient pas être installés en première ligne en terrain bouleversé, ils étaient portés ou remorqués par une voiture BERLIET qui contenait une dynamo actionnée au moment du besoin par le moteur de la voiture, et qui transportait le câble destiné à l’alimentation à distance du projecteur.

Braine - Une de nos autos
De gauche à droite : Fondard, Maquaire, Zaegel

Ces appareils étaient de deux types : 60 cm, portés, et 90 cm, remorqués ; miroir métallique doré, volet occultateur, lampe à arc automatique de 60 ou 80 ampères.
Il était prévu, en 1915, par Division d’Armée, un peloton de Projecteurs doté de 10 appareils de 15 cm, 3 appareils de 30 cm, et 2 appareils de 60 ou 90 cm.

Braine - abri du projecteur de Chassemy - 21 juin 1915
A 300 mètres des boches.
De gauche à droite : Bonnon, Chevènement, Ouspensky, Schemidraire, Zaegel

…/…

Les hommes du Génie ont conscience du caractère délicat des missions qui leur sont confiées ; construire un pont, en faire sauter un autre, poser une voie ferrée, assurer les liaisons téléphoniques d’une armée sont des besognes qui exigent de l’intelligence et de la personnalité.

Les détachements du Génie opèrent par petits paquets, les missions sont remplies souvent par trois ou quatre hommes avec un gradé, quelquefois par un homme tout seul. Cela développe, même chez le simple soldat, un sens aigu de l’initiative et de la responsabilité. Ces caractéristiques devaient se développer encore par les conditions dans lesquelles ces hommes allaient opérer sur le front.

Les projecteurs au front

…/… A tous ces postes avancés, il n’était pas question d’accéder de jour. La moindre silhouette aperçue, le moindre bruit entendu, provoquait une fusillade, voire une lutte à coups de bombes.
A la nuit tombée, la relève des projecteurs partait du cantonnement, distant de 6 à 7 Km de la zone des tranchées. C’était la relève des hommes et non du matériel.

Le petit projecteur de 15 et sa dynamo, une fois amenés au poste avancé, n’en bougeaient plus ; ils n’étaient ramenés à l’atelier qu’en cas d’avarie. Il fallait, en effet, éviter de charger inutilement les hommes qui, en plus de leur mousqueton et de leur fourniment, emportaient leur nourriture pour 48 heures.

Braine - La veille de notre départ de Braine (24 février 1916)

La section complète

Braine - La veille de notre départ de la grotte des Bovettes (22 février 1916)

Aux avant-postes, toute la nuit, les deux servants du projecteur veilleront au côté des fantassins. Il n’est même pas question de se pelotonner dans un abri. C’est dehors qu’on monte la garde, à côté de l’appareil, prêt à le faire fonctionner au premier signe de l’officier ou du sous-officier qui commande le poste, sans fumer, en ne parlant souvent qu’à voix basse. Quant l’aube vient, et l’hiver, la nuit est interminable, on se glisse à quatre pattes dans des abris étriqués où moisit une paille humide et malpropre et on s’affale dans un lourd sommeil.

Deux jours et deux nuits où on s’est nourri de pain, biscuits et conserves, et c’est le retour au cantonnement où l’on passe quatre jours à se nettoyer, s’épucer, à faire des corvées, des exercices. Au soir du quatrième jour, on remonte en ligne. Le cycle s’est déroulé ainsi, de secteur en secteur, pendant près de quatre ans, coupé de temps à autre par un incident plus ou moins grave : bombardement, lutte à coups de grenades, coups de main, fusillades...

Cependant, les interventions d’éclairage des projecteurs se faisaient rares car il est compréhensible qu’en dehors des moments de combat et des attaques, les occupants des tranchées désiraient fort peu qu’un projecteur ne s’allume à côté d’eux et n’attire les pluies de balles et les obus.

Aussi, en 1916, la manoeuvre des projecteurs de 15 cm fut confiée à l’infanterie ; chaque bataillon reçut une dotation de deux de ces appareils. Il faut ajouter que, les fusées éclairantes se perfectionnant, leur usage se répandit et réduisit le rôle des projecteurs.
Indépendamment de leur rôle de protection des postes contre les attaques nocturnes, les projecteurs ont rempli pendant la guerre d’autres missions tactiques : liaisons par signaux lumineux avec les avions belges qui patrouillent au-dessus du front ou avec les observateurs des ballons captifs, assistance à l’artillerie.

Dans ce dernier cas, les équipages surveillaient le départ des coups de canons. Aussitôt qu’à l’arrière avaient jailli les quatre flammes de la salve, le coup de pinceau d’un projecteur de 30 cm était lancé sur l’objectif. Dès que la fumée des éclatements était venue s’insérer dans le halo lumineux, le projecteur était occulté. Le tout ne durait que quelques secondes, juste le temps nécessaire aux observateurs d’artillerie pour apercevoir le point de chute des obus.
Les projecteurs de 60 cm, servaient à la défense de nuit des cantonnements contre les bombardements par avions.

Le camarade Bonnon

En 1916, fut créée une Compagnie de Projecteurs d’Armée à 6 appareils de 90, plus des projecteurs dits fixes de même calibre, ne se déplaçant que moyennant chargement sur camion. Un embryon de défense aérienne fut organisé au moyen de ces divers éléments et rendit de bons services en forçant les appareils ennemis à voler haut, au détriment de l’efficacité de leur action. »

Voir aussi : Les projecteurs dans la guerre sur terre- dans "La Nature N°2170 - 1er Mai 1915 "

Le parcours de ce régiment

Le mois prochain dans la Gazette, grâce aux annotations portées par Charles Bourcet sur les photos « du camarade Bonnon », nous suivrons ce régiment du Génie depuis son arrivée début juin 1915 à Presles et Boves (Ferme et grotte de la Bovette) et Braine dans l’Aisne, vers le Chemin des Dames...


[1« Le Feu » d’Henri Barbusse

[2ou peut être aussi Service Automobile de Place

[3publié dans le bulletin du Centre Liegeois d’Histoire et d’Archéologie Militaires (Tome V - Fascicule 6 - Juillet 1993). A lire en intégralité sur le site : http://www.clham.org/050540.htm

Messages

  • Bonjour,
    Sur l’acte de mariage du grand-père de mon mari en 1918, il est indiqué "actuellement soldat à la Compagnie de Projecteurs du Génie Militaire Belge". J’ai lu avec intérêt vos 2 articles et recherche des informations sur les possibilités de régiment belge où ce grand-père belge pouvait servir.
    D’avance merci

  • Très intéressant cet article... Ou peut-on lire le premier épisode ?

    • Bonjour, le lien vers le premier épisode se trouve au début du second épisode, en haut de cette page. TS

    • Bonjour

      Si cela vous interresse mon Grand-père Robert Hermier a servi dans deux sections d’auto projecteur, voici es extraits de son parcours :

      • 21 décembre 1914 mobilisé et arrivé aucorps du 3è rgt du Génie,
      • 1915 21 mai 25 novembre campagnes d’Artois et Aisne, au 1er du Génie,
      • le 2 oct. 1915 blessé à la Côte 109 à Souchez Ravin des Zouaves détaché dans un régiment d’infanterie en 1re ligne, reçoit un éclat d’obus à la tête, côté gauche, plaie profonde, est hospitalisé et opéré à Camblin l’Abbé dans le Pas de Calais. Il conserve un éclat d’obus dans la tête. Cité à l’ordre de la Division n°44 :"Caporal d’un dévouement et d’un courage exemplaires. S’est toujours fait remarquer pour son sang froid au cours de la campagne notament en mai 1915 à St Eloi, dans le secteur de ..... il aété blessé en assurant a liaison optique avec un régiment de 1re ligne. En septembre 1917 a été évacué pour pleurite en procédant au sauvetage d’un officier qui se noyait dans la .....(Vézer). Affecté en décembre au Groupe Electrogène.
      • 1916 1er février - 7 oct. nommé Caporal, 18 octobre Verdun, 21è Génie, matricule n° 1665,
      • 1916 15 août : Robert est à la 11è Section des Projecteurs Auto, secteur 79.
      • 1917 21 mars Noyon, 15 mai Maréchal des Logis, 1er juillet passé au 21è Rgt du Génie, hospitalisé atteint de pleurite droite contractée en service
      • 1918 juillet à novembre de Fleury à Mézière, 23 nov. 1918 Cité à l’Ordre du Service Télégraphique n° 397, 29 novembre Cité à l’Ordre de la 9è Division n° 44
      • 1919 11 mai nommé Maréchal des Logis,
      • 1919 10 sept. démobilisé,
      • 1er octobre 1935 dans la réserve de l’armée Territoriale,
      • 15 janvier 1938 passé au CM du train n°3,
      • 1939 5 septembre affecté à la 32è Compagnie d’Auto Projecteurs ;
      • 1940 16 avril, sous officier, Maréchal des Logis Chef, de Traction et de Roulement par ordre n° 4 du Chef d’Escadron du Groupe Auto Régional 212 du 23è Train, 23 juin prend le commandement de la Compagnie n°202 sur ordre du Capitaine Coffre. 30 juin cité à l’Odre du Quartier Général.

      Si vous avez des infos ou photos sur ces lieux ou opérations n’hésitez pas à me contacter.
      Merci

    • Bonsoir
      J’écris une histoire des projecteurs en France depuis 1835 à 1962. Je voudrais utiliser l’histoire de votre GP pour illustrer mon texte.

      Toutefois je lis : "...il prend le commandement de la Compagnie n°202 sur ordre du Capitaine Coffre."

      Comment un sous-officier prend-t-il le commandement d’une compagnie ? Même désigné par son capitaine ? Pour ce faire il dut être nomme au moins S/Lt ..et un capitaine n’est pas habilité... etc...
      Cordialement

    • Bonjour
      En réponse à votre question il était bien Maréchal des Logis Chef à cette prise de commandement temporaire.
      A noter qu’il avait déjà appartenu dès 1915 à une Section Projecteur Auto au 3è G.
      Vous pouvez me contacter directement sur hermier.francois chez wanadoo.fr
      je vous donnerai le détail de son livret militaire et de sa documentation associée.

      Je vous autorise à publier ces éléments de mes recherches en citant la source SVP.
      Bien à vous
      François HERMIER

  • Bonjour,

    Juste une question sauriez vous qui a produit ces projecteurs ?

    Cordialement

    Alexandre

  • Bonjour,
    je possède une photo où figure un véhicule "Auto-Projecteu"
    et un groupe de militaires (dont mon Grand-Père). Il y a une inscription manuscrite :"Auto-projecteur- 1915 - Croix Nivert.
    Si ce document vous intéresse, faites moi savoir comment vous le faire parvenir.
    F Grand

  • Bonjour,
    J’ai beaucoup aimé la photo de groupe avec voiture de cette section dont ont parle pas assez, situé sur la commune de Braine, je souhaiterai localiser cette maison en arriere plan, mais peut-etre aujourd’hui detruite, " La villa Saint-Sebastien" si j’ai bien suivie les explications.
    Cordialement.

    • Bonjour Monsieur,

      Je m’empresse de vous répondre que vous avez toute latitude pour entreprendre des recherches pour localiser cette villa.
      Elle est apparemment une annexe d’une plus grande propriété dans un parc et peut être dans les environs de Braine.

      Je vous envoie sur votre boite mail quelques vues complémentaires pour aider votre recherche.

      Evidemment, tenez-moi informé !

      Cordialement
      Michel Guironnet

  • Bonjour, je fais des recherches sur mon arrière grand père chef d’un bataillon de projecteurs du 2e régiment du génie pendant la guerre 14-18. J’aimerais savoir où trouver des informations sur ces bataillon et en paticulier où puis-je peut-être trouver des informations sur mon arrière grand père nommé Louis Jean Baptiste TERSAC. En vous remerciant de votre réponse, Jérémie Cornu

  • Mon grand-père, Victor Galula, ingénieur,engagé volontaire, avait l’adresse suivante : 7e génie (bataillon ou régiment ?), projecteurs, section postale 132. Je ne m’y retrouve pas, nous ne savons pas où il s’est battu, il a reçu un éclat d’obus dans la colonne vertébrale sans s’en apercevoir. Pourriez-vous nous aider à définir dans quelle division, quel corps d’armée il était ? Merci !

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