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Divagations généalogiques : « Dis, c’était quoi le prénom de Maman Cocard ? »

Seconde divagation : Victorine

Le vendredi 9 décembre 2022, par Michel Baumgarth

Seconde divagation : Victorine

Nous avons vu que l’amitié indéfectible d’Émile et d’Adrien s’est nouée au cours de leur interminable séjour forcé au camp de Stuttgart ; mais qu’en est-il de celle tout aussi infrangible de Maman Cocard et Victorine ?
Les parcours des deux filles avaient été tristement semblables : Marie Catherine, fille d’un journalier, avait dû quitter son Morvan pour se placer domestique à Paris et Victorine avait sans aucun doute suivi le même sort puisque, à quinze ans, elle ne figure déjà plus dans le recensement de sa famille en 1906 à Trélivan (22).
Le lieu de leur rencontre restera inconnu, mais l’ancrage amical se fit à Créteil.

Marie Catherine était devenue cristolienne en 1905 par son mariage avec Maximilien et avait cessée de l’être pour devenir parisienne entre août 1910 et avril 1917 ; la première trace formelle de Victorine à Créteil est son accouchement le 29/12/1913 d’une petite Henriette. 

Le recensement de Créteil de 1911 nous aurait permis d’affirmer mordicus les présences simultanées de Maman Cocard et de Victorine et la composition de leurs entourages familiaux respectifs ; hélas, il est très lacunaire et ne comporte ni la rue de la recette (au N°43 pour les Cocard ) ni la rue Félix Maire ( au N°1 pour Victorine).

Nous ne pouvons donc pas affiner l’intervalle de dates où les deux copines furent conjointement cristoliennes, mais nous pouvons affirmer que leur relation très étroite perdura intacte après l’exil parisien de Marie Catherine car elle est notée être l’un des deux témoins sur l’acte de reconnaissance d’Henriette par son père le 23 mai 1918 à Créteil :

Victorine avait donc eu une vie avant Adrien…

L’acte de naissance d’Henriette et surtout ses mentions additionnelles en marge me permirent de retracer la vie de Victorine avant Adrien et la présence décisive de Maman Cocard.

Un personnage y a joué le rôle principal : l’encart ci-dessous permet de parcourir la trop courte vie de son compagnon Désiré Cléty et d’en tirer les données nécessaires à nos conclusions :

Sur les traces de Désiré Cléty…

Ma grand-mère Victorine avait eu une fille « naturelle » avant de devenir l’épouse de Grand-père Adrien : Henriette Viot était née le 29/12/1913 à Créteil.
L’acte de naissance ne donne pas le nom du père, mais le déclarant est Désiré Cléty demeurant à la même adresse ° que la mère = 1 rue Félix Maire à Créteil… Les mentions marginales en marge de l’acte de naissance précisent ° que Désiré Cléty l’a reconnu le 23/5/1918.
° qu’elle est « adoptée par la nation le 20/10/1920 », donc Désiré est « mort pour la France ».
La base des morts pour la France de la 1re guerre mondiale ne livre qu’un seul Désiré Cléty né le 18/3/1884 à Paris 6 - matricule N° 1186 Nantes.
La fiche matricule de ce Désiré Cléty confirme qu’il est bien le nôtre puisque son adresse au 28/7/1914 est 1 rue Félix Maire à Créteil.
L’acte de naissance de Désiré Cléty (N°829 Paris 6 - 18/3/1884) indique en marge son mariage à Nantes le 1/6/1906 avec Marceline Gaignan.
La table décennale 1903-1912 des naissances de Nantes me fait découvrir Marcelle Louise Joséphine Cléty née le 8/11/1906 ; l’acte confirme qu’elle est leur fille et indique en marge la mention du décès de la fillette le 27/7/1908. L’acte de décès de l’enfant (N° 341 Nantes 1) indique qu’elle est morte au domicile de la grand-mère maternelle le 26/7/1908, mais qu’elle était domiciliée chez ses parents à Charenton le-pont (94 ex 75).
La fiche matricule de Désiré indiquait aussi ce domicile 60 rue de Paris à Charenton au 16/3/1908 (donc après son service militaire) ; mais au recensement de 1911 cette adresse n’abrite plus ni Désiré, ni Marceline.
La fiche matricule indique aussi sa date de mobilisation = 3/8/1914 et son décès = 15/11/1918 à Sens à l’hôpital complémentaire 31.
Enfin l’acte de reconnaissance d’Henriette le 23/5/1918 à Créteil précise que Désiré était présent en mairie, que son domicile civil était toujours 1 rue Félix Maire à Créteil et que l’un des deux témoins était… Marie Lépy veuve Cocard.

La vie ante-Adrien de Victorine

L’acte de reconnaissance d’Henriette le 23 mai 1918 nous permet de contourner la difficulté induite par notre ignorance de l’intervalle de dates où les deux copines furent conjointement cristoliennes car il démontre à l’évidence :

• que le couple Désiré/Victorine était toujours bien réel en dépit de l’éloignement forcé dû à la mobilisation.
• que Maman Cocard avait conservé des liens très étroits avec Victorine en dépit de son exil au 58 rue de la tombe Issoire à Paris 14.
• que Désiré Cléty était très proche de Maman Cocard.

La période « Désiré » de la vie de Victorine s’est donc déroulée en deux phases :

• d’abord les quelques années sereines qui ont abouties à la naissance d’Henriette et se sont prolongées jusqu’à la mobilisation de Désiré le 3 août 1914.

• puis les interminables années de séparation forcée pendant la guerre, avec comme faits notables une blessure de Désiré par éclat d’obus en 1916 et surtout sa reconnaissance de la paternité d’Henriette.

Avec cette heureuse régularisation le présent de Victorine devenait une promesse de futur car, puisque la législation interdisait à un homme marié de reconnaitre un enfant adultérin [1], elle signifiait forcément que Désiré venait d’obtenir le divorce ; mais si la reconnaissance s’était sûrement faite sans délai, contracter mariage impliquait de se soumettre à des formalités [2] et donc du temps pour les réaliser…

Dans la valise aux trésors d’Adrien, j’ai déniché un cliché [3] de cette époque représentant Victorine et sa petite Henriette :

L’annonce de l’armistice le 11 novembre 1918 promettait la fin du cauchemar de cette guerre immonde et un retour prochain à une vie normale avec la rentrée au foyer des combattants.

Sauf que Désiré ne revint pas :

…décédé 4 jours après l’armistice !!! Et moins de 6 mois après avoir pu enfin reconnaître Henriette…
Victorine se retrouva seule avec sa fille, tout comme l’était déjà Maman Cocard avec André son fils cadet âgé de douze ans, puisque l’ainé était mobilisé depuis avril 1917.

Du duo Émile/Maman Cocard au quatuor amical…

Émile et Adrien ont passé un peu plus de 4 ans comme prisonniers au camp de Stuttgart ; c’est assez dire l’importance de leur seul lien extérieur : le courrier.

La probabilité que Maman Cocard, veuve, ait accompagné son jeune cousin Émile comme « marraine de guerre » est très forte ; ses courriers, il va de soi qu’Émile les a partagés avec son grand copain, transformant de facto la relation duale initiale en quasi trio et faisant d’Adrien et Maman Cocard des intimes qui ne s’étaient jamais rencontrés.

Rapatriés après l’armistice du 11 novembre 1918, les deux copains n’en étaient pourtant pas quittes avec l’armée : direction la caserne pour encore plus de huit long mois [4] !

Néanmoins, à l’encontre du camp de Stuttgart, le casernement était une sérieuse avancée vers la liberté car il offrait la prospective des permissions à Créteil pour Émile et au Perreux sur Marne, tout proche, pour Adrien…

Émile avait quitté la vie normale depuis plus de 6 ans et Maman Cocard était veuve depuis 8 ans… ; Créteil, où vivait son père, n’est guère éloigné de la rue de la tombe Issoire ; les permissions furent sans doute propices à transmuer la tendresse épistolaire en réalités plus concrètes.

Quant à Adrien, il rentrait chez sa mère au Perreux sur Marne, également très proche de Créteil, ce qui ne mettait aucun obstacle à la complicité des deux compères.

Adrien et Émile… Émile et Marie Catherine… Marie Catherine et Victorine… une Victorine anéantie par la mort de Désiré et évidemment soutenue et réconfortée par Marie Catherine …

Adrien avait été rapatrié le 12 décembre 1918 après 6 ans 2 mois et 3 jours sous l’uniforme de soldat, puis de prisonnier…il était grand temps d’enfin vivre… Adrien était la crème des hommes, attentionné, sensible et chaleureux… donc Victorine et Adrien…

Victorine mis au monde son premier fils, Raymond Baumgarth, le 9/2/1920 à Créteil… La conception datait donc de mai 1919… en permission puisqu’Adrien fut démobilisé le 22/8/1919 ; ils se marièrent le 28/8/1920 à Créteil… puis vint Serge, mon père, en 1922, puis Huguette en 1927 et enfin Jacques en 1931.

Une tragédie bouleversa la famille le 16 juin 1933 : Henriette s’effondra aux pieds de sa mère ; elle n’avait que 18 ans ½, elle était mariée depuis 14 mois et mère d’un petit Fernand qui ne lui survécu que 10 mois, emporté par une méningite. Avec eux s’éteignait la descendance de Désiré Cléty…

Victorine fut la première du quatuor amical à disparaître le 16/9/1965 ; Adrien lui survécut 8 ans.

Alors, quid de Maman Cocard initiatrice du couple Victorine/Adrien ?

Les faits que je viens de développer constituent un faisceau d’arguments suffisamment convergents pour opter en faveur d’une réponse positive, même si mon argumentation présuppose le prémisse de la relation épistolaire forte entre Marie Catherine et Émile prisonnier.

D’autant que cette occurrence était dans l’air du temps : la compassion des femmes envers les poilus combattants ou prisonniers était une vraie et solide réalité et le « marrainage de guerre » presqu’une institution. De plus Maman Cocard n’avait pas de frère et son défunt époux Maximilien non plus ; Émile n’avait donc pas de concurrence pour être le bénéficiaire de la sollicitude de sa cousine Marie Catherine.
Oui, je suis pleinement convaincu que Maman Cocard fut le catalyseur de la relation affective de mes grands-parents.

À l’heure du bilan de ma divagation…

Maman Cocard avait donc vraiment joué un rôle essentiel dans ma généalogie et je lui sais gré d’avoir profité - ad patres - de mon sommeil si boiteux pour motiver ma curiosité.

C’est peu de dire que mon enquête fut passionnante et que son bilan est d’autant plus le bienvenu qu’il était inopiné :

• Avant, tout gamin, j’avais été le témoin distrait des doubles amitiés complices d’Émile/Adrien et de Maman Cocard/Victorine sans être capable d’en percevoir l’intensité faute d’en connaître l’origine et les alea de leurs vies qui les avaient fortifiées ; maintenant je suis à même d’en comprendre la plénitude.

• Avant, je ne connaissais l’existence d’Henriette, de son bébé Fernand et leurs éphémères destinées que parce que nous croisions souvent, chez mes grands parents, Jo le gendre veuf d’Henriette, avec qui ils avaient conservé des rapports affectifs intenses, rapports qu’ils avaient tout naturellement élargis à sa seconde épouse et leurs deux enfants ; mais de Désiré, je ne savais quasiment rien ; rien d’autre qu’Henriette ne s’appelait pas Baumgarth, mais Cléty… J’avais craint qu’il ne fut qu’un vil suborneur ; j’ai découvert, ravi, que l’amoureux de Grand-mère était bien sympathique.

Au cours de cette aventure, j’ai vécu avec émotion quelques semaines avec toi Maman Cocard, avec Émile et avec Désiré ; vous ne pouvez pas figurer sur mon arbre et je le vis comme un manque car vous avez grandement contribué à développer le rameau qui part d’Adrien et Victorine, qui mène jusqu’à moi et que j’ai moi-même prolongé. Tout comme eux, vous étiez de petites gens, de ceux que d’aucuns qualifieraient de peu d’importance, mais dont mon frère - sculpteur de mots - dirait qu’ils avaient le cœur bien qualiteux .


[1La loi autorisant cette reconnaissance ne sera votée que sous Giscard le 3 juillet 1972.

[2Dont l’autorisation du chef de corps militaire, l’obtention d’une permission et la double publication des bans.

[3Il me plait de penser que Grand-mère avait destiné cette coûteuse photo de photographe à Désiré.

[4Les soldats n’ont été démobilisés que presque 8 mois après l’armistice, soit quelques semaines après que le traité de paix ait été signé à Versailles le 28 juin 1919 : pour Adrien, ce fut le 22 août…

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