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Barras, L’ex-voto disparu et le vaisseau fantôme


jeudi 25 octobre 2012, par Philippe de Ladebat

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Aux pieds du vieux village de Fox-Amphoux dans le Var, le promeneur pouvait contempler jadis dans une chapelle creusée dans la falaise un ex-voto peint représentant un vaisseau en péril luttant contre la tempête ; une vierge à l’enfant dans les nuages semblait entendre l’appel d’un officier d’artillerie en uniforme bleu représenté au coin gauche du tableau.
Le tableau aurait été déposé là en 1783 par Paul Barras lors d’un pèlerinage d’action de grâce, puis transporté au début du XXe siècle dans l’église même du village où il a été volé en 1998.
La jeunesse de Barras est peu connue et le voir ainsi associé à une œuvre pieuse évoquant une fortune de mer attise la curiosité.

L’ex-voto reconstitué d’après une carte postale

Pour mémoire : une jeunesse provençale

Ne redoutant jamais de faire parler les morts Google indique : « Pour communiquer avec Paul Barras, vous devez d’abord vous inscrire à Facebook. Il est inhumé au cimetière du Père Lachaise.  » Sur sa page Facebook notre homme n’a pourtant aucun ami et sa pauvre tombe non entretenue du cimetière du Père La Chaise à Paris ne porte que la simple inscription :

PAUL BARRAS / MEMBRE DU DIRECTOIRE EXECUTIF / NÉ Á FOS AMPHOUX DEP DU VAR / LE 30 JUIN 1755 / MORT À PARIS LE 29 JANVIER 1829

Pour la grande histoire le rôle de Barras commence en 1792 à la Convention, s’affirme le 9 thermidor et s’épanouit au Directoire ; le Directeur ne quittera définitivement la scène politique que le 9 novembre 1799 (18 Brumaire An VIII).
Le vieil homme qui va s’éteindre à Paris par un sombre jour de janvier 1829 était né dans le soleil du Var, en juin 1755. Qu’avait-il fait avant son entrée dans l’Histoire ?

Sur la place de l’église de Fox-Amphoux l’un des plus vieux micocouliers de France, planté en 1550, se dresse encore aujourd’hui avec ses 18 m de haut et ses 5m de circonférence. Il a survécu à la fureur révolutionnaire qui associait les micocouliers au clergé et les abattait ; il aurait été sauvé in extremis au motif que le citoyen Barras était natif du lieu. L’arbre avait déjà plus de 200 ans lorsque le jeune Paul Barras grimpait sur ses branches avec les garnements du village ou suçait en octobre la pulpe sucrée de ses micocoules violettes à gros noyaux.

Non loin de là, sur une plaque de pierre au mur de sa maison natale on lit :

"Ici naquit le 4-6-1755 Ct PAUL de BARRAS Conventionnel du VAR Directeur de la République"

Paul François Jean Nicolas vicomte de Barras est issu de la noblesse provençale. Son père est un officier supérieur, un Barras « aussi ancien que les rochers de la Provence » disait-on ; sa mère Élisabeth Pourcelly, est une petite fille de la marquise de Castellane-Montpezat. Ils possèdent en tout et pour tout une maison dans le village et quelques terres dans la plaine.
Le jeune Barras aura pour premiers horizons les hautes terres varoises, pour amis les jeunes hobereaux du voisinage dont le Duc de Blacas d’Aups mais aussi, beaucoup plus nombreux, les enfants des fermiers et des artisans locaux. De quoi ouvrir l’esprit sans contraintes et former un caractère autonome. Un rapide passage en pensionnat et quelques leçons d’un précepteur occasionnel lui donnent quelques bases d’éducation mais il refuse d’être page du Duc d’Orléans et choisit la carrière militaire.

Le vicomte Paul de Barras à 16 ans

Après quelques exploits amoureux – déjà -, il entre comme cadet au régiment de Languedoc et suit une formation militaire. À vingt-et-un ans il a hâte de voyager et s’enrôle comme sous-lieutenant au régiment de Pondichéry. Le 30 juin 1776 il s’embarque à Marseille pour les Indes sur le vaisseau Duc de Duras.

Comme officier d’infanterie, il va participer notamment aux campagne des Indes contre les Anglais (escadre Bellecombe puis escadre Suffren) et faire à deux reprises la traversée de France à Pondichéry. C’est au cours de l’un de ces voyages que prit dans une tempête il se serait recommandé à la Vierge en lui promettant un ex-voto de reconnaissance s’il échappait à la mort. De retour en France en 1783 il aurait exécuté son vœu. Un ex-voto a bien été déposé dans la chapelle du Bon Secours, puis transporté dans l’église même de Fox-Amphoux où il a été volé en 1998. Il n’en reste plus qu’une trace photographique sous forme d’une carte postale.

Ce pèlerinage a-t-il bien eut lieu ? En mémoire d’un naufrage évité sur quel vaisseau ?

Le pèlerinage de Barras à la chapelle du Bon Secours de Fox-Amphoux : une belle légende provençale ?

En ce dimanche de 1783 toute la population du village de Fox-Amphoux est rassemblée devant l’église Notre Dame de L’Assomption. On est même venus des villages voisins car les curés de Barjols, Aups, Cotignac, Salernes… ont répandu la nouvelle dans leurs sermons et le bouche à oreille a fait le reste. Les premiers arrivés se pressent dans l’ombre fraîche du grand micocoulier planté au milieu de la place. Des hirondelles raient le ciel bleu et des choucas nichés haut dans les branches crient leurs tchia tchia en volant vers le clocher. Tout le village est en émoi.

On bavarde, on commente, on s’informe : le jeune seigneur de Barras est à la messe et doit bientôt sortir pour aller faire son vœu à Notre Dame de Bon Secours. Les plus renseignés racontent à leur façon comment le jeune capitaine a échappé par miracle à une violente tempête alors qu’il allait guerroyer aux Indes contre l’ennemi anglais. On est en Provence et chacun d’ajouter sans vergogne les détails les plus dramatiques de l’évènement.

Dans le clocher carré à campanile les deux cloches sonnent maintenant l’Angélus et le portail de l’église s’ouvre : le jeune vicomte de Barras apparait dans son bel uniforme d’officier d’infanterie. Grand, svelte, le visage bronzé, il descend maintenant les marches du perron. Le visage grave, recueilli, pieds nus comme il convient pour un pèlerin, il chemine lentement, un cierge allumé à la main, à côté de sa mère et suivi de son frère cadet.

Comme il prend la rue qui passe devant sa maison natale il s’incline et la foule le suit en cortège sur la calade qui descend en forte pente avec de nombreux lacets, dans l’ombre d’une forêt de chênes verts. La foule se met en file pour suivre l’étroit sentier empierré derrière Barras et ses proches. Le jeune homme, silencieux, parait insensible aux cailloux qui roulent sous ses pieds nus. Après une trentaine de minutes de cette marche lente, une grotte-chapelle s’ouvre à droite dans la haute falaise de tuf calcaire couverte de mousse.

Dans la chapelle que l’on nomme ici Notre Dame du Bon Secours, Barras agenouillé dit sa reconnaissance pour la Vierge qui l’a sauvé des flots et reçoit la communion du curé du village. Ensuite, son frère cadet qui portait un tableau ex-voto, le suspend au mur de droite de la chapelle.
Réalisé par un peintre de Marseille, le tableau représente un navire battu par les flots ; en bas à gauche un personnage en uniforme d’officier, la main sur le cœur, regarde vers le ciel où apparait Notre Dame de Bon Secours, portant l’enfant Jésus.

Barras, sorti, s’aligne avec sa mère et son frère le long du chemin, tandis que la foule des villageois pénètre en file indienne dans la chapelle pour admirer l’ex voto ; chacun y va, bien sûr de son commentaire élogieux sur le courage et la piété de l’enfant du pays…

« Se non e vero è bene trovato ». On trouve ce genre de récit plus ou moins romancé dans des commentaires « d’érudits locaux » sur Barras au début du XXe siècle ; ces textes ne citent cependant aucune source et s’abritent derrière la formule « selon la légende » [1].

Quant à Barras, il se garde bien de raconter dans ses mémoires, cet épisode mystique et religieux, peu compatible avec ses opinions révolutionnaires anticléricales et sa politique de déchristianisation sous le Directoire ; quant aux historiens et biographes de Barras ils n’évoquent qu’avec beaucoup de réserves ce prétendu pèlerinage. Jean Savant parle de la vie de Barras comme d’une « fosse aux légendes ».

Nos « spin doctors » contemporains et autres experts en « story telling » spécialistes de la « communication narrative » n’auraient cependant pas fait mieux pour mettre en scène le fameux ex-voto et susciter l’émotion populaire pour faire passer un message édifiant.
Le message subliminal de l’histoire pourrait être : Voyez bonnes gens quand on remet son sort pieusement à Dieu il nous sauve des plus dangereux périls et il convient de l’en remercier par une action de grâce… À supposer que cette histoire de pèlerinage ait été totalement ou partiellement inventée, à qui profiterait-elle sinon à quelque brave curé ou fervent catholique s’essayant à la pratique de la parabole pédagogique ? Nous sommes alors très loin des préoccupations de Barras…

Quoiqu’il en soit il existait bien un ex-voto aujourd’hui disparu…

L’ex voto volé dans l’église

Carte postale originale en couleurs

Cette peinture sur toile encadrée a été classée au titre « d’objet monument historique » le 30 octobre 1914. Déposée dans l’église Notre-Dame de l’Assomption, comme propriété de la commune de Fox-Amphoux, elle est signalée aujourd’hui dans la base Palissy comme « œuvre volée ». On en possède plus qu’une image sur une carte postale noir et blanc et deux autres images plus petites sur deux autres cartes postales dont une en couleur. Les deux cartes postales en N&B, numérisées, sont consultables sur le site des Archives Départementales du Var à Draguignan.

Cet ex-voto n’est pas signé comme la plupart des œuvres des peintres d’ex-voto et à la différence des œuvres de peintres qui ne peignaient pas que des ex-voto (Voir Les portraits de navires dans les ex-voto marins peints de Notre-Dame de la Garde à Marseille et Les Roux de Marseille : une dynastie de peintres de marines). Il est de dimension modeste : h = 25 cm et l = 33, soit un peu plus grand que notre format A4 contemporain.

Sa composition, conforme aux usages antérieurs à la Révolution, présente trois espaces juxtaposés et en relations symboliques. L’espace céleste, en haut à gauche, est occupé par la Vierge avec son enfant représentés dans des nuées ; en-dessous en bas à gauche un personnage debout en jaquette ou uniforme d’officier, en posture d’orant le bras gauche ployé sur sa poitrine, et dont on imagine ici qu’il s’agirait de Paul Barras ; enfin la scène marine sur les 2/3 restant à droite et en bas de la surface du tableau représente un navire trois mâts dans une mer déchainée, trois voiles gonflées par le vent semblant porté irrémédiablement vers un rivage très proche. En la circonstance il pourrait s’agir soit d’un moment précédent un naufrage dont l’orant serait sorti indemne grâce à l’intercession de la vierge, soit d’un navire épargné par la tempête pour la même raison.

Enfin dans le coin supérieur droit est inscrit en noir :

L’actif
EX VOTO
1783

On peut lire aujourd’hui sur la carte postale déjà citée :

Le Conventionnel et Directeur Barras naquit le 30 juin 1755 à Fox-Amphoux (Var). Officier de marine, il se rendit dans les Indes ; lorsque le vaisseau sur lequel il était monté, l’Actif, fit naufrage vers les îles Maldives. Au gros du danger il se recommanda à la vierge de N. D. de Bon Secours de Fox. À son retour, en 1783, il se rendit, d’après la tradition, nus pieds et accompagné de sa mère, au sanctuaire vénéré de la vierge, il y communia et offrit cet ex-voto qu’on y voit encore.

Si ce texte évoque lui aussi « d’après la tradition » un pèlerinage de Barras et qualifie Barras d’officier de marine alors qu’il est officier d’artillerie, il se réfère surtout à l’évènement qui a suscité la réalisation de l’ex-voto : le naufrage vers les île Maldives du vaisseau L’Actif sur lequel Barras aurait été embarqué. Le problème est que l’on ne trouve pas trace, non plus, d’un tel vaisseau.

Enquête sur un vaisseau fantôme

Si l’on recense les différents voyages de Barras sur les routes des Indes, on trouve qu’il s’embarque d’abord à Marseille le 30 juin 1776 sur le vaisseau Duc de Duras pour rallier Pondichéry. Ce vaisseau fait naufrage le 12 avril 1777 au large des Maldives. Barras repart des Maldives le 15 mai 1777 sur le vaisseau La Bretagne qui arrive le 24 mai 1777 à Pondichéry. Après la reddition de la ville aux Anglais le 18 octobre 1788, Barras revient en France sur Le Sartine (Voir article H&G sur ce vaisseau N° 1148). Débarqué à Marseille le 20 mai 1780, Barras va séjourner de fin mai à février 1781 à Fox-Amphoux.
En mars 1781 Barras doit rejoindre le régiment de Pondichéry à Lorient où il embarque le 16 mars 1781 sur le Maurepas puis, après une escale au Cap, il monte sur l’Artésien (Escadre Suffren). Le 18 avril 1781 il participe au combat naval de La Praya (Iles du Cap vert) puis rejoint Le Cap sur le Maurepas. Il séjourne au Cap jusqu’à fin aout 1783 où il s’embarque sur la Julie Bien-Aimée pour Marseille où il débarque en novembre 1783. Il donne alors sa démission de l’armée et va s’installer à Paris deux mois plus tard. Mais ceci est une autre histoire…

Comme on le voit, on ne trouve pas trace dans les pérégrinations navales de Barras d’un passage sur un vaisseau nommé L’Actif. Les différents états de la marine Royale et les recensements de navires de commerce ne révèlent pas non plus la présence d’un navire de ce nom sur les routes maritimes des Indes entre 1776 et 1783 [2].

Si Barras sur un vaisseau nommé L’Actif avait effectivement affronté une très violente tempête on ne voit pas pourquoi il n’en parlerait pas dans ses mémoires alors qu’il raconte avec force détails les péripéties du naufrage du vaisseau le Duc de Duras qui le transportait lors de son premier voyage vers Pondichéry. Le fait est cette fois attesté, en outre, par le commandant de ce vaisseau qui le raconte, au 12 avril 1777, sur son journal de bord, repris dans l’Histoire des naufrages de Deperthes.

Histoire des naufrages, 3 T, Deperthes, 1789.

Dans ses « Mémoires » [3] Barras relate le naufrage du vaisseau le Duc de Duras sur lequel il s’était embarqué à Marseille le 30 juin 1776 pour rejoindre son régiment à Pondichéry :

« Nous naviguions par un beau temps, lorsque, au milieu de la nuit, un violent ouragan survînt tout à coup. Notre vaisseau donna contre un banc de sable ; la quille fut brisée et nous échouâmes. Chacun se rendit à la hâte sur le pont : nous étions tous à demi-nus et dans la consternation ; à la vue du commun danger, nous prenions en tumulte des résolutions à l’instant même abandonnées. Nous n’avions plus de mâts ; d’épaisses ténèbres nous environnaient, et nous ne savions que résoudre.

Le capitaine était embrassé par son frère qui se recommandait tout haut à Notre-Dame de la Garde. De toutes parts on adressait des prières à la « Bonne Mère »… Notre position était affreuse. Naufragés sur des rochers que la mer agitée couvrait de ses vagues, nous fûmes heureux de trouver un refuge sur le banc de sable qui nous avait fait échouer et qui était situé à deux encablures du vaisseau, presque entièrement détruit…Peu d’instants après, le vaisseau, qui faisait eau de tous côtés, disparut ».

Ce naufrage est attesté par la relation qu’en a faite en outre le Commandant du vaisseau, le Capitaine Pierre Blancard [4].

Accessoirement ce capitaine marseillais (1741 – 1826) est resté célèbre pour avoir été le premier à importer en France des boutures de chrysanthèmes. Toujours est-il qu’il raconte en détail le naufrage du Duc de Duras le 12 avril 1777 en notant sans commentaire la présence à bord de Paul Barras.

"Quelque sombre que fût la nuit du 11 au 12 avril, aucun indice, aucune présomption ne faisaient craindre de rencontrer la terre ; chacun se livrait aux douceurs du repos, qu’une nuit plus fraîche rendait plus facile, lorsque vers les deux Heures du matin, l’officier chargé de veiller à la manœuvre du vaisseau, croit apercevoir quelque chose de blanc. Il crie au timonier de changer la route, mais il n’est plus temps ; la profondeur manque et le vaisseau échoue avec une force à sa vitesse.
Tout le monde s’éveille avec terreur, la nuit semble s’être obscurcie, en vain les yeux cherchent à percer les ténèbres qui environnent le vaisseau. On ne sait encore si les écueils sur lesquels il talonne de la manière la plus effrayante, sont isolés au milieu de la mer, ou s’ils tiennent à quelque terre ; enfin, au bout d’une demi-heure , on aperçoit un feu sur une petite île. Cette vue, au milieu des horreurs d’un danger aussi pressant, fait luire un rayon d’espérance dans les cœurs, et on s’occupe des moyens d’échapper au naufrage.
Le mât d’artimon tombe sous les coups de bâche, et après avoir mis à la mer la chaloupe et le canot, on travaille à décharger le vaisseau du fardeau inutile de ses autres mâts, qu’on n’abat qu’avec peine. Les lames, qui viennent avec fureur frapper contre le vaisseau, le soulèvent pour le laisser retomber sur les rochers, où l’on craint à chaque instant de le voir s’entr’ouvrir.
" etc.

En conclusion provisoire Barras a certainement vécu le « vrai » naufrage du Duc de Duras lors de son premier voyage à Pondichéry. Sans doute, comme c’était l’usage à l’époque sur un vaisseau de Marseille, a-t-on alors demandé à bord le secours de la Bonne Mère. Le jeune Barras se serait peut-être joint à ces prières et à ces vœux, bien qu’il ne le mentionne évidemment pas dans ses mémoires écrites beaucoup plus tard alors que ses convictions religieuses avaient évolué.
A-t-il à son retour fait réaliser un ex-voto qu’il serait allé déposer en pèlerinage dans la chapelle du Bon Secours de Fox-Amphoux ? Pourquoi alors faire inscrire le nom d’un vaisseau sur lequel il n’aurait pas été embarqué ?
Il nous faut admettre que nous butons toujours sur cette énigme que nous livrons à la sagacité des lecteurs.

« La fable est la sœur ainée de l’histoire  » écrivait Voltaire. Avec sa vie accidentée et quelque peu romancée à son avantage dans ses mémoires, le personnage de Paul Barras se prête aux anecdotes et aux légendes. On a tenté ici de montrer que l’épisode qui sert de sujet à l’ex voto volé de Fox Amphoux relève plus du conte provençal et de l’imagerie populaire que du fait historique avéré. La disparition de l’ex voto dans des conditions que nous n’avons pas pu élucider ajoute, bien à propos, un voile de mystère sur des vœux à la Vierge ainsi qu’un prétendu pèlerinage que Paul Barras aurait faits. Ses actions révolutionnaires et anticléricales futures ne plaident pas en faveur de son éventuelle piété de jeunesse mais rappelons à sa décharge le précepte danois : « Pour apprendre à prier, va sur la mer ; pour apprendre à dormir, va à l’église  ».

Quoiqu’il en soit une promenade au village de Fox Amphoux où l’on voit toujours la maison natale de Paul Barras et une visite de la chapelle du Bon Secours où ne subsiste qu’un agrandissement de la carte postale du fameux ex voto permettent de mieux comprendre un personnage décrié pendant le Consulat et l’Empire, mal aimé par la postérité Républicaine, mais auquel Madame de Stael disait pourtant un jour évoquant Robespierre et Fouché :
« Ah ! Je n’aime pas ces hommes glacés aux cœurs de citrouilles fricassés dans la neige. Vous, cher Barras, qui n’êtes point glacé, vous avez une âme de Provence, comme je les aime… ».

Nul doute qu’un tel personnage ne pouvait qu’embrasser avec enthousiasme les promesses de libertés qu’annonçait la Révolution et son tempérament provençal fera qu’aucun de ses jours ne sera désormais banal.

L’humble tombe de Barras au Père La Chaise

Bibliographie sur Barras :

  • « Quand Barras était roi », Alfred Marquet, Émile-Paul éditeur, 1911.
  • « Barras et son temps », Henri d’Alméras, Albin Michel, 1930.
  • « Barras ou le jeu corrupteur de la politique et de l’amour », Jean Bréhat, Baudinière, 1935.
  • « Barras, le ‘Roi’ de la République, 1755-1829 », Jacques Vivent, Hachette, 1938.
  • « Tel fut Barras, l’homme qui inventa Bonaparte », Jean Savant, Fasquelle, 1955 (N.B. cet ouvrage d’un historien reconnu est le mieux documenté et ‘sourcé’ ).
  • « Barras, le roi du Directoire », Jean-Paul Garnier, Perrin, 1970.
  • « Barras, le Vicomte rouge », Eric Le Nahour, Lattès, 1982.
  • « Barras », Pierre Temin, Rousseau-Genève, 1992.

Notes

[1« Page inédite de la biographie de Barras » par Louis de Bresc. « Un ex voto de Barras » par Jacques Patin, Le Figaro Littéraire, 17 juin 1911. Barras en Provence » par Gaston Gras, 1929. « Barras, sa famille, sa descendance jusqu’en 1967 » par Louis Desvergnes, 1968. « Histoire de Fox-Amphoux », Jacques Seillé, 1998.

[2Un Vaisseau de 74 type citoyens nommé Actif est signalé à Brest puis dans la Campagne de la Manche et sur les côtes anglaises à cette époque. Barras ni son régiment ne participaient à ces Campagnes. (Source : « Dictionnaire de la flotte de guerre française de 1671 à nos jours » Lieutenant de vaisseau Jean-Michel Roche.)

[3« Mémoires de Barras », 1re édition 4 vol., présentés par Georges Duruy (Particulièrement hostile à l’auteur), janvier 1892. Autres éditions :

  • présentés par Paul Vergnet (Plus mesuré), éd Littéraires et Artistiques, 1946.
  • présentés par Jean-Pierre Thomas (Appareil critique éreinté par AHRF), éd Mercure de France, 2010.
    L’épisode du naufrage du Duc de Duras est repris et commenté dans « Histoire des naufrages et autres évènements funestes de la mer » par Deperthes, Ed. Cuchet, Paris, 1789.

[4« Relation de la route et des circonstances du naufrage du vaisseau Le Duc de Duras, de Marseille, Commandé par le capitaine Pierre Blancard, Parti de L’Isle de France pour Pondichéry le 26 février 1777 et naufragé sur l’Isle D’Emiti, l’une des Maldives. Repris dans : « Voyage aux Indes Orientales et à la Chine, fait par ordre de Louis XVI depuis 1774 jusqu’en 1781 Tome III p. 337, Paris, Dentu, édition 1806.

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8 Messages

  • Enigme qui allie l’interet pour un personnage dont on ne parle que très peu malgré son action et son influence certaine en des temps troublés et une énigme amusante.
    Félicitation pour l’originalité et l’érudition.

    Répondre à ce message

    • Barras, L’ex-voto disparu et le vaisseau fantôme 27 octobre 2012 07:34, par Philippe castaing

      Une petite précision à votre étude intéressante etpour compléter votre article. barras officier au régiment de Pondichéry était bien officier de la marine (tout en étant fantassin ou artilleur) car il faisait part des troupes embarquées et spécialisées pour les colonies (nos actuelles Troupes de Marine) qui s’appellaient alors infanterie de la marine ou artillerie de la marine, troupes crées par le cardinal de Richelieu et dépendantes du ministére de la marine dont les nombreux régiments devinrent aprés la révolution « Troupes de la Marine », puis en 1900 « Armée Coloniale », puis en 1959 « Troupes de Marine » à la fin de l’empire colonial français (équivalentes des royals marines anglais ou des marines us). Ces troupes qui étaient formées de fantassins, d’artilleurs et d’ouvriers des arsenaux et étaient spécialisées dans les opérations amphibies tout en participant au service du bord des navires à voile de la marine de l’époque, servaient de corps expéditionnaires pour les expéditions outre mer ou de troupes permanentes dans nos colonies. Leurs soldats étaient appellés « marines » ou « royales marine » et sont appellés à présent marsouins (fantassins, paras, cvaliers, fantassins, etc) ou bigors (artilleurs).

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      • Barras, L’ex-voto disparu et le vaisseau fantôme 27 octobre 2012 10:57, par patrick de La Rode

        article passionnanr er fort bien fait ! espérons que cet ex-voto sera retrouvé : ce serait un miracle...
        peut-être, ce triste régicide a-t-il invoqué la Sainte Vierge, en se souvenant de la Foi de sa jeunesse avant d’expirer, oublié et méprisé ! une petite prière pour lui !

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      • Barras, L’ex-voto disparu et le vaisseau fantôme 27 octobre 2012 19:02, par Philippe de Ladebat

        Monsieur, je vous remercie pour vos observations.
        J’avais hésité en effet sur le point de savoir si Barras en 1776 était « Officier d’infanterie » ou « Officier de Marine ».
        Comme il n’avait pas fait une école de Marine de l’époque (Gardes de la Marine ou École Royale de la Marine) et portait des grades en usage dans l’armée de terre et non dans la Marine, je l’ai en effet désigné dans cet article comme « Officier d’artillerie » (Régiment de Languedoc puis Régiment de Pondichéry).
        Compte tenu de vos remarques on pourrait peut-être le désigner plus justement comme « Officier d’infanterie de Marine », car à aucun moment il ne parait avoir assuré une responsabilité de navigation comme « Officier de Marine ».
        Pendant mon Service Militaire en 1961… j’ai pour ma part servi en effet comme « Marsouin » au 23e RIMA qui faisait partie de l’Armée de Terre, et j’ignorais qu’au XVIIIe ces troupes embarquées dépendaient du Ministère de la Marine.
        Bien cordialement
        Philippe de Ladebat

        Répondre à ce message

        • Barras, L’ex-voto disparu et le vaisseau fantôme 27 octobre 2012 22:41, par Philippe castaing

          Merci pour vos explications. Je suis moi-même officier des Troupes de marine en retraite à Tahiti et passionné par l’histoire. Les régiments d’Infanterie et d’Artillerie de la Marine ont été regroupé pendant la période révolutionnaire en un seul Corps de Marine avec leurs camardes des ouvriers des arsenaux, Corps qui s’est notement illustré à la bataille de Lutzen en 1813 (un général prussien a dit lors de cette bataille impériale « il restait le mur infranchissable de l’infanterie de marine »)le nom de bataille de Lutzen est inscrit sur l’étendart du 1° Rama. Puis sous la restauration les régiment de la marine ont été recréé (1° Rim et ° Rim, etc.), ces régiments spécialisé dans l’outre mer et l’amphibie (opérations de débarquemlents) ont perduré et grossis sous le second empire et ce sont démultipliés à partir des conquêtes coloniales de la 3° république. Ils appartenaient au ministére de la Marine et leurs personnels participaient aux manoeuvres des voiles à bord des bâtiments jusqu’à l’arrivée des bâtiments à vapeur. Leurs casernements étaient de vieux vaisseaux à l’ancre dans les ports (Toulon, Brest, etc.)et/ou des casernements à terre. Les régiments de marine ont ensuite par un loi de 1900 quitté le ministére de la marine (aprés des débtas épiques au parlement) pour être rattachés au ministére des colonies et ont formé à ce moment la fameuse Armée coloniale en prenant le nom de Ric (régiment d’infanterie coloniale) ou de Rac (régiment d’artillerie coloniale) tout en gardant leurs casernements à bord de vieux vaisseaux mais aussi dans des casernementss à terre. Puis à la fin de l’empire coloniale français ils ont pris pour nom le nom de Rima (régiment d’infanterie de marine et non plus de la marine) et de Rama (régiment d’artillerie de marine et non plus de la marine) et ils ont enfin été regroupé en une seule Arme les Troupes de marine en 1961 (TDM) date ou ils ont rejoint pour emploi et pour gestion pour la premiére fois de leur existence le ministére des armées ou ministére de la défense.

          Ainsi l’ancien régiment des vaisseaux dont le premeier chez de corps est le cardinal de Richelieu et dont la garnison était à Brest (caserne Fautras) a pour héritier le 2° Rima qui avait gardé une implantation à Brest jusqu’en 1963 et est à présent en garnison au camp d’Auvours prés de mans.

          pour revenir à Barras je pense qu’il serait bon d’indiquer qu’il était officier de la marine (et non officier de marine car il était combattant et non navigant) comme c’était l’appellation à l’époque et comme c’est encore l’appellation aujourd’hui pour les officiers de la royale qui ne sont pas navigant (chef de quart) comme les commissaire, les transmetteursl les ingénieurs des ports ou des constructions maritimes,etc.

          Encore bravo pour votre article passionnant.0

          Répondre à ce message

          • Barras, L’ex-voto disparu et le vaisseau fantôme 28 octobre 2012 16:31, par Philippe de Ladebat

            Monsieur. Vos précisions sur l’histoire des troupes de marine sont tout à fait éclairantes et explicites au sujet de la situation de Paul Barras lors des expéditions aux Indes des régiments de Languedoc (1776) et de Pondichéry (1781). Je retiendrai donc pour mon présent article votre suggestion de désigner Barras comme un « Officier de la Marine ».
            Votre très intéressant texte constitue une « Généalogie des Troupes de Marine » qui mériterait sans doute un article à lui seul ; permettez-moi de vous suggérer sa publication sur ce site.
            D’autre part j’ai eu l’occasion lors de la publication de mon article sur « Les français dans la guerre de Sécession » d’être en contact avec M. Jean-Marie Gustavo, rédacteur en chef de la revue « La Charte FNAM » qui s’intéresse notamment à l’histoire des militaires français projetés en opérations extérieures (OPEX aujourd’hui) ; il serait sans doute intéressé lui aussi par un article sur l’histoire des troupes de marine.(mail : fnam@maginot.asso.fr ).
            Bien cordialement
            Philippe de Ladebat.

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            • Merci de votre réponse. Bonne idée pour l’article sur le généalogie des Troupes de Marine que je serai fier d’écrire,je vais y réfléchir dés que j’aurai un peu de temps à y consacrer. D’autre part je connais la revue La Charte que je reçois réguliérement.

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  • Barras, L’ex-voto disparu et le vaisseau fantôme 20 octobre 2014 17:53, par bruno jaffré

    Monsieur,
    pouvons-nous entrer en contact au sujet du Vice-Amiral André Emile Laffon de Ladebat (1807/1874). En 1862, à Lorient, il a prononcé l’éloge funèbre du Vice-Amiral Adolphe La Guerre (1792/1862), membre de ma famille. Merci de votre réponse.
    cordialement
    bruno jaffré - Cannes.

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