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L’histoire orale

Le samedi 28 août 2004, par Thierry Sabot

Si l’histoire et la généalogie se construisent principalement à partir de textes, il arrive parfois que le chercheur, dans sa quête de renseignements, soit amené à recourir à des témoignages oraux. Que ce soit pour écrire l’histoire de sa famille ou de sa commune, l’interview de personnes ayant connu quelques aïeux ou ayant vécu certains événements est toujours riche d’enseignements. Mais, pour être pleinement efficace, cet entretien doit être soigneusement préparé.

L’utilisation de l’histoire orale pour écrire l’histoire n’est pas une méthode récente. Dès l’Antiquité, le Grec Thucydite interroge les témoins visuels des événements de la Guerre du Péloponnèse (431-411 avant J.C).
En France, à la fin du XIX° siècle, malgré le mouvement positiviste, les ethnologues « folkloristes » s’efforcent de collecter les témoignages et les vieilles chansons (cf la Revue des traditions populaires). Toutefois, ce n’est que dans les années 70 que l’université française s’ouvre réellement à l’enquête orale. On assiste alors aux développements des récits de vie (cf Le Cheval d’Orgueil ou encore Gaston Lucas, serrurier), des mémoires, des autobiographies, des travaux d’ethnographie rurale et à la multiplication des enquêtes en milieu ouvrier.
Appliquer l’enquête orale à la recherche historique et généalogique revient à tenter de sauvegarder dans l’urgence les témoignages menacés de disparaître. Qui n’a pas regretté l’absence d’un grand-parent lorsqu’il s’agit de mettre un nom sur les visages inconnus de quelques vieilles photographies ?

Souvent les témoignages d’un parent âgé ou d’un voisin nous en apprennent plus sur notre propre famille que la consultation de documents officiels. Ainsi, l’interview est un moyen de combler les lacunes révélées par la disparition d’un ancien ou par la sécheresse des documents d’état-civil. De plus, elle permet d’éclairer différemment les événements ou les petits faits de la vie quotidienne de nos aïeux. Mais dans tous les cas, il ne s’agit pas seulement de collecter les récits, mais plutôt de s’efforcer de les croiser et de les analyser afin de tenter de comprendre le passé.

Pour mener à bien l’interview, il est nécessaire de respecter quelques règles : Le magnétophone est obligatoire afin de garder une trace sonore de la discussion. Au début de l’entretien, il faut toujours préciser ce que l’on compte faire ultérieurement des réponses de l’interlocuteur. La prise de contact est essentielle car d’elle dépend le bon déroulement de l’enquête et d’éventuelles confidences de la part du témoin. Le cadre général des questions doit être préparé à l’avance afin de guider les souvenirs de l’interlocuteur durant l’entretien. Il faut éviter les questions trop floues qui entraîne souvent des réponses très vagues. De même, il ne faut pas être trop précis car on risque alors de fournir involontairement la réponse dans la question. Il importe également de savoir écouter son interlocuteur et de savoir stimuler la mémoire de celui-ci. Il faut respecter ses refus de s’exprimer sur un point précis, toujours tenir compte de ses réticences et de ses gênes face à tel ou tel sujet. Ne pas le juger mais toujours essayer de le comprendre. Enfin, mener une interview suppose une connaissance partielle du sujet abordé afin de pouvoir contrôler la valeur des réponses du témoin.

Il ne faut jamais perdre de vue que les réponses de l’interlocuteur traduisent la façon dont il se souvient de son passé, la représentation qu’il en a. Les risques de réinterprétations, de décalages par rapport à la réalité, ou plus simplement d’oublis sont nombreux. Ses réponses peuvent être également influencées, plus ou moins inconsciemment, par son vécu, ses lectures, des propos entendus, la mémoire collective publique, ou encore par l’interviewer lui-même. De même, ses propos peuvent être, volontairement ou non, erronés par ignorance ou par extrapolation : ainsi certaines personnes sont persuadées d’avoir réellement vécus certains faits dont elles ne connaissent pourtant l’existence que par autrui.

Une fois l’interview terminée, le chercheur se trouve confronté au problème de la transcription, c’est-à-dire le délicat passage de l’oral à l’écrit. Il faut savoir qu’une transcription ne rend jamais parfaitement compte des propos échangés lors de l’entretien. La signification des gestes, des soupirs, des mimiques, des silences, des hésitations, des intonations de la voix qui ponctuent le dialogue ne sont pas toujours bien exprimés par l’enregistrement. De même, l’interlocuteur a pu s’appuyer sur des objets ou des photos pour compléter ou ponctuer ses propos. Il a également pu être perturbé par la présence d’autres personnes. Il importe donc de tenir compte du contexte et de l’environnement de l’interview. Au passage, notons qu’un entretien dans un lieu familier (une maison, un village) peut stimuler les souvenirs.
Sur un plan formel, il convient tout d’abord de mettre de l’ordre dans les questions et les réponses fournies. Ensuite, la transcription doit respecter le style oral, le vocabulaire et les expressions du l’interlocuteur. Elle doit être complète, c’est-à-dire au mot à mot, mais avec ajout de ponctuation pour améliorer la lisibilité. L’utilisation de crochets permet de mettre en évidence les mots douteux tandis que les points de suspension sont réservés à l’expression des pauses ou des hésitations.
Enfin, un dernier travail consiste à confronter les réponses de l’entretien avec d’autres documents, d’autres sources afin de compléter, d’illustrer, d’affirmer ou d’infirmer certains propos. 

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6 Messages

  • > L’histoire orale 2 novembre 2004 15:15, par DUBOURG Alain

    Bonjour M. SABOT, mon message n’est pas une réponse mais une question.

    Parcourant le net, j’ai trouvé vos coordonnées je tente ma chance pour quelques renseignements. Je m’appelle ALain DUBOURG, et, inscrit à l’université des Antilles et de la Guyane, après avoir effectué un Dea sur Le catholicisme et le sport à la Martinique dans l’entre-deux-guerres, je poursuis sur Les mouvements de jeunesse catholiques à la Martinque au XXe siècle. Concernant mon sujet, des acteurs fondateurs sont toujours en vie et bien entendu je ne peux éluder le passage par l’oralité et l’utilisation d’entretiens comme source.

    D’où ma question : quelles sont les ouvrages incontournables, les classiques, que je dois consulter pour aborder les problèmes méthodologiques inhérents à ce type de travail ? Il me semble qu’il y a un Italien mais je n’en sais pas davantage. En France, il semble que TOUCHARD soit également incontournable. Je suppose que vous avez également écrit sur ce sujet.

    Cordialement.

    Alain DUBOURG

    alain-dubourg chez wanadoo.fr

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    • > L’histoire orale 3 novembre 2004 06:38, par Thierry Sabot

      Bonjour,

      Au sujet de l’histoire orale, je vous conseille :

      • Guy Thuillier et Jean Tulard, Histoire locale et régionale, Que-sais-je ? numéro 2689, P.U.F., Paris, 1992 (avec une chapitre sur l’histoire orale et ses -méthodes).
      • Guy Thuillier et Jean Tulard, La Méthode en Histoire, Que-sais-je ? numéro 2323, P.U.F., Paris, 1986.
      • Philippe Joutard, Ces voix qui nous viennent du passé, Paris, Hachette, 1983.
      • Alain Croix et Didier Guyvarc’h, Guide de l’Histoire locale, Paris, Seuil, 1990 (avec une chapitre sur l’histoire orale).

      Ces quatre ouvrages renvoient à d’autres plus spécialisés.

      Cordialement,

      TS

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  • Monsieur Sabot,

    Dans le cadre d’un stage de fin d’études, je suis appelée à travailler sur l’enquête orale et surtout sur ses utilisations possibles. C’est-à-dire quels projets peuvent être réalisables pour mettre à disposition du public les informations récoltées ? Peut-être pouvez-vous m’apporter des informations à ce sujet.

    Bien cordialement,

    Gwénaëlle Uliana

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    • > Histoire orale et utilisation pratique ? 20 mars 2007 15:03, par Thierry Sabot

      Bonjour,

      Il est bien difficile de répondre car cela va dépendre du public et de l’orientation donnée à l’enquête... La publication imprimée (sous forme de plaquette, brochure ou livre), l’exposition sous la forme de panneaux, l’enregistrement d’un film, la réalisation d’un dvd, la conférence... sont autant de pistes possibles... à creuser...

      Bien cordialement,

      TS

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  • eviter les pièges de l’oralité 28 novembre 2007 14:32, par camille

    Bonjour Mr Sabot,

    je suis actuellement dans la préparation d’un mémoire d’histoire sur le pastoralisme et sa perception.et j’aimerai éviter les piègesde l’enquete orale...
    Pourriez vous m’aiguiller sur les « choses à ne surtout pas faire » sachant que le public visé est composé de berger (parfois bourrus et souvent mystique quand ils parlent de leur profession) et d’éleveurs considérant encore les bergers comme des idiots du village...

    merci d’avance, Camille M. 

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    • eviter les pièges de l’oralité 28 novembre 2007 16:03, par Thierry Sabot

      Bonjour,

      Je n’ai pas de recette miracle ! Mais il y a plusieurs années, j’ai eu l’occasion de visiter un berger dans la région d’Ambert. Avec ses moutons, il vivait à l’écart du reste du monde une partie de l’année, le temps de la période de la transhumance. J’ai le souvenir que le contact avait été assez facile... Le prétexte était une étude sur le pays de Gaspard des Montagnes, célèbre ouvrage d’Henri Pourrat... et, par chance, le berger adorait le livre... Dans tous les cas, je crois qu’il faut rester humble et surtout qu’il faut montrer de l’intérêt au métier et au vécu du personnage... Cette dernière condition me semble essentielle pour qu’il accepte la discussion... Si vous vous intéressez à lui et à son métier, il s’intéressa aussi à vous et à votre travail... Et cela permettra d’établir plus facilement une relation de confiance...

      Cordialement,

      TS

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