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… À l’exception de la mère de l’épouse qui a déclaré ne savoir signer…


vendredi 1er mai 2020, par Michel Baumgarth

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Jules Ferry…

L’école, dans notre subconscient, c’est Charlemagne et Jules Ferry…

Nos instituteurs des années de l’après-guerre, les derniers hussards noirs de la République, nos merveilleux « maîtres à béret », portaient une admiration sans borne à ce Jules Ferry dont la loi votée le 28 mars 1882 rendait enfin l’éducation obligatoire, gratuite et laïque

Pour nous motiver à nous investir dans l’étude, ils nous rappelaient souvent la chance que nous avions et dont avaient été privés nos ancêtres ; ils nous en ont tant seriné les mérites de cette loi que nous en étions presque convaincus qu’avant Jules Ferry seule une petite « élite » de la société savait lire et écrire et que l’immense majorité de la population était parfaitement ignare.
Depuis nous avons quelque peu corrigé cette vision simpliste, mais il n’empêche que notre subconscient en garde une trace bien tenace.

Quand le hasard nous conduit jusqu’à l’analphabétisme…

Le hasard est un merveilleux comparse du généalogiste qui débloque bien des impasses et le mène parfois dans des sentiers fort inattendus.
C’est ainsi que la découverte d’un éphémère petit Jean Baumgarth [1] aux origines occultes m’a conduit à le rattacher dans notre parentèle à son grand-père Xavier Baumgarth et fortuitement à découvrir que la signature de celui-ci avait subi une bien étrange mutation [2].

Pour tenter de résoudre l’énigme de cette étonnante métamorphose (mais, hélas, finalement échouer), il m’a fallu réunir de manière exhaustive la collection des 37 signatures apposées par Xavier dans les actes d’état-civil.

Pour cela, j’ai dû examiner les registres de 1831 à 1856 d’Huttenheim [3], le village où vécu sa famille durant cette période ; cela représente 3266 actes signés de plus de 11600 paraphes (nonobstant évidemment ceux du maire ou de son adjoint).
Plus de 11600 signatures des citoyens du village… mon subconscient, tout imprégné de la référence au souvenir de Jules Ferry, me promettait donc une pléthore d’actes se terminant par la mention consacrée « … à l’exception de … qui a déclaré ne pas savoir signer » .

À mon grand étonnement, il n’y en avait que 201 confirmés par la croix substitutive apposée parmi les griffes.

Le hasard m’avait mené jusqu’à l’analphabétisme au sein d’un petit village alsacien, mais, fort étonnamment, je n’y avais trouvé que seulement 1,6 % d’illettrés avérés !!!

Voilà de quoi mettre en surchauffe mon insatiable curiosité : l’histoire de Jules Ferry que nous ont seriné nos vieux maîtres ne serait-elle qu’un mythe ?… Il me fallait donc aller y voir de plus près…

Constituer des groupes représentatifs de la population et les analyser…

Mais comment constituer des groupes représentatifs de la population d’Huttenheim à cette époque ?

Les registres d’état-civil nous offrent de bonnes occurrences car, à cette époque, le mariage et le « devenir parent » sont deux étapes essentielles de l’existence et concernent donc la très grande majorité de la population.

Les 337 mariages : la signature (ou la croix substitutive) étant obligatoire sur les actes, le registre des mariages nous offre des données pertinentes sur 4 fractions de la population adulte :

  • les 337 mariés sur la jeune génération des hommes,
  • leurs 337 épouses sur celle des femmes,
  • les 338 pères présents sur la génération précédente des hommes [4] et les 411 mères présentes sur celle des femmes [5].

Par contre, les 1348 témoins ne constituent pas une cohorte pertinente parce que leur présence ne repose pas sur un critère rationnel puisqu’ils sont issus du choix des époux et surtout parce qu’il est probable que, parmi les pressentis par les mariés, ceux qui étaient analphabètes renâclaient fort à accepter ce statut de témoin qui officialiserait de facto leur déficience.

Les 1666 naissances : les actes nous livrent une cohorte cohérente de 1582 pères déclarants. Mais, là aussi, les témoins ne sont pas représentatifs pour les mêmes raisons.

Les 1266 décès : les actes nous livrent 2532 déclarants, mais qui sont eux aussi impropres à former un groupe cohérent puisqu’ils sont issus de critères non rationnels (usages, circonstances).

« À l’exception de … qui déclare ne pas savoir signer… »

Décompte des croix apposées en guise de signature :

Registres des mariages d’Huttenheim de 1831 à 1856 :

• 12 époux / 337 (= 3,6 %).
• 15 épouses / 337 (= 4,6 %).
• 15 pères de l’un des époux / 338 (= 4,4 %)
• 73 mères de l’un des époux/ 411 (= 17,7 %) [6]..

Registres des naissances d’Huttenheim de 1831 à 1856 :

• 59 pères déclarants sur 1582 (= 3,7 %).

Ensemble des registres N-M-D d’Huttenheim de 1831 à 1856 :

• seulement 2 témoins / 3332 pour les naissances.
• seulement 2 témoins / 1348 pour les mariages.
• et 34 déclarants / 2532 pour les décès [7].

Mon interprétation :

1- Mon impression initiale est donc bien confirmée : notre étude portant sur la période 1831 à 1856, il semble donc que la population d’Huttenheim n’a pas attendu 1882 et l’application de la loi Jules Ferry pour savoir lire et écrire [8].

2- Il n’y a pas de différence significative entre les sexes pour la génération la plus jeune : 3,6% des époux (confirmé par 3,7 % des nouveaux-pères) versus 4,6 % pour les épouses.

3- Ce très bon niveau d’alphabétisation des hommes n’est pas récent puisque les pères des époux font un score de 4,4 % bien proche des 3,6% de celui de leurs fils ou gendres.

4- Il n’en est pas de même chez les femmes : plus d’une mère sur 6 (17,7%) est analphabète quand, à la génération suivante, il n’en reste plus que 4,6 %, taux voisin de celui des hommes.

Certes, en toute rigueur, il s’agit là des analphabètes avérés et le fait être capable d’apposer une signature n’est pas un gage indiscutable d’une maitrise satisfaisante de l’écriture, mais, dans le contexte de l’époque où l’illettrisme n’était pas le handicap majeur que connaissent nos contemporains, il paraîtrait très peu crédible que certains se soient efforcer de masquer cette déficience en se concoctant une pseudo signature pour un usage très épisodique : ils ne seraient parvenus qu’à griffonner un gribouillage informe, approximatif, laborieux et donc bien vite repérable. Nous n’avons trouvé que très peu de telles traces suspectes au cours de notre recherche.

Faute de mieux, j’ai choisi le taux d’absence des signatures dans les actes d’état-civil comme marqueur de l’illettrisme ; à l’évidence, ce n’est là qu’une approximation qui minore quelque peu la réalité ; mais le résultat m’a laissé fort perplexe : je n’avais pas envisagé qu’il pût être aussi bas…

Est-ce là une étonnante particularité du petit village d’Huttenheim, ou bien peut-on étendre notre conclusion aux autres villages alsaciens et même au-delà ?

Pour tenter de répondre à cette question, j’ai effectué une recherche Internet sur l’alphabétisation des alsaciens au 19e siècle ; j’y ai déniché ce titre d’un article de l’historien Jean-Pierre Kintz et il était bien prometteur :

« Recherches sur l’instruction populaire en Alsace à l’aube du 19e siècle »

Mais son analyse reposait essentiellement sur une enquête diligentée par le préfet du Bas-Rhin en 1807. Certes, notre étude était notablement postérieure puisqu’elle s’étale sur de 1831 à 1856, mais le contenu était fort intéressant ; en voici quelques éléments :

L’instruction primaire dans le Bas-Rhin en 1807 :

• 623 communes dont 16 étaient dépourvues d’école. 
• 791 écoles primaires (communales ou privées catholiques ou protestantes).
• 56929 écoliers (29804 garçons et 27165 filles) sur environ 59000 [9].
• 242807 habitants sur 514096 estampillés « sachant lire et écrire » = 47,2% [10].

L’atlas de Grand-père Adrien…

Ma recherche sur Internet avait été infructueuse puisque je n’avais rien trouvé sur la période de notre étude ; toutefois un pourcentage d’illettrés alsaciens estimé à 42% (= 100% - 58 % sachant lire et écrire) en 1807 est plus conforme à ce que notre subconscient nous promettait que les très faibles moins de 5% trouvés chez nos mariés d’Huttenheim de 1831 à 1856.

Mon désarroi fut bref car une nouvelle ressource me vint à l’esprit : entre autres objets extraordinaires que mon grand-père Adrien Baumgarth m’avait légués figure un vénérable atlas édité en 1872 et je suis allé le quérir dans le hangar qui abrite ma collection de vieux outils et autres vestiges séculaires des temps d’antan.

C’était l’édition de 1872 ; mais patriotisme viscéral aidant, l’auteur y avait maintenu l’Alsace et la Lorraine dans le giron français en dépit de leur annexion teutonique.

Le Bas-Rhin, comme chaque département, occupait deux pages : en face de la carte, les données administratives et statistiques étaient détaillées et la rubrique « instruction publique » tant espérée figurait parmi elles …

Et là, c’était écrit noir sur blanc : en 1872, 98% de la population [11] du Bas-Rhin savaient lire et écrire !!!

Dans l’ouvrage, nonobstant le fait qu’elles sont réputées provenir des documents officiels, il n’est fait aucune mention des sources utilisées et a fortiori du mode de recueil des données.

Par ailleurs, il faut se replacer dans le contexte de l’époque et ne pas juger à l’aune de l’informatique : collecter les données statistiques, les analyser et les publier prenaient beaucoup de temps et il en était de même pour la conception de l’atlas. En conséquence, l’année décrite dans notre atlas n’était pas 1872, date de parution du livre, mais lui était même antérieure de quelques années.

98 % ! … La quasi-totalité des Bas-Rhinois savaient lire et écrire quelques années avant 1872 !!! Voilà qui vient singulièrement conforter les résultats de 3,6 et 4,6 % d’illettrés relevés chez mariés 1831-1856 de notre étude.
L’existence de ce très faible reliquat d’échecs de l’alphabétisation précède de plus d’une décennie le vote [12] de la loi de 1882 ; ce constat vient semer le doute sur le bien-fondé de la vénération que nos vieux maîtres portaient à Jules Ferry …

Quelques années avant 1872, la population du Bas-Rhin avait donc atteint un niveau d’alphabétisation quasi optimum ; mais que racontait notre vénérable atlas de la situation dans les autres départements ?

Une surprise de taille…

Dès la lecture des données des trois premiers, le verdict était clair :
Ain = 55% ! , Aisne = 70 % , Allier = 40 % !… À l’évidence, l’illettrisme était encore florissant en France, même s’il semblait éradiqué en Alsace (Bas-Rhin 98 % et Haut-Rhin 92 %).

Analyse des données de l’ensemble des départements :

• 57% de la population française [13] sait lire et écrire.
• 50 départements sur 86 sont en dessous de ce seuil d’alphabétisation de 57%.
• 34 départements sur 86 sont en dessous du seuil de 50 %.
• 20 n’atteignent pas le seuil de 40%.
• 4 n’atteignent pas le seuil de 30% (Cher, Dordogne, Côtes du Nord et Nièvre).
• 24 seulement dépassent le seuil de 75 %.
• 4 dépasse les 90% (Haut-Rhin =92 %, Jura = 96%, Vosges et Bas-Rhin = 98%).
• Le seuil pour le département de la Seine (2,15 millions d’habitants) est de 84%.

Au début de l’ouvrage, une courte présentation donnait la situation globale pour la France :

Pour les 38 millions d’habitants (38.007.094 ha) et plus de 37 000 communes que comptait la France, il n’y avait que 56 000 écoles élémentaires dont les 2/3 étaient communales [14].

J’ai estimé plus haut la fraction de la population en âge d’être scolarisée pour Huttenheim à 11,5% ; pour la France entière cette valeur ne doit guère être sensiblement différente ; cela donnerait donc de l’ordre 4,2 millions d’élèves potentiels ; mais l’atlas ne donne que 3 millions scolarisés en hiver et la moitié en été

Bien sûr, cela ne signifie pas que 35 % des enfants fréquentent assidument l’école toute l’année (et le double en hiver) ; mais plutôt que bon nombre y font des séjours épisodiques largement entrecoupés d’absences, ce qui explique la non-acquisition de la lecture et de l’écriture, donc l’illettrisme.

Au vu des données de l’atlas, la conclusion s’impose : le niveau d’alphabétisation en France était catastrophique ; la loi de 1882 était nécessaire et Jules Ferry, qui en fut l’artisan, méritait l’estime profonde ressentie et affichée par nos vieux maîtres.

Mais un point non résolu m’interpelle : d’après les données de l’atlas la moyenne nationale calculée de ceux qui savent lire et écrire est à 57%, mais les taux d’alphabétisation vont de l’échec patent (21% dans le Cher) à la quasi-plénitude (98% dans le Bas-Rhin et les Vosges) ; quelle(s) explication(s) peut-on donner à une aussi grande amplitude de variation ?

Cette recherche nécessiterait des compétences d’historien ; elle n’est donc pas dans mes cordes ; mais peut-être que dans l’avenir Thierry Sabot nous gratifiera d’un numéro de Théma sur le thème l’analphabétisme/illettrisme chez nos ancêtres et nous apportera la lumière.

Il m’a semblé que les données de l’atlas concernant chaque département pouvaient intéresser les lecteurs ; je les ai donc regroupées dans ce tableau :

Notes

[1Voir notre article dans la gazette : « Jean Baumgarth, fils de personne… »

[2Voir notre article dans la Gazette : « L’énigmatique double seing de Xavier Baumgarth »

[3Huttenheim (Bas-Rhin) est une petite ville dont la population était pour moitié agricole et pour moitié industrielle (usine de filature). Il y avait 1709 habitants au recensement de 1841 et 2123 à celui de 1856.

[4Sans compter les 3266 signatures du maire ou son adjoint.

[5294 pères sont décédés et 42 sont les géniteurs inconnus d’enfants naturels. 262 mères sont décédées et une est notée dans l’incapacité de signer.

[6Il faut remarquer que seuls 50% des pères et 70% des mères sont vivants le jour du mariage, mais l’existence d’une corrélation entre le décès précoce et illettrisme serait bien étonnante.

[719 pères - 5 maris- 1 frère -1 gendre -1 beau-père - 4 amis et 2 voisins.

[8Dont la défaite de 1870 ne permis pas l’application en Alsace devenue allemande…

[9L’étude ne donne, hélas, aucune estimation de la population scolarisable en école primaire ; j’ai opté pour une approximation en prenant pour base la part des enfants de 7 à 11 ans dans la population dans le premier recensement d’Huttenheim mentionnant les âges (= 1846). Ce pourcentage de 11,5% ne devait guère être différent en 1807 et donnerait un effectif de l’ordre 59000. Il semble donc qu’une grande majorité des enfants (de l’ordre de 96%) aient été scolarisés. Toutefois, il y a lieu de relativiser l’efficacité de cette instruction : les effectifs par classe étaient pléthoriques (en 1846, il y avait 2 instituteurs à Huttenheim pour une marmaille que l’on peut estimer à plus de 200) et l’absentéisme était colossal parce que très souvent les parents n’étaient pas en mesure de payer leur écot et donnaient la priorité aux travaux des champs pour lesquels la main d’œuvre enfantine était indispensable.

[10L’auteur de l’article ne donne aucune précision sur le protocole à l’origine de ces données ; l’expression pourcentage de la population n’est pas pertinent car il est évident que les nourrissons et enfants en bas âge ne savent pas lire et écrire ; je l’ai donc « corrigé » en excluant ceux qui étaient âgés de moins de 10 ans (estimation à partir du % d’Huttenheim au recensement de 1846) ; ce qui donnerait environ 58 % au lieu des 47,2% affichés et reviendrait à multiplier les nombres de la légende de la carte ci-dessus par 1,23.

[11Là encore, le terme population doit-être interprété car les nourrissons et enfants en bas-âge ne savent pas lire et écrire. Il s’agit probablement de la population adulte, voire de la population d’âge post-scolaire.

[12Et donc a fortiori encore plus de son application.

[13Nous avons calculé la moyenne pondérée en tenant compte des effectifs des départements en excluant les Alpes maritimes, la Savoie et d la Haute-Savoie dont les résultats n’étaient pas mentionnés.

[14Ce qui donne environ 37000 écoles communales soit autant que de communes ; comme les grandes villes avaient plusieurs écoles, cela démontre que certaines petites localités en étaient dépourvues. Les 19000 restantes sont des écoles privées probablement confessionnelles ; ces établissements étaient vraisemblablement situés dans les villes et gros bourgs ; il existait donc des lacunes importantes dans la carte scolaire.

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41 Messages

  • … signatures en hte Marne 1er mai 08:02, par MUNEAUX

    Bonjour
    sans avoir fait d’étude statistique j’ai été frappée par la qualité de l’écriture et le nombre de signatures dans les actes de Hte Marne vers 1700. Ayant posé la question sur un forum, il m’ été répondu que étant à la limite entre zone catholique et protestante l’éducation était plus répandue : Les protestants se devaient d’être capables de lire la bible. N’y aurait-il pas une explication de ce genre dans le Bas Rhin ?

    Répondre à ce message

  • Bonjour Michel,
    Vous passez sous silence le fait religieux. Les communautés protestantes avaient de très longue date des écoles fréquentées massivement (pour l’étude de la bible). L’église catholique des régions limitrophes avait également créé des écoles paroissiales afin de contrer le protestantisme.
    Le vieux maître (sans béret) que j’ai été, se permettra de vous suggérer les petites corrections suivantes « où vécut sa famille » "l’histoire… que nous ont serinée" « le fait d’être … »
    « maîtrise » et il y en a peut-être d’autres ...
    Je vous remercie de vos textes, toujours empreints d’une grande tendresse envers ceux à qui nous devons tout.
    RD

    Répondre à ce message

  • Bonjour Michel,
    Votre article offre un intéressant tour de France du niveau d’alpabétisation. Je ferai néanmoins deux remarques.
    1- Je note une inexactitude à propos de votre citation de la loi Ferry du 28 mars 1882 rendant’’l’éducation obligatoire, gratuite..’’.En toute rigueur, il convient de parler des lois Ferry. La première du 16 juin 1881 établit la gratuité absolue de l’enseignement primaire public, elle réalise ainsi des conditions favorables pour l’application effective de la seconde loi du 28 mars 1882 rendant l’instruction primaire obligatoire pour les enfants de 6 à 13 ans.
    2- A propos des analphabètes avérés, vous parlez d’éventuelles signatures sous forme de gribouillage, vous oubliez de citer le cas fréquent des ’’pseudo signatures’’en écriture baton avec des lettres bien séparées.
    Bien cordialement,
    Denis

    Répondre à ce message

  • Bonjour et merci pour cet article.

    Quel beau travail d’analyse. D’ailleurs, j’apprécie toujours vos articles, même si je ne commente pas, quand je n’ai rien à dire.

    Pour les signatures, j’ai constaté dans ma propre généalogie, certain signe tout les actes, puis vers un certain âge, l’officier d’état civil, mentionne « ne sais signer ». Ma réflexion est que, peut-être la cataracte, l’impossibilité d’écrire suite à un accident, ou rhumatisme déformant..à cause de l’âge ? Et la raison « ne peux signer » est notée « ne sais signer »

    Les femmes d’une branche de ma généalogie, sont protestantes et savent toutes signer. L’apprentissage de la lecture et écriture se faisant au sein du foyer.
    Par contre j’ai remarqué que souvent, elles ne signent que les actes où elles sont concernées : mariage et témoins. Même si elles sont présentes, elles ne signent pas forcément. Alors qu’il y a en bas de l’acte des signatures d’hommes qui ne sont même pas mentionnés dans l’acte. Je n’ai aucune explication pour ces différences.

    En ce qui concerne l’Alsace :
    lien pour le protestantisme en Alsace.
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Protestantisme_en_Alsace.

    Il y a toujours eu des statuts particuliers dans cette région, qui subsistent d’ailleurs aujourd’hui.

    extrait : « Des patrons protestants ont pris une part prépondérante dans l’industrialisation de l’Alsace, en particulier dans le Haut-Rhin. Les Dollfus, Mieg, Risler, Koechlin et Schlumberger, actifs surtout à Mulhouse, et les Bourcart à Guebwiller illustrent cet engagement. Dans le Bas-Rhin, les industriels protestants sont les Steinheil, Oesinger, Goldenberg, Wetzel et surtout les Dietrich. Dynamiques, ouverts aux nouveautés, ils s’efforcent d’agir sur le plan social. Ils veillent à limiter le travail des enfants, créent diverses caisses d’assurance-maladie, se soucient de l’instruction et de l’habitat. »

    Dans l’article, on constate que les grands industriels protestants au 19e, participaient à l’éducation de leurs employés, protestants ou non.

    Ceci explique peut-être le fort taux d’alphabétisation...

    Pour le reste de la France à l’époque, à part certaines régions ou le protestantisme est bien installé, l’éducation relevait surtout des applications de la loi Jules Ferry, et de l’église catholique qui continuait dans les campagnes d’alphabétiser plutôt les garçons, et d’apprendre aux filles à tenir une maison.
    Je ne suis pas historienne, mais c’est mon impression au fil de mes lectures et recherchent sur les protestants, puisque cela concerne une partie de mes ancêtres.
    Les connaisseurs me rectifieront peut-être, ce sera l’occasion pour moi, d’augmenter ma connaissance.

    cordialement
    Joëlle SCHMITT

    Répondre à ce message

  • bonjour,

    les habitants d’Huttenheim et les BasRhinois devaient être en majorité protestants, population dans laquelle l’alphabétisation était particulièrement importante dès avant la révolution (lecture apprise dans la Bible par les grands-parents souvent).

    Répondre à ce message

  • Bonjour,
    merci pour cet article, je me suis maintes fois posée la question, je différencierais effectivement « ne sait pas signer » et « ne peut pas signer ». J’ai parmi mes ancêtres bon nombre de femmes, catholiques, qui signaient au XVIIIe.
    Votre étude m’a beaucoup intéressée.
    Cordialement
    J.Sigal

    Répondre à ce message

  • Bonjour,
    J’ai remarqué dans ma généalogie, dans plusieurs branches que mes ancêtres étaient plus illettrés au 19e siècle qu’au 18e.
    Mon plus vieil ancêtre de mon patronyme, né vers 1650, signait son nom avec une écriture égalant celle de maintenant.
    Pour ce qui est de ceux qui disent ne le savoir et signent d’autres actes est-ce qu’ils ne se méfiaient pas de ce que représentait une signature (engagement quelconque).
    Cordialement

    Répondre à ce message

    • Bonjour Claire,
      j’ai remarqué moi aussi cette « baisse de niveau » entre la fin du XVIIIe siècle et environ la deuxième moitié du XIXe siècle dans des registres de la Sarthe. Il s’agit de registres de petites communes rurales, et la majeure partie de la population était et demeure paysanne. En l’absence de recensemement précis et statistiques, c’est peut-être subjectif. En 1780 par exemple, tout les présents étaient apparemment invités à signer, et on a souvent une vingtaine de signatures lors des mariages. Cela pourrait fausser le ressenti par rapport aux registres d’état civil où seuls les mariés et les témoins signent - s’ils le savent. Mais n’oublions pas que sous l’Ancien Régime, les écoles, comme les hôpitaux, les hospices... étaient gérés par l’Eglise. N’oublions pas que l’école gratuite et obligatoire (jusqu’à 14 ans), c’est une ordonnance de Louis XIV. La Révolution a mis à bas tout cela et il a fallu longtemps avant de recréer un équivalent civil avec du personnel qualifié, à savoir à la fois maîtrisant le sujet et loyal à la cause. A titre d’exemple, j’ai pour un ancêtre un acte d’état civil datant des premières années post révolutionnaires -je n’ai maleureusement pas remis la main dessus en regardant vite fait maintenant- écrit dans un Français tellement approximatif tant par l’orthographe que par la grammaire, que j’ai dû le lire à haute voix pour comprendre de quoi il retournait. A l’évidence, c’est pour son engagement envers la République et non pour ses qualités de scribe que l’officier d’état civil a été choisi. Cette logique en vaut sans doute une autre... les débats sont ouverts !
      cordialement,
      Isabelle

      Répondre à ce message

  • Bonjour à tous
    En lisant votre article j’ai pensé que vous aborderiez le protestantisme, afin de justifier,en partie, le nombre élevé de personnes « non illetrées » dans ce village du bas-Rhin. Vous ne l’avez pas fait, ce n’est pas grave, d’autres avant moi vous en ont fait la remarque, que je partage.
    J’ai été déçue de la fin de votre article, car j’attendais des commentaires sur le tableau de l’atlas.. qui ne sont pas venus,et je me permets de vous livrer les miens :
    Je pensais y trouver un lien corrélatif avec les régions où je connais de nombreux protestants. J’ai été surprise car la lecture invalidait mon hypothèse, le taux d’alphabétisation était moindre que ce que je pensais empiriquement.
    Je ne peux vous envoyer de carte dans ce message, mais j’aurais volontiers une carte en vert et rouge (!) selon que le taux dépasse ou non les 75 % de personnes alphabétisées.
    Les départements ayant le plus fort taux d’alphabétisation sont le Bas-Rhin, ex aequo avec les Vosges (98%), suivi du Jura (96%), du Haut-Rhin (92%), du Doubs ( 91%), de la Moselle et la Haute-Marne (90%), de l’Oise (89%), la Meurthe et la Meuse (88%).
    Je pourrai continuer, il y a encore 11 départements dont le taux dépasse 75%.
    Les départements les plus à l’Ouest, dont le taux dépasse 75%, sont l’Eure-et-Loir et le Loiret, tous les autres sont à l’Est et au Nord de la France,sauf les Basses-Alpes et les Hautes-Alpes.
    (Cela correspond et c’est un hasard.. à peu près à la carte du déconfinement, les zones rouges publiées hier sont à peu près les zones les plus alphabétisées lors de la parution de l’atlas de votre grand-père)
    Quelles sont les raisons de cette plus forte alphabétisation ? Le protestantisme n’explique pas tout. Je serai curieuse d’en connaître d’autres.
    J’ai aussi remarqué que 3 départements ne sont pas renseignés, Alpes Maritimes, et les 2 Savoies. Pour celles-ci, est-en raison du récent rattachement à la France ? (1860) et en raison du traité de Turin sur le Comté de Nice la même année pour les Alpes-Maritimes ?
    En tout cas, je vous envie, car j’aimerais beaucoup feuilleter votre atlas ! Les atlas, permettent de rêver, mais celui-ci encore davantage, avec des noms de pays aujourd’hui complètement disparus.
    Merci de m’avoir fait un peu rêver sur ces anciennes dénominations des départements !
    Catherine

    Répondre à ce message

    • Bonjour,

      Je suis plutôt de l’avis de Michel Baumgarth, je ne pense pas que le protestantisme soit un élément d’explication pertinent pour expliquer ces hauts niveaux d’alphabétisation en Alsace à cette époque, même si ce n’est pas non plus un handicap.
      Parce que si la moitié de la population y est protestante (autant de catholiques et une minorité juive), son taux d’alphabétisation n’est pas foncièrement différent de celui de la Lorraine et, à peine, de la Franche-Comté, où il n’y a pas de protestants. A l’inverse, il y a des protestants dans le Languedoc (Cévennes en particulier) où le taux est faible.
      Il ne faut sans-doute pas non plus y voir une influence germanique, puisque le bilinguisme qui pourrait être un moteur puissant, ne concerne pourtant que moins de 20 % de la Lorraine et 0 % de la Franche-Comté. Et d’autre part le bilinguisme n’a pas amélioré le taux en Basse-Bretagne, par exemple.
      Mon explication tient plus de l’organisation sociale propre à chaque région avec dans le nord et l’est de la France, une habitat regroupé en villages-rues et ailleurs un habitat dispersé (notamment en bocage) dans l’ouest et le sud.

      Dans le premier cas, le travail des champs se fait en commun et les gens ont tendance à se spécialiser dans certaines fonctions artisanales (boulanger, maçon, tisserand, etc...) les deux impliquant de nombreuses interactions et accessoirement des échanges d’argent, pour lesquels, il faut être « armé » (savoir donner la réplique, être le plus malin,...). Dans les pays d’habitat dispersé à l’inverse, on travaille sur sa fermette à l’écart, on apprend de ses parents principalement, on fait tous les métiers à la fois, mais seulement pour son compte.

      Les « élites » ont été aussi plus chamboulées dans le nord et l’est, les cartes étaient rebattues au gré des guerres et des invasions, les châteaux des battus étaient rasés et les élites étaient à recréer (principalement via une carrière militaire ou par son « industrie » au sens premier du terme).
      Dans ce contexte chacun pouvait prendre conscience à son niveau du fait que le monde n’était pas figé et que tenir son rang ou ne pas disparaître, devait supposer qu’il « se bouge ». Dans les périodes de paix revenue, les échanges de tous ordres dans ce carrefour de l’Europe impliquait la même exigence. A l’extrême inverse, comme en parle une contributrice, le Limousin a un société extrêmement stable où chacun a la conscience de sa caste qu’il soit bien né (visitant ses domaines en « limousine ») ou serf. Et une société stable cherche à se perpétuer....

      Avant Jules Ferry, c’étaient les parents ou la communauté rurale qui finançait l’éducation des enfants, notamment les rétributions du maître, la principale dépense. Dans l’est et le nord, où la motivation des parents pour le sujet était plus forte (comme on peut le voir dans les cahiers de doléances) le taux d’alphabétisation des gens était logiquement beaucoup plus important.

      Cordialement.

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  • Bonjour,
    Ma famille paternelle étant du bas Rhin et remonté mon arbre jusque 1600 j’ai trouvé très peu d’actes non signés même à l’époque ou c’était écris en latin. Par contre mon épouse est originaire de la Manche c’est à peu près le même cas, j’ai même pu analyser les signatures des hommes du même nom depuis deux ou trois siècles ils pourraient pratiquement se superposer c’est assez curieux.

    Ce ne sont pas des familles nobles ni d’un niveau social élevé mis à part quelques une et catholique des deux côtés
    Voila mon analyse toute simple.

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  • Bonjour, laissez-moi vous dire que je ne suis pas d’accord avec « l’atlas » ayant fait des recherches de solidarité dans la Haute Vienne et faisant des recherches dans la Vienne.
    Ce qui m’a sauté aux yeux en Haute Vienne, c’est justement le nombre d’illettrés par rapport à la Vienne à époque équivalente. Vous pouvez vérifier par vous même.
    En Haute-Vienne seuls les notables, les marchands, signaient avant la 1re guerre mondiale. Ce pouvait être lié au niveau de vie et aussi au fait que ces notables recherchaient une main d’oeuvre bon marché et n’encourageaient pas les parents à faire instruire leurs enfants, qui eux-mêmes limitaient leurs ambitions. Je l’entends encore de nos jours, « on était pauvres, alors il fallait travailler ». Les enfants étaient gagés très jeunes, au point que parfois les ainés quittaient leur famille et ne connaissaient pas leurs cadets.
    Dans la Vienne en revanche, il y a davantage d’actes signés, et aussi, est-ce un hasard ? de nombreux protestants.
    De plus est-ce que l’usage d’un dialecte n’accentuait pas le phénomène ? Cependant dans ma branche maternelle des Pyrénées orientales, il y a aussi beaucoup d’actes signés chez de simples « brassiers ». (ouvriers agricoles) Il parait que dans les villages,les curés repéraient les plus dégourdis... pour recruter de futurs prêtres.
    Ne me censurez pas, ce n’est pas parce que nous sommes le 1er mai que je sors un drapeau rouge ! mais je crois bien qu’en Haute-Vienne il y avait beaucoup de propriétaires qui exploitaient les enfants !
    cordiales pensées.
    Raymonde Brothier.

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  • Bonjour,
    Merci pour cette étude très intéressante qui corrobore un constat que j’avais fait sur des actes du 18ès en Lorraine.
    Beaucoup de mes ancêtres, pourtant d’origine modeste, signaient (Hommes ou femmes) d’une écriture souvent appliquée.
    Au contraire des membres d’une autre branche de ma famille originaire du Limousin qui, pour la plupart, ne savaient pas signer.
    J’en avais conclu une influence non négligeable des langues d’oc (plutôt de transmission orale, pas d’écrit des patois locaux) et d’oïl (langue administrative). Je n’ai pas poussé l’étude plus avant. Ceci est le résultat d’une simple observation.
    cordialement
    Annie

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  • Bonjour,

    En France, les régions d’Alsace, de Lorraine et de Franche-Comté sont connues pour avoir eu très tôt des taux d’alphabétisation très élevés, sûrement dues, n’en déplaise à votre aïeul, à leur influence germanique(quoique la Franche-Comté semble être restée très gauloise), l’Allemagne ayant elle aussi connu très tôt cette forte alphabétisation. Et à l’opposé, d’autres comme la Bretagne et l’Auvergne ont du attendre Jules Ferry pour voir tous leurs enfants maîtriser la lecture.

    J’avais, il y a quelques années, trouvé une carte présentant le taux d’alphabétisation de conscrits en 1864. On y voit bien apparaître le quart nord-est, ainsi que l’exception des Hautes-Alpes, avec seulement 10% d’illettrés, tandis que la Bretagne et l’Auvergne, à l’exception de la Creuse, sont à plus de 80%.

    Concernant l’exception des Hautes-Alpes, c’est principalement dans les vallées les plus reculées que le taux d’alphabétisation y est le plus fort. En effet, pendant les longs mois d’hiver(d’Octobre à Mars), pendant qu’une grande majorité des pères de familles descendaient dans les villes de Provence et du Languedoc(j’en ai retrouvés jusqu’à Perpignan), ceux qui restaient faisaient l’école aux enfants. C’est pourquoi on y trouve dès le XVe siècle un taux d’alphabétisation élevé, et une importante littérature.
    Quand j’avais découvert qu’une de mes ancêtres était née à Château-Queyras(05), j’avais au début un peu laissé tomber cette branche ne pensant rien y trouver, et lorsque je l’ai explorée, j’y ai découvert une région d’une richesse incroyable.

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  • Bonjour,

    Merci pour votre recherche et vos données. J’ai moi-même des ancêtres lorrains, alsaciens et ariégeois. Pas de doute sur le retard d’alphabétisation : contrairement à ceux de l’est, mes ancêtres ariégeois ne commencent à signer, pour l’immense majorité, qu’après 1850 pour les hommes et plus tard pour les femmes. Il se trouve aussi que mon grand-père était instituteur (hussard noir ayant exercé entre 1902 et 1931, mort jeune) : alors qu’il était en poste dans un village de montagne en 1909, l’inspecteur note un absentéisme important lié aux travaux des champs mais aussi que le maître doit adapter son enseignement en prenant en compte que les enfants ne parlent pas le français avant l’entrée à l’école !

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  • Mon arrière grand-mère était enfant de l’assistance publique, abandonnée à la naissance à Paris, élevée à Noeux les Auxis dans le Pas de Calais. Elle est née en 1868 et lors du mariage de sa fille en 1917 elle a signé de manière affirmée. Je suis étonnée qu’une enfant de l’assistance publique sache écrire puisque en 1882 elle avait déjà 14 ans. Elle est partie pour Paris en 1899 avec sa fille de 10 ans (de père inconnu) et a selon ce que j’ai pu trouver, été domestique. Sa fille était assez instruite.
    Dans mes recherches les croix à la place de signatures ont disparues vers 1850.

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  • Bonsoir
    Oui, la Lorraine est réputée pour avoir été alphabétisée très tôt par rapport à d’autres régions. J’ai pu le constater lors de mes recherches. Aucun de mes ancêtres n’était protestant et les secteurs où ils ont vécu n’étaient pas proches de l’Alsace ou de l’Allemagne. Mais il y avait des maîtres d’école dans les paroisses. Le plus ancien « Traité de maître d’école » que j’ai trouvé date de 1661. Cette date n’est pas anodine. 1661 est l’année où est signé le Traité de Vincennes qui ramène une paix -toute relative - dans le Duché de Lorraine. Or, cette année-là, les habitants de Norroy,un village de la plaine vosgienne, engagent un maître d’école.
    Mais voici ce qu’écrit l’instituteur de Basse-sur-le-Rupt, un village de la montagne vosgienne, dans la monographie communale de 1889 : « Si les actes de mariage que j’ai vus pour les années 1786, 87, 88, sont tous signés plus ou moins bien par les conjoints, pour moi, cela ne prouve pas que ces derniers aient été lettrés. Non, je sais de source certaine que, avant de se rendre à l’église prononcer le grand Oui, on s’exerçait pendant de longues semaines à apprendre à signer son nom. Et cela s’est fait encore bien des années après. Ma feue mère m’a assuré autrefois en avoir été réduite à ce point. »
    En conclusion, il est bien difficile de se faire une idée exacte de l’alphabétisation dans les siècles passés.

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  • Bonjour, cet article m’a rappelé le livre d’Emmanuel Leroy Ladurie (ELL) sur les paysans du Languedoc (sa thèse) dont je me permet de faire la publicité ici. Ce livre traite principalement de l’époque XVI-XVIIe siècle. Dans le chapitre « L’analphabétisme en question », ELL démontre la hausse spectaculaire du taux d’alphabétisation entre environ 1570 et la fin du règne de Louis XIV, dans un petit village au pied des Cévennes, à la limite entre les régions catholiques et protestantes.
    Ce n’est juste qu’une incitation à vous plonger dans cette étude passionnante, même pour le non-historien que je suis.
    Bonne lecture et cordialement, G Daccord

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  • Bonjour,
    Ayant une famille Haut-Marnaise qui signait avec aisance au XVIIIe siècle y compris les fillettes et ce dans des zones catholiques. Je pense que cela s’explique surtout par le fait qu’il existait des écoles élémentaires, financées par des legs. Dans le village de ma famille, il y avait deux classes une de filles et une de garçons. Un livre de statistiques sur le sujet a été publié par M. Fayet en 1879.

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  • Je me permets de noter une erreur dans votre dernier tableau récapitulatif : l’ Aube apparaît en n°6 avec 32%, puis en n°13 à 76%. (confusion avec l’Aude ?)
    Je serais tenter de dire que l’ Aube est à 76%, d’autres départements de l’ancienne Champagne ayant des « scores » de 70% et plus.
    Dans l’ensemble le côté nord-est de notre pays est effectivement plus performant. Au-delà de 80%, on ne trouve que des départements correspondant aux anciens pays d’imposition, avec en plus les départements de l’ancien comté de Bourgogne (Franche-comté et Bourgogne actuelles en gros), des départements lorrains et de Champagne, et l’Oise et la Somme en Picardie. La Seine, en Ile de France, est le seul département franchement non périphérique ... mais c’est là que se trouve la capitale administrative et politique du pays.
    Je note (avec tristesse, car j’y ai des racines)les faibles scores (moins de 40%) des départements de l’ancienne vicomté de Turenne ou proches de cette zone : Dordogne, Corrèze, Lot, Haute-Vienne, Creuse. A côté, le Rouergue (Aveyron) est à 53%. D’un manière générale le sud-ouest se situe plutôt dans les 40 à 59%, sauf exception des Hautes-Pyrénées (66%).

    Curieusement, concernant la capacité de savoir signer (qui ne signifie pas que l’on pratique la lecture et l’écriture de façon courante), les pays de droit coutumier s’en sortent mieux que les pays de droit écrit.
    Est-ce que ceci mériterait réflexion : je ne sais pas !

    Amitiés à tous.
    Sylvie

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  • Bonjour à tous,
    Dans l’attente d’une éventuelle réponse à nos messages, je vous propose de sourire (c’est bien utile en cette époque de confinement) à la lecture de quelques exemples de justifications données par des hommes se trouvant dans l’incapacité de signer au XIXe siècle dans les départements 26 et 38.
    1825 : à cause d’un subit tremblement de la main ;
    1827 : quoi que sachant signer, a déclaré ne pouvoir le faire ; effectivement cet homme signe très facilement en 1830 ;
    1838 : il dit n’avoir pas la main assez exercée présentement ;
    1843 : a déclaré ne pouvoir signer pour avoir oublié comment le faire :
    1844 et 1860 (deux persones distinctes) : ne peut signer à cause de l’agitation nerveuse de ses mains ;
    et déjà à la fin du XVIIIe siècle
    1792 : n’a pas signé à cause de la faiblesse de sa vue (il s’agit de mon Sosa 168, cultivateur alors sexagénaire).
    Bien cordialement,
    Denis

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    • Bonjour à vous,

      Je me permets d’en rajouter deux, ouies dans mes jeunes années, soit à la fin du siècle dernier (années 80/90) quand il s’agissait de rédiger le chèque et qu’on comptait sur le commerçant pour le faire....

      • J’ai oublié mes lunettes à la maison (alors que le client était venu en voiture).
      • Tiens, paye-toi ! Dit avec superbe (et grand seigneur) en tendant le chéquier à rédiger, c’était au commerçant de le remplir.
        Bien entendu, toutes ces braves gens savaient signer mais n’étaient pas sûres de leur orthographe (un chèque rejeté parce qu’incompréhensible et c’était la honte !).
        D’ailleurs, pour les employés de commerce, il s’agissait sérieusement de savoir rédiger une facture ou un texte. c’était un critère de recrutement.
        Comme pour les facteurs et employés d’état-civil qui devaient connaître leurs « préfectures et sous-préfectures ».
        .

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      • Moins on écrit, moins on est habile à écrire. Simple question de dextérité. De plus, remplir un chèque sous le regard d’autrui, sans se tromper en écrivant la somme en lettres, pouvait s’avérer délicat. Alors, il était plus simple de demander au commerçant d’écrire le chèque. Je ne pense pas que l’orthographe ait quelque chose à y voir. Pourquoi, d’ailleurs, supposer que l’orthographe était le problème de ces « braves gens », comme vous les appelez ?

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        • Bonjour,

          Je n’ai justement pas mis de guillemets à « ces braves gens », et malgré cela vous m’avez mal interprété. Donc,il fallait bien comprendre « ces braves gens » (des plus respectables) et non pas pas l’inverse, comme vous l’avez laissé entendre. Je préfère clarifier cette ambigüité.

          Ensuite l’orthographe et la maîtrise de la langue ont été un vrai combat pour bien des gens, auxquels on avait mis la « pression » dans leur jeunesse et spécialement de la part de leurs parents qui n’étaient pas eux-mêmes en situation de leur transmettre ce savoir un peu magique, dont il était acquis qu’il ouvrirait bien plus de perspectives à leurs enfants qu’ils n’en avaient connues eux-mêmes : c’était précisément la promesse de l’école républicaine...

          Cordialement.

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  • En lisant votre texte puis les commentaires, plusieurs choses me sont venues à l’esprit, éparses et sans prétention.
    Comme d’autres personnes, j’ai souvent rencontré dans les actes trouvés dans mes recherches des personnages qui, au fil des ans et selon les actes qu’ils étaient amenés à signer, le faisaient ou étaient dits « ne pas savoir ». Untel qui signait d’une écriture décidée, ne le faisait pas quelques années plus tard. Ayant souvent été confrontée à, disons, la légèreté de certains officiers ministériels (une certaine forme d’allergie administrative, déjà ?) et parfois aussi celle de prêtres plus ou moins cultivés, je n’en ai jamais rien déduit si ce n’est que, ce jour-là, l’intéressé ne signait pas. Soit qu’il ne le puisse pas ou plus ,du fait de sa santé, de sa vue, soit qu’il ait été dans une certaine fâcherie ou en volonté de discrétion.Ou que, simplement, l’auteur de l’acte veuille aller vite, surtout pour les témoins.
    Des individus apparaissent ainsi puis disparaissent, pour revenir un peu plus tard... Evidemment, il est possible d’amorcer des déductions, des hypothèses, lorsque des statistiques commencent à permettre de mettre la lumière sur certains points. Ce que, à votre habitude, vous faites fort bien monsieur Baumgarth.
    En vous lisant, me venait à l’esprit cette « diagonale Saint-Malo /Genève de l’instruction » si souvent croisée dans des textes. Elle est notamment évoquée ici :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Carte_figurative_de_l%27instruction_populaire_de_la_France
    Je viens d’y apprendre l’origine précise de cette remarque.

    Sans avoir aucune opinion personnelle, je trouve également intéressante cette notion de rivalité induite par les milieux protestants et catholiques, les écoles qu’ils faisaient vivre sur et à côté des territoires où ils étaient implantés.

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  • Pour tout anecdotique que cela soit, j’ai trouvé l’exact inverse de votre titre.

    Catherine LAHANIER (19/09/1787 à Sains du nord -21/04/1866 à Fourmies). Elle a 22 ans quand elle se marie le 13/09/1810 à Sains du nord avec BERNARD nicolas (1786-1838). Sur cet acte, il est précisé que la mariée ne sait pas écrire, contrairement à son conjoint qui a une signature que je qualifierais de « franche ». La profession du conjoint étant « peigneur de laine », on ne peut pas dire qu’il s’agissait de quelqu’un utilisant l’écrit pour travailler, force est alors de penser qu’il a été instruit sans visée professionnelle.

    Surprise le 18/07/1848 à Sains du nord, au détours du mariage de sa fille eudoxie (qui, par ailleurs a une signature très enjolivée), Catherine, âgée 60 ans, est présente et... signe. Bon, OK il s’agit de la signature tremblée d’une personne qui, visiblement n’est pas habituée à tenir une plume mais qui a (juste) le mérite d’exister.

    Dès lors, on peut spéculer à loisir : Catherine, lors de son mariage, n’a pas osé montrer qu’elle était malhabile face à l’écriture ; son mari lui a enseigné ; elle a appris avec ses enfants ?

    Bref, un mystère de plus !

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  • Concernant le Jura et le Doubs 17 juin 14:46, par Agnès

    Bonjour,
    J’ai visité à Bonnevaux la ferme de la Pastorale. J’y ai appris que Jura et Doubs se présentaient comme des remparts contre le protestantisme en plaçant des vierges à tous les carrefours. Les genevois calvinistes étant fort proche. Seulement, ils ne voulaient pas que les catholiques parussent comme benêts. Aussi, les curés catholiques ont-ils pris bien soin d’instruire leurs ouailles. Dans mon arbre, hommes et femmes ont de jolies signatures, preuve d’une écriture bien maîtrisée. Ceci est confirmé par le tableau ci-dessus : 91% pour le Doubs et 96% pour le Jura de personnes sachant lire et écrire, 2 département très catholiques où il ne faisait pas bon être protestant. A la Pastorale, on voit de nombreux livres ayant appartenu aux propriétaires comme Paul et Virginie.
    Concernant les personnes âgées, j’ai le cas de personnes qui ont su signer jeunes et dont le curé indique qu’elles n’ont pu signer du fait de leurs infirmités (Problèmes de vue, d’arthrose des mains ?).
    Religion et écriture sont donc très liées parfois par réaction pour faire mieux que les autres...

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  • Bonjour,
    en lisant cet article très intéressant, je me suis souvenu d’un ouvrage rédigé par un ancien collègue historien, Marc Loison, intitulé « l’école primaire française » et surtout d’un chapitre consacré justement au problème de l’alphabétisation par rapport à la signature des actes. L’analyse qui en est faite est beaucoup moins positive que ce que l’article de Michel Baumgarth laisse entendre.
    Il faut en effet distinguer plusieurs niveaux d’écriture de la signature. Marc Loison qui fait référence à plusieurs travaux en distingue 6 et montre que seuls les niveaux 3, 4 et 5 témoignent d’un apprentissage de la lecture et de l’écriture. Son étude ne concerne que le département du Pas-de-Calais ; elle établit néanmoins que dans la période 1850-1859 et pour 6000 actes, on compte 54% des individus ayant atteint ce niveau. Assez loin donc des 79% recensés en 1872 dans le tableau.
    Le débat sur le niveau d’alphabétisation avant les lois Ferry n’est donc certainement pas terminé.
    Merci en tout cas pour cet article et pour les très intéressantes contributions qu’il a suscitées.
    MV

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  • Il me semble que le niveau d’alphabétisation est plus ou moins corrélé au niveau d’industrialisation des territoires : les ouvriers ont besoin de savoir lire pour comprendre les consignes (et les employeurs sont plus enclins à financer les cours / à recruter des employés disposant de cette aptitude ) alors que le travail aux champs ne le nécessite pas. Inversement, des parents auraient eu intérêt à ce que leur enfant disposent de cette qualification pour trouver un emploi plus rémunérateur « en ville » dans les territoires où ils existaient ; Progressivement, avec la généralisation de l’alphabétisation, le niveau de diplôme a remplacé ce critère.

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  • Bonjour et merci pour cette étude intéresssante.
    Pour ma part, j’ai constaté que quelques-uns qui savent signer ne le font pas pour tous les actes... D’autre part, les femmes savent signer, mais sont absentes parmi les témoins
    nb-dans votre tableau par département il manque le Cantal.
    Cordialement
    Mme GENTAL Michelle

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  • Illettrisme des conscrits en 1950 20 juin 04:35, par Solvichfe

    Au cours de mon service militaire en Tunisie en 1950,, ma section de Français originaires des départements du sud-ouest de la France ne savait ni lire ni écrire,
    nous leur avons appris en neuf mois et même à nager.. il faut dire que le 34 e bataillon du Génie comptaient 90% de pertes dans les assauts, chargés de déminer en premier les plages. On y affectait donc des autochtones et les illettrés détectés au cours du conseil de révision...
    de plus on portait la ceinture bleue des bataillons disciplinaires..
    J’ai eu un collègue géomètre à l’iGN promo 1945 qui a 12 ans ne parlait pas français. Originaire de Canet’ il a fini ingénieur !.

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  • Bonjour,
    Pourriez-vous me dire pourquoi l’Aude n’apparaît pas dans la liste ? En revanche, il y a 2 fois l’Aube.
    Merci pour cet article intéressant. Concernée par les départements de l’Aude et de l’Hérault, j’ai toujours étonnée de constater que les femmes au 19e siècle signaient. Il s’agissait la plupart du temps de familles de propriétaires terriens.
    GM

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  • Votre article me permet de comprendre pourquoi mon ancêtre Jean-Baptiste Muller, cloutier à Haguenau au moment de la Révolution ait pu participer à la vie politique comme en attestent les écrits de la Ville. Mais je ne comprends pas comment il se fait que mes grand’parents, nés tous les 2 à Haguenau après 1871, parlaient si bien le français comme le racontait mon père né en 1901.

    En ce qui concerne la Vendée, comment expliquer qu’avant Jules Ferry, les paysans du bocage étaient plus souvent illettrés, comparativement aux sauniers du littoral.

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  • Bonjour !

    Il est possible de gagner du temps en consultant les histoires de l’éducation. En matière d’alphabétisation en France, l’ouvrage de référence est le célèbre :
    Lire et écrire, l"alphabétisation des Français de Calvin à Jules Ferry
    sld François Furet et Jacques Ozouf, 2 volumes 370+369 p. Ed de Minuit 1977.

    Outre les ouvrages d’Antoine Prost et d’André Chervel, on peut aussi consulter une mise au point plus récente :
    Une histoire de l’école Anthologie de l’éducation et de l’enseignement en France XVIII°-XX° siècle
    sld François Jacquet-Francillon Renaud d’Enfert, Laurence Loeffel, 1056 p, Retz, 2011.

    Pierre Boutan, maître de conférences honoraire, Faculté d’éducation, Université de Montpellier, président des Amis de la Mémoire Pédagogique, auteur de :
    La langue des Messieurs histoire de l’enseignement du français,
    Armand Colin, 1996

    Voir en ligne : http://memoirepedagogique.free.fr

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  • Allier,Cher,Nièvre pays de métayage relisez ou lisez « la vie d’un simple » d’Emile GUILLAUMIN et vous comprendrez pourquoi.

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  • À l’exception de la mère de l’épouse qui a déclaré ne savoir signer

    Extrait du paroissial BMS d’ Ercé en ARIEGE- année 1706.

    Bonjour et merci pour cet article passionnant.

    Pour l’étude de ma famille européenne du nord au sud et d’est en ouest, j’ai noté pour ma part que souvent les pays germaniques et surtout ceux de tradition protestante ont tendance à signer davantage que dans les régions officiellement très catholiques comme l’Espagne. En France l’édit de Tolérance permettant l’Etat civil pour les autres religions date de 1786-1788.

    En regardant les données de l’Ariège (ignare ou plutôt récalcitrante ??) j’ai l’intuition que les familles avec des racines protestantes ne se précipitaient pas pour signer dans les actes religieux ou vers les fons baptismaux de la religion catholique apostolique et romaine. J’ai trouvé dans l’Ariège, signalée 34% pour un tiers d’analphabètes mais de tradition hérétique, un acte familial de 1706 très intéressant dévoilant des liens entre Berne en Suisse et Ercé en Ariège que je vous livre. Tous les présents signent sauf le Consul :

    Abjuration d’Hérésie, Ercé, Couserans 1er Juillet 1706 : Marie ESTIME fille de Louis ESTIME de la ville de BERNE en SUISE (sic), femme de Girons PEYROT ( ou PEYRET ) fils de Guillaume a fait dans les formes prescrites abjuration de l’ hérésie de CALVIN dans laquelle elle étoit née et élévée et a embrassé à ma requête et désir la religion catholique apostolique et romaine entre les mains de moy Tony MORERE ptre et curé d’ ERCE au diocèse de COUSERANS, à ce commis par Monseigneur notre Evêque. Présents Pierre GARAT Vicaire et Bernard BACQUÉ prêtres signés, Jouanisson FAUR consul non signé , Girons AMILHGAT (AMILHAR) pr … de Mr le Vicomte d’Ercé signé , Pierre PONS, François ROGALLE, Pierre BORDON tous signés (sauf le Consul).
    Extrait du paroissial BMS 1706 d’ Ercé en ARIEGE- année 1706-

    Bien Cordialement

    ECB

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