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Un métier oublié : le faiseur de bas de soie


jeudi 6 avril 2017, par Colette Pillet

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Comme nombre de généalogistes amateurs, j’ai rencontré au cours de mes recherches des ancêtres exerçant des métiers qui m’ont intriguée. Tel est celui de « faiseurs de bas de soie », métier pratiqué par au moins cinq générations de mes ascendants (entre 1730 et 1860) à Saint Jean du Gard, au sud des Cévennes.

Lorsque l’on évoque les métiers de la soie, on pense immédiatement aux tisserands, aux filateurs mais on oublie ces artisans qui pendant deux siècles confectionnèrent sur des métiers à bras cet accessoire indispensable de l’élégance tant masculine que féminine que fut le bas de soie.

Une vieille technique

Le travail de la soie est attesté dans les Cévennes depuis 1234, date du premier document mentionnant une activité séricole en France. On y signale l’exportation vers Marseille d’ouvrages en soie provenant des Cévennes. Le fait qu’un « trahandier », c’est à dire un dévideur de cocons, exerce son activité à Anduze, près d’Alès, en 1296, laisse supposer que le vers à soie, importé d’Italie, y était élevé sur place dès cette époque. Pendant plusieurs siècles, les Cévennes restent le centre de la sériciculture française jusqu’à ce que, sur les conseils d’Olivier de Serres, Henri IV fasse planter des mûriers dans la plupart des régions de France (les feuilles de mûrier sont la nourriture exclusive du vers à soie).

S’il est difficile de dater exactement l’apparition du bas de soie, on sait que dans la première moitié du XVIe siècle il fut fort prisé et son port encouragé par François 1er. Il s’agissait alors de bas faits en tissu de soie et ajustés. C’est entre 1540 et 1570 qu’à la suite de l’évolution du costume masculin, on vit apparaitre des bas plus longs s’attachant aux chausses et tricotés, la maille donnant plus de souplesse et d’élasticité. Cette mode des bas de soie, exécutés aux aiguilles par des ouvriers spécialisés, se répandit rapidement dans tout le royaume.

L’apparition du métier à faire les bas

Une seconde étape décisive pour le bas de soie fut l’invention du « métier à faire les bas ». Cette machine fut découverte vers 1610 par un anglais, Lee, qui s’installa à Rouen et commença une industrie florissante, soutenue par Henry IV et Sully. Mais à la mort de Lee, les ouvriers qui étaient anglais retournèrent dans leur pays avec les fameux métiers. A partir de ce moment, les anglais, jaloux de cette invention, défendirent alors « sous peine de vie, de la transporter hors de l’ile ni d’en donner modèle à un étranger ». Cependant, un français, Jean Hendret, réussit à surprendre le secret, fit construire le premier métier français et fonda en 1656, au château de Madrid au bois de Boulogne, la première manufacture de bas au métier.

Le succès remporté aboutit en juillet 1672 à la déclaration royale érigeant en titre de maîtrise et communauté « le métier et manufacture de bas, canons, camisoles, caleçons et autres ouvrages de soye qui se font au métier ». La fabrique de bas de soie se développa de façon fulgurante. Mais dès 1700 un arrêté va considérablement restreindre la liberté d’exercice du métier : « Défense d’établir aucun métier ailleurs qu’à Paris, Dourdan, Rouen, Caen, Nantes, Oléron, Aix, Toulouse, Nîmes, Uzès, Romans, Lyon, Metz, Bourges, Poitiers, Orléans, Amiens et Reims. Tous les faiseurs de bas établis dans une autre place doivent se retirer dans les dites villes ». Défense de travailler ou de faire travailler sans avoir été reçu maître. Obligation pour les compagnons de se faire reconnaitre par les jurés de leur communauté et de se faire inscrire sur un registre avec mention de leur demeure et du nom de leur maître. Interdiction pour eux de vendre un ouvrage fait au métier. Interdiction aux femmes et aux filles de travailler au métier, exception faite pour les filles de maître mais seulement dans l’atelier de leur père. D’autres points des statuts portent sur la taille des métiers, la qualité de la soie à employer, la précision du travail.

Cette réglementation satisfaisait les fabricants de bas proprement dits qui voulaient se réserver le monopole du métier, mais les facturiers de laine, les marchands de drap et de soie qui prétendaient faire travailler et vendre des bas pour leur compte contestaient ces dispositions. Des conflits entre les deux communautés vont s’installer jusqu’en 1712.

A partir de 1713, le monopole des dix-huit villes étant difficile à respecter, on permit à des habitants d’autres lieux d’exercer le métier. Ce qui ne manqua pas de soulever des difficultés.

Au-delà de ces querelles, la principale préoccupation fut de satisfaire la demande et d’adapter la production aux besoins et aux goûts de la clientèle. Les bas fabriqués à Paris et consommés dans la capitale étaient considérés comme très solides tandis que ceux de Nîmes avaient la réputation d’être moins résistants, la nécessité de faire des produits bon marché influant sur la qualité. En effet, la production cévenole était destinée non seulement à la consommation intérieure mais surtout à l’exportation, principalement à l’Espagne et aux Indes espagnoles. Ainsi en 1760 la ville de Lima, au Pérou, consommait deux millions de bas de soie par an. Pour plaire à cette clientèle, les faiseurs de bas avaient reproduit sur leur fabrication les broderies et les couleurs des bas de coton que les péruviennes avaient l’habitude de porter.

Le métier proprement dit

Quels qu’aient été les statuts de la corporation, la trajectoire à suivre pour devenir faiseur de bas reste la même :

- Trois années d’apprentissage chez un maître ou chez un fabricant inscrit au registre de la communauté. L’artisan s’engage, par contrat passé devant notaire, à transmettre au jeune homme tout ce qui est nécessaire pour apprendre le métier, en retour l’apprenti s’engage à faire tout son possible pour y parvenir.

- Deux années de compagnonnage. Au terme de cette période, il pourra prétendre à la maîtrise (jusqu’en 1712) ou à être du corps (après 1712).

- Soit la maîtrise : Le compagnon doit monter un métier devant le syndic et payer un droit d’inscription. Soit l’entrée dans le corps : le compagnon doit exécuter une paire de bas dont la qualité est jugée par les syndics et payer les frais de réception.

Le faiseur de bas travaille chez lui et peut avoir jusqu’à quatre métiers. Sa journée de travail est longue. A la fin du 18e siècle, elle s’étendait en été de cinq heures du matin à la tombée de la nuit, en hiver de six heures du matin à dix ou onze heures du soir.

Il existe des bas pour hommes et des bas pour femmes. Ils peuvent être unis, ajourés ou brodés. Au sortir du métier, le bas se présente comme une bande plate à sinuosités symétriques. Le talon a été renforcé par doublement du fil. La pointe, aussi renforcée, est confectionnée à part. Les bas sont ensuite assemblés par des couturières spécialisées. Dans un premier temps elles rassemblent les deux moitiés des talons et des semelles et ajustent les pointes. Ensuite, elles plient les bas longitudinalement pour réaliser la couture, besogne délicate et toute en finesse. D’autres femmes interviennent, ce sont les brodeuses, la broderie étant un élément important de la commercialisation. Lorsqu’il est noir, le bas ne doit recevoir sa nuance qu’après complet achèvement au métier, sauf sil entre dans sa confection des fils d’or ou d’argent. Pour les autres teintes, c’est le fil de soie qui est préalablement teinté avec des colorants comme la cochenille, le safran, l’indigo, l’épine vinette, la gaude ou encore le bois des îles. Chaque douzaine de bas est marquée avec un plomb portant les noms de la ville et du fabricant avant d’être commercialisée.

Une classe privilégiée ?

Chaussé de sabots, coiffé d’un bonnet de coton, les mains fréquemment lavées pour ne pas salir un ouvrage si délicat, le faiseur de bas travaille souvent debout à la lumière du jour ou à la lueur d’une lampe associée à un globe de verre qui démultiplie la lumière. Il lui faut une journée entière pour réaliser une paire de bas. Le dimanche et le lundi sont chômés. Ce repos hebdomadaire est occupé à l’entretien du métier et aussi au travail des champs, lopin de terre ou carré de vigne, car l’artisan reste toujours un peu cultivateur.

La profession est très souvent héréditaire et le métier à faire les bas, portant le nom du premier utilisateur gravé sur la barre transversale, se transmet de génération en génération comme un meuble de famille. Il figure ainsi en bonne place dans les inventaires après décès. Cette classe d’artisans a toujours semblé assez privilégiée. En 1790, il est affirmé quelle est encore la plus aisée, la moins exposée aux maladies et celle qui se nourrit le mieux. En 1836, il est dit que le faiseur de bas est plus propre que les autres, plus économe, de meilleures mœurs et plus aisé malgré la modicité de ses gains.

La fabrique de bas à domicile va se maintenir tant bien que mal jusque vers 1880, date de l’apparition du métier mécanique mu par la vapeur. C’est la mort du métier à bras. Le savoir-faire si patiemment acquis pendant les années d’apprentissage et de compagnonnage n’est plus nécessaire. L’artisan ne peut plus travailler chez lui, en famille, libre de gérer son temps.

Le faiseur de bas abandonne son art pour l’atelier qui peut regrouper jusqu’à vingt machines dans un bruit assourdissant ou bien il s’engage comme employé ou surveillant dans les filatures de soie qui se sont développées depuis le milieu du siècle.

Ma famille de Saint Jean du Gard en est l‘exemple type. Sept générations se sont ainsi succédé : quatre faiseurs de bas, un faiseur de bas puis surveillant de filature, un directeur de filature, un acheteur de soie en Chine.

Note : Ces pages sont extraites d’un article que j’avais écrit en 1987 et qui avait été publié dans le n° 56 de la revue Gé-magazine.

Bibliographie :

- Dutil, La fabrique de bas à Nîmes au XVIIIe siècle, Annales du midi, 1905
- De Saporta, La bonneterie de soie dans les Cévennes, Revue des deux mondes, 1898
- Etat des fabriques et manufactures textiles du Gard, Archives départementales du Gard, série 9M.
Encyclopédie Diderot – Le métier à faire des bas.

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27 Messages

  • Un métier oublié : le faiseur de bas de soie 6 avril 12:58, par martine hautot

    Merci,Colette ,pour cet article bien documenté .Chez les miens,plus modestement ,en Normandie ,on fabriquait des bas en laine :ils étaient badestamiers !
    Bien cordialement,
    Martine

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  • Un métier oublié : le faiseur de bas de soie 6 avril 16:24, par André Vessot

    Bonjour Colette,

    J’ai beaucoup aimé votre article, passionnant et bien documenté, qui fait revivre ce métier tombé dans l’oubli.
    C’est vraiment super de trouver dans sa généalogie 5 générations successives ayant exercé ce métier. Vous avez fait là un travail remarquable. Bravo.

    Cordialement.

    André VESSOT

    Répondre à ce message

  • Mon arrière-arrière-grand-père (1822 - 1890 à Malot 14) était lui aussi basdestamier. Je me suis longtemps demandé quelle était cette profession.
    Des bas pour les femmes... et les hommes : quelle élégance !
    On y revient. Mieux que de jeans délavés et déchirés. Des accessoires qui mettent en valeur le corps humain, noblesse de la Création.
    Emmanuel

    Répondre à ce message

  • Un métier oublié : le faiseur de bas de soie 7 avril 10:07, par Colette Boulard

    Article très intéressant, en effet. Merci à vous

    Répondre à ce message

  • Un métier oublié : le faiseur de bas de soie 7 avril 11:09, par BOYER ANDRE

    Article extrêmement bien documenté et passionnant.
    Merci de faire partager votre savoir.

    Répondre à ce message

  • Merci Colette passionnant ! inimaginable ....
    moi, je me souviens de l’arrivée des bas nylon,c ’était fluide, cela glissait dans la main, c’était magique mais on s’accrochait et hop les mailles filaient, le remaillage coûtait très cher, ça a duré assez longtemps ce me semble
    J’admirais ma grand-mère qui tricotait des chaussettes à 5 aiguilles, elle me l’a appris mais je l’ai très peu exploité
    moi j’adorais le raccommodage .... c’était rare !
    auj. on jette facilement ces chaussettes qui ne tiennent pas aux chevilles. Celles qui sont correctes, en fil d’Ecosse sont hors de prix et pourtant, quel chic, de jolies chaussettes ..... J’imagine quel plaisir cela a été de porter des bas

    Répondre à ce message

    • Bonjour vous évoquiez le raccommodage, enfant et encore tard après je voyais ma mère racommoder les chaussettes les bas, elle glissait à l intérieur un œuf en bois peint en bleu ; ; ;je dois d ’ailleurs toujours l’avoir quelque part ; Cela permettait de tendre le textile fin et de viser bien juste avec l’ aiguille pour tisser d ’un geste sûr et délicat le fil en un réseau dense et fin. J’étais fascinée enfant par cet œuf il y avait de la magie pour moi ! Il n ’y avait pas la télévision.... alors pendant que je faisais mes devoirs ou que nous écoutions la TSF mamam raccommodait sous la lampe !!!!!! et je me souviens que ma grand mère et maman enfilaient leurs bas avec des gants de doux coton ; ; ;que j ai toujours dans un tiroir ; ; ; ; car tout ongle cassé ou petites peaux des doigts pouvaient faire filer les bas très fins ! C’était tout un cérémonial !!!!Elles racommodaient aussi les torchons.
      « Je vous parle d’un temps ; ; ; ; ; ; »

      Répondre à ce message

  • Le titre de cet article (au demeurant fort intéressant), ainsi que les mots, Gard, Cévennes, m’a immédiatement rappelé cette chanson que notre prof de chant nous avait fait apprendre en sixième ! Je vous parle d’un temps !!!!

    Le conscrit du Languedoc
    1
    Je suis t’un pauvre conscrit
    De l’an mille huit cent dix !
    Je suis t’un pauvre conscrit
    De l’an mille huit cent dix !
    Faut quitter le Languedô,
    le Languedô, le Languedô,
    Faut quitter le Languedô,
    Avec ton sac sur le dos.
    2
    Monsieur le, Maire et le Préfet
    N’en sont deux jolis cadets
    Monsieur le, Maire et le Préfet
    N’en sont deux jolis cadets
    Ils nous font tirer z’au sort
    Tirer z’au sort, tirer z’au sort
    Ils nous font tirer z’au sort
    Pour nous conduire à la mort.
    3
    Qui qu’a fait cette chanson
    N’en sont trois jolis garçons
    Qui qu’a fait cette chanson
    N’en sont trois jolis garçons
    Qui étaient faiseux de bas,
    Faiseux de bas, faiseux de bas
    Qui étaient faiseux de bas

    Qui à présent sont soldats.

    Encore merci pour ce bel article et pour les souvenirs qu’ils m’ont évoqué.

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    • Un métier oublié : le faiseur de bas de soie 7 avril 17:06, par Odile Godard

      Trop joli votre conscrit du Languedoc !
      Et l’histoire de ces faiseurs de bas de soie sur 5 générations est tout à fait émouvante.
      Dans ma famille aussi, il y avait des faiseurs de bas ... de soie ou de laine, je ne sais. Ils étaient sur le Causse Pompignan au sud des Cévennes où les principales ressources étaient les moutons et leur laine, et les vers à soie.

      Merci pour toutes ces histoires pleines de couleur sépia.

      Répondre à ce message

  • Dans les lieux autorisés pour les fabricants de bas de soie vous donnez DOURDAN. Je rencontre des « chaussetiers » dans les hameaux entourant Longvilliers au début du 17° siècle.
    J’en conclu que c’est dans toute la périphérie de Dourdan que ce métier pouvait être pratiqué !
    Et ces artisants étaient huguenots, après la révocation de l’Edit de Nantes certains ont émigrés.

    Avaient-ils des liens avec les Cévennes ?
    Les registres antérieurs n’existant pas difficile d’avoir une réponse !

    Salutations

    Répondre à ce message

  • Un métier oublié : le faiseur de bas de soie 7 avril 20:05, par Colette Pillet

    Merci à tous pour vos sympathiques commentaires.
    Un merci tout particulier à JJ pour la chanson que je vais garder. Mes ancêtres l’ont peut-être chantée !

    Bien cordialement
    Colette

    Répondre à ce message

  • Hommage aux faiseurs de bas … 9 avril 12:45, par Marie-Jeanne GAMBINI

    Votre texte est le plus complet et le plus remarquablement argumenté que j’aie lu à ce jour, dans le cadre d’une recherche précise qui m’occupe depuis un certain temps et qui pourrait se résumer par : « A la recherche d’un gramme 55 de fil de soie » !... Vous allez certainement pouvoir me répondre, en puisant dans les documents de vos aïeux. Voici donc l’histoire de l’objet de mes préoccupations !

    Au printemps de 1787, un des plus grands hommes de la fin du XVIIIe siècle - Thomas Jefferson –traversa la France, dans l’anonymat le plus complet, une sage décision dans le cadre de l’objectif – économique et politique – qui était le sien, et dans un laps de temps minimum : trois mois et demi. Un ambassadeur, même d’un pays âgé de quelques années seulement, ne peut s’absenter longuement de la capitale où il est affecté.
    Il a payé son voyage de ses propres deniers et a tout noté de ses dépenses. J’aime lire le détail de ses comptes. On y découvre l’être humain derrière l’ambassadeur, l’homme assoiffé de culture derrière l’Américain qu’il est, et il ne faut pas s’étonner alors qu’il ait trouvé, dans deux des villes françaises traversées – Nîmes et Marseille – de remarquables sujets de contentement, frappé à la fois par l’ancienneté de leur fondation et leur modernité, en cette fin du XVIIIe siècle.

    Arrivé à Nîmes, dans l’après-midi du 19 mars, il s’installe à l’hôtel et ressort aussitôt pour parcourir la ville dans tous les sens. Nîmes offre tant de beautés à qui sait les découvrir … Le lendemain, 20 mars, il continue à contempler et en profite pour s’acheter des livres : il est un très grand érudit de son époque… Mais le 21, retournant à son pragmatisme bien connu, il s’offre … des bas de soie ! On lit :
    - Une douzaine de bas de soie blanche. N° 30, chaque paire pesant 2 onces 3 ½ dwt (système anglais), ce qui nous fait (après passage au système décimal) 62g14, l’ensemble lui coûtant 120 francs (rappel : 1 franc or = 1 livre tournois).
    J’imagine qu’il a dû être satisfait du rapport qualité-prix puisqu’il poursuit son achat par
    - Six paires de bas de soie noire, aux mêmes caractéristiques, mais de prix nettement plus raisonnable : 60 livres tournois. La moitié du prix des bas de soie blanche ! Peut-être moins de manipulations pour obtenir la couleur noire ?…

    Il demande à ce qu’on les lui « marque », ce qui lui coûte 1 f 10. Je ne pense pas qu’il faille y voir un effet de coquetterie de la part de cet homme réservé, voire timide et austère, mais qu’il s’agissait plutôt d’une sécurité due au fait qu’on devait utiliser les services d’une blanchisserie professionnelle à l’ambassade… Il était nécessaire, je pense, de pouvoir immédiatement distinguer les bas de Monsieur l’Ambassadeur !

    La nuit portant conseil, le 22, il achète une seconde douzaine de bas de soie blanche, même type, même prix, mais ceux-ci – s’il n’y a pas d’erreur d’écriture de la part de Jefferson – pèsent un tantinet plus lourd : 2 onces 4 ½dwt, ce qui nous fait 1,55 grammes de plus, soit 63,70 g. la paire … et m’amène à poser la question : est-ce que les deux mentions 2 oz 3 1/2dwt & 2 oz 4 ½ dwt existaient ou est-ce une erreur d’écriture de Thomas Jefferson ?

    Les deux jours suivants, il « s’éclate » comme on dit aujourd’hui et se gorge les yeux de souvenirs impérissables ! L’homme qui a écrit le jour de son arrivée à une dame de ses amies : « … Je suis assis en face de la Maison Carrée et je la regarde comme un amant contemple sa maîtresse… » n’est pas forcément idiot…

    Et pour finir : dans votre article vous mentionnez la solidité des bas de Paris… Mais la beauté, et la finesse ? Qu’en pense notre ambassadeur ? Sera-t-il d’accord avec le jugement des Parisiens ?...
    Sa réponse se lit dans une lettre qu’il écrit à l’un de ses amis :« Nîmes est le meilleur endroit de France pour avoir les plus beaux bas de soie au meilleur prix » !
    Bravo à vous les Gardois, les Cévenols, et tous ceux qui usaient leurs yeux de l’aube à la nuit pour pour réchauffer nos membres inférieurs. Vous avez, par votre talent et votre expertise, donné raison à Sacha Guitry, quand il écrivit cet hommage définitif aux bas de soie : Ô bas, vous sans qui les jambes des femmes ne seraient que ce qu’elles sont » !
    Un brin misogyne, mais quel hommage à tous les faiseux de France et de Navarre !...

    Marie-Jeanne Gambini

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    • Hommage aux faiseurs de bas … 14 avril 10:31, par Colette Pillet

      Bonjour Marie Jeanne et merci pour l’intérêt porté à mon article.
      Je ne peux malheureusement pas répondre à votre question sur le poids des bas. Cet aspect ne devait pas être traité dans les documents qui m’ont permis d’écrire cet article (il y a 30 ans !), documents consultés aux archives départementales de Nîmes.
      Si vous tapez ’poids d’un bas de soie’ sur votre moteur de recherche vous serez dirigée vers le Dictionnaire de commerce, d’histoire naturelle et des arts ... qui vous donnera des indications sue le poids des bas, p 400 et 401.
      Bonne lecture
      Colette

      Répondre à ce message

  • Un métier oublié : le faiseur de bas de soie 10 avril 17:47, par fchevreau1

    bonjour,
    en lisant l’article, cela m’a rappelé que j’avais des ancêtres travaillant la soie. Après quelques recherches j’ai trouvé aux alentours de 1665 un ancêtre « apprêteur de bas de soye », un autre « tailleur, marchand d’habits » sans précision du matériau employé et cela dans la région d’Orlu, Sainville en Eure et Loir.

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  • Un métier oublié : le faiseur de bas de soie 12 avril 07:00, par mireille ardouin

    Très intéressant.

    On ne se doute pas du chemin qu’il a fallu parcourir avant d’arriver à ce stade des collants, bas et autres chaussettes réalisés de manière industrielle et que l’on porte « machinalement ».

    Et puis, je repense à une dame qui me disait que les américains, pendant la dernière guerre, apportaient aux jeunes filles des bas de soie.

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  • Un métier oublié : le faiseur de bas de soie 12 avril 09:38, par Gilbert Gérard ZEHNER DENNEVILLE

    Bonjour Madame, Monsieur,
    J’ai lu avec un grand plaisir l’article que vous avez fait paraître. Il est captivant du début à la fin, extrêmement documenté ; je vous en remercie et vous adresse, Madame, Monsieur, mes salutations les plus distinguées.
    GGZD

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  • Un métier oublié : le faiseur de bas de soie 12 avril 10:06, par janine VINCENT

    Merci à toutes et tous pour ces témoignages très très enrichissant. Le mien est différent mais dans la continuité car il touche les cocons. Ici en Drôme et Ardèche les enfants travaillaient dans les usines à « décoconner » la soie : il fallait qu’avec leurs petits doigts ils trouvent le début du fil du cocon pour le dévider sans le couper et les filles surtout étaient très adroites à ce petit « jeu »... et lorsqu’un contrôleur passait les enfants se cachaient sous les jupes de leur mère (dixit ma grand mère née en 1887 !). Le mot décoconner est resté dans notre région pour parler de quelqu’un qui ne sait pas trop ce qu’il dit.
    Bonne continuité à cet article.

    Répondre à ce message

  • Bonjour.
    Merci à Madame Pillet pour cet excellent article. Mon père - Ludovic Viollet - était stoppeur-remmailleur, métier appris en apprentissage en 1914 sous la houlette de « femmes réfugiées venues du Nord et de l’Est, pays des grandes usines de tissage » *. Il a pris sa retraite à Bourges en 1975 à 72 ans et 61 de métier. Ma tante (soeur de Maman) a travaillé avec lui et remmaillait les bas (soie - nylon) ainsi que les « tricots » comme on disait à l’époque. Tous les deux avaient formé des apprenties pour des métiers disparus (ou presque).
    Papa travaillait en vitrine pour profiter de la lumière du jour et nombreux étaient ceux qui s’arrêtaient pour le regarder travailler. Il aimait les faire entrer dans sa boutique et leur expliquer son travail.
    Anne-Marie Viollet
    * Source : Article Le Berry Républicain 4 décembre 1948

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  • Un métier oublié : le faiseur de bas de soie 12 avril 11:22, par BOUBEE Daniel

    J’ai été très intéressé par votre publication et vous en remercie.
    J’ai relevé dans mes ancêtres lyonnais un peu tous les métiers du tissu (drapiers et couturiers, tireurs d’or, canuts et soyeux) et de nombreux fabricants de bas de soie ! et m’étonnais de cette dénomination si précise au milieu des autres et de leur nombre relatif.
    Votre article m’éclaire sur cette spécificité.
    D’autant plus avec la mention des dates des différentes étapes d’évolution du métier passant de l’ARTisanat individuel à une certaine industrialisation fin 19e.

    Cela explique aussi plusieurs migrations (quand a été instauré le monopole de quelques villes que vous mentionnez)d’ancêtres venant d’horizons très divers : de Saxe sous Napoléon (eux mêmes fabricants de bas de soie) et le la région de Blois vers 1880...

    Je conserve précieusement cet article
    Bien cordialement

    Répondre à ce message

  • Un métier oublié : le faiseur de bas de soie 12 avril 15:07, par paraire n

    françois capieu ne en 1794-95 à valleraugue fabricant de bas etait un de mes ancètres son fils lui était propriétaire

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  • Un métier oublié : le faiseur de bas de soie 13 avril 08:48, par Eveline BUADES

    Bonjour Colette, Bonjour à tous,

    Cet article est passionnant et a fait remonter en moi, comme pour B.C., mes souvenirs d’enfance : comme pour elle ma grand-mère paternelle lilloise d’origine et installée dans le « 93 » me tricotait des chaussettes hautes à 5 aiguilles, à torsades, une merveille que j’enlevais au coin de la rue pour enfiler des bas-nylon (j’avais 13 ans)... Je me souviens aussi d’une boutique dans une rue de Nice où l’on remmaillait les bas et où l’ouvrière travailait en vitrine....
    Ah, les bas !!! tout une merveilleuse histoire... qu’il faudrait pouvoir (ou vouloir) entretenir, raconter à nos enfants.
    Merci Colette pour ce délicieux moment passé à vous lire.
    Eveline

    Répondre à ce message

  • Un métier oublié : le faiseur de bas de soie 15 avril 17:02, par Delphine Valmalle

    Bonjour Colette,
    Je découvre votre article très bien documenté au moment où je me lance sur la piste de mes faiseurs de bas de Saint-Jean-du-Gard... Je vais pouvoir approfondir un peu leur vie.
    Merci !
    Delphine

    Répondre à ce message

  • Un métier oublié : le faiseur de bas de soie 15 avril 18:39, par CATTOIR-JONVILLE Vincent

    Chère Madame,
    J’ai lu avec un très grand intérêt votre article via Généanet. Il est très instructif et documenté. Merci pour cet éclairage, qui me permets de me renseigner sur une petite partie de mon passé familial.
    Mon père, Jacques CATTOIR, dans ses souvenirs, raconte que sont arrière-arrière-grand-père Casimir PIALAT (né et mort à Uzès 1809-1878) « apprit le métier de tisseur de bas en soie et devint « debassaïre », soit faiseur de bas à domicile. Il avait plusieurs métiers chez lui, il rendait son travail tous les lundis au fabricant et en reprenait pour la semaine. Il lui arrivait de gagner 5 francs par jours »).
    Bien sincèrement.

    Répondre à ce message

  • Un métier oublié : le faiseur de bas de soie 17 avril 17:36, par Martine BASSET

    Bonjour Madame,
    Votre article sur le faiseur de bas de soie m’a beaucoup intéressée et m’a rappelé qu’un ancêtre de mon mari, du côté maternel, François MERLE, né à Lausanne le 21.04.1703, devenu « habitant de Genève » le 05.03.1729, puis « bourgeois de Genève » le 23.12.1743, fonda à Genève une fabrique de bas de soie.

    Son ascension sociale à Genève me laisse penser qu’il fut un émigré français huguenot qui se réfugia à Genève et fut autorisé à y rester car il avait un métier utile à la ville.
    (je vais m’efforcer d’avoir confirmation de ces suppositions). Il épousa, en 2es noces, Elisabeth d’Aubigné, descendante d’Agrippa. D’où la famille Merle d’Aubigné qui compte aujourd’hui nombre de descendants protestants.

    Par ailleurs, l’ancêtre paternel de mon mari, Joseph BASSET, qui,venant de la Drôme, a franchi les Alpes pour cause de religion, a pu rester à Genève car il était faiseur de clés de montre, métier utile à la ville. Cela est une certitude. Ses descendants ont vécu la même ascension sociale que François Merle.

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  • Un métier oublié : le faiseur de bas de soie 19 avril 11:16, par baldeyrou Pierre

    Bonjour
    Belle description de ce metier dans les cévennes
    Il y avait aussi des magnaneries et des muriers dans le sud-aveyron au XIXe siècle et des fabricants de bas
    Connait-on des documents/ouvrages qui se soient intéressés à cette activité sur cette petite zone des causses ?
    Encore bravo
    Pierre Baldeyrou

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  • Un métier oublié : le faiseur de bas de soie 23 mai 23:33, par Isabelle Ploton

    Bonjour Madame,
    Je prends seulement connaissance de votre très intéressant article sur les faiseurs de bas de soie. Je pensais faussement que l’élevage des vers à soie avait toujours été limité au Sud de la France, ainsi que la production et le tissage de la soie. Aussi j’ai été vivement intéressée par vos informations sur l’implantation de mûriers dans la plupart des régions françaises sous Henri IV, les villes d’établissement obligatoire des fabricants, en particulier Dourdan, actuellement dans l’Essonne, et les lignées familiales de faiseurs de bas.
    En effet, en participant à une des premières opérations « Sauvons nos tombes » j’ai découvert quelques belles tombes de la première moitié du 19e siècle dans le cimetière de ma commune, Sainte Geneviève des Bois dans l’Essonne, que j’ai entrepris de sauver car après tout ce temps, et malgré leur état satisfaisant, elles vont très bientôt être relevées.
    J’ai donc constitué un dossier que je vais prochainement défendre auprès de la Mairie avec l’aide de l’association historique de ma commune, afin de montrer l’intérêt historique local de ces familles en plus de l’intérêt architectural de ces tombes.
    Je me posais des questions sur une de ces familles car dans les registres paroissiaux les hommes sont désignés de père en fils depuis le début du 17e siècle (et peut-être avant mais les documents manquent) comme laboureurs et fabricants ou marchands de bas. Je pensais naïvement qu’il s’agissait peut-être de bas de laine provenant de moutons qu’ils élevaient (une seule fois « fabricant de bas de soie » est mentionné, mais je pensais qu’il s’agissait d’une activité annexe) mais je n’avais aucune information précise. Il n’y a pas trace de cette famille à Dourdan mais ils vivaient au 18e siècle à Monnerville, également dans l’Essonne, où j’ai aussi localisé d’autres familles de fabricants de bas, et au 17e siècle à Oysonville dans l’Eure-et-Loir.
    Grâce à votre article, j’entrevois de nouvelles possibilités. Il est en effet fort possible que ces cultivateurs fabricants de bas aient élevé des vers à soie avec laquelle ils fabriquaient les bas qu’ils vendaient. Cela me donne donc de nouvelles pistes à creuser aux Archives Départementales et surtout des arguments supplémentaires sur l’importance de cette famille au niveau local par le biais de ce métier maintenant disparu.
    Auriez-vous des sources à me conseiller en ce qui concerne l’élevage des vers à soie et les fabricants de bas de soie en Ile de France ? Vous remerciant de nouveau pour ce très bel article que je me permettrai de citer (ainsi que son auteur) lors de mon entretien à la Mairie si vous n’y voyez pas d’inconvénient.
    Isabelle Ploton

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  • Bonjour
    Je réponds à cet article avec beaucoup de retard . Mes ancêtres sont pour beaucoup d’UZES . Le premier ancêtre recensé sur UZES dâte de 1646 il y est décrit comme cardeur de laine : métier éprouvant générant une mortalité précoce . Son fils ( 2 ème génération ) devient manufacturier en laine . Son fils ( 3 ème génération ) fabrique lui même vraisemblablement des métiers à bas dont il faut savoir deux choses d’une part qu’il fallait entre 3 mois et 5 mois pour en fabriquer un car chaque métier était constitué de 3500 pièces de métal à assembler et d’autre part que c’était souvent l’apanage des serruriers de les fabriquer Lire un excellent livre un peu ardu de Line TEISSEYRE-SALLMAN sur « l’industrie de la soie en bas Languedoc XVII-XVIII siècles » Ecole des Chartes 1995 :un livre passionnant et admirablement documenté. Il y eut de nombreuses querelles entre serruriers et fabriquants de bas pour savoir qui avait ou non le droit de fabriquer ces métiers à bas . A UZES il existe des métiers à bas appelé de vingt quatre d’autres sont appelés à 3 aiguilles . Ils sont vendus aux alentours de 200 -250 livres avec leurs moules et attraits dans les années 1750 .Mon ancêtre (3 ème génération ) est également fabriquant de bas de soie et il possède un commerce de bonneterie . Dans le testament de mon ancètre ( 4 ème génération )en 1813 on retrouve 100 métiers à bas éparpillés chez des particuliers . Dans l’« Histoire de la ville d’UZES »de Lionnel d’ALBIOUSSE on y apprend que les faiseurs de bas étaient des « debassaires » et « qu’ils étaient les protégés des ducs d’UZES qui avaient fait d’eux leur garde d’honneur . Ils portaient à cette occasion un habit gris dont les basques étaient retroussées et ils étaient coiffés d’une sorte de bonnet de grenadier en carton orné de rubans de toutes les couleurs qu’on appelait » carpeaux« . Dans les cérémonies ils étaient précédés d’un drapeau blanc en soie portant d’un coté le portrait de saint louis et de l’autre deux bas et entre les deux un gant avec cette inscription : Honneur aux faiseurs de bas d’UZES » .Je n’ai jamais trouvé d’autres mentions de ces données ailleurs ni trouvé ce fameux drapeau quelque part .J’espère que ces quelques données vous auront intérréssé .

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