Je dispose de l’arbre généalogique des familles coté Oliver et coté Waller. Pour la part espagnole, il a été constitué partiellement avec des actes de ventes et successions trouvés dans la maison de Soller ; il remonte sur 6 générations. L’arbre généalogique coté Waller, beaucoup plus complet et détaillé, établi dans les années 1940 et ultérieurement complété, remonte sur huit générations.
Il commence avec Pierre Waller né en 1730 à Ehrang, situé en Allemagne dans le Land de Rhénanie-Palatinat. A l’époque, c’était l’Electorat de Trèves, territoire du Saint Empire Romain Germa-nique, dont l’Archevêque était aussi un des Princes électeurs ayant la charge de désigner l’Empereur.
A noter la date de naissance de Mathias Waller : le 17 pluviose de l’an 2 du calendrier révolutionnaire français, soit le 5 février 1794 du calendrier grégorien. Les troupes de la République, après la victoire de Valmy sur la Prusse en 1792 avaient poursuivi leur avance en territoire ennemi et occupé le Palatinat, passé sous administration de la jeune République. Nos ancêtres Waller, étaient des catholiques allemands tous nés dans les environs de la ville de Trèves : Möhn, Ehrang, Kordel….

L’histoire de la famille nous révèle que Antoine Waller né en 1837 à Kordel est venu s’installer à Metz après 1870, suite à la défaite de la France face aux troupes coalisées de l’Empire Romain Germanique menées par la Prusse et l’annexion des territoires qui s’ensuivit. Sculpteur / tailleur de pierres il oeuvrait sur le chantier de la cathédrale Saint Pierre de Trèves.

Cette cathédrale est le siège du diocèse catholique de Trèves. Construite entre le XIe siècle et 1270, elle est la plus ancienne cathédrale d’Allemagne. Son histoire pluriséculaire est rendue visible par l’assemblage exceptionnel de styles architecturaux successifs d’époques différentes, roman, gothique, renaissance., néo gothique.
Après la chute du Premier Empire français, la Prusse devient l’Etat le plus puissant du Saint Empire Germanique. Sous le règne de Guillaume Ier, son ministre Otto von Bismark oeuvre pour fédérer les Etats de l’Empire, prélude de l’unification allemande qui se fera en 1871.
A titre de revanche de la défaite allemande lors de la bataille des deux Em-pires à Iéna en 1806, il rassemble les états impériaux, déclare la guerre à la France et c’est la défaite humiliante de la France en 1870, suivi de l’annexion des territoires Alsace et Lorraine. Notons qu’il est plus exact de préciser Alsace et Moselle, une partie de la Lorraine Sud restant française.
Guillaume 1er, Empereur romain germanique et roi de Prusse décide de conférer aux territoires conquis la marque impériale allemande. Il impose l’usage exclusif de la langue allemande, les lois de l’empire, l’organisation administrative. La présence militaire et le système de défense sont puissamment renforcés. Un vaste pro-gramme de germanisation sociale, culturelle et architectural est entrepris. La ville de Metz va connaitre une intense période de construction de nouveaux bâtiments officiels de style germanique : la gare, la poste, le palais du gouverneur militaire, des casernes, les bâtiments religieux. Deux temples protestants seront construits pour les citoyens allemands de culte réformé.

Les bâtiments historiques existants sont restaurés avec l’apport de nouveaux éléments architecturaux. Et c’est ainsi que mon bisaïeul, Antoine Waller né en 1837, maître du chantier de la cathédrale de Trèves, est envoyé à Metz après 1870 pour participer à cette mission d’intégration culturelle des territoires annexés.
La famille Waller est donc transplantée en territoire occupé après l’annexion. Mon grand-père Jean Waller, né en 1870 à Möhn, encore bébé, est du voyage. Son père Antoine Waller est chargé des travaux de rénovation de la très belle cathédrale gothique Saint Etienne de Metz. Remarquable par la hauteur de sa nef, la surface des ses vitraux de 6500 m2, la plus importante d’Europe, elle n’échappera pas à la volonté de germanisation de l’empereur Guillaume. II intervient en particulier en tant que donateur pour la reprise du portail de la cathédrale qu’il inaugure en 1903.
En 1877, au cours d’un feu d’artifice, la toiture de l’édifice prend feu. Mais l’incendie est maitrisé avant que la structure des voûtes ne soient endommagée. La charpente traditionnelle bois est rem-placé par une structure en fer, technique nouvelle en vogue à l’époque, et la toiture est couverte de plaques de cuivre.

Mon grand père Jean Waller prend la succession de son père Antoine à une date que j’ignore mais que l’on peut supposer au tournant des XIX et XXe siècle.
A la fin de la Première Guerre Mondiale, les territoires annexés sont rendus à la France. Les citoyens allemands d’origine, dont mon grand père, étaient en principe contraints de retourner en Allemagne. Mon père m’a dit que le grand père avait choisi de rester à Metz, au service de sa cathédrale.
Très croyant, il portait une dévotion spéciale à la Vierge Marie. Encore jeune apprenti avec son père ; il avait fait une chute sur les toitures de l’édifice ; implorant la Vierge Marie il avait réussi à arrêter sa glissage mortelle en se rattrapant à une gargouille.
Il exercera la fonction de maître de chantier de la cathédrale jus-qu’après la Seconde Guerre Mondiale. Il dépendait du Service des Beaux Arts et Monuments Historiques. Les bureaux étaient dans un bâtiment historique jouxtant la cathédrale. J’y rendais visite à ma tante Amélie, sa fille, qui était secrétaire du service.
Au titre de son service de tutelle, il intervenait aussi sur d’autres bâtiments historiques de la ville et des environs. Mon père m’avait montré certaines de ses interventions dont je n’ai malheureuse-ment pas gardé la mémoire. Il réalisait aussi des oeuvres nouvelles contemporaines dont un imposant monument funéraire au cimetière de l’Est de Metz.
De la rénovation architecturale de la ville de Metz après 1870 et d’autres travaux ultérieurs, mon grand-père avait gardé des statues, réparties en famille à sa succession. Il m’en est revenu deux de petite taille identifiées comme Saint Pierre et Saint Barthélémy.












Antoine et Jean Waller et la cathédrale de Metz