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La manufacture de porcelaines de Lorient

Le jeudi 1er juillet 2004, par Jean-Yves Le Lan

La ville de Lorient est souvent associée à la Compagnie des Indes qui pratiquait son activité commerciale avec l’Inde et la Chine. Parmi les produits que ramenaient les navires de la Compagnie, il y avait, en particulier, la porcelaine en provenance de Chine.

Cette porcelaine était ensuite mise en vente à des négociants dans l’hôtel des ventes de la Compagnie : l’hôtel Gabriel, et, dans l’esprit des acheteurs, la ville de Lorient était le port de transit de la porcelaine de Chine.

Mais, après la fin de la dernière Compagnie des Indes, la Compagnie de Calonne, la ville de Lorient a eu aussi sa manufacture de porcelaines et des pièces de bonne qualité, à la fois pour le matériau et pour leur décoration, sont sorties de cet établissement qui a eu toutefois une vie éphémère, de 1790 à 1808.

La région de Lorient était propice à l’installation d’une fabrique de porcelaines car, en effet, dans les environs très proches, au Kernével et dans un lieu situé dans le voisinage de l’aqueduc de la Compagnie des Indes : « le chemin des fontaines », il existait dans le sous-sol les matières premières nécessaires à la fabrication de la porcelaine.


Le lieu d’implantation

La manufacture de porcelaines de Lorient était implantée dans le lieu dit « Bois du Faouëdic », puis « Bois du Blanc » et dénommé au milieu du XIX° siècle « Blanc ». Ce lieu se situe, actuellement, à l’extrémité de la passerelle de chemin de fer, côté Lorient où se trouvaient, au XVIII° siècle, les bâtiments de la Compagnie de l’Isle et Costes de Saint-Domingue repris par le sieur Arnous pour y implanter son chantier de construction navale. L’édifice servant d’atelier et de magasin à la manufacture, était implanté à la pointe nord du Blanc. Le bâtiment s’étendait, sur une longueur d’environ vingt mètres, parallèlement à la rivière, Le Scorff. Les fours à porcelaines étaient construits en face du magasin contre le mûr d’entourage d’un jardin.


Les propriétaires et les directeurs

Le créateur de la manufacture fut un dénommé Chaurey dont l’origine est inconnue. Il arriva à Lorient en avril 1790 et monta la manufacture vers cette date. Dès octobre 1791, Chaurey avait déjà de graves difficultés financières. Il manquait d’argent pour payer ses ouvriers et en contre partie de leur travail, il leur assurait la nourriture et le logement en prenant des accords avec des aubergistes payés par des obligations. Pour éviter la fermeture de son entreprise, Chaurey obtint un prêt de 1 500 livres du Directoire du département. Cette somme assez faible ne permettait pas de redresser la société mais tout au plus d’attendre le retour des navires envoyés en Amérique. Début 1793, Chaurey fut assigné devant le tribunal par le sieur Danier, menuisier, et le sieur Druay, couvreur, en paiement de billets signés pour régler des travaux réalisés par ceux-ci dans son atelier du Blanc. Mais, Chaurey avait déjà quitté la ville.

Malgré la situation désastreuse de l’entreprise et le mauvais climat social qui régnait à cette époque dans le pays, Chaurey eut un successeur. Ce dernier fut l’un de ses ouvriers, François Sauvageau, natif de la paroisse de Saint-Lambert de Vaugirard-lès-Paris, tourneur en porcelaines. Celui-ci se maria à Lorient, à l’âge de trente-trois ans, avec Marie Fouquet et sur son acte de mariage, en date du 5 mars 1793, il est désigné comme « Directeur de la Manufacture de porcelaines de Kerentrech ». Pour assurer le devenir de la société, Sauvageau diversifia sa production et c’est ainsi qu’il se mit à fabriquer de la chaux et des briques pour l’arsenal de Lorient. Sauvageau mourut à Lorient, le vingt-cinq pluviôse an XIII, à l’âge de quarante-cinq ans.

Il laissa derrière lui une veuve avec un jeune garçon. Marie Fouquet, sa femme, dès la mort de son mari, voulut vendre la manufacture tout en assurant la poursuite du travail dans les ateliers.

Ce ne fut que plusieurs mois après le décès de Sauvageau qu’un acquéreur se présenta, un jeune rentier de Lorient, nommé Lazarre-Marie Hervé. Hervé était marié avec une fille du négociant Julien-Louis de Monistrol.

Celle-ci était co-propriétaire du Blanc avec ses frères et sœurs. Avant de signer l’acte de vente de la manufacture, Hervé établit des arrangements avec ses beaux-frères et belles-sœurs sur la propriété du Blanc et dans le contrat rédigé devant notaire, la manufacture y est décrite en ces termes : « 1° Que de la succession bénéficiaire dudit feu sieur Sauvageau il dépend un établissement ou manufacture de porcelaines formée au quartier nommé le Bois du Blanc, succursale dudit lieu de Kerentrech, en la commune de Lorient, ainsi que tout ce qui se trouve en dehors et en dedans, savoir : porcelaine achevée, porcelaine ébauchée, en pâte et couverte, le four, l’entourage, la couverture, la maison à côté du four, celle qui est dans le jardin, les meules, tours, cazettes, rondeaux, bois [...] ». L’acte de vente est établi en date du 7 nivôse an XIV. Le nouveau directeur âgé de vingt-deux ans n’avait aucune connaissance sur la tenue d’un établissement industriel et sur le travail de la porcelaine. Ce manque d’expérience fut à l’origine de la perte de sa fortune et de la manufacture, cela en moins de deux ans.

L’établissement fut fermé en 1808. Hervé quitta Lorient et alla se fixer à l’île Maurice. De retour à Lorient, après seize années d’absence, Hervé ne retrouva rien de l’établissement où il s’était ruiné.


Les employés

Le créateur, Chaurey fit venir des quatre coins de la France des ouvriers porcelainiers tels qu’ébaucheurs, mouleurs, tourneurs, trempeurs, décorateurs et brunisseurs, etc. Certains provenaient de Paris, d’autres, de Nantes, de Strasbourg, de Limoges et de Mayence.

C’est ainsi que les frères Jacques et François Sauvageau vinrent pour le premier de Vaugirard à côté de Paris et le deuxième de Nantes ; le dénommé Joseph Petit arriva de Strasbourg tandis qu’Hanroux provenait de Limoges et Questscher de Mayence. D’autres ouvriers, dont la provenance nous est inconnue, travaillèrent dans l’établissement tels que Guenet, Semer, Nicolet et Poillo. Les deux derniers appartenaient encore à la manufacture, à la veille de sa fermeture, en 1807. A cette époque, la manufacture employait de trente à quarante ouvriers.

Sous la direction de Sauvageau, dans l’annuaire morbihannais de l’an XII, il est précisé : « Comme cette manufacture fournit bien plus à l’étranger et pour les colonies que pour la consommation intérieure du pays, il n’est pas étonnant qu’en temps de paix elle ait plus d’activité qu’en temps de guerre ; aussi en temps de paix elle occupe quarante deux ouvriers, tant peintres que figuristes et tandis qu’en temps de guerre elle ne peut en occuper que douze, du nombre desquels sont des artistes d’un très grand mérite. » Cet extrait nous indique donc que la manufacture employait de 12 à 42 personnes.

A l’époque d’Hervé, le personnel était moins nombreux et se composait d’une douzaine de personnes : deux tourneurs, un mouleur, un émailleur, un brunisseur, un doreur, un peintre et quatre ou cinq hommes de peine.


La production

Les porcelaines fabriquées au Blanc étaient en général des porcelaines dites d’office : assiettes, plats, bols, accessoires de table, services à thé et à café. Mais, il est sorti aussi des ateliers des œuvres d’art et d’ornement. C’est ainsi que nous trouvons la description de deux vases produits dans la manufacture lorientaise ayant appartenu à Henry du Faouëdic : " Leur forme est Médicis, ils ont une hauteur de 26 centimètres, leur sujet est une grisaille, camaïeu sur fond jaune d’antimoine, posé au pinceau avec décors d’or bruni ; la bride or bruni, chêne-tresse sur la gorge entre-fillets or bruni, chaque anse formée d’un anneau. Sur la panse de l’un de ces vases, le peintre Huyon a reproduit la fondation de Lorient ; un petit génie présente à Pallas, qui le couronne, le plan de la ville ; la déesse satisfaite est assise, le coude appuyé sur un globe terrestre, où un autre génie marque avec le compas le point où doit s’élever Lorient. De petits demi-dieux enfantins mesurent les matériaux et taillent les pierres, autour d’eux, les attributs de l’architecture et des beaux-arts. Dans le fond, un dieu marin troublé dans sa retraite exprime l’onde ruisselante de sa chevelure. Sur l’autre vase, formant le pendant, le peintre a célébré la prospérité de Lorient. La ville personnifiée est sur un gouvernail, à ses pieds est couché Mercure, dieu du Commerce, tenant à la main le caducée de la paix. D’un côté, un petit génie confectionne des ballots de l’autre côté, le génie du Scorff épanche paisiblement ses eaux, dans le fond, un navire à la voile étendue.

Au-dessus de ce sujet, au-dessous de la panse du vase est le culot guirlandé de feuille de laurier, entre deux doubles files d’or bruni. Le pied est jaune uni avec deux cordons noirs, au champignon et à la baguette ; ce pied est posé sur une base porcelaine, marbre grisaille ".

A cette époque, la porcelaine était un produit de luxe et celle en provenance de Chine avait une excellente réputation. Le marché, pour la manufacture lorientaise, était donc assez étroit et son premier directeur avait pour ambition les Etats-Unis d’Amérique et les colonies françaises.

Des peintres de qualité ont travaillé dans cette manufacture. Deux noms sont arrivés jusqu’à nous, Huyon, membre de l’académie de peinture et Raynal dont la spécialité était les portraits. Une jeune ouvrière brunisseuse, Mlle Martin, fut remarquée par Raynal pour ses dispositions au dessin et il lui donna quelques leçons. Elle peignit, notamment, de jolis semés de bleuets, au feuillage vert tendre qui décorent un grand nombre de porcelaines lorientaises.

Les marques de fabrique pour reconnaître les porcelaines lorientaises sont les suivantes :

  • P.L. en bleu (ce qui signifie : Porcelaine Lorientaise),
  • La première lettre du nom de l’ouvrier porcelainier : L. pour Landry, N. pour Nicollet, G. pour Guenet, P. pour Poillo, J. pour Jubin, S. pour Semer et certaines avec la lettre T. dont le nom de l’ouvrier nous est inconnu,
  • Le nom de l’acquéreur écrit en couleur brune et en particulier celui d’Halley (nom d’une famille lorientaise).


    Sources :

1. Jégou (François) - La manufacture de porcelaines de Lorient (1790 -1808) - Typographie de Victor Auger - Lorient - 1865.

2. Archives municipales de Lorient - Fonds Gaigneux - 4 Z 9 - dossier 107.


L’auteur est intéressé :

1. pour obtenir tout renseignement sur le dénommé Chaurey (Naissance, mariage et décès),

2. de rentrer en contact avec des personnes détenant des porcelaines produites par la Manufacture de porcelaines de Lorient.

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8 Messages

  • deux pièces sont conservées au musée de Sèvres.
    elles sont visibles sur http://www.photo.rmn.fr/cf/htm/Search_New.aspx en tapant « lorient »
    cordialement, Dominique.

    Voir en ligne : base photos réunion des musées nationaux

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    • > La manufacture de porcelaines de Lorient 6 novembre 2006 17:10, par Jean-Yves Le Lan

      Bonjour,

      Merci pour cette information. J’avais déjà localisé ces deux pièces exceptionnelles détenues au Musée de Sèvres. Je n’ai toutefois pas pour l’instant trouvé d’autres pièces dans les brocantes ou chez des particuliers.

      Bien cordialement

      Jean-Yves Le Lan

      Répondre à ce message

  • La manufacture de porcelaines de Lorient 21 septembre 2007 12:26, par devroey jean-marie,16 chemin de halage,7642 calonne,belgique

    Bonjour,
    Je possède un plat de la manufacture de Lorient,marquée d’un « T » rouge,ce plat mesure 30 cm de diametre,et est cerclée d’argent(poinçon « minerve »)le verso,tourné a 2 talons,et semble de pate tendre,la face montre un décor chinoisant,composé d’un oiseau stylisé avec ,dans son bec un insecte,formant le centre du plat,aux couleurs famille rose enrichie de dorure,au dessus et en dessous on voit deux cartouches polylobés bordé de noir,dans lesquels sont peints des fruits en camaieu rouge de fer et aussi enrichis de dorure,autour de ces 3 décors,on dira le fond ;il est en rouge de fer parsemé de fleurs de couleur aubergine,le fond rouge est quand a lui enrichi de spirales à la chinoise dorées,le marli est strié de lignes obliques se croisant en rouge de fer sur le fond blanc,la couleur dominante est le rouge,je pense le revendre,pourriez vous me dire quel prix je pourrais en tirer,je laisse mon adresse Email,et vous salue cordialement
    Devroey jean-marie

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    • La manufacture de porcelaines de Lorient 21 septembre 2007 19:44, par Jean-Yves Le Lan

      Je suis content d’apprendre que vous possédez un plat fabriqué dans la manufacture de Lorient. Je n’ai aucune compétence pour faire une estimation de sa valeur. Je serai intéressé pour que vous me communiquiez des photos (recto-verso) de ce plat. Cela est-il possible ?

      Pour la vente de votre plat, pourriez-vous me communiquer votre adresse Internet et postale en m’envoyant un e-mail à jy.lelan chez waika9.com pour que je vous mette en relation avec des personnes ayant une connaissance des porcelaines (A priori votre e-mail n’apparaît pas dans votre message).

      Bien cordialement

      Jean-Yves Le Lan

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  • La manufacture de porcelaines de Lorient 3 mars 2009 15:30, par fouchet nelly Expert

    Je suis expert en céramique de collection et antiquaire au Louvre des antiquaies à Paris.Il se trouve que j’ai une ravissante verseuse signée PL en bleu sous couverte en lettres majuscules " en ronde) entelacées.Je vais vérifier à SEVRES sur les deux pièces existantes la signature pour confirlation .Pour la datation cette verseuse correspond àl’époque de fabrication de la ManuFacture de Lorient.Avez-vous une photo de la signature SUR une pièce ? Merci en ce cas de m’en adresser une photo par mail,si possible.Salutations.NellyFouchet expert.

    Répondre à ce message

  • La manufacture de porcelaines de Lorient 13 octobre 2014 22:57, par VIARD

    Bonjour monsieur Le Lan
    Passionné de Lorient depuis mon arrivée en 2000 dans cette merveilleuse cité, je viens de prendre connaissance de votre site et en particulier de l’article que vous avez écrit sur la manufacture de porcelaines de Lorient.
    Puis-je insérer le début de votre article très intéressant à mon site ?
    de la façon suivante : http://silorientmetaitconte.net/1790-installation-dune-manufacture-porcelaines-place-poterie-dirigee-nicolas-chaurey/
    et pourquoi pas, l’aricle dans son intégralité ?
    Dans l’attente de vous lire
    Bien cordialement
    Frédéric VIARD
    Si Lorient m’était conté
    http://silorientmetaitconte.net/

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  • La manufacture de porcelaines de Lorient 16 avril 2019 17:56, par Brigitte Gervais

    Bonjour Monsieur, je possède un petit cartel de 18 cm de hauteur signé Lorient 1740 avec un M majuscule superposé sur un petit dessin qui représente vraisemblablement à un poisson schématiser. Le mécanisme de la pendule ne fonctionne plus. Ce cartel appartenait à ma grand mère Louise Tregaro née en 1890 à Bignan..
    Je souhaiterai savoir s’il s’agit vraiment de sa date 1740. Il est très joliment décoré de style Louis xv avec le blason breton des petits motifs floraux très fins
    J’y tiens sentimentalement et ces informations compléteront l’histoire et l’arbre généalogique de ma grand mère.
    Je vous remercie par avance pour les informations que vous pourriez me données. Avec mes salutations distinguées.

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