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Si Mions m’était conté…

Le jeudi 4 novembre 2010, par Florance Suppot

Au Sud-Est de Lyon, Mions est aujourd’hui une ville active, à vocation agricole et résidentielle, de 12 000 habitants. Sur les hauteurs, on peut apercevoir une partie [1] de son château dont l’existence est avérée dès le XVe siècle puisque le 22 juillet 1400, Aimé de Saint-Symphorien est dit « seigneur de Méons », lorsqu’il teste en « la salle du château » en faveur de son épouse, Alix de Bocozel.

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Le château de Mions

Parmi les propriétaires successifs, en 1624, la terre échoit à la famille de Villeroi, d’abord Nicolas de Neufville (futur gouverneur de Louis XIV) marquis puis duc de Villeroy, lieutenant général de la ville de Lyon et gouverneur du Lyonnais, Forez et Beaujolais, puis en 1685, à son fils, François de Neuville, duc et maréchal de France et précepteur du futur Louis XV.

En 1629, le château reçoit une visite royale en la personne de Louis XIII, qui revenant du Languedoc, y coucha le soir du 21 juillet 1629, pour éviter Vienne (actuel département de l’Isère) où sévit la peste.

En 1738, une succession difficile provoque la vente par la famille de Villeroy des seigneuries de Mions et de Saint-Symphorien d’Ozon à Barthélémy-Jean-Claude Pupil, premier président en la cour des monnaies de Lyon, lieutenant-général civil et criminel en la sénéchaussée (tribunal) de Lyon. Sa fortune lui vient de son père Jean Pupil, une famille originaire du Limousin, installée à St-Etienne en 1590, et enrichie dans le commerce de la ferraille.
On lui doit le réaménagement du château de Mions selon les principes classiques en vigueur au XVIIIe siècle (multiples fenêtres, jardins bien ordonnés). Il refait les voies d’accès et recompose totalement l’environnement du domaine. L’actuelle allée du château est crée, plantée de tilleuls.

À la mort de Barthélémy-Jean-Claude, en 1779, son fils, le marquis Barthélémy Léonard PUPIL de MYONS, devient le dernier seigneur de Mions.

À la veille de la révolution, il est veuf de Louise Charlotte de LORAS, fille du seigneur de Chamagnieu et sans postérité, son unique enfant, Barthelemi Jean Claude Marie, n’ayant pas survécu plus d’un mois en 1756 dans la paroisse d’Ainay de Lyon.

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Barthélémy Jean Claude PUPIL, père de Barthélémy Léonard
À ce jour, il n’a pas été retrouvé de
portrait de celui-ci.

Un temps, le marquis Barthélémy Léonard PUPIL de MYONS est très occupé par ses fonctions, tout d’abord, comme son père, de premier président de la Cour des Monnaies de Lyon, et dans un second temps d’administrateur et président du grand Hôtel Dieu (hôpital) de Lyon, fonctions pour lesquelles il a des déboires, souhaitant se perpétuer à cette place, refusant des élections [2]… Il loge alors le plus souvent dans l’hôtel particulier qu’avait acquis son père, place Bellecour à Lyon.

Au début des années 1780, Barthélémy Léonard PUPIL de MYONS vit essentiellement dans son grand hôtel particulier rue de Bondy à Paris, menant une vie mondaine, l’opéra... Il est l’ami de Monsieur de Sartines, lieutenant général de police… mais en septembre 1783, un ordre du Roi Louis XVI le renvoie sur ses terres de Mions, avec interdiction de les quitter ! Pourquoi ?

À cette période, le logement des « gens de guerre » est un service exigé du peuple de Paris et une taxe est même levée sous ce nom sur beaucoup de maisons de Paris. C’est un impôt bien réel bien qu’aucune loi ne l’ait voté. Le parlement s’est parfois élevé contre cet impôt illégal mais sans beaucoup d’enthousiasme ; il faut dire qu’on a soin de ne point imposer les maisons qui appartiennent aux membres du parlement !

Barthélémy Léonard Pupil de MYONS, à qui l’ont réclamé (seulement) 75 livres, n’entend rien payer du tout, arguant que c’est un impôt illégal et qu’il jouit du privilège d’ancien magistrat (cf. fonctions à Lyon).

Il fait appel au prévôt des marchands, avant de porter plainte au parlement et l’affaire est même portée devant le ministre à Paris [3].

Cette résistance de PUPIL finit par rendre furieux le Roi Louis XVI informé par le maréchal de Biron ; il l’exile sur ces terres de Mions, après avoir un temps même envisagé de l’emprisonner.

En novembre 1783, PUPIL demeure toujours au château de Mions ; il affirme que quatre de ses domestiques meurent d’une épidémie. Il demande alors à résider à Lyon ; on lui accorde juste de se retirer à Villefranche [4].

L’ histoire ne dit pas s’il paya la taxe mais il put rejoindre Paris quelques mois plus tard, avant de s’exiler définitivement à Venise en 1793.

Fort de cette histoire, le Cercle de Généalogie de Mions a cherché dans les registres paroissiaux miolands de 1783 les décès des dits domestiques, mais aucun décès n’y figure ; seulement le mariage des deux employés au château, François ARCHINET et Hélène LAMY, avec pour témoins Claude DREVET, le garçon jardinier au château, Joseph FORAY également employé au château, et Jean-Baptiste ROBERT, le garde-chasse.

Sources :

  • Registres paroissiaux de Mions.
  • Journal du palais jurisprudence cour de cassation et cours d’appel de Paris par Ledru-Rollin (1833).
  • Études sur les anciennes juridictions lyonnaises, précédées d’un essai sur l’établissement de la justice royale à Lyon par M. E. FAYARD conseiller à la cour impériale de Lyon (1867).

À noter :

Samedi 20 et dimanche 21 novembre 2010

INÉDIT :

l’arbre généalogique ascendant et descendant des PUPIL et le testament rédigé à Venise en 1807 seront présentés au Centre Culturel Jean Moulin les samedi 20 et dimanche 21 novembre 2010 par le Cercle de Généalogie de Mions

Les « détectives » du Cercle de Généalogie de Mions aident tout ceux qui souhaitent se prendre au jeu de la « chasse aux ancêtres », où que se trouvent leurs racines (régional, national, à l’étranger) par des samedis après-midis à thème (comment débuter sa généalogie, recherches sur internet, paléographie ou comment déchiffrer les textes anciens, comment rédiger, partager son histoire familiale…), travaille également au recueil et à l’établissement des généalogies de familles vivant à Mions – inconnues ou « illustres » - maintenant, il y a quelques années ou dans des temps plus anciens.


[1Il s’agit des parties communes (actuellement à usage d’habitation) ; en 1799, la partie résidentielle du château aurait brûlé du fait (tradition orale) d’une lampe apportée par une femme de chambre ayant mis le feu à du foin trainant sur le sol d’une des salles.

[2Le 2 mai 1764, en remplacement de son père – un homme dont le caractère, l’intégrité et les vertus valurent à ce magistrat un témoignage de gratitude unique dans les annales judiciaires de Lyon - Barthélémy Léonard PUPIL de MYONS devient premier président de la cour des monnaies de Lyon ; En 1766, il est aussi élu recteur - et même président par ses collègues - du bureau de l’Hôtel-Dieu, l’un des hôpitaux de Lyon avec La Charité. En 1768, il manifeste l’intention de se perpétuer à cette présidence, voulant réunir les deux administrations hospitalières de la Charité et de l’Hôtel-Dieu, en une seule comme à Paris. Pour arriver à ses fins, il n’hésite pas à produire un mémoire anonyme qui présente l’administration des deux hôpitaux comme « vicieuse, ténébreuse, irrégulière, ruineuse ... ». Les experts qui vérifient, constatent que la situation de l’Hôtel-Dieu est au contraire excellente. Mais Barthélémy Léonard PUPIL de MYONS ne renonce pas et devant une assemblée de notables, il soutient alors que pour la Charité qui a besoin d’un soutien financier, la création d’un impôt pour assurer sa conservation serait « injuste, insoutenable ... ». Néanmoins, l’assemblée de notables n’en tient pas compte et votent les ressources nécessaires pour venir en aide à l’hospice de la Charité. Barthélémy Léonard PUPIL de MYONS va jusqu’à porter l’affaire devant le parlement de Paris qui le maintient provisoirement dans l’exercice de ses fonctions de président-recteur. Intervient alors une médiation de Monseigneur de Montazet, archevêque de Lyon et de M. Antoine de Sartine, lieutenant général de la police de Paris. Finalement une transaction est rédigée et signée le 1er Août 1768 : elle prononce la suppression des mémoires pleins d’acrimonie présentées de part et d’autre ... Par la suite, dix sept conseillers rédigent un procès-verbal dans lequel on lit : « que M. de MYONS est un esprit inquiet et turbulent ; qu’il a compromis son honneur ... qu’il a mis ses collègues dans l’obligation de désirer qu’il cesse de présider et qu’il ne sera point admis à remplir ses fonctions, qu’il se fut lavé des opprobres dont il s’était couvert ». Bref, il est définitivement déchu de sa qualité de magistrat.

Dès 1766, son père, Barthélémy-Jean-Claude Pupil, voulant en quelque sorte réparer les torts de son fils envers les deux hôpitaux de Lyon, par un contrat du 7 Mars de cette année là, il fait un leg (16 308 livres) aux pauvres de ces deux établissements qu’il veut aussitôt acquitter afin qu’ils en jouissent de son vivant. Une députation se rend auprès de M. Pupil pour le remercier au nom des pauvres et elle arrête qu’une grand’messe solennelle sera, chaque année et le jour de sa naissance (22 juin 1689), célébrée dans l’église de l’hôpital pour « la conservation de ses jours qui sont si précieux à l’humanité, à la religion et à la patrie.

[3Sentant le danger de donner trop d’éclat à cette contestation, le prévôt des marchands envoi à M. de MYONS une quittance en blanc pour la remplir de la somme, même la plus petite, qu’il voudra. Mais Barthélémy Léonard Pupil de MYONS s’entête et refuse de payer quoique se soit. Le parlement et le ministre de Paris arguent que « le privilège de la robe dont jouit M. de MYONS n’est valable que dans sa patrie », autrement dit à LYON.

[4Villefranche sur Saône (Rhône) dans le Beaujolais.

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3 Messages

  • Si Mions m’était conté… 15 novembre 2010 11:12, par André Vessot

    Bonjour Florance,

    Bravo pour ce bel article, bien documenté et pour le travail réalisé par le cercle généalogique de Mions. En bon lyonnais je suis sensible à l’histoire de ma région, que je découvre au fil des articles, comme le vôtre.
    Meilleures salutations.

    André VESSOT

    Répondre à ce message

  • Si Mions m’était conté… 7 mai 2017 16:03, par Daniel Droixhe

    J’ai beaucoup apprécié votre article. Quelles sont les références d’archives de la note 2 ? Votre article existe-t-il sous une forme papier que je puisse citer ?
    Bien à vous,
    Prof. D. Droixhe
    Universités de Liège et de Bruxelles
    Membre de l’Académie
    rue d’Erquy 38 B-4680 Oupeye Belgique

    Répondre à ce message

  • Si Mions m’était conté… 30 janvier 2019 16:01, par Kutelmach Ywan

    Bonjour,

    L’achat de Mions par Pupil est du 27 janvier 1733 et non en 1738.
    Cordialement
    Mr Kutelmach

    Répondre à ce message

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