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De l’intérêt des inventaires après décès

Le vendredi 1er décembre 2000, par Michel Morice

A travers la transcription et l’étude de divers inventaires après décès du XV° siècle, Michel Morice nous montre l’importance de ce type de document dans le cadre d’une recherche historique et/ou généalogique qui privilégie les données économiques, sociales et culturelle.

Dans le cadre de recherches sur les BRUEYS ardéchois, et tentant de reconstituer leur descendance, j’ai eu à m’intéresser au lieutenant des maréchaux de France François de BRUEYS (Privas 13/03/1716 - Privas 26/09/1777). Dés le lendemain de son décès, un notaire est requis par un parent pour inventorier les biens. Il appose immédiatement les scellés sur tous les biens meubles et immeubles et procédera à l’inventaire entre les 03 et 09/12/1777, après avoir affiché et crié au sortir des messes un appel aux créanciers.

Copie de cet inventaire en 90 pages (AD07 2E4778) m’est parvenue début 2000.

Il nous promène dans les différentes pièces de la maison de ville du défunt, puis dans son exploitation agricole du voisinage. Au passage les mobilier, linge de maison, vaisselle, ustensiles de cuisine, provisions de bouche, vêtements, gros et menu bétail, ... sont listés et évalués. Le tout nous permet d’avoir une bonne représentation du mode de vie et de l’état des finances du disparu : ...« item sommes entrées à la cossine ou avons trouvé se que s’ensuyt et premièrement deux crafarts peyssant envyron IIIIxx l. (80 livres) (...) item une grasisilhe de feu (...) item une cassetes de cuyvre, item ung buffet vieulx fort gasté, (...) item une petite crémalhières a deux pendants, (...) item une bassine de cuivre petassade tenant une seilhe et demye, item une oie de cuyvre toute rompue, (...) item destaing tant pinctes esgadières placts escuelles pessant le tout VIIIXX XII (92) livres XXIIII plates et escuelles escuelles candalliés VIII I talhado 1 escuelles »...

Pendant les quelques jours de décembre, le notaire est constamment interrompu par diverses personnes venant déclarer et faire valoir leurs créances : des commerçants (perruquier, tailleur, marchands de vin ou de fromage, ...), le collecteur des dîmes, le procureur du châtelain, des parents, la servante qui n’a pas eu ses gages depuis 10 ans, ... . Ceci confirme le délabrement des finances de la famille, commencé par la (ou les) génération précédente. En rapprochant le total des évaluations des biens du total des dettes déclarées à ce moment, le solde s’avère négatif.

Une autre partie pleine d’enseignements est l’inventaire des papiers trouvés dans les meubles. Outre des pièces comptables et divers lots de lettres privées, on y trouve des documents :
 

  • décrivant les productions annuelles de sa ferme (millet noir, bled de Turquie, truffes, ...) ;
  • concernant ses activités de consul de Privas ;
  • ayant servi à établir ses qualités de noblesse et de catholicité, confirmés par un reçu du droit de marc d’or, formalités indispensables à l’obtention de sa charge de lieutenant des maréchaux de France ;
  • familiaux tels que contrats de mariage, testaments, commissions de lieutenant ou capitaine plus ou moins anciens ;
  • d’achats, ou plutôt de cession, d’immeubles ;
  • ayant trait à plusieurs procès...

On y trouve également copie de 3 documents particuliers dont les originaux sembleraient malheureusement devoir être devenus inaccessibles.

Je cite :

Copie des lettres de noblesse données par Louis onzième à Pierre de BRUES Seigneur de St Chattes docteur es droits avocat du Roy en la Sénéchaussée de Beaucaire et Nîmes en datte du dix mars mil quatre cents mois de septembre quatorze cents quatre vingts un enregistrées au registre de ce temps fol. 62, à suitte de laquelle copie desdites lettres de noblesse est une quittance de trante écus d’or donnée audit Pierre de BRUES par frère Jean Le FEVRE pour l’expédition desdites lettres ladite quittance en datte du dix mars mil quatre cents quatre vingt deux, laquelle copie desdites lettres et quittance est signée par GATIGUES qui dit avoir l’original en son pouvoir par nous paraphée ne varietur et Cy cottée n°19.

  • Inventaire des hoirs de Noble Jean Elizée de BRUES de La CALMETTE fait par honorable homme Jean DUPUY bachelier es lois avocat en la cour présidial de Nîmes commissaire député par ladite cour en datte du huit avril mil quatre cents quatre vingts onze, duquel résulte que ledit Noble Jean Elizée de BRUES conseigneur de La Calmette est fils de Pierre de BRUES à qui le Roy Louis onze accorda des lettres de noblesse dont la copie est cy devant inventoriée n° 19, ledit inventaire Cy cotté n°20.
  • Autre inventaire fait par vénérable homme Mr Me Jean (DUCRAY ou DEVRAY) licencié es lois et avocat en la cour de Mr le Sénéchal de Beaucaire et Nîmes commissaire en cette partie député par ladite cour duquel il résulte que ledit Jean Elizée de BRUES eut deux fils Louis et André restés en pupillarité dont Mre Pierre de VALFONT prêtre conseigneur de La Calmette fut élu leur tuteur ledit inventaire en datte du vingt trois juin mil cinq cents trante un Cy cotté n°21 
    Un éminent spécialiste gardois interrogé m’a affirmé que la référence des lettres de noblesse accordées à Pierre de BRUEYS devait correspondre aux registres de la Trésorerie royale de Nîmes, mais, des archives détruites en 1790, ne demeurent que les inventaires, plusieurs volumes série A des Archives du Gard et sa copie aux AD de l’Hérault série C, qui peuvent prouver que le document a bien existé, si on n’en connaît pas autrement la teneur. Je n’ai pas poussé plus loin sur ce point.

Quand aux 2 autres pièces, le commentaire (très plausible) a été que ces deux inventaires après décès, établis d’autorité de la cour présidiale, indiquent les morts ab-intestat de Pierre de BRUEIS et de Jean Elizée de BRUEIS ; car lorsqu’il existe des mineurs et aucune disposition testamentaire, les inventaires sont faits d’autorité de justice. On en trouve toute une série dans les archives du présidial, mais depuis 1610-1620 seulement. A la suite d’un testament le prévoyant, les notaires font souvent des inventaires après décès, le testateur préférant son notaire aux officiers de justice. D’après la dernière mention, il semblerait que Pierre de VALFONT (VALFONS) soit proche parent des mineurs de Jean Elisée de BRUEIS, pour être tuteur - ce prénom Elisée, résulterait de l’alliance avec la famille de ce nom ?

  • l’inventaire après décès de 1491, aucune chance de le trouver ; Pas plus que celui de 1531.

Je n’ai aucune idée d’où trouver l’inventaire de 1491.

Par contre, il s’est trouvé que j’avais pris en 1998 photocopie d’un document réputé être l’inventaire du mobilier du château de la Tour à Saint-Chaptes fait en 1531. Celui-ci m’étant absolument illisible attendait une occasion pour être transcrit. Ce n’est qu’il y a un mois qu’elle s’est présentée et j’ai découvert qu’il s’agissait de l’inventaire après décès des biens de Louis d’ANDREA, décédé après le 06/05, gendre de Jean ELIZEE, et dont les enfants ont été mis sous la tutelle de Pierre de VALFONS. L’acte est aux minutes du notaire de Nîmes André DAUDE et établi avec l’assistance de Jean DEVRAY entre les 23/06 et 18/08/1531 (AD30 6MI110 - 36 pages). Le notaire de Privas non plus n’avait pas pu le déchiffrer correctement 250 ans après sa rédaction ! 
Ce nouvel inventaire lui aussi est passionnant. On y trouve la visite détaillée du château et la liste de son contenu, dont, particulièrement marquants :

  • une chapelle avec son mobilier, ses objets sacrés et vêtements de culte ;
  • un lit de 7 pas de long sur 5 de côté ;
  • des reliques rapportées de la terre sainte de Jérusalem (par qui et quand ?) : ...« Item autre papier en a une quantité de terre environ le grés de une anella et a escript au papier la terre sainte de Jérusalem. Item un petit pastrenotes noere auquel y a un papier escript dans icelui papier que ils ont touché toutes les reliques de Jérusalem »...
  • un nombre important de tapisseries décorées de motifs empruntant des thèmes classiques, sans doute d’ Aubusson : ...« Item un autre grand tapis faict de forme de bergiers et bergières qui a de long de II canes et y a ung loup qui emporte une fède au mylieu, jaune »...
  • enfin toute une série de titres, analysés laconiquement mais qui situent les chronologies et plusieurs alliances, datés de 1230 à 1515.

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5 Messages

  • De l’intérêt des inventaires après décès 22 août 2009 09:00, par cathyblaise

    bonjour ; quelle chance (et quel travail !) d’avoir retrouvé toutes ces pièces ! merci de nous en faire profiter. Pour mes recherches, je n’ai pas trouvé d’inventaire après décès de mes propres ancêtres ; mais j’en ai trouvé qui concernaient d’autres habitants du village, à fortune égale. Cela peut aider à connaître le type de mobilier, le type et la quantité de linge, l’intérieur d’une maison,... dans une région et à une époque données. Donc effectivement comme vous le dites, d’un grand intérêt ! merci

    Cathy Blaise

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    • De l’intérêt des inventaires après décès 22 août 2009 14:18, par Colette Boulard

      Les inventaires après décès sont parmi lespremiers documents qui donnent vie à des recherches généalogiques. Je suis un peu surprise que vous n’en ayiez pas trouvé concernant vos aïeux, aucun d’entre eux. Pour ma part, j’en ai déjà retrouvé plusieurs, contenant parfois le testament d’un grand malade, sachant qu’un inventaire était obligatoirement fait dès lors que l’un des parents mourait laissant des enfants mineurs : simple prise en compte de la protection des droits du mineur.
      Lorsque la date et le lieu du décès sont connus ou trouvés, notamment au XIX ème siècle, il faut chercher en passant par l’enregistrement (aspect fiscal) du décès et de la succession, ce que le personnel des archives départementales sait expliquer, en aidant à décrypter le cheminement administratif. C’est un peu plus compliqué que les registres d’état-civil mais on y arrive, et quelle récompense alors, y compris quand les inventaires concernent des familles plus modestes que celle dont parle l’article ci-dessus !

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      • De l’intérêt des inventaires après décès 22 août 2009 18:59, par cathyblaise

        bonjour Colette et merci pour ces précisions ; en fait, je cherche actuellement tout ce qui concerne une seule branche de mes ancêtres, et notamment le plus ancien couple de cette branche, décédés en 1638 et 1640 (trouvé grâce à un acte notarié où le tuteur de mon ancêtre vend un de ses jardins pour se dédommager de l’avoir entretenue) ; donc dans la série 3E ; en relisant votre article et votre message, je vais demander à la directrice de salle, et surtout voir les séries A et C. merci encore.

        Cathy

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  • De l’intérêt des inventaires après décès 24 août 2009 22:14, par claude VITRY

    belle histoire qui démontre combien cette source est riche ;
    pour ma part, j’en ai trouvé de nombreux concernant des ancêtres sans position sociale particulièrement élevée .
    Il faut préciser que parfois, l’inventaire d’un déffunt était réalisé non pas après son décès, mais quelques jours avant le remariage du conjoint survivant.
    En dehors des prisées sur les meubles et autres effets, la dernière partie de l’inventaire est précieux puisqu’il recence les papiers trouvés chez le déffunt, c’est à dire les grosses des actes qu’il a passés de son vivant ( lorsqu’il les a conservé bien sûr !) ;
    j’ajoute que les inventaires peuvent se trouver dans les actes notariés mais aussi dans la série du baillage. Enfin, on trouve parfois le partage des biens dans un autre acte notarié qui suit de près le précédent.Et pour boucler la boucle, si le déffunt laisse des enfants mineurs- ce qui était assez fréquent - , le baillage peut nous révéler l’ouverture d’une tutelle , avec sa kyrielle de parents cités !! que de grain à moudre !
    claude

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  • De l’intérêt des inventaires après décès 18 juillet 2010 10:16, par luynes

    On a l’impression de pénètrer dans l’intimité du personnage, j’ai noté la pauvreté en instruments culinaires, à part les tourne-broches avec leur poids parfois un martinet se trouve noté. Plus instructifs les « papiers » où figurent les contrats de mariage.

    Répondre à ce message

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