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Un maire de la Seconde Restauration

René de Réveau de Saint-Varans maire de Saint-Sauvant (86) de 1815 à 1830

Le jeudi 1er novembre 2007, par Jean-Roger Augustin

Le 7 juillet 1815, l’ordonnance du Roi Louis XVIII, remonté sur le trône,
indique que les élus locaux n’ont plus de fonction légale. Par arrêté
préfectoral du 16 novembre 1815, M. René de Réveau de Saint-Varans,
propriétaire à la Simalière, est nommé maire de Saint-Sauvant (86) « à la place de M.Pierron ».

Cinq mois sans maire

Cette nomination appelle deux remarques. D’abord, il a fallu que Saint-Sauvant
attende plus de cinq mois pour avoir un nouveau maire. De plus, on notera que le
préfet nomme Réveau à la place de Pierron. Le préfet ne connaît que Pierron,
le maire de la Première Restauration. C’est comme si, Jean-Louis Bordier, n’avait
pas été maire pendant les Cent-Jours, même ci ce n’est qu’un mois et
demi. Cet épisode est oublié, volontairement ignoré par le pouvoir
préfectoral qui ne voulait pas reconnaître un maire napoléonnien.

René Réveau, propriétaire à la Simalière

René Réveau de Saint-Varans est né le 18 octobre 1768 dans les Deux-Sèvres
(photo 1). Il est issu d’une famille noble habitant Saint-Varens et Glenay
dans la région thouarsaise. En 1789, à l’assemblée de la noblesse
Saint-Varens est représenté par Alexis Reveau, de Boucoeur. Louis Augustin
Revau, de Riblaire, combattit pour sa part, en émigration avec la division de
Saint-Varens et fut tué le 8 décembre 1795 pendant les guerres vendéennes.

René Réveau est déjà veuf au moment de sa nomination comme maire et a une
fille, née à la Simalière le 22 février 1802, prénommée Amable Baptiste.
Sa femme Marie Renée Amable Garnier de Moysen, cousine issue de germain de la
famille Bellivier de Prin, est décédée le 3 février 1810 à l’âge de 41
ans. Elle était la fille de Pierre Louis Garnier de Moysen, seigneur de
Boisgrollier et de la Courmoran. Un état préfectoral du 20 novembre 1816 nous
apprend qu’il est propriétaire et dispose de 1500 francs de revenus,
certainement un des patrimoines les plus importants de la commune. A partir de
cette époque il se fera appeler René Réveau, il habite « le logis
noble de la Simalière » où on le retrouve pour le recensement de
1836, avec trois domestiques à son seul service. Quelques années plus tard, il
laissera cette maison à sa fille, pour vraisemblablement aller finir ses jours
dans ses Deux-Sèvres natales. Son gendre M. Deffenieux de Plaisance sera élu
conseiller municipal au renouvellement de 1843.

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Photo 1 : Acte de baptême de René Réveau

Deux équipes municipales connues

Mr René Réveau restera à la tête de l’administration municipale jusqu’en
septembre 1830. Une longévité tout à fait exceptionnelle pour une époque où
le maire est nommé par le Préfet qui peut aussi le révoquer, et où la
fonction de maire est gratuite ce qui impose non seulement une certaine aisance
sociale, mais en plus une grande disponibilité. Cette longévité atteste de la
confiance que lui témoignait l’administration royaliste et ses représentants
successifs.

Se succèderont à ses côtés comme adjoint : Jean Hilaire Bonnet,
propriétaire, du 16 janvier 1816 au 12 décembre 1821 ; Louis Hilaire
Bonnet (fils) du 08 janvier 1822 au 18 décembre 1829 ; René Bruneteau,
propriétaire au bourg du 27 janvier 1830 au 08 septembre 1830.

Liste des membres du conseil municipal au 30 mars 1819 :

Martin Jacques, laboureur à Nillé, né le 26/09/1747 ; De Brouillac Joseph, pensionné à Faljoie, né le 6/11/1757 ; Nivelle Gabriel, boulanger au bourg, né le 28/10/1765 ; Martin Philippe, cordonnier au bourg, né le 08/03/1757 ; De Prin Louis, propriétaire à
Faljoie, né le 07/09/1777 ; Laroze Pierre, laboureur à Vitré, né le 30/06/1775 ; Augereau Jacques, maréchal à Courgé, né le 10/02/1761 ; Levesque Jean Junien, receveur au bourg, né le 10/08/1768 ; Bruneteau Daniel, propriétaire à la Roche, né le 11/11/1770 [1].

Une liste du 20 février 1830 donne le conseil municipal suivant :

René Réveau, maire ; René Bruneteau, adjoint ; Jacques Demellier, géomètre ; François Barré, propriétaire ; Louis Souché, aubergiste ; Jacques Minault, cultivateur ; Louis Augereau, cultivateur ; Jean Brunet, cultivateur ; Armand Malas, médecin et Pierre Lagorre.

Un maire plus royaliste que le roi !

On connaît peu de choses sur les différentes réalisations ou décisions qui
ont pu être prises durant les quinze années du long mandat de René Réveau.
En effet les archives concernant cette période sont peu nombreuses :
pendant près de treize ans du 15 août 1816 au 10 mai 1829 le registre
municipal ne porte qu’une seule délibération. On trouve pourtant aux
archives départementales, au gré des différentes séries, des copies de
délibérations datant de cette époque. Où sont passés les originaux ?
Ont-ils été gardés par le maire ? Pourquoi ces délibérations n’ont-elles
pas été transcrites au registre ? En tous cas cette étonnante absence
est à l’image d’une époque où au pouvoir absolu du roi, correspondait, au
niveau local, à un pouvoir absolu du maire.

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Etablissement de nouvelles foires

Une affiche (photo ci-contre) datée du 10 septembre 1819 et signée ; : « le maire, REVEAU », établit en vertu d’une ordonnance du Roi du 9 juin
précèdent, quatre nouvelles foires à Saint-Sauvant. Les foires et marchés
sont alors pour les bourgs une activité économique essentielle. Alors que
chaque commune se bat jalousement pour conserver ses foires ou pour s’opposer
à l’ouverture de nouvelles dans les bourgs voisins (l’ouverture d’une
foire dans une commune doit être entérinée par une délibération des
conseils municipaux des communes voisines), Saint-Sauvant s’en voit attribuer
quatre nouvelles. Ceci révèle indéniablement un pouvoir politique certain du
maire et l’importance de ses appuis au plus haut niveau.

Un phénomène tout à fait spécifique à notre commune et qui trouvera sa
répercussion vingt-cinq ans plus tard, est la floraison des écoles privées de
village entre les années 1818 et 1823. L’ouverture de ces écoles est
pourtant soumise à l’autorisation préalable du préfet et donc du maire,
ainsi que du recteur d’académie Mr de la Liborlière. Le registre des
délibérations du conseil municipal nous apprend en effet que six autorisations
ont été accordées entre avril 1818 et décembre 1822, dont cinq pour des
écoles de village dirigées par Ms Bry Jean, Quintard Benjamin de Donné,
Barré Jacques de Bois le Bon, Vincelot Jean de la Roche Raimbault et Souché
Jean de Bois le Bon, tous instituteurs de troisième degré (le plus faible) et
une au bourg dirigée par Jacques Demellier instituteur de deuxième classe.
Saint-Sauvant se voit tellement bien pourvue en écoles privées que lorsque, en
juillet 1833, le Préfet envoie une circulaire à toutes les municipalités du
département pour l’établissement d’une école communale par commune
où pour deux à trois communes regroupées et la fixation du traitement de l’instituteur,
avec la possibilité d’accorder des secours aux communes défaillantes, le
conseil municipal de Saint-Sauvant peut répondre par sa délibération du 10
août 1833 : « il existe sept écoles dans la commune qui sont
bien fréquentées, laissant donc à l’autorité supérieure ce que bon lui
semblera à l’égard de la dite école ». Il semblerait que les
protestants des villages se soient emparés d’un espace de liberté dédaigné
par l’administration locale. Ce phénomène explique le fort taux d’alphabétisation
des conscrits de la commune, au-dessus même de la moyenne française, tout au
long du XIXe siècle, dans un département se situant dans les cinq derniers
au niveau national, il est certainement aussi une composante importante de l’apparition
du « mouvement du Réveil protestant » qui prendra son essor, à
partir de notre commune, environ vingt-cinq ans plus tard.

Malgré la pauvreté que nous avons déjà soulignée, le registre des
délibérations du conseil municipal nous apprend toutefois que le 31 mai 1827,
le conseil décide la refonte d’une cloche de l’église. Cet ouvrage est
confié à un fondeur de cloches nommé Martin pour la somme de 513,50 francs.
Somme comprenant l’achat de 51 kg de fonte, la cloche restaurée pesant 240kg.

Le 15 mai 1830, le conseil est réuni extraordinairement suite à une lettre du
préfet du 8 du même mois, « tendant à prendre des mesures convenables pour s’opposer à l’anticipation (appropriation) que le propriétaire de la métairie de Chiré a fait du Puits de Luché, en le faisant, depuis deux mois, clore par un mur et une porte fermant à clef ». Dans cette affaire on sent le maire et son conseil très mal à l’aise et ce n’est que sous la pression du préfet qu’il décide « de poursuivre le sieur Richard par toutes les voies de droit à la restitution envers la commune du dit puits et du carrefour qui l’entourait », tout en reconnaissant que « cette anticipation avait sans doute été faite par les fermiers de la métairie de Chiré à l’insu de leur maître ». Le puits avec sa clôture écroulée est encore visible aujourd’hui et sa position enclavée à l’intérieur d’un champ, laisse penser que cette délibération n’a jamais été suivie d’effet.

Les archives départementales, série V6/1 (culte protestant) nous apporte quelques informations supplémentaires. Louis XVIII, qui voulait donner des cimetières aux protestants, décide de faire appliquer une loi datant du 23 prairial an XII (12 juin 1804), imposant un cimetière pour chaque culte. Là encore, ce n’est qu’après plusieurs lettres pressantes du préfet que le conseil est amené à délibérer. Cette délibération du 14 mai 1820 n’est d’ailleurs pas (volontairement ?) transcrite au registre, seule subsiste une
« copie » transmise à la préfecture. Le conseil évoquant le fait que l’église consistoriale de Rouillé, réunissant les paroisses de Saint-Sauvant et de Rouillé, n’ayant pas les 6 000 fidèles nécessaires à son existence légale, décide qu’il n’y a pas lieu de donner suite. Finalement le 17 juin 1821, le maire écrit au préfet en ces termes « je croirais, Monsieur le Préfet, qu’il conviendrait qu’il fut situé proche le lieu où ils se réunissent et qu’alors on pourrait leur donner la portion d’un communal situé au village de Longes où ils réunissent le jour de leur office » !

A la même époque, justement, on se préoccupe de l’édification d’un
temple à Saint-Sauvant. Jusqu’alors les protestants se réunissaient en plein
air, faute de mieux, aux chaumes de Longes. Le préfet mandate à Saint-Sauvant
l’architecte du département Vetault, pour déterminer un lieu propice à l’édification
d’un lieu de culte. Celui-ci propose l’emplacement actuel du temple, que la
commune utilisait comme champ de foire et qui était anciennement un cimetière.
Le maire s’oppose à ce projet en faisant valoir que « ce terrain dépend de la Cormoran, qui appartient à Monsieur de Boisgrollier et que c’était par tolérance qu’il en laisse jouir la commune, mais qu’il pourrait tôt ou tard y rentrer ». Le maire soutenu par son conseil municipal s’opposera jusqu’au bout de son mandat à l’édification du
temple et ce malgré les pressions du ministère de l’Intérieur et des Cultes. Le conseil est toutefois contraint de délibérer le 18 avril 1830, mais, évoquant encore une fois le statut particulier du consistoire de Rouillé, décide de ne pas donner suite. Mais à cette date nous sommes à la veille d’événements nationaux qui vont bousculer la vie municipale.

La Révolution de 1830

Au niveau national le Roi Louis XVIII meurt le 16 septembre 1824, son successeur
Charles X, comte d’Artois, était un autre frère de Louis XVI, il avait passé une partie de sa vie à l’étranger comme émigré et était devenu, pendant le règne de Louis XVIII, le chef du parti ultra monarchiste dont l’objectif était de restaurer pleinement l’autorité de l’Ancien Régime. Charles X et ses ministres successifs se heurtent à l’opposition de la bourgeoisie qui soutient le parti libéral qui demande l’instauration d’un régime
parlementaire. Après l’insurrection parisienne des « Trois Glorieuses », les 27, 28 et 29 juillet 1830, les chambres réunies offrent la couronne à Louis-Philippe, duc d’Orléans, qui prête serment le 9 août 1830. Un roi bourgeois portant chapeau et parapluie succède au roi évêque. Une nouvelle constitution est mise en place et la garde nationale est instituée pour défendre la constitution.

Jean Sauzeau, du Bois de Sairé : « agir comme à Paris »

On retrouve au niveau local l’influence des événements nationaux, la séance
du conseil municipal du 29 août 1830 sera la dernière présidée par le maire
Réveau. Cette séance avait pour objet d’organiser la garde nationale dont
les membres avaient été nommés lors de la séance du 7 août, la présence de
« perturbateurs » empêchera le conseil de délibérer. Mrs Malas, Guérineau et Charpentier, les trois catholiques et habitants du bourg, étaient respectivement nommés commandant, lieutenant et sous-lieutenant de la garde nationale, d’autre part ces derniers étaient « autorisés à choisir leurs sous-officiers et caporaux parmi ceux dont les noms seront inscrits sur le dit registre ». Cette délibération avait été prise dans l’urgence lors d’une réunion où étaient présents seulement sept membres du conseil, tous habitant le chef-lieu, ceux-ci « accompagnés des plus notables
habitants du bourg »
, puis confirmée dans la séance du 22 où il est affirmé que « le conseil voit avec bienveillance l’organisation d’une garde nationale formée en ce bourg ». Cette décision, prise dans une période de grandes tensions allait mettre le feu aux poudres.

A la tête des opposants se trouvait Jean Sauzeau dit « le malin »,
laboureur, au Bois de Sairé. Quand le maire demande aux personnes qui ne font
pas partie du conseil d’évacuer la salle, Sauzeau se lève et déclare « qu’il
était à propos d’agir dans ce moment comme on l’avait fait à Paris tout
récemment »
. On l’accusera même d’avoir levé son bâton à l’encontre
de Mr René Bruneteau, adjoint. A la fin de la délibération chaque membre du
conseil ajoutera quelques mots sur cet incident soit pour l’infirmer soit pour
le confirmer, Daniel Bruneteau déclare pour sa part « j’ai vu des
bâtons levés sans pouvoir dire qui soit »
 !! (photo 3) Que dire
de ces paysans la plupart sachant à peine signer mais parfaitement au courant
des enjeux politiques nationaux et voulant en profiter pour se faire entendre au
niveau local. Ce « fait d’arme » marquera fortement l’inconscient
collectif puisque au moment des élections municipales qui suivront l’avènement
de la seconde République, chacun des adversaires cherchera à se l’approprier.

Cette séance du conseil municipal incitera certainement le Préfet au
remplacement de Mr Réveau par Mr Guérineau Joseph, notaire, comme maire de
Saint-Sauvant, suivant l’arrêté préfectoral en date du 08 septembre 1830.

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Extrait de la délibération du conseil municipal du 29/08/1830

Sources :

  • Registre des délibérations du Conseil Municipal de St-Sauvant.
  • Archives de la Vienne Séries M3, V6/1, T3.
  • Histoire de la France, P. MIQUEL.
  • Histoire de la France rurale, Tome 3, 1789-1914, G. DUBY.
  • Le pays thouarsais, M. POIGNAT.

[1Tous ces membres nommés le 5 juin 1816.

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