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Un imprimeur Auvergnat : Antoine Galland (1763-1851) - Seconde partie.

Quand une erreur de Wikipédia vous amène de l’Auvergne à Paris en passant par l’Égypte.

Le vendredi 3 avril 2026, par Claude Beaubestre

Embarqué vers l’Égypte, Galland devient le « prote » indispensable d’une mission scientifique sans précédent. Témoin oculaire de la découverte de la Pierre de Rosette, il réalise, avec son complice Jean-Joseph Marcel, les premiers estampages qui permettront plus tard à Champollion de briser le silence des pharaons. Entre la splendeur des pyramides et les souffrances d’un retour marqué par la maladie et l’injustice administrative, suivez le destin exceptionnel d’un homme qui, des sables du désert aux salons parisiens, a gravé son nom dans l’histoire de l’imprimerie et de la science.

Partie 2 : L’épopée d’Égypte et le secret des hiéroglyphes (1798-1851)

L’expédition d’Égypte (1798-1801)

Après la campagne d’Italie, la gloire naissante de BONAPARTE gêne le Directoire et TALLEYRAND. On décide de l’envoyer en Égypte, dans le but avoué de couper la route des Indes orientales à la puissance commerciale de l’Angleterre et dans le but, moins avoué, de se débarrasser d’un général par trop encombrant. Les préparatifs en ont d’abord été secrets.

« Le 5 mars 1798 (15 ventôse an VI) l’expédition d’Égypte fut résolue par le Directoire.
Peu à peu le bruit se répandit dans Paris qu’il se préparait une nouvelle campagne. De suite, je ne sais trop pourquoi, on la supposa lointaine, bien que son but fût un mystère pour tout le monde.
On laissait entendre qu’il s’agissait d’une descente en Angleterre, mais peu de personnes le crurent, malgré l’ordre qu’envoya le Directoire à Bonaparte de se rendre à Brest [1]. »


Finalement, une escadre de 400 navires se réunit à Toulon pour emmener en Égypte soldats et savants.
En effet, en plus des soldats de Bonaparte, la flotte partie de Toulon (début mai) emmène avec elle 167 savants, ingénieurs et artistes qui forment la Commission des sciences et des arts. Parmi eux, des noms célèbres : les mathématiciens Gaspard MONGE et Jean-Joseph FOURIER, le chimiste Claude-Louis BERTHOLLET, Dominique Vivant DENON, le physicien MALUS, le naturaliste Étienne Geoffroy SAINT-HILAIRE, le botaniste Alyre RAFFENEAU-DELILE, l’ingénieur Nicolas-Jacques CONTÉ du Conservatoire national des arts et métiers font partie du voyage. Nous retrouverons les deux derniers bientôt.
Dans la Commission, on trouve une Section imprimerie orientale et française, qui comprend : MARCEL, directeur-général ; PUNTIS et GALLAND, protes et sous-chefs ; BAUDUIN et BESSON, directeurs divisionnaires. MARCEL voyagera à bord du vaisseau amiral de BONAPARTE, l’Orient, avec tout le matériel d’imprimerie qui lui permettra de composer les discours du général.
GALLAND, de son côté, monte à bord de la frégate la Sensible, en rade de Toulon, le 19 floréal an 6 (8 mai 1798), après un voyage mouvementé et fort peu confortable à ses dires.

« […] après nous avoir fait partir de Paris avec beaucoup d’éclat et de magnifiques promesses, on a diminué nos frais de route à Lyon où l’on nous a entassés sur quelques planches mal jointes, qui, sous le nom de bateau, nous ont charriés par le Rhône jusqu’à Avignon […] et nous faisions tour à tour l’office de rameurs ».

Il se plaint de n’avoir toujours pas reçu son paiement. [2] Le 28 floréal, BONAPARTE visite la Sensible et l’expédition démarre le lendemain.
La Sensible était la frégate qui avait amenée Joséphine de Beauharnais et sa sœur Hortense de la Martinique à Toulon en septembre 1790.
À Malte, GALLAND change de navire, la Sensible étant renvoyée en France porteuse de dépêches. Elle est capturée, 28 juin 1798 par la frégate HMS Sea Horse. Elle finira sa carrière (sous pavillon anglais) le 2 mars 1802 en coulant après un échouage à Ceylan. GALLAND repartira de Malte sur la Courageuse avec le général DESAIX. La Courageuse sera aussi capturée par les Anglais et finira comme bateau-prison à Malte, jusqu’à sa destruction en 1802.
Les Français arrivent en Égypte en juillet 1798. Le 21 se déroule la fameuse bataille des Pyramides et le 1er août a lieu le désastre de la bataille navale d’Aboukir. Néanmoins, l’armée de BONAPARTE est en Égypte et les Français s’installent et commencent à administrer l’Égypte.

La pierre de rosette

Le manque d’eau douce se fait parfois cruellement sentir et c’est l’occasion pour GALLAND d’évoquer son expérience des mirages qu’il présente comme une épreuve à la fois optique, physique et psychologique.

« L’impatience [de voir de l’eau] nous a souvent conduits sur les hauteurs, et à chaque fois un phénomène d’optique, particulier à ce pays, nous a cruellement trompés. Ce phénomène est tel, qu’à une lieue environ le terrain paraît terminé par une inondation générale ». [3]
L’illusion est d’autant plus déstabilisante qu’elle ne se limite pas à une simple nappe d’eau. GALLAND note, s’appuyant sur les explications scientifiques de Monge, que le mirage « réfléchit l’image renversée des villages, des arbres, et autres objets qui dominent la plaine ». Il souligne la dangerosité du phénomène : « L’ardeur du soleil était excessive, et rendait les illusions du mirage si semblables à la réalité, qu’on fut plusieurs fois sur le point de s’égarer ».


Un véritable supplice pour les sens !

« On ne saurait croire combien le sentiment de la soif est irrité par ce jeu de la lumière qui fait apparaître l’image de l’eau au milieu d’un espace aride ».


On sait que la Campagne d’Égypte fut aussi l’occasion d’un énorme travail scientifique qui débouchera sur la naissance d’une science, l’Égyptologie. GALLAND eut l’opportunité de visiter les pyramides du site de Gizeh. Il le relate dans le second volume de son Tableau de l’Égypte, dans un mélange d’émerveillement visuel, d’épreuve physique éprouvante et de réflexion critique.
Son premier réflexe fut de gravir, en faisant

« usage des mains autant que des pieds »,

la Grande pyramide (celle de Khéops, donc) sur les flancs de laquelle il nous décrit ses compagnons (officiers, savants et dames)

« éparpillés comme un troupeau de chèvres ».

Arrivé au sommet, il découvre une esplanade couverte de noms de voyageurs célèbres et de Français. De là-haut, la vue est extraordinaire et il contemple le contraste entre le « désert aride » à l’ouest et la vallée du Nil « si fertile » à l’est.
L’exploration des galeries intérieures s’avère beaucoup moins plaisante, en raison de la « chaleur suffocante » et d’un air « si lourd et si infect ». d’ailleurs, indisposé, GALLAND fait demi-tour, s’égare mais parvient enfin à ressortir.
Malheureusement pour sa mémoire, l’opinion de GALLAND sur les pyramides est très négative : pour lui,

« ces édifices ne valent pas le mouvement d’une montre ou l’utilité de la machine de Marly ».

Il les voit comme des témoignages de l’« orgueil de tyrans fastueux ».
Il reconnaît néanmoins que ce qui étonne le plus est la « force de bras » et les moteurs qu’il a fallu pour élever de telles pierres à une telle hauteur et il souligne l’importance des mesures prises par les ingénieurs pour prouver que les pyramides sont orientées avec une « précision » astronomique remarquable.
De la même façon, il considère le Sphinx comme un « rocher informe ».
Un an après le désastre maritime de la bataille d’Aboukir, les Français prennent leur revanche à la bataille terrestre d’Aboukir. Cependant, les menaces navales des Anglais et des Ottomans perdurent. Aussi, le chef de bataillon du génie Dhautpoul, est-il chargé de travaux de fortification , à l’ancien fort de Rachyd, rebaptisé Fort-Julien. Ce site, situé sur la rive gauche du Nil à environ trois mille toises de son embouchure, est un point stratégique majeur pour protéger l’accès au Delta et assurer les communications entre Rosette et Alexandrie.
Ces travaux seront à l’origine de la plus grande découverte de l’expédition : la pierre de Rosette.

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Situation de Rosette

C’est un ingénieur polytechnicien, Pierre-François-Xavier BOUCHARD, qui le 15 juillet 1799, découvre la fameuse pierre de Rosette, « un bloc de granit noir d’un grain très fin et très dur ». Il s’agit d’un fragment d’une stèle gravée de l’Égypte antique qui porte le texte d’un décret sacerdotal en l’honneur du roi Ptolémée V (210-181 av. J.C.), écrit en trois langues : hiéroglyphes, démotique et grec [4].
Cette trouvaille est immédiatement traitée comme une pièce d’importance nationale. La pierre est déposée à l’Institut d’Égypte au Kaire, où elle devient un objet d’étude pour les savants de la Commission. GALLAND, ainsi que le citoyen Jean-Joseph MARCEL, en tirent plusieurs exemplaires (estampages ou copies) dès qu’elle est mise à leur disposition.
La volonté de faire rayonner les découvertes de l’expédition est forte ; ainsi, le général Dugua, lors de son retour en France, présente un exemplaire de ces inscriptions à l’Institut national.
GALLAND indique que dès que ce monument fut déposé à l’Institut d’Égypte, « le citoyen MARCEL et moi en tirâmes quelques exemplaires ».
Attardons-nous un peu sur cet aspect de l’aventure et laissons parler GALLAND et d’autres contemporains.

« Une imprimerie nationale, pourvue d’un matériel nombreux, venait de s’installer au Kaire, sous la direction de l’orientaliste MARCEL. Ses presses reproduisaient les ordres du jour de l’armée, les proclamations arabes et grecques, les publications officielles en langue turque, et un journal périodique ayant pour titre la Décade égyptienne. La destination de cette feuille était de rendre compte des séances de l’Institut, et de consigner le texte fidèle des mémoires lus dans le cours des séances. Un second journal avait déjà paru, conçu dans un but plus politique que littéraire, et donnant de la publicité aux nouvelles qui pouvaient intéresser l’armée ; c’était le Courrier d’Égypte, dont l’origine data des premiers jours de fructidor. Ces deux publications, à quelques numéros près, eurent pour éditeur l’infatigable Desgenettes ». [5]
« Copie des 3 inscriptions qui se trouvent sur la pierre trouvée à Rosette, cette copie a été tirée par les procédés typographiques sur la pierre elle-même et en donne par conséquent la reproduction exacte : elle a été faite par les soins des citoyens MARCEL Directeur de l’Imp[rimerie] Nat[ionale] et GALLAND correct[eur] de lad[ite] Imp[rimerie] au Kaire le 4 pluviôse an 8 de la république. »
« On conjectura, tout d’abord, que ces trois inscriptions pouvoient être la traduction les unes des autres. […] On chercha donc à en tirer des copies fidèles. Trois procédés furent employés à cet effet.
M. MARCEL, directeur de l’imprimerie du Caire, conçut l’heureuse idée de prendre l’empreinte de l’inscription de Rosette par une méthode analogue à celle qu’on emploie pour imprimer les livres à la Chine [6]. Assisté d’un de ses employés, M. GALLAND, il prit des balles garnies d’encre d’impression, et les appliqua légèrement sur la surface de la pierre. Toutes les parties saillantes se noircirent, et les parties creuses demeurèrent intactes. Il appliqua ensuite sur la pierre qui était dans une situation horizontale, une feuille de papier humide, et lui fit prendre l’encre à l’aide d’une balle sèche, et de la paume de la main. Il a tiré, de cette manière, trois copies d’une extrême fidélité. L’une des trois est en sa possession ; une autre a été brûlée dans sa maison au Caire, et l’autre a été apportée en France par le général DUGUA ». On obtient donc un négatif de l’inscription avec des lettres en blanc sur fond noir. Une autre copie fut prise par Nicolas-Jacques CONTÉ [7], chef des aérostiers, par impression en taille-douce (procédé quasi inverse du précédent ou les lettres sont noires sur fond blanc). Une troisième méthode (utilisée par Alyre RAFFENEAU-DELILE [8]) fut de « modeler l’inscription en soufre ». [9]
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Reproduction de la pierre de Rosette par MARCEL ET GALLAND

C’est sur les deux épreuves subsistantes de MARCEL et celle de CONTÉ, que travailla SILVESTRE DE SACY [10], en particulier sur le deuxième texte en démotique et en étudiant les noms propres. Il abandonne en « espérant un meilleur succès à ceux qui lui succéderont. Finalement, c’est CHAMPOLLION qui élucidera le « mystère des hiéroglyphes ».
Concernant la deuxième inscription (le démotique), à l’époque, certains y virent initialement des caractères syriaques, mais MARCEL, directeur de l’Imprimerie nationale, affirma après examen qu’il s’agissait de caractères cursifs, c’est-à-dire d’anciens caractères arabes.
MARCEL était donc le supérieur de GALLAND, mais leurs relations n’étaient pas seulement professionnelles, elles étaient aussi scientifiques et amicales, marquées par une collaboration étroite au sein de la Commission des Sciences et Arts.
Les deux hommes travaillaient donc ensemble à l’Imprimerie nationale établie au Kaire. Jean-Joseph MARCELen était le directeur, tandis qu’Antoine GALLAND y occupait le poste de correcteur d’épreuves. Cette proximité quotidienne dans le travail de publication des ordres et des recherches savantes (comme la Décade Égyptienne) constituait le socle de leur relation.
Leur lien est particulièrement visible lors de l’étude de la Pierre de Rosette, comme on l’a évoqué plus haut. Au-delà de la science, une proximité sociale et un sens de l’entraide les unissait. À la suite du siège du Kaire, MARCEL ayant perdu son exemplaire des inscriptions de la Pierre de Rosette, GALLAND raconte :

« je lui cédai le mien ».

Ce geste souligne une relation de confiance et de générosité entre collègues.
Pae ailleurs, GALLAND fréquentait le couple MARCEL. Il mentionne notamment une occasion où

« Madame MARCEL [11], et son époux [...] étaient avec moi »

alors qu’ils interrogeaient un prêtre maronite au sujet des prédictions des devins égyptiens. Nous verrons que la vie les rapprochera encore.

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Acte de mariage de MARCEL

La fin de l’expédition et le retour

Un mois après la découverte de la pierre de Rosette, le 22 août 1799 (5 fructidor an 7), Bonaparte quitte l’Égypte où il n’est resté que 13 mois.
Après son départ, la fin de l’expédition d’Égypte, telle que relatée par Antoine GALLAND, est marquée par une transition brutale entre les ambitions administratives du général Menou (qui a pris le commandement par intérim après l’assassinat de Kléber le 25 prairial an 8) et la réalité militaire désastreuse imposée par les forces coalisées.
La situation se dégrade rapidement avec le débarquement des Anglais à Aboukir le 17 ventôse an 9, puis la chute du Kaire et la capitulation.
Une convention pour l’évacuation est signée le 8 messidor an 9, stipulant que l’armée se retirera avec armes et bagages, mais sans les trésors archéologiques découverts, pour être transportée en France aux frais des puissances alliées. GALLAND souligne la tristesse de nombreux Français qui s’étaient déjà attachés au pays et à ses habitudes.
GALLAND quitte le Kaire le 19 messidor pour se rendre à Gizeh, où il s’installe sur une barque faute de logements disponibles. Le convoi entame la descente du Nil le 25 messidor, une navigation lente car rythmée par la marche des troupes au sol.
Ce voyage est un calvaire pour GALLAND, frappé par une ophtalmie d’une violence inouïe : « on eût dit du gravier brûlant qui roulait dans mes yeux ». Il attribue cette maladie à la saleté des eaux du Nil pendant l’inondation. Durant cette descente, il note avec amertume que des soldats désertent chaque nuit pour passer au service des Mamelouks.
Une fois à la rade d’Aboukir, la situation ne s’améliore guère. GALLAND et ses compagnons, dont la veuve du général Galbaud, errent pendant trois jours sur mer sans pouvoir s’embarquer, dans une confusion totale et manquant d’eau potable. Ils finissent par monter à bord du Castor London, un bâtiment de la compagnie des Indes, le 20 thermidor, au prix d’altercations violentes avec des officiers du génie pour obtenir une place.
Les conditions de vie sur le Castor sont spartiates : les passagers civils, incluant des femmes enceintes et des nourrices, sont forcés de coucher sur le pont. La nourriture se limite à la ration anglaise, composée de « biscuit rongé par les vers » et de « lard cuit à l’eau de mer ». Après une escale à Malte le 27 fructidor, où ils apprennent la reddition d’Alexandrie, ils reprennent la mer le 6 vendémiaire an X.
L’arrivée en vue de Toulon le 17 vendémiaire provoque une allégresse immense, doublée par la nouvelle des préliminaires de paix avec l’Angleterre. Cependant, le voyage se termine sur une note de profonde amertume. Arrivé à Marseille le 21 brumaire pour la quarantaine, GALLAND subit ce qu’il qualifie de « plus criante des injustices » : ses appointements sont coupés net le jour de sa sortie, le forçant à attendre son arriéré pendant un mois dans une ville où les vivres sont hors de prix. Il doit finalement rejoindre Paris à ses propres frais, au cœur de l’hiver, mettant fin à cette épopée par une cruelle désillusion matérielle.

Vie familiale et liens de parenté avec Jean-Joseph MARCEL

Trois ans après son retour à Paris, le 5 prairial de l’an 13 (25 mai 1805), à Paris, 4e arrondissement, Antoine GALLAND, « libraire, de quarante et un ans passés, né à Latour Saint Pardoux (sic) », épouse Marie Françoise GIRARD. Celle-ci, âgée de 19 ans, est mineure, étant née à Neuilly le 10 septembre 1785 où elle demeure avec son père, Joseph GIRARD (c’est un frère d’Anne que nous verrons plus loin).

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Acte de mariage de GALLAND

Ce dernier est présent et consent au mariage. Sa mère Marie Julienne THULOT était décédée le ; son père avait épousé en secondes noces Marie Elisabeth LA CIRE, elle-même mineure, le 19 octobre 1788, à Neuilly. Cependant, il n’est pas fait mention d’elle dans l’acte de mariage (il est vrai issu de la reconstitution de 1872). Je n’ai pas trouvé trace de son décès.
Parmi les témoins sont cités André GIRARD, 47 ans, « adjoint au Caissier de l’Imprimerie Impériale […] oncle paternel de ladite épouse » et Jean Joseph MARCEL, 28 ans, « Directeur Général de l’Imprimerie Impériale, demeurant à Paris, rue de la Vrillière, hôtel de ladite Imprimerie, cousin germain de ladite épouse du côté paternel ».
Par ce mariage, Antoine GALLAND devient donc le beau-cousin germain de Jean Joseph MARCEL. En effet, le père de ce dernier, Joseph MARCEL, maître menuisier, veuf d’une Jeanne ESCOMEL, avait épousé sa cousine et pupille Anne GIRARD, le 4 novembre 1775 à Paris ; il avait 62 ans et elle 22 ans. Une dispense de consanguinité avait été établie le 2 novembre 1775 à Paris. Les deux époux étaient natifs d’Annonay (Ardèche). Anne GIRARD (fille de François et Anne PINAY) est née le 20-10-1753 ; je n’ai pu retrouver l’acte de baptême de Joseph.

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Le lien de parenté entre Antoine GALLAND et Jean Joseph MARCEL

Dans son opuscule publié en 1815 et déjà cité, Antoine GALLAND, après s’être plaint des vicissitudes de la vie pendant la période révolutionnaire, exprime ses sentiments à la chute de l’empire :

« Les amis de la royauté ont triomphé au 31 mars 1814. J’avais servi leur cause ; je ne demandais rien, je pouvais espérer le bonheur : j’ai perdu cependant les trois quarts de ma fortune, légitimement et laborieusement acquise, et pour comble de malheurs, l’intrigue m’enlève une place qui pouvait encore soutenir ma nombreuse famille ; car j’ai cinq enfants en bas âge et une mère accablée de vieillesse et d’infirmités. »


Ses enfants devaient avoir autour de dix ans, puisqu’il s’était marié en 1805. Je n’ai retrouvé la trace que de trois d’entre eux : un fils, mort en bas âge, un second dont j’ignore le devenir et une fille Joséphine Sophie Antoinette.
Née en février 1806, probablement à Paris, Joséphine épousera, le 22 septembre 1829, Jean Baptiste Louis François ROGER, avocat, dont elle aura au moins deux fils Augustin, François, Antonin, né le 27 août 1830 et Paul, Louis Isidore, né le 14 mai 1836. Le frère aîné de Joséphine, Adolphe Antoine Joseph est décédé, le 16 novembre 1808 à l’âge de vingt jours [12], chez ses parents nourriciers Jean Nicolas LE BAILLY, vigneron à Triel (Yvelines), et son épouse. En 1809, le 20 octobre, naquit Guillaume Antoine Gustave, baptisé à Saint-Germain-l’Auxerrois comme son aîné.
Quant à la mère d’Antoine GALLAND, elle décédera le 13 décembre 1818, à La Tour d’Auvergne « au lieu d’Ayssard ». Elle est alors veuve d’Antoine ERAYGNE, qu’elle avait épousé en secondes noces le 30 janvier 1772, à La Tour d’Auvergne.

En 1822 Jean-François CHAMPOLION écrit sa lettre à M. Dacier relative à l’alphabet des hiéroglyphes phonétiques dans laquelle il fait part de sa découverte d’un système de déchiffrement des hiéroglyphes ; puis, en 1824, son Précis du système hiéroglyphique des anciens Égyptiens. Il décède en 1832.
Le 20 septembre 1851, Antoine GALLAND, « rentier » décède à Paris, à l’âge de « quatre-vingt-sept ans et dix mois », veuf de Marie Françoise GIRARD selon son acte de décès. Par erreur, il est indiqué « né à Clermont-Ferrand ». C’est son petit-fils, Augustin François Antonin ROGER, « étudiant en droit, âgé de vingt et un ans » qui déclare le décès à la mairie du 11e arrondissement.
Le 29 du même mois, une nécrologie paraît dans Le journal des Villes et des Campagnes, lequel précise : « La peste en Égypte, le scorbut sur mer, le choléra de 1832 à Paris, l’atteignirent sans l’abattre, et, après avoir parcouru tant de pays, après avoir assisté à tant d’événements, il est mort dans son lit [13] ».
Jean-Joseph MARCELle suivra dans la tombe 11 mars 1854. Un autre orientaliste qui fut son élève, François-Alphonse Belin (1817-1877) rédige une longue notice nécrologique dans le journal asiatique [14].

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Acte de décès d’Antoine GALLAND

Conclusion

Endurci par l’expérience des geôles de la Convention qui lui ont permis d’affronter le chaos de la campagne d’Égypte et les sables du désert, Antoine GALLAND,

« après avoir survécu à la peste, au scorbut et au choléra »

est mort

« dans son lit »

à l’âge vénérable de 87 ans, alors que le monde commençait à peine à mesurer l’importance de ce monument qu’il avait contribué à copier à Rosette.
Grâce à GALLAND et MARCEL, et malgré l’Angleterre, François CHAMPOLION a ainsi pu traduire la pierre de Rosette et déchiffrer les hiéroglyphes dès 1822, fondant ainsi la science nouvelle de l’égyptologie.
L’histoire a retenu et glorifié le nom de CHAMPOLION, elle a laissé dans l’oubli celui de GALLAND. Pourquoi ? Sans doute parce qu’il est plus facile de se souvenir des génies que des petites gens.
Mais le théoricien génial, le déchiffreur ne peut rien sans l’artisan de l’ombre, l’homme du savoir-faire qui a su mettre en œuvre son art pour préserver le texte de la pierre de Rosette. Avec MARCEL, il est le technicien indispensable sans lequel le théoricien ne peut rien.
Le génie de GALLAND n’était pas dans la création [15], mais dans l’excellence de son travail de reproduction. Ainsi, son héritage tient à la nature de sa contribution : il n’est ni le messager, ni le message, mais il est le passeur essentiel du message.


[1Édouard Villiers du Terrage. Journal et souvenirs sur l’expédition d’Égypte : 1798-1801. (Disponible sur Gallica).

[2Tableau de l’Égypte pendant le séjour de l’armée française, A. GALLAND, An XIII-1801, 2 volumes.

[3Idem, Tome 1, page 45.

[4Le texte grec fut traduit dès 1803.

[5Louis REYBAUD, Histoire scientifique et militaire de l’expédition française en Égypte…, Tome 4, page 64.

[6« La manière d’imprimer à la Chine, consiste à sculpter sur bois les caractères déjà tracés à la main ; […] pour imprimer un livre, il faut le tailler sur bois dans toute son étendue, sans que les caractères ainsi gravés puissent servir à l’impression d’un autre livre ». Journal historique et littéraire, Volume 2, 1835 (disponible sur Google Books).

[7Peintre, physicien et chimiste, né à Saint-Céneri-près-Sées le 04-08-1755 ; décédé à Paris le 06-12-1805. C’est l’inventeur du crayon qui porte son nom.

[8Botaniste, né à Versailles le 23-01-1778 ; décédé à Montpellier le 05-07-1850.

[9L’Égypte et la Syrie, ou, Mœurs, usages, costumes et monumens des Égyptiens, des Arabes et des Syriens, Ouvrage accompagné de notes par m. Marcel, volume 5, Jean Baptiste Joseph Breton de la MARTINIERE, 1814 (disponible sur Google books).

[10Antoine-Isaac SILVESTRE DE SACY, Lettre au Citoyen Chaptal au sujet de l’inscription égyptienne du monument trouvé à Rosette, An X, Imprimerie de la République.

[11Il s’agit de Marie Anne RONLIN (ca 1769-1840) que MARCEL avait épousé à Paris le 26 février 1798.

[12Né à Saint-Germain-l’Auxerrois, le 27 octobre 1808.

[131851_09_29_Journal_des_Villes_et_des_campagnes, sur Retronews.

[14Présente sur Gallica.

[15on l’a vu avec le jugement porté sur son œuvre littéraire par la Biographie nouvelle des contemporains

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