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L’alcoolisme au XIXe siècle en Basse-Bretagne


mercredi 16 juin 2010, par Pierrick Chuto

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En faisant des recherches pour mon livre « Le maître de Guengat », j’ai été effaré de constater l’emprise de l’alcool sur mes ancêtres bretons et leurs contemporains au XIXe siècle.

Nicolas-Michel Chutaux, originaire de Billé, fils de journaliers misérables, est devenu boulanger. A la suite de circonstances racontées dans le livre, il arrive en 1794 à Quimper « où l’inactivité le pousse à fréquenter assidûment les nombreux cabarets et autres débits de boisson. »

Après un mariage, quelques métiers, quelques errances et de nombreux enfants nés à Brest, le couple revient s’installer à Quimper dans la petite rue Sainte-Catherine. L’évêque chassé de son palais par la Révolution, y occupe un modeste logis. Lorsque Nicolas-Michel livre du pain à son illustre client et à d’autres, « il fait un détour par la rue Neuve dans le cabaret de Jean Le Duigou. Il y joue aux cartes et aux dominos sur une table grossière de bois qui fut blanc, mal assis sur une chaise estropiée. Mais qu’importe le décor pour cet homme qui a toujours soif ! Lorsque la chopine est vide, il faut la remplir et vite. Les jours de marché ou de foire, l’ambiance est surchauffée dans les débits de boisson. Les cultivateurs des bourgs environnants y dilapident une bonne partie de l’argent qu’ils viennent de gagner en vendant leurs produits et leurs bêtes ».

Sa femme, Marie-Noëlle, se désespère. Quimper compte à cette époque (1808) quatre cent trente petits cabarets pour 6000 habitants environ. Le maire estime que ces lieux présentent des inconvénients graves. Les moyens de subsistance journalière d’un quart de la population s’y dissipent.

Après neuf garçons, Marie-Noëlle met au monde une fille prénommée Marie-Noëlle.

« Jean Le Berre, le parrain, et Marie-Michèle Le Roux, la marraine, tiennent le nouveau-né prénommé Marie-Noëlle sur les fonts baptismaux. Avec les parents, voisins, et amis, on boit jusqu’à plus soif dans une des tavernes accolées à la cathédrale Saint-Corentin. Les convives font tant de bruit qu’un autre buveur s’en prend au parrain. Le père parvient à arrêter la bagarre générale en offrant à boire à tous, et plus personne ne prête attention au nourrisson.

Instruite de ces comportements, l’Église réprouve en vain ces beuveries. Il arrive parfois que l’enfant soit oublié par la marraine ou qu’on le laisse choir. Nicolas-Michel et quelques compères continuent la fête jusqu’au petit matin chez Pierre Menereul, limonadier. Les clients se passeront de pain demain ».

Plus tard, en 1834, lors du premier mariage d’Auguste Chuto, fils du boulanger, le notaire a stipulé dans une des nombreuses clauses du contrat que la future mariée devrait apporter son armoire au domicile conjugal.

« Vincent Garrec, menuisier réputé au bourg, a fabriqué l’armoire de la mariée. En chêne noble, à deux battants, orné de somptueux panneaux aux décors religieux, l’année 1834 inscrite en clous dorés sur le fronton, c’est assurément le plus beau meuble de tout le canton. Les porteurs, à la force décuplée par le "Gwin-Ruz" , se démènent pour le hisser sur la charrette. Comme le vin coule abondamment dans les gosiers des déménageurs pendant le trajet, la descente du meuble est périlleuse et la porte de Kérandéréat est tout juste assez large. De nombreux invités envahissent le logis et déposent, suivant leurs moyens, des cadeaux, du beurre, du lait, de la viande, des crêpes. Le maire et son adjoint apportent un mouton. Le festin dit "de l’armoire" achève ceux qui sont déjà ivres. C’est une belle répétition pour le grand jour ».

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L’entrée de l’armoire. Dessin d’Olivier Perrin. « Breiz Izel ou la vie des Bretons de l’Armorique (1844) ».

À Guengat, comme dans les autres bourgs, tout est prétexte à libations. Le cultivateur et ses domestiques boivent surtout de l’eau en semaine. Le cidre produit dans de nombreuses fermes est vendu quasiment en totalité.

Lors des marchés, des foires, des pardons, des baptêmes ou des mariages, tout est prétexte à boire plus que de raison, et il est fréquent qu’hommes, femmes et même enfants, regagnent leurs foyers dans une ivresse complète.

Le clergé fait preuve d’une grande clémence envers l’alcoolisme, alors qu’il considère que « la danse est le chemin de l’enfer et le biniou la voie du démon ».

Lorsqu’un exhibitionniste « dans un état complet d’ivresse a mis sa verge à nu devant de petites filles », la condamnation prononcée par le tribunal de Quimper est assortie de circonstance atténuantes.

Les grandes fêtes agricoles, organisées par le comice de Plogonnec, sont aussi un prétexte à de fortes libations. « A la fin de la manifestation, le comice se met en branle pour regagner le bourg. Les cavaliers vainqueurs se placent en tête du cortège, suivis par les charrues gagnantes et les bestiaux primés. La foule suit, ou peine à suivre, car beaucoup marchent d’un pas mal assuré. Le recteur Kéranguéven rabroue Pierre Chuto et ses amis. Dans quel état se sont-ils mis ? »

L’écrivain Emile Souvestre a écrit dans « Les derniers Bretons » : « Le paysan breton boit en signe de réjouissance aux jours d’abondance. Il boit pour se consoler aux jours de disette. Il a deux consolations : l’église et le cabaret, Dieu et l’eau de vie ».

Les cabaretiers sont souvent condamnés par le juge de paix du canton de Douarnenez pour avoir servi des clients assoiffés pendant l’office divin, ou pour n’avoir pas respecté l’horaire de fermeture. Pendant ce temps, la femme attend au logis. Le divorce est interdit, l’épouse est dépendante financièrement du mari et elle doit se taire. Mais parfois, bravant le qu’en-dira-t-on, elle se rebelle. Ainsi, Anne Le Friant, à Plonéis :

« L’irréparable survient le jeudi 3 février. Jean (Thomas), accompagné de trois compagnons de beuverie, rentre et beugle de lui apporter une bouteille.

Excédée par l’attitude de cet homme qui la rebute, la petite femme (Anne Le Friant) trouve en elle des forces cachées, se rue sur le gaillard aviné, le fait trébucher et lui donne des « coups de pieds chaussés de sabots », alors qu’il est à terre. Qui sait jusqu’où elle serait allée si les trois témoins ne s’étaient interposés ?

Ils couchent Jean, mal en point, et, dès le lendemain, tout le bourg ne parle que de l’accès de démence de « la Thomas ». Peu la plaignent, car une femme ne doit pas se rebeller et porter la main sur son mari. La fautive est conduite à la maison de justice, située dans une partie ancienne de l’enclos des Ursulines à Quimper. Avant son procès, elle s’y morfond en compagnie de condamnés qui attendent de partir vers le bagne ou une autre prison.

Dès le 24 février, elle comparaît devant la chambre correctionnelle du tribunal de première instance de Quimper. Son conseil, maître Moallic, réclame sans succès l’indulgence des juges.

« ( Elle est coupable) d’avoir volontairement porté des coups et fait des blessures à son mari à différentes reprises depuis moins de trois ans et particulièrement le 3 février courant par suite desquelles il a été obligé de garder le lit pendant plusieurs jours ».

Elle est condamnée à quatre mois d’emprisonnement.

En 1859, le baron Richard, préfet du Finistère, considérant que « l’ivresse publique est une offense pour la morale et une menace pour la sécurité publique », prend un arrêté contre l’ivrognerie et le fait afficher dans toutes les communes.

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Archives départementales du Finistère. 4M68

Plusieurs instituteurs boivent bien trop. Le sieur Le Guillou est nommé à Guengat pour le sanctionner de son intempérance. L’homme, dès son arrivée, « court les cabarets, s’y enivre, y cause beaucoup, et fort mal de ses supérieurs ».

Il est révoqué et l’école reste fermée jusqu’à l’arrivée d’un successeur. Vingt-et-un instituteurs se succèdent dans la maison d’école entre 1855 et 1882, avant que ne soit enfin construit un établissement mixte. Je les évoque tous dans le livre et l’attitude de certains est un piètre exemple pour les jeunes élèves.

En mars 1878, Jean-François Colcanap, le nouvel instituteur, sort d’un cabaret pendant la procession du Rosaire. Auparavant, il a perturbé les vêpres avec ses grognements d’homme ivre. Il agresse le recteur qui se plaint à l’inspecteur d’académie :

« Il s’avance directement vers moi jusqu’à me toucher, gesticulant comme quelqu’un qui n’a pas sa raison et me demandant ce que j’avais à lui reprocher ».

Dans le livre, je narre les multiples démêlés de ce maître d’école ainsi que le « crime » de Jean Gourmelon, pris de boisson, qui ose se précipiter la tête couverte au devant du recteur et fait mine de le pousser.

Dans « Le maitre de Guengat. Emprise d’un maire en Basse-Bretagne au XIXe siècle », j’évoque aussi de nombreuses autres histoires vraies que je vous laisse découvrir. Ainsi l’histoire de ce recteur, bon vivant, qui était le meilleur client de l’octroi à Guengat !

Pour de plus amples renseignements, je vous conseille de lire « Le maître de Guengat » ou l’emprise d’un maire en Basse-Bretagne au XIXe siècle.

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19 Messages

  • L’alcoolisme au XIXe siècle en Basse-Bretagne 17 juin 2010 08:47, par André Vessot

    Bonjour Pierrick,

    Bravo pour ce témoignage sur l’alcoolisme en Basse-Bretagne, fruit de vos recherches. C’est en effet un aspect que l’on retrouve peu dans les articles ; et pourtant ça fait partie de la vie de nos ancêtres.
    Bien amicalement.

    André

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    • L’alcoolisme au XIXe siècle en Basse-Bretagne 18 juin 2010 23:21, par Louis Huet

      La Haute-Bretagne n’avait pas grand chose à envier, si je puis dire, à la Basse. En plein milieu du XXe siècle, j’ai vécu mon enfance au nord de Rennes, près de la route empruntée par les convois de pierre qui transportaient le grès extrait à moins de 15 kilomètres au nord de la ville. Un premier cabaret se trouvait au plus près de chacune des carrières et les charretiers s’arrêtaient tous dans chacun des sept autres qu’ils trouvaient sur leur chemin jusqu’à l’entrée de la ville. La distance entre deux cabarets n’excédait jamais 2 kilomètres et chacun des deux bourgs traversés en comportait une bonne douzaine.

      Répondre à ce message

      • L’alcoolisme au XIXe siècle en Basse-Bretagne 19 juin 2010 21:28, par blaisoise

        un de mes ancêtre est mort dans un de ces cabaret...il était perrayeur (extrait des mines d’ardoises)en 1876 à Montjean (Maine et Loire) l’alcoolisme étant une maladie elle s’est transmise aux générations suivantes mon frère en est mort en 2007, mon grand père en 1954 etc...

        Répondre à ce message

    • L’alcoolisme au XIXe siècle en Basse-Bretagne 19 juin 2010 08:32, par Gold

      Texte intéressant mais qui ne répond pas à la véritable question du pourquoi de cette ivrognerie en Bretagne , problème d’actualité par ailleurs. Je pense personellement que la perte de l’indépendance du duché de Bretagne et un manque de repère dans une France étrangère pour la plupart des bretons(autre langue autre culture)y est pour beaucoup.
      Bien à vous

      Répondre à ce message

      • L’alcoolisme au XIXe siècle en Basse-Bretagne 19 juin 2010 17:54, par Jean-Luc

        Vous dites ce qui vous arrange : la plus grande partie de la Bretagne n’a jamais parlé le breton, qui est d’ailleurs une langue d’importation, bien après que ne le fut le latin et donc la langue d’oïl. Vous n’êtes pas au courant ?
        D’autre part, la Bretagne n’a pas grand-chose à envier à d’autres régions en cette matière, relisez les Rougon-Macquard....
        A mon avis, le niveau socio-éducatif et la concentration démographique (qui accroit les clivages sociaux et la nécessité de les gérer), sont des causes plus vraisemblables à ce phénomène.

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        • L’alcoolisme au XIXe siècle en Basse-Bretagne 20 juin 2010 09:47, par Le Mentec

          Il faut savoir que le breton parle en Finistère était différent de celui parlé dans le Morbihan

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        • L’alcoolisme au XIXe siècle en Basse-Bretagne 20 juin 2010 23:09, par Louis Huet

          Jean-Luc, ne diriez vous pas vous même ce qui vous arrange. Le Breton a été parlé dans plus de la moitié de la Bretagne et, par exemple, jusqu’au début du XXe siècle dans la presqu’ile de Guérande. Si le recul est beaucoup plus précoce, l’on a du parler breton au nord de la Bretagne. Les noms de lieu de la région de St Malo sont d’origine bretonne (même si certains ont été francisés depuis de façon parfois pittoresque !). Pour ce qui est du breton et du latin, il est maintenant admis que le gaulois n’avait pas disparu des campagnes armoricaines et qu’il a été renforcé par l’arrivée des bretons qui parlaient une langue très voisine.
          Ceci dit et pour revenir au sujet principal, pour avoir vécu mon enfance dans la région de Rennes et les quarante années suivantes dans le sud-ouest de la France puis dans le Poitou, j’ai pu me rendre compte que l’alcoolisme social (lors des fêtes collectives par exemple) est extrêmement présent du coté de Rennes alors qu’il est absent dans les campagnes poitevines et occitanes.
          Quant à son origine, elle est lointaine puisque (Cf Alain Croix « L’âge d’or de la Bretagne » page 149) l’alcoolisme inquiète les autorités, en Bretagne, depuis au moins la fin du 15e siècle ... donc avant que les effets de la perte d’impédance se soient fait sentir. En ce qui concerne la période contemporaine je ne pense pas non plus que le niveau socio-éducatif soit en cause (les étudiants rennais ne sont pas épargnés par un alcoolisme massif). L’on ne peut pas s’empêcher de faire le rapprochement avec des taux de suicide anormalement élevés. Pourquoi cet alcoolisme et ces suicides ? est ce à cause du manque d’ensoleillement ? serait ce une caractéristique des pays celtiques ? personne n’en sait trop rien. Ce qui est certain c’est que les conséquences, aussi bien individuelles que collectives, sont dramatiques.

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        • L’alcoolisme au XIXe siècle en Basse-Bretagne 21 juin 2010 22:23, par Pierrick Chuto

          Votre réaction à mon article sans prétention est fort surprenante.
          Comment peut-on nier que les 3/4 de la Bretagne parlaient le breton ? Vous ne devez pas être un lecteur assidu des archives sur notre région.Après cinq ans de recherche pour écrire mon livre « Le maître de Guengat », je peux vous assurer que tout ce que j’ai écrit sur l’alcoolisme en Basse-Bretagne est vrai et souvent en deçà de la réalité.
          Libre à vous de nier l’évidence, mais il serait préférable de ne pas encombrer ce forum qui est fort intéressant quand les messages ne sont pas hors sujet.
          Merci aux autres contributeurs pour tous les renseignements apportés.

          Répondre à ce message

      • L’alcoolisme au XIXe siècle en Basse-Bretagne 20 juin 2010 16:01, par gege

        Oui, vous avez raison, la Bretagne et tout l’Ouest a souffert terriblement des guerres de l’Ouest, la Révolution a mis le pays dans un état de ruine. Les nouveaux dirigeants avaient pour objectif d’éliminer la paysannerie ce qu’ils se sont acharnés à faire avec succès. Le monde des campagnes a été confronté à une grande misère et souvent obligé de quitter la terre pour s’entasser dans le ventre des villes pour des salaires de misère. Tout cela et bien d’autres choses encore a conduit beaucoup de nos ancêtres à sombrer dans l’alcoolisme. La République, qu’elle soit socialiste ou libérale porte une lourde responsabilité.

        Répondre à ce message

  • L’alcoolisme au XIXe siècle en Basse-Bretagne 19 juin 2010 11:47, par dcleuziou

    Alcoolisme qui a continué au XXe siècle. Mes grands parents du Morbihan, mes beaux parents du Finistère et des Côtes d’Armor me racontaient que des femmes partaient avec une brouette la nuit pour être plus discrètes, accompagnées de jeunes enfants afin de récupérer leur mari qui dormait ivre mort dans un fossé.

    Répondre à ce message

  • L’alcoolisme au XIXe siècle en Basse-Bretagne 19 juin 2010 16:16, par sergiou

    On peut rajouter le xx et le xxi siecle. Les asiles psychiatriques de bretagne sont remplis en grande proportion par des alcooliques qui ont perdu la raison.
    Jusqu’en 1940, le ouvriers agricole, engages de la St ? au printemps, jusqu’a la fin de l’automne (encore la St quelque chose ) etaient engagés boisson comprise, c’est a dire 12 litres de cidre par jour !

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    • L’alcoolisme au XIXe siècle en Basse-Bretagne 19 juin 2010 17:28, par Guéguen JC

      Vers la toute fin des années 60, j’ai eu l’occasion d’assister à un départ en pêche vers la Mauritanie. Nous étions venus voir un ami qui dirigeait la Maison des Jeunes de Douarnenez. Les pêcheurs embarquaient en fin d’après-midi et l’un d’entre eux est venu dire au revoir à ses copains. A la MJC on ne buvait rien mais il avait pris ses précautions avec plus de 20 ricards depuis midi. Il tenait encore debout et allait rejoindre son bateau dès que la cargaison de vin serait embarquée. Les cales partaient pleines et devaient revenir dans le même état, mais avec du poison, si la pêche avait été bonne.

      Voir en ligne : Les Hospitaliers Sauveteurs Bretons ne sont pas...

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  • L’alcoolisme au XIXe siècle en Basse-Bretagne 21 juin 2010 11:06, par galerne

    Bonjour

    Il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas si longtemps que l’eau est un breuvage potable sans risque. Il y a moins d’un siècle « boire de l’eau rendait malade ». Seule les boissons alcoolisées étaient « saines ». Après, cidre, vin ou bière, c’est une question de culture, de production locale, et de moyens.
    En outre (c’est de circonstance) il y a une question de socialisation : pour « être un homme » il fallait tenir le vin. Celui qui ne buvait pas avec les copains ou ne payait pas sa tournée était mal vu (et plus le groupe d’amis ou de collègues est important plus les tournées sont nombreuses !)
    L’alcoolisme de masse ne date pas d’hier et n’est pas réservé à la Bretagne : les mérovingiens n’ont pas laissé une réputation de buveurs d’eau. Les films historiques traitant des guerres de religion ne montrent pas une cour très sage (mais quel est la fidélité à la réalité historique ?), la période de la renaissance est une période de beuverie, quel est le rôle de l’alcool dans la Révolution et ses excès ?
    Il y a quelques années le classement des départements faisait du Morbihan le département le plus alcoolisé de France, mais le même classement par canton primait un canton du Haut-Rhin (le schnaps y fait des ravages !).
    Enfin, qui n’a pas entendu raconter, sur le ton comique, quelque histoire de mariage ou d’enterrement agrémentée d’un épisode bachique. A ce sujet (Bacchus) dans l’antiquité l’ivresse faisait parti du culte de certains dieux, et les chefs indo-européens devaient abondamment abreuver leurs vassaux pour assoire leur prestige !

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    • L’alcoolisme au XIXe siècle en Basse-Bretagne et ailleurs ! 21 juin 2010 18:31, par Michel M. Hourman

      Je me souviens dans les années 1950 de l’enterrement de ma grand’tante, à Bellaire près de Liège en Belgique.
      Le veuf, mon grand’oncle, au premier rang à droite pleurait très fort. L’un après l’autre ses amis lui apportait un petit verre de peckett pour se remettre, mais au plus il buvait pour se remettre, au plus il pleurait fort. A la fin de la cérémonie, il a fallu deux amis, un à droite et l’autre à gauche pour le porter littéralement derrière le convoi de sa femme jusqu’au cimetière.....

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  • L’alcoolisme au XIXe siècle en Basse-Bretagne 21 juin 2010 19:26, par Thierry

    Bonjour à tous !

    Merci pour l’article et les nombreux témoignages.

    Pour ma part, je pense que l’alcoolisme est un phénomène essentiellement culturel accentué par diverses croyances (l’alcool soignait : c’était un antiseptique puissant et un antidouleur. Encore de nos jours ne boit-on pas un grog pour soigner un mal de gorge ou un vin chaud pour se réchauffer ?).

    J’ai des collègues, près de Rennes, qui emmenaient leur casse croute et une bouteille de cidre à l’école. Il y a 50 ans, dans le Morbihan, certains mettaient du cidre dans les biberons. Ma mère m’a plus d’une fois raconté que, même après la guerre, on pouvait donner un petit verre de goutte à l’enfant avant qu’il ne parte à l’école, afin d’affronter les journées les plus froides de l’hiver, et un autre au retour, pour qu’il se réchauffe...

    Je crois néanmoins (j’espère surtout) que celà va diminuant. Si la beuverie estudiantine ou festive est toujours d’actualité, il semblerait que l’alcollisme soit en lente régression. Certains cependant ont quelques difficultés à se débarasser de ce fléau encore très présent dans les milieux défavorisés ou trop favorisés.

    Thierry

    Répondre à ce message

    • Bonjour,

      Ma mère, Bretonne, m’a raconté qu’ayant confié mon frère aîné (dans les années 20) à une nourrice en Normandie, elle avait été obligé de le retirer car la fermière mettait de l’eau-de-vie (ou du Calvados, je ne sais plus) dans le bol du petit-déjeuner de l’enfant. Mon frère devait avoir trois ou quatre ans et présentait un comportement anormal, ce qui avait alerté ma mère.

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  • L’alcoolisme au XIXe siècle en Basse-Bretagne 26 juin 2010 12:59, par Pierrick Chuto

    Pour prolonger mon article sur l’alcoolisme ,je vous conseille d’aller sur le site de Jean Cognard « Grand terrier ».
    Chaque semaine, il met en ligne des articles sur la commune d’Ergué-Gabéric(près de Quimper) et c’est toujours très intéressant.
    Aujourd’hui il produit différents documents d’archives sur l’ivrognerie

    http://www.grandterrier.net

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  • L’alcoolisme au XIXe siècle en Basse-Bretagne 27 juin 2010 16:26, par lbrachetgouyette

    Et oui ! La Basse Bretagne et aussi la Vendée. Quand on travaille fort dans un pays ô combien ingrat(froid et humide) et qu’on a pas vraiment à manger, le chouchen, la gnole et le gris qui vous rape tellement la gorge qu’on commence d’abord par faire un ulcère à l’estomac avant de mourir d’alcoolisme, c’est une solution pour se sentir plus fort. Ceci dit, cela reste vrai et pas besoin d’aller en Basse Bretagne pour s’en rendre compte...

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    • L’alcoolisme au XIXe siècle en Basse-Bretagne 29 mars 2011 20:37, par Stéfan

      D’ailleurs aujourd’hui, l’alcoolisme touche plus la région parisienne ou à fortes concentrations de populations, quand on regarde les chiffres, on se rend compte que en Bretagne on boit beaucoup mais les chiffres ne font pas de différences entre cidre, bières et vodka ! Du coup un breton qui boit 1 litres d’alcool par semaine ; du cidre par exemple, ce n’est pas la même chose qu’un citoyen d’une autre région qui boit 500ml de vodka par semaine.

      J’ai toujours entendu que le vin avait été introduit en Bretagne par les élites (rois...) mais aussi dans d’autres régions pauvres pour éviter toute contestation, qu’en est-il vraiment ?

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