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Le maître de Guengat

L’emprise d’un maire en Basse-Bretagne au XIXe siècle


jeudi 4 mars 2010, par Pierrick Chuto

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Présentation par l’auteur : Dans la Basse-Bretagne du XIXe siècle, Auguste Chuto, descendant de journaliers misérables, fils d’un boulanger illettré, a la chance d’avoir une mère qui lui apprend à lire et à écrire.

D’un caractère dur et autoritaire, il se maintient pendant vingt-cinq ans à la tête de la commune de Guengat, bourg rural situé à deux lieues de Quimper.

Ne tolérant pas que l’on s’oppose à lui, il use et abuse de son pouvoir et combat avec obstination les recteurs, les instituteurs et tous ceux qui osent penser différemment.

L’histoire de cet homme qui fut propriétaire-cultivateur, meunier, maire et empêcheur de tourner en rond, est racontée avec passion par son arrière-arrière-petit-fils. Elle repose exclusivement sur des faits réels relatés dans des documents d’archives étudiés pour la première fois.

Cette plongée au cœur d’un bourg et de ses habitants, en un siècle méconnu et pourtant proche, intéressera les amateurs d’histoire régionale et les généalogistes curieux de connaître les us et coutumes de leurs ancêtres.

Un extrait :

Apprentissage de la vie à Guengat

Ultimes volontés

À Kéranguily en Plogonnec, Jean Le Cornec père décide de partager ses biens. Auguste se rend à son invitation, ce premier mercredi de septembre 1833, en tant que père et tuteur du petit Pierre. Son ami Claude, fils du donateur, l’accompagne.

Marie-Magdeleine, l’épouse dévouée et travailleuse, est morte en juillet à cinquante-deux ans. À la requête du veuf, maître Damey commence par dresser l’inventaire des biens du couple. Les pauvres hardes de la défunte sont usées jusqu’à la corde et impressionnent défavorablement Auguste.
Il est toutefois émerveillé par les dispositions prises par son beau-père. Son fils Pierre conserve en toute propriété l’avancement d’hoiries de mille huit cents francs fait à sa défunte mère, Marie-Louise Le Cornec, lors de son mariage avec Auguste Chuto. Jean Le Cornec fils, aîné des six enfants vivants, et sa femme, héritent de la ferme, mais aussi du père qu’ils devront nourrir, loger et soigner.

Ils s’engagent à lui fournir cinquante centimes de tabac par semaine, treize mètres et cinquante-quatre centimètres de toile de ménage [1] et quatre-vingt-dix francs par an. Si le donateur vient à quitter la maison pour « aller faire sa demeure à part », les époux devront mettre à sa disposition un nombre incroyable d’ustensiles de cuisine et d’instruments [2], plus « une vache dans le second choix, trente kilos de lard non salé, six kilos de sel, sept stères, et quarante-huit centistères de bois de chauffage », sans oublier « deux pleines charrettes de racines extraites des champs [3]. Il jouira, à sa guise, du cheval pour faire ses petits voyages. Le notaire ajoute qu’il faudra lui procurer la balle nécessaire pour remplir ses couettes.

Il est déjà tard quand le vieil homme dicte ses ultimes volontés. On devra « lui fournir tous les ans et d’avance quatre mesures de seigle [4], quatre mesures pareilles de blé noir et trois mesures pareilles d’avoine de la même capacité et non du même poids que celle du seigle ». Chaque détail a ici toute son importance.

Sur le chemin du retour, Auguste et Claude Le Cornec passent en revue les volontés du cultivateur, mais aucune ne les a surpris. Les paysans se méfient toujours de leurs enfants dont ils sont dépendants jusqu’à la dernière heure.

L’auteur : Pierrick Chuto, passionné d’histoire et de généalogie, signe ici son premier ouvrage. Il est aussi auteur sur www.histoire-genealogie.com

Quelques avis :

  • Thierry Sabot : Au plaisir toujours renouvelé de préparer chaque semaine La Gazette du vendredi, s’ajoute parfois celui de vous présenter un livre et un auteur qui font l’actualité. Et, cette semaine, quel livre et quel auteur ! Avec Le Maître de Guengat, Pierrick Chuto, par ailleurs également auteur sur www.histoire-genealogie.com, signe une étude magistrale sur ses ancêtres boulangers puis paysans bretons. Un travail de recherches et d’écriture digne de ceux de ses prédécesseurs : Alain Denizet pour le monde d’Aubin Denizet ou Alain Morinais pour ses laboureurs d’espoirs. Ces trois auteurs et ces trois ouvrages ayant en commun d’appartenir à un genre littéraire en plein développement, celui de la biographie historico-généalogique (Quelle affreuse dénomination !). En effet, le propre de ces auteurs est, au terme d’une longue recherche historique et généalogique, de prendre la plume avec talent pour redonner vie à leurs ancêtres et à leur entourage. C’est tout un monde oublié qui émerge de la fosse commune du temps, tout un milieu et un réseau de personnages qui sont mis en situation dans leur contexte historique et quotidien. Ici, avec Le Maître de Guengat nous découvrons un pan de l’histoire de la Basse-Bretagne du XIXe siècle. Auguste Chuto, maire de Guengat de 1846 à 1871 est sans contexte un personnage hors du commun, un personnage qui ne laisse pas indifférent le lecteur qui oscille sans cesse au fil de sa lecture entre rejet et compassion pour le "héros". En effet, il est bien difficile d’éprouver de la sympathie pour lui et encore moins pour ses parents, petits boulangers miséreux, procéduriers et sans scrupules à l’égard de leurs voisins et de leur clientèle. Avec Auguste nous suivons l’ascension sociale d’un petit paysan breton, instruit, ambitieux, devenu par deux beaux mariages une sorte de coq de village, riche, puissant et respecté. Ce petit seigneur laïc local, républicain édulcoré, anticlérical notoire ("bouffeur" de curé mais aussi d’instituteurs) n’a cessé toute sa vie de faire passer ses intérêts personnels avant ceux de la collectivité dont il avait la charge en sa qualité de premier magistrat de Guengat. Et l’on mesure ainsi le mérite de l’auteur, arrière-arrière petit-fils d’Auguste, de porter un regard sans complaisance et sans fard sur son lointain ancêtre. Chapeau bas car l’exercice était délicat !



  • Alain Morinais, auteur de Laboureurs d’espoir  : Lorsque Pierrick Chuto m’a demandé de lire son manuscrit du maître de Guengat, je me suis instantanément jeté dans une lecture passionnée, car il est si rare de pouvoir découvrir un manuscrit en avant-première, qui plus est le premier ouvrage d’un auteur, mais c’était aussi avec la crainte de la déception. Je suis instantanément entré dans cette histoire accrocheuse. Quelle matière première ! C’est riche, dense, le rythme soutenu. J’ai aimé la très grande diversité des situations exposées avec leurs repères historiques précis et les références au vécu des personnages qui nous font découvrir certains aspects du quotidien de l’époque. « Le maître de Guengat » accumule une foultitude d’informations d’une richesse incroyable qui permettent à l’auteur de transmettre une image vivante des conditions de vie de l’époque et de la "prise de pouvoir" d’une famille sur le microcosme local. Les personnages sont très typés et colorés. Pierrick Chuto a trouvé un style narratif bien calé entre la transcription historique et le conte légendaire, au point qu’il m’est arrivé, parfois, de me demander à quel moment il "en rajoutait", s’il en rajoutait, pour la forme littéraire ? La lecture est aisée, cela "coule" bien, la progression sociale est bien apparente, les détails de la vie quotidienne sont présents, certains aspects de la vie politique sont particulièrement intéressants. J’ai appris à la lecture du maître.



Bien que Pierrick ne partage pas mon point de vue, je prétends, qu’au jugement dernier, cet Auguste est un bougre qui a gagné à être connu. Ce personnage me plait vraiment, il est tellement représentatif de son époque. Pour le reste, qui n’a pas de défaut ? Et puis, Pierrick ! ne fallait-il pas l’aimer, fondamentalement, pour lui consacrer tant de temps, d’énergie, et lui donner un si grand bout de vous-même ? Vous m’avez fait aimer son histoire. Les passionnés d’histoire et de généalogie adoreront.

  • Serge Duigou (Auteur et conférencier, historien de la Bretagne) : Quel régal de suivre pas à pas le singulier destin d’Auguste Chuto, maire de Guengat sous la Monarchie de Juillet, la Seconde République, le Second Empire et les débuts de la Troisième République ! Grâce à un énorme travail de recherche archivistique, son descendant Pierrick Chuto ne s’est pas contenté de ressusciter un notable rural de Basse-Bretagne, ambitieux et haut en couleur. Par son talent d’écriture et une intelligente mise en perspective, il lui a donné chair, l’a resitué dans l’épaisseur de son quotidien, celui de sa famille et de son entourage.



Mais ne nous y trompons pas. Si Auguste Chuto en est le héros, l’ouvrage dépasse ce que peut avoir d’anecdotique un parcours individuel et plonge le lecteur dans la vie multiple de Guengat. Un constant va-et-vient entre l’existence au village, les décisions des autorités quimpéroises et les événements nationaux, fait prendre conscience au lecteur que le devenir d’une commune cornouaillaise dépendait certes, en ce milieu du XIXe siècle, de ses acteurs locaux, mais tout autant sinon davantage du bon ou mauvais vouloir de la ville préfecture ainsi que des vicissitudes de la grande Histoire.

Tout comme Rome ne s’est pas faite en un jour, l’apprentissage de la vie civique, du fonctionnement démocratique au niveau municipal a, à Guengat comme ailleurs, pris du temps et connu des ratés. Comment s’en étonner ? Faire accéder des paysans majoritairement illettrés et bretonnants aux subtilités d’un système électoral concocté par des fonctionnaires lointains, citadins et francophones n’était pas une mince affaire. D’autant que les caisses publiques étaient dramatiquement vides et que, comme toujours, s’affrontaient localement les ambitions et rivalités de pouvoir entre maire, recteur et propriétaires fonciers.

A travers le personnage d’Auguste Chuto, on suit l’ascension d’une nouvelle élite rurale qui, après la Révolution, se substitue dans de nombreuses communes bretonnes à la noblesse qui tenait jusque là le haut du pavé. Symboliquement, le « maître de Guengat » devient propriétaire du manoir des Saint-Alouarn, une illustre et antique lignée. Les Chuto sont pourtant originaires de Haute-Bretagne, mais on sait que loin d’être un handicap, le statut d’ « étranger » francophone était naguère, dans nos campagnes bretonnantes, un incontestable atout. Il existait comme une prime au « horsain ».

Mais ne déflorons pas le plaisir du lecteur, laissons-le s’immerger dans les méandres de l’histoire de Guengat, laissons-le découvrir comment ses habitants se sont débattus dans un quotidien difficile, comment malgré deuils familiaux à répétition, aléas climatiques et… fascination pour l’alcool, ils se sont efforcés, entre ferveur religieuse et idées nouvelles, de se construire un avenir, notamment par l’école. La modernité, rien de moins, frappe alors à la porte de Guengat.

  • Jean-François Pellan (Président du Centre Généalogique du Finistère ) : Faire sa généalogie est pour beaucoup une addition d’ancêtres positionnés dans un tableau. Exercice certes indispensable, mais est-ce suffisant ? Tout généalogiste ne devrait-il pas avoir pour but de retracer la vie de ses ancêtres ? Mais lequel choisir dans tous ceux que l’on a découverts ? Tout est fonction de la mémoire familiale et des archives dont chacun peut disposer. A défaut, il est tentant de débuter par un ancêtre dont on porte le patronyme. Encore faut-il trouver un point de départ et dévider l’écheveau de fils bien cachés dans des archives endormies.



Pierrick Chuto est bien décidé à les faire parler quand il découvre que l’un de ses ancêtres est un chouan originaire de Billé, près de Fougères. Parcours peu ordinaire de ce jeune boulanger, qui pour éviter d’être fait prisonnier et passé par les armes, s’en va à pied jusqu’à Quimper, en pleine Basse-Bretagne, dans l’espoir d’y retrouver un ami. La chance finit par sourire à l’audacieux qui se marie et a une descendance.

Ce livre nous décrit la lente ascension sociale d’une famille pour arriver jusqu’à Auguste Chuto, au caractère bien trempé, devenu suffisamment riche et influent pour être choisi par l’Administration pour tenir les rênes de sa commune et y régner en maître absolu, craint par tous et n’hésitant pas à s’opposer au clergé tout puissant.

La description du personnage, sa façon d’être et de se comporter sont bien loin de notre sensibilité actuelle. Il ne faudrait pas croire qu’Auguste Chuto était un cas unique. La vie était dure au XIXe siècle et les gens ne donnaient pas dans la tendresse. On se mariait rarement par amour, les familles recherchant surtout l’union de l’argent, des terres et des fermes. Autres temps, autres mœurs dont il faut avoir conscience.

Le « maître de Guengat » est l’archétype, au-delà de cette commune, de tous ces petits seigneurs laïcs locaux, qui ont tenu sous leur férule les citoyens de Basse-Bretagne, faisant passer leurs intérêts personnels avant ceux de la collectivité. Chacun pourra y puiser matière à réflexion sur la vie de ses propres ancêtres suivant qu’ils furent ou non du bon côté, riches ou pauvres, maîtres ou asservis.

Pierrick Chuto ne cherche pas à enjoliver la vie de ses ancêtres et n’en gomme pas les aspérités. Agissant avec une rigueur toute scientifique et historique, il fait reprendre vie aux ombres de ses ancêtres sous une plume alerte.

C’est un livre enchanteur qui se lit comme un roman.

  • Yvon Dagorn (maire de Guengat) : J’ai lu avec un vif intérêt ce livre qui retrace une période de l’histoire de GUENGAT.



Des noms inchangés, mais quelle évolution par rapport à notre quotidien ! L’ouvrage lève le voile sur les années de la seconde moitié du XIXe siècle, époque mal connue généralement, du moins au plan local.

Le texte reprend un très gros travail d’archives et en respecte la vérité historique. Mais, rédigé dans un style simple et à peine romancé, la lecture en est très agréable.

Dans cette société rurale que l’on découvre, il y a trois catégories de citoyens : les possédants, ceux qui louent leurs bras et les mendiants. Dans ce contexte, la lutte pour les biens et aussi pour le pouvoir se justifie pleinement.

Auguste Chuto, personnage central et décideur local, n’est pourtant qu’un acteur soumis lui aussi aux pressions de l’État et de l’Église. Cependant, j’avais une idée préconçue découlant d’une discussion avec l’auteur, j’avais imaginé un personnage calculateur et autoritaire, peu fréquentable.

Au final, mon point de vue est totalement inverse et il m’inspire plutôt de la sympathie. Je le qualifierais de « libre-penseur », attitude exigeant beaucoup de détermination et de courage sous l’Empire.

Félicitations à l’auteur, à son épouse et à ceux qui ont œuvré pour l’édition de cet ouvrage que je recommande à tous les passionnés de l’histoire locale. Je souhaite que Pierrick Chuto soit récompensé pour son long et obscur travail aux archives.

Bon de commande :

Pour commander l’ouvrage sur le site de l’auteur, merci de suivre le lien ci-dessous :

Notes

[1Toile de chanvre

[2Entre autres : 4 couettes, 6 draps, 1 poêle à crêpes, 1 petite bassine, 1 pelle de fer, 2 écuelles, 6 cuillères, 3 sacs etc.…

[3Ce sont des racines d’ajoncs ou de genêts utilisées pour allumer le feu.

[4La mesure fait 75 kilos.

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2 Messages

  • Le maître de Guengat 7 mai 2010 10:37, par salewa

    Merveilleux travail,il permet de voir comment les ancêtres vivaient,ce qu’ils ressentaient.Merci.

    Répondre à ce message

  • Le maître de Guengat 6 janvier 2012 20:11, par mamie de l’Auxois

    Bravo pour votre travail. Originaire de l’Auxois en Cote-d’Or j’ai déja écris plusieurs monographies de villages de mes ancêtres paternels et maternels. ( entre autre Saffres le village de mes ancêtres( 230 pages) et La vie des habitants de Chevannay au 18 et 19e siècle, mon village natal. J’ai commmencé un travail sur mes ancêtres à Saffres que je ferai paraître dans cette gazette : Les Charlut, vignerons de père en fils ( de 1700 à 1900) à parir d’archives de notaires et de textes de la monographie).
    J’admire les gens comme vous qui arrivent à reconstituer la vie des ançêtres dans le contexte de l’époque. Je sais le travail que cela représente, les nombreuses visites aux AD et de retour à la maison, il faut préparer le texte. Bien cordialement

    Répondre à ce message

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