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« La puissance de son bras » : corruption et escroquerie à la réforme


jeudi 7 juillet 2016, par Michel Guironnet

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Il existe encore à la campagne beaucoup de braves gens s’imaginant que, malgré les lois, il y a des personnes assez puissantes pour tromper l’œil clairvoyant des membres des conseils de révision et des commissions de réforme.

Les "petites affaires" du Caporal Penet

« Jean Guénard, cavalier à la 5e compagnie de cavaliers de remonte, jouissait à Saint-Chamond d’un congé de convalescence de 2 mois. A l’expiration, il se rendit à Saint-Etienne, afin d’obtenir une prolongation. Les docteurs qui lui passèrent la visite furent d’avis qu’une prolongation d’un mois était nécessaire.

Il se rendit alors à la sous-intendance, afin d’établir les pièces nécessaires. En sortant, il fut suivi du caporal Penet, de la 13e section de commis et ouvriers militaires d’administration, qui lui proposa, moyennant finance, de lui faire obtenir une prolongation plus longue, prétendant y être autorisé par les docteurs.
Guénard accepta moyennant un franc par jour pour le temps que Penet lui ferait obtenir en plus du mois accordé. Ce dernier surchargea sur les pièces le mot un, y substitua le mot trois et perçut ainsi une somme de 60 francs.

Les trois mois écoulés, Guénard vint de nouveau à Saint-Etienne trouver Penet, afin d’obtenir une nouvelle prolongation de congé d’un mois. Ce caporal, qui était chargé à la sous-intendance d’expédier aux intéressés les congés de prolongation et qui remplissait aussi les fonctions de secrétaire à la commission de réforme, dit à Guénard qu’il n’avait pas besoin de se présenter à la visite, qu’il était d’accord avec les médecins et que son congé lui serait accordé.

En effet, Penet fabriqua un certificat de visite, le glissa parmi d’autres pièces, et le fit ainsi signer par les docteurs et à leur insu. Guénard obtint ainsi, moyennant 30 francs, une nouvelle prolongation ; mais alléché par la facilité avec laquelle il les obtenait, il en désira une troisième.

Il écrivit à Penet ; mais ce caporal était sous le coup de poursuites pour avoir fait obtenir illicitement des congés à un civil qui devait être traduit devant la cour d’assises de la Loire. La lettre fut saisie, la fraude découverte, et Penet et Guénard furent renvoyés devant le conseil de guerre.

Déclarés coupables, Penet de corruption et de faux, Guénard de corruption, le premier est condamné à deux ans de prison et le second à trois mois de la même peine, le conseil ayant admis des circonstances atténuantes en faveur des deux accusés ».

« Le Républicain de la Loire et de la Haute-Loire » du 19 juillet 1881.

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« Le Républicain de la Loire et de la Haute-Loire » du 24 août 1881

"Hier, (23 août 1881) après quelques affaires sans importance, on en a appelé une qui a fait un certain bruit à Saint-Etienne. Depuis la chute de l’Empire, les remplacements militaires sont supprimés et des peines sévères ont été édictées contre ceux qui, par des pratiques plus où moins coupables, cherchent à soustraire des jeunes gens aux obligations du service militaire.

Les époux Perrin, cultivateurs, avaient un fils grand et fort. Le conserver chez eux était leur plus grand désir. Pour obtenir ce résultat, ils s’adressèrent à un sieur Bastide qui, moyennant deux mille francs et à l’aide de certains remèdes, se chargea de mettre le jeune homme en état d’être exempté.

C’était un habile empirique que ce Bastide ! Il fit faire à Jean-Marie Perrin des marches forcées et lui couvrit le corps d’emplâtres. Mais ces pratiques n’eurent aucun résultat. Jean-Marie, doué d’une constitution robuste, supporta gaillardement les effets de ce traitement. Il fut en conséquence incorporé dans le 20e régiment de dragons en garnison à Poitiers.

Perrin père n’était pas content. Il s’en alla trouver Bastide, se plaignit de l’inefficacité des remèdes et finit par réclamer l’argent versé. Bastide ne voulut rendre que mille francs, disant que le reste de la somme lui était nécessaire pour obtenir pour son fils une série de congés. Une permission de sept jours, en effet, fut d’abord accordée au jeune soldat.

Puis, un tiers fut chargé par Bastide de proposer au sergent d’intendance Penet de procurer à Jean-Marie un certificat de médecin et de faire signer cette pièce par M le sous-intendant militaire en vue d’obtenir un congé d’un mois. Penet refusa d’abord, mais, après beaucoup d’instances de la part de l’entremetteur, il finit par céder.

Il existe à l’Intendance des certificats imprimés dont un certain nombre, pour éviter les longueurs, sont signés d’avance, d’abord par un premier médecin, puis, pour contrôle, par un second. Aussitôt qu’un militaire demande un congé de convalescence, l’un de ces certificats est rempli, soumis à la signature du sous - intendant et envoyé à la division, qui, après examen, accorde ou refuse. D’ordinaire, le sous-intendant examine le cas, mais, s’il est surchargé de travail, il signe.

Le caporal Penet réussit à glisser le certificat de maladie délivré à Perrin parmi les pièces soumises à la signature de son chef. Mais l’affaire fut découverte à la division et Penet, traduit devant le Conseil de guerre, séant à Clermont, fut condamné à 2 ans de prison.

Conformément au Code qui veut que les affaires portées au Conseil de guerre reviennent aux Tribunaux ordinaires lorsqu’un civil y est mêlé, Penet comparaissait hier devant la 3e chambre correctionnelle. Il a exprimé de vifs regrets et Maître Cuisson, son avocat, a brillamment défendu sa cause.

Le Tribunal l’a reconnu coupable, mais, lui accordant le bénéfice des circonstances atténuantes, a déclaré que sa peine sera confondue avec celle qu’il subit, prononcée par le Conseil de guerre.

Bastide, paraît-il, a perdu la raison, ce qui n’est point si déraisonnable que cela ! Il a été dispensé de comparaître. Mais, s’il était permis de s’intéresser à lui, nous dirions qu’il pourra bientôt, sans doute, quitter la maison de santé où on l’a fait enfermer. Quant au jeune Jean-Marie, qui était présent à l’audience en uniforme de dragon, il a été mis hors de cause ; il n’a plus qu’à rentrer à la caserne de Poitiers.

« Le Petit Stéphanois » du 24 août 1881.

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Dragon à cheval
« La Nouvelle armée française, aquarelles originales de Auguste de Moltzheim » 1875.

Des femmes qui ont le bras long

"Trois affaires qui ont fait quoique bruit à St-Etienne sont venues à l’audience correctionnelle d’hier (30 août 1881). La salle est bondée de monde. Les retardataires sont obligés de se tenir debout. Les couloirs sont pleins et la foule regorge jusque dans la salle des Pas-Perdus.

La femme Beau, en élégante toilette de ville, vient s’asseoir sur le banc des prévenus, sous la prévention d’escroqueries commises envers plusieurs pères et mères de famille auxquels elle a fait croire à un pouvoir et à un crédit qu’elle ne possédait pas.

Il existe encore à la campagne beaucoup de braves gens s’imaginant que, malgré les lois, il y a des personnes assez puissantes pour tromper l’œil clairvoyant des membres des conseils de révision et des commissions de réforme. Les faits consignés au procès en font foi.

Les époux Merle ont un fils aujourd’hui sous les drapeaux, en faveur duquel il leur fut conseillé d’avoir recours à Mme Beau, qui, disait le bruit public, avait grand bras. Diverses sommes furent remises à l’inculpée et... le fils Merle fut déclaré bon pour le service. Il en fut de même pour la famille Galland qui lui fit remettre par deux tiers une somme de 50 francs.

Une autre victime, la dame Veillon, celle-ci amie de Mme Beau, avait envoyé à cette dernière un éventail du prix de 160 fr. Les sieurs Sauzéon et Noël, autres pères de famille trop crédules, avaient également déboursé chacun une certaine somme pour obtenir en faveur de leurs fils l’appui de la femme Beau, dont le pouvoir est venu enfin échouer sur le banc de la police correctionnelle.

Après l’interrogatoire de la prévenue et des témoins, M. le président a donné la parole à Maître Cuissou, défenseur de la prévenue.
L’honorable défenseur a repris une à une les dépositions des témoins et, s’il n’a pas réussi à faire acquitter sa cliente, il a fait les plus louables efforts pour obtenir l’indulgence du tribunal qui, après un délibéré assez long, a condamné la femme Beau à deux mois de prison, 50 francs d’amende et aux dépens de l’instance.

La fille Grangier tenait aussi, dans son domicile de la rue Ste-Catherine, bureau d’exemptions militaires. Les bonnes femmes du quartier étaient, comme les dupes de la femme Beau, persuadées de la grandeur de son bras. Aussi les visites ne lui ont pas fait défaut.

Un témoin lui a remis, en trois fois, une somme de mille francs. M. le Procureur de la République lui dit : « Vous saviez bien cependant que cette femme n’était pas un membre du conseil de réforme ! »

Elle paraissait du reste avoir fixé son tarif à 1.000 francs. Exception avait été faite en faveur du sieur Bastide, de Saint-Genest-Lerpt. Le sachant riche, on n’avait pas craint de lui demander 2.000 francs pour lui conserver son fils. Il en avait donné 1.000.

A Saint Genest Lerpt, Jean Bastide, passementier, est marié avec Fleurie Dubanchet. A l’époque des faits, ils ont deux garçons qui peuvent être concernés : Antoine, né le 12 novembre 1856 et Jean-Marie, né le 28 décembre 1857.

Les familles Chambe et Cizeron versèrent la première 700 francs, la seconde 1.000 fr. Leurs fils furent en effet réformés. Le fils Chambe fit alors cadeau d’une somme de 100 francs à l’inculpée, qui, du reste, pour sa défense, se borne à nier.
Maître Cuisson, chargé de la défense de la fille Grangier, invoque la prescription en ce qui concerne deux des faits reprochés à sa cliente. Pour le reste, il se borne à demander l’indulgence du tribunal, qui condamne la prévenue à deux mois de prison et 50 francs d’amende et aux dépens.

La femme Villemagne prétendait aussi, d’après la déposition de quelques témoins, que la puissance de son bras s’étendait loin, très loin, et les gens crédules de la consulter ! La femme Pallandre lui remit un jour 300 francs. Mais, en personne prévoyante, se fit faire un billet. Cette précaution a sauvé la femme Villemagne qui a pu justifier qu’il s’agissait d’un prêt et non d’une somme donnée à l’effet d’obtenir une exemption pour Pallandre fils.

Le tribunal, après une habile plaidoirie de Maître Desgeorges, a renvoyé la femme Villemagne des fins de la plainte, sans dépens"

« Le Petit Stéphanois » du 31 août 1881.

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La Dame Baud, célébrité du demi-monde
« Le Républicain de la Loire et de la Haute-Loire » du 31 août 1881 écrit que le caporal d’intendance Penet est complice.

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