www.histoire-genealogie.com


----------

Accueil - Articles - Documents - Chroniques - Dossiers - Album photos - Testez vos connaissances - Serez-vous pendu ? - Entraide - Lire la Gazette - Éditions Thisa


Réflexions sur les ornements des mégalithes plœmeurois

Ce texte a été rédigé par Michel Guéguin, Jean-Yves Le Lan et Yves Banallec


vendredi 4 juin 2021, par Jean-Yves Le Lan

Répondre à cet article

De nombreux mégalithes existent en France et dans le monde. La Bretagne, et le Morbihan en particulier, est une terre très riche sur le sujet. Plœmeur en possède plusieurs. Nos ancêtres ont bâti de nombreux monuments tels que des menhirs, des alignements, des cromlechs, des cairns (dolmens, allées couvertes, tombes à couloir, etc.). Ces monuments ont très probablement porté des ornements pour les décorer, honorer un personnage ou pour raconter une histoire.

Ces ornements pouvaient se présenter sous plusieurs formes suivant les techniques dont disposaient les artisans ou artistes de l’époque : la peinture, la gravure, la sculpture, le raclage et le piquetage. Ces techniques se sont très probablement développées à des époques différentes car pour réaliser des gravures il fallait disposer d’outils suffisamment durs pour creuser le support qui pouvait être résistant comme le granite. De plus, ces ornements ont pu exister à différentes époques et se superposer les uns sur les autres : les premiers disparaissant par les intempéries ou, par superposition ou substitution avec la nouvelle œuvre de l’artiste.

Nous retrouvons ces différentes techniques employées dans des monuments qui ont été protégés des agressions du temps (pluie, vent, soleil, froid, etc.). C’est ainsi qu’en France nous avons de belles peintures comme dans la grotte de Lascaux, de belles gravures comme au cairn de Gavrinis, des sculptures sur le menhir christianisé de Saint-Uzec. Pour le raclage et le piquetage, nous n’avons pas trouvé d’exemple en France mais à Kalgutinskyï Rudnik en Fédération de Russie [1].

JPEG - 95 ko

Peintures d’animaux dans la grotte de Lascaux – Wikipédia, Prof saxx.

Parois gravées du cairn de Gavrinis – Wikipédia, Magnus Manske.

Le menhir sculpté et christianisé de Saint-Uzec – Wikipédia, Christophe Marcheux.

La superposition d’œuvres est évidente à Saint-Uzec avec ce menhir réutilisé à sa christianisation pour en faire un calvaire avec un bénitier à son pied. Une peinture représentant le christ ornait sa face avant, de nombreuses gravures furent réalisées à son sommet, le haut fut sculpté et surmonté d’une croix. Actuellement, la peinture a complètement disparu montrant que ce type de décoration exposé aux caprices du temps n’avait qu’une durée très éphémère mais que par contre les gravures et sculptures sont encore bien visibles. Dans le passé nos ancêtres ont très certainement ainsi réutilisé des monuments anciens pour les modifier, les orner à la mode du moment ou en faire une nouvelle utilisation.

JPEG - 80.8 ko

Carte postale des années 1930 montrant la peinture et les sculptures - Wikipédia, C1cada.

Cheval réalisé par piquetage continu, Kalgutinskyï Rudnik (Fédération de Russie) - © Photographie Hugues Plisson.

Ornements sur les mégalithes plœmeurois

Sur les mégalithes plœmeurois, il a existé ou il existe des ornements sur les monuments tels que les tombes à couloir du Tuchenn Pol et du Cruguellic. Sur le Tuchenn Pol, il existait des gravures relevées par le commandant Le Pontois en 1891. Mais certaines pierres possédant ces dessins ont été sectionnées à une date récente et elles ne sont donc plus visibles sur le site [2].

JPEG - 37.7 ko
JPEG - 34.2 ko

Gravures relevées en 1891 par le commandant Le Pontois sur les pierres du Tuchenn Pol – Dessins Yves Banallec.

Récemment, en 2016, c’est Serge Cassen [3] qui a mis en évidence des gravures sur la tombe à couloir du Cruguellic en Plœmeur. Ces traces sont pratiquement invisibles à l’œil nu. Serge Cassen a utilisé des techniques photographiques et numériques pour mettre en évidence ces gravures.

JPEG - 93.9 ko

Relevé en 2016 de Serge Cassen au Cruguellic – Bulletin N° 45 SAHPL – 2016-2019.

Existe-il d’autres ornements sur les mégalithes de Plœmeur ?

Technique des jumelles inversées

Il est fort probable qu’il ait existé des ornements sur les autres sites mégalithiques présents sur la commune de Plœmeur. Il faut arriver à les mettre en évidence car le temps a fait son œuvre et rendu invisibles ces œuvres très anciennes. S’il y a eu des peintures, elles ont bien sûr disparu depuis longtemps mais des dessins par raclage ou des gravures peuvent avoir existé et être invisibles à l’œil nu ou à un œil non averti mais apparaître avec des techniques aidant notre vision. Il nous a donc fallu trouver une manière d’examiner les parois. Celle-ci fut apportée par Michel Guéguin qui travaille pour son plaisir sur le sujet depuis de nombreuses années. Il est natif du Sourn près de Pontivy et demeure au Canada.
Il propose de se servir d’une paire de jumelles en les utilisant à l’envers et en observant une image occupant tout l’écran sur son ordinateur avec un grossissement de 150 % ou plus. Il faut régler l’écartement des lorgnettes et la distance à l’écran de façon à ne voir qu’une seule image, c’est-à-dire, les images reçues par l’œil droit et l’œil gauche sont alors confondues ; on voit l’image dans un cercle et non dans un ovale... les images sont superposées : on a une vue en 3 D. Il faut se rapprocher à une vingtaine de centimètres de l’écran.
Avec cette technique, nous allons observer des photographies prises en décembre 2020 du grand menhir du Courégant en Plœmeur. Il fait une hauteur d’environ 4,30 mètres et à sa base une largeur de 2,30 mètres pour une épaisseur de 1,25 mètre. Il fut taillé dans du granit et possède quatre faces pour certaines recouvertes de différents lichens. À son pied et au sud sont couchés deux autres menhirs plus petits. Chaque face a été photographiée en prenant des clichés en haute définition. Pour la face est, il a fallu prendre trois clichés car une haie empêche d’avoir assez de recul pour prendre la face dans son ensemble. À l’œil nu, sur le site, nous ne voyons aucune représentation sur les quatre faces.
La technique offre aussi la possibilité d’observer les photos de Lascaux, de Saint-Uzec et surtout de Gavrinis en atténuant l’effet des cannelures et fait ressortir le relief sous-jacent des dalles. On peut ainsi découvrir des formes anthropomorphes.

Vue d’ensemble des trois menhirs du Courégant – Cliché Jean-Yves Le Lan.

Face sud du grand menhir du Courégant – Cliché Jean-Yves Le Lan.

Face ouest du grand menhir du Courégant – Cliché Jean-Yves Le Lan.

Face nord du grand menhir du Courégant – Cliché Jean-Yves Le Lan.

Face est (haut) du grand menhir du Courégant – Cliché Jean-Yves Le Lan.

Face est (milieu) du grand menhir du Courégant – Cliché Jean-Yves Le Lan.

Face est (base) du grand menhir du Courégant – Cliché Jean-Yves Le Lan.

Résultats obtenus par l’observation avec les jumelles inversées

Nous observons sur les différentes faces du menhir de nombreux détails anthropomorphes parfois visibles à l’œil nu et pour d’autres bien mis en évidence lorsque nous utilisons la technique des jumelles inversées. Nous allons en décrire quatre qui nous ont paru caractéristiques.
Sur la base de la face est, non recouverte de lichen, nous remarquons directement sur la photo des reliefs sur la roche et accentués, à travers les jumelles inversées, nous voyons des faciès de personnages. Deux figures, vues de face, sont très nettes et d’autres lignes apparaissent sans apporter de forme identifiable. Une des faces semble couverte par un couvre-chef difficile à caractériser.

JPEG - 94.4 ko

Gravures identifiées à la base de la face est – Cliché Jean-Yves Le Lan.

Toujours sur la face est, en haut, dans le lichen jaune, en agrandissant l’image nous visualisons à l’œil nu mais encore mieux avec les jumelles inversées deux masques faciaux. Est-ce l’ombre du lichen qui forme ces visages ou le granit qui, dessous le lichen, a été façonné et laisse deviner ces faces humaines ? Avec nos moyens et à la hauteur où se trouvent les faciès, nous ne pouvons pas trancher.

JPEG - 72.1 ko

Masques faciaux sur le haut de la face est – Cliché Jean-Yves Le Lan.

Observons maintenant la face sud au-dessus de la fracture de la roche où nous localisons un petit personnage avec une tête et de grandes oreilles, son corps et ses bras semblent aussi être représentés mais les lignes ne sont pas très marquées à cet endroit. Sa tête est entourée d’un demi-cercle. La pierre est recouverte uniquement d’un lichen très ras.

JPEG - 73 ko

Personnage sur la face sud – Cliché Jean-Yves Le Lan.

Toujours sur la face sud mais cette fois-ci en dessous du redan de la roche, il semble qu’il y ait des sculptures réalisées sur cette partie. Nous y voyons un personnage qui pourrait tenir quelque chose dans ses mains (un enfant ? une scène de baptême ?). Le bas est caractérisé par deux triangles dont le sommet est tourné vers le sol et pourrait représenter les jambes. Le triangle de gauche semble avoir été agrandi plus récemment et laisse apparaître la structure de la roche rougeâtre. Un éclat similaire existe sur la face est (à droite) montrant la même structure de roche. Cette sculpture pourrait être plus récente que les autres et représenter une scène de vie. Au-dessus du redan, la roche semble aussi avoir été sculptée.

JPEG - 82.1 ko

Personnage sculpté sur le bas de face sud – Cliché Jean-Yves Le Lan.

Conclusion

Cette petite étude nous a fait nous poser des questions sur ce que nous avons vu réellement sur ce menhir du Courégant. Il est certain que nos ancêtres qui ont construit les monuments mégalithiques ont parfois réutilisé certaines pierres déjà façonnées par leurs prédécesseurs et il est aussi certain qu’ils ont décoré ces monuments par des gravures et peut être des peintures. Et, il est fort probable que des peintures, des gravures ont parfois été recouvertes par d’autres motifs ornementaux. Mais tous ces motifs décoratifs ont subi des dégradations dues aux intempéries les rendant parfois invisibles ou tout au moins très peu visibles. Certains motifs auraient de plus pu être réalisés par raclage ou piquetage comme ceux relevés en Fédération de Russie dans l’article cité en note 1 : « Un art rupestre paléolithique au-delà de l’Oural ? » Ils seraient donc très peu en relief sans trace d’impacts et dénommés « figures fantômes » dans le texte précité. Dans ce cas, ils peuvent parfois être masqués par les lichens ou autres salissures sur la pierre.

Mais ces visages humains que nous avons vus sont-ils réels ou le résultat d’une illusion d’optique ? Nous aurions ainsi été sujets à la paréidolie [4]. Le phénomène de la paréidolie résulte d’une illusion qui consiste à associer un stimulus visuel informe et ambigu à un élément clair et identifiable, souvent une forme humaine ou animale. Le test de Rorschach est basé sur cette fonction cognitive.

Certains de ces visages, que nous avons vus, relèvent peut-être de ce phénomène mais d’autres sont probablement bien réels et ont été réalisés par sculpture de la roche ou par une technique de raclage ou de piquetage. Nous sommes persuadés qu’il serait intéressant d’examiner avec un esprit curieux et critique de nombreux mégalithes nus ou recouverts de gravures pour ressortir des dessins oubliés par les archéologues au premier coup d’œil ou cachés sous une (de) nouvelle (s) décoration (s). La technique des jumelles inversées pour observer l’image sur un ordinateur est peu coûteuse et a le mérite de mettre en évidence le relief de la pierre et d’éventuels motifs cachés. Cette étude permettrait de ressortir de l’ombre des motifs décoratifs très anciens et probablement d’émettre des hypothèses sur les déplacements de nos lointains ancêtres en comparant les motifs ornementaux sur des mégalithes en différents lieux et à différentes époques.

JPEG - 74.7 ko

Photographie d’Augustus Lovell (1814-1865) de 1858 – Menhir avec une crosse - Rangées de menhirs du Ménec avec le photographe Henry Taylor posant – « Collection Musée départemental breton, Quimper ». © Musée départemental breton, inv. 1998.13.1.59 [5].

[1] Cretin, Catherine ; Geneste, Jean-Michel ; Plisson, Hugues ; Zotkina, Lydia V. ; Cheremisin, Dimitri V. ; Molodin, Vyacheslav I. ; Delannoy, Jean-Jacques ; Deline Philip et Ravanel Ludovic, « Un art rupestre paléolithique au-delà de l’Oural ? », in Les Nouvelles de l’archéologie, No 154, 2018, pp. 45 à 50, consultable en OpenEditions à l’adresse https://journals.openedition.org/nda/5302

[2] « Kerham – Une occupation humaine vieille de plusieurs centaines de milliers d’années. », in Les Cahiers du Pays de Plœmeur, No 13, année 2003, pp. 21 à 31.

[3] Cassen, Serge et Grimaud, Valentin, « Nouvelles gravures néolithiques dans la tombe à couloir de Cruguellic (Plœmeur, Morbihan) », in bulletin de la Société d’archéologie et d’histoire du Pays de Lorient, No 45, années 2016 à 2019, pp. 51 à 68.

[4] Site « Wikipédia » à la page Paréidolie https://fr.wikipedia.org/wiki/Par%C3%A9idolie consultée le 27 décembre 2020.

[5] Site « Musée départemental breton  » à la page http://musee-breton.finistere.fr/fr/search-notice/detail/1998-13-1-59-ca-93ecb consultée le 27 décembre 2020.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

1 Message

https://www.histoire-genealogie.com - Haut de page




https://www.histoire-genealogie.com

- Tous droits réservés © 2000-2021 histoire-genealogie -
Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Mentions légales | Conditions Générales d'utilisation | Logo | Espace privé | édité avec SPIP