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Samuel Auguste DUPONT (1791-1869) et descendants

Trois générations de réussite industrielle dans la sidérurgie lorraine au XIXe siècle


jeudi 5 avril 2018, par Michèle Champagne

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Trois générations de la famille DUPONT, Samuel Auguste, le père, son fils Pierre Mayer Myrtil et son petit-fils Gustave DUPONT, ont fait prospérer une industrie en Lorraine, malgré les changements technologiques dans la production et dans la transformation des minerais, les crises économiques et l’annexion de la Lorraine par l’Allemagne en 1871.

Cet article est le fruit de recherches dans les archives familiales [1]. Le contexte de la sidérurgie française et la participation des élites israélites dans cette industrie font référence aux travaux d’historiens et aux ouvrages cités en bibliographie.

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Figure 1 Samuel Auguste DUPONT, maître de forges
Tableau du peintre Alexandre Auguste HIRSCH (1833-1912). Collection Indivision LEON.

LE MILIEU FAMILIAL DES DUPONT

Samuel Auguste DUPONT est né le 24 novembre 1791 à Metz (Lorraine, France). Il est le fils de Samuel Auguste CAHEN dit DUPONT (1765-1848), né à Metz, et de Keilche Catiche WORMS (1770-1858), de Sarrelouis (Allemagne) [2] native d’une riche famille de maîtres de forges à Dillingen (Sarre) et à Bettingen (Rhénanie-Palatinat).

Samuel Auguste CAHEN est un négociant juif issu d’une famille aisée du ghetto de Metz. Suite au décret impérial paru en 1808 obligeant les citoyens juifs à déclarer une identité civile [3], Samuel Auguste CAHEN demande à porter le patronyme répandu en France, DUPONT, témoignant ainsi de sa volonté à s’intégrer à la communauté française. Il en va de même de sa belle-famille WORMS qui choisit d’accoler de ROMILLY à son patronyme.

Transcription [4] :

Bien introduit dans le milieu des maîtres de forges auprès de la famille WORMS, Samuel Auguste DUPONT épouse Minette SAMUEL le 26 octobre 1813. Elle est la fille de Mayer SAMUEL (1751-1814) et de Madeleine WORMS (1777-1837) [5] issue d’une autre branche des WORMS, investisseurs dans les mines de charbon. Par cette alliance, Samuel Auguste DUPONT est introduit dans le milieu des maîtres de forges.

Le couple aura trois enfants, un fils et deux filles :

  • Esther Rosalie DUPONT, née en 1815 et décédée en 1883.
  • Pierre Mayer Myrtil DUPONT, né le 10 août 1816 à Metz, décédé à Nancy le 4 février 1884 [6].
  • Adèle DUPONT, née le 1er mai 1818 à Metz, décédée en 1891 [7].
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A gauche, Figure 3.1. Esther Rosalie DUPONT et à droite, Figure 3.2. Adèle DUPONT
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Figure 4 Pierre Mayer Myrtil DUPONT

Samuel Auguste DUPONT associe son fils Pierre Mayer Myrtil à ses affaires, puis plus tard, ce sera le fils de Pierre Mayer Myrtil, Gustave DUPONT qui continuera la dynastie familiale industrielle. Traditionnellement dans ce milieu, les gendres devenaient associés à l’entreprise. Ainsi, quand Esther Rosalie DUPONT épousera Adolphe DREYFUS, officier, celui-ci entrera dans le capital et deviendra un des dirigeants. L’entreprise s’appellera alors DUPONT-DREYFUS. Il en va de même à la génération suivante quand Fortunée Léonie Ernestine DUPONT épousera l’officier Alphonse FOULD. Une exception : Adèle DUPONT, fille de Samuel Auguste DUPONT et sœur d’Esther Rosalie. Adèle DUPONT épousera un médecin militaire, Michel LEVY, issu d’une famille de très modestes commerçants drapiers de Strasbourg [8]. Michel LEVY fut écarté de l’entreprise en raison de son origine sociale.

Les DUPONT habitent au 12 rue des Bénédictins à Metz.

LES PREMIERS PAS DANS L’ACTIVITE SIDERURGIQUE

A ses débuts, Samuel Auguste DUPONT est négociant dans le bois et la houille à Metz. Activité en expansion, les gisements de Metz représentent 70% de la production houillère française [9]. Au vue des prospections réalisées par des particuliers et des entreprises privées, le sous-sol lorrain est riche en houille. Les recherches sont financées par des banquiers israélites, la Chambre de commerce de Moselle et des industriels mosellans.

Les premiers pas de Samuel Auguste DUPONT, en tant que maître de forges, remontent à 1836 où, avec son fils Pierre Mayer Myrtil DUPONT et son gendre Adolphe DREYFUS, ils exploitent en location une forge de bois à Chéhery dans les Ardennes. La rentabilité est modeste, mais ils peuvent acheter successivement deux forges, toujours dans la même région, à Apremont en 1839, et à Champigneulles en 1846.

Avant d’aller plus loin, arrêtons-nous sur l’expression « maître de forges », titre porté aussi bien par un directeur d’une usine que par l’exploitant d’une forge. A la différence près que les propriétaires disposaient de ressources financières et foncières leur permettant de prospecter et d’acheter d’autres établissements. Le cercle de ces industriels reposait en partie sur l’aristocratie qui possédait des propriétés foncières. Puis, le capital financier a remplacé le capital foncier laissant ainsi la place à des familles bourgeoises qui achetaient des terres et des forêts pour construire des établissements. Les de WENDEL est une des plus anciennes lignées industrielles dont les débuts remontent en 1704, par l’achat de la forge d’Hayange, en Lorraine. Présents sur plusieurs générations dans la sidérurgique Lorraine, les de WENDEL occupaient une place dominante. Cela n’a pas empêché un groupe de maîtres de forges, d’origine bourgeoise, à se développer : industriels confirmés, maîtres de forges (locataires et/ou propriétaires d’établissements), négociants en fer ou en combustibles.

« Le noble est avant tout un héritier il est le maillon d’une chaîne.
Le bourgeois est d’abord l’homme qui se fait, il est le fruit de ses entreprises ».
 [10]

« L’homme qui se fait ». C’est le cas de Samuel Auguste DUPONT, à l’origine négociant dans le bois et la houille, qui s’est affirmé dans la sidérurgie lorraine en faisant prospérer son entreprise. La productivité des usines DUPONT-DREYFUS les place en seconde position dans la sidérurgie lorraine, après celle des de WENDEL. « En 1869, les DUPONT DREYFUS avaient six hauts-fourneaux à Ars, trente-deux fours à puddler, dix « équipages de laminoirs » et tournaient avec 2 000 ouvriers. » [11]. C’est également l’année de la mort du père fondateur, Samuel Auguste DUPONT, décédé le 22 mars 1869 à Metz.

Le contexte économique est favorable au développement de la sidérurgie mais encore faut-il en saisir les opportunités et prendre des risques. Le marché du chemin de fer et l’abondance des ressources naturelles en minerais et en forêts incitent DUPONT-DREYFUS à doubler le haut-fourneau [12]. L’innovation ne les rebute pas : ils déposent en 1839 un brevet d’importation d’un système de torréfaction du bois dans les forêts pour une durée de protection de quinze ans [13], suivi en 1859 par un brevet pour un système de laminoirs [14].

Toujours dans la continuité de leur aventure industrielle, les trois associés créent une société en nom collectif pour construire une usine à fer à Ars-sur-Moselle : DUPONT-DREYFUS. C’est alors qu’ils rachètent à Théodore Gauthier et à Henri-Adrien Renault, maîtres de forges, l’usine en construction au lieu-dit Champ Saint-Paul. Dans les années 1850, l’usine s’étend sur deux sites : Saint-Paul, sur la route de Metz, et Saint-Benoit, à Ars-sur-Moselle.

Les usines de Saint-Paul et de Saint-Benoît produisent de la fonte d’affinage et de moulage [15]. Hauts-fourneaux, fours à puddler, fours à réverbère, tout est organisé pour produire davantage et répondre à la demande.

De nouveaux débouchés favorisent l’activité sidérurgique en Lorraine, à titre d’exemple, le premier train universel installé en France pour fabriquer des ponts métalliques est réalisé à Ars-sur-Moselle [16].

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Figure 8 Ars-sur-Moselle Forges Lorraine
source : http://industrie.lu/usineArs-sur-Moselle.html

Toujours en progression, la production des forges DUPONT-DREYFUS continue jusqu’en 1864 pour connaître un essoufflement en 1867, pendant la guerre entre la Prusse et l’Autriche. Pour réduire leur dépendance à l’égard des Prussiens, DUPONT-DREYFUS installe des fours à coke à Mallstatt (près de Saint-Jean-Sarrebruck) et s’approvisionne en Belgique. L’activité repart de plus belle en 1869 [17] comme l’illustre le tableau ci-dessous.

A titre d’exemple, l’extraction annuelle d’Ars-sur-Moselle atteint 100 000 tonnes de minerai. La consommation de houille en Moselle est en pleine expansion : de 1,5 million de quintaux en 1847, elle passe à plus de 16 millions en 1869. Les bassins miniers de Sarrebruck, de Belgique et du Pas-de-Calais, la construction de la ligne de chemin de fer Metz-Forbach, stimulent la demande. Complémentaires, les activités d’extraction houillère et le travail du fer participent à l’essor de la production métallurgique [18].

Toujours sur la lancée, DUPONT-DREYFUS obtient une concession d’un gisement de minerai de fer à Aumetz, en Moselle, diversifiant ainsi la production de leurs usines en fers spéciaux. Ils participent à l’innovation technologique en modernisant les systèmes de laminoirs et en remplaçant les fours à puddler par des fours plus productifs. La fonte au bois est définitivement abandonnée en 1867.

La consécration de leur labeur sera soulignée lors de l’Exposition universelle de 1867 : DUPONT-DREYFUS obtient une médaille d’or.

Au-delà de leurs succès, la singularité de DUPONT-DREYFUS est d’être, parmi les maîtres de forges majoritairement catholiques, « les seuls juifs à appartenir au cercle très fermé des maîtres de forges » [19]. Cela leur vaut d’ailleurs des remarques antisémites.

DES NOTABLES IMPLIQUES DANS LA COMMUNAUTE ISRAELITE DE METZ

Samuel Auguste DUPONT, fort de ses succès industriels et de son implication dans les associations, est un notable de la communauté israélite de Metz. En 1843, il est membre du consistoire israélite de Metz et figure dans la liste des notables aux côtés des SCHVABE, WORMS et CAHEN [20]. Son nom est également mentionné parmi les membres du collège de Metz, négociants pour la plupart d’entre eux [21].

Son fils Pierre Mayer Myrtil DUPONT et son gendre Adolphe DREYFUS, maîtres de forges, font partie des notables arsois. En effet, Pierre Mayer Myrtil DUPONT était président du Consistoire israélite de Nancy, ville où il résida jusqu’à sa mort. Il lègue par testament une somme d’argent aux institutions de Nancy : consistoire israélite, hôpitaux, société de prévoyance, société de secours mutuels des réfugiés d’Alsace-Lorraine, société des familles [22].

DANS LA TOURMENTE DU SIEGE DE METZ

Le 15 août 1870, Ars est occupée par les troupes prussiennes. Les hauts-fourneaux sont éteints et les usines arrêtées. Le siège de Metz commence à partir du 20 août ; plusieurs personnes veulent passer en France. Pierre Mayer Myrtil DUPONT et Adolphe DREYFUS sont incarcérés pendant trois semaines aux motifs qu’ils auraient facilité des habitants à passer la ligne de démarcation et que leurs usines fabriquaient des balles en fer pour alimenter l’arsenal de Metz pour le camp français. Des batteries prussiennes sont installées dans l’usine Saint-Paul. Ils seront libérés au bout de trois semaines en payant 30 000 francs d’amende. Une lettre adressée à Adèle DUPONT par une certaine « Louise », dont nous n’avons pu identifier le nom, relate l’emprisonnement de Pierre Mayer Myrtil DUPONT et d’Adolphe DREYFUS [23].

« Louise, 22 février 1871 Metz. En-tête du papier « LP » sur le siège de Metz

« Metz le 22 février 1871

Ma chère Adèle,

Une inquiétude d’un autre genre nous survenait il y a 6 semaines : tu sais que Myrtil et M. Dreyfus ont été emprisonnés sous la prévention d’avoir facilité des évasions et sur la présence dans leurs magasins de balles en fer dont une partie brûle encore, étaient destinées au début de la guerre à l’arsenal de Metz. La justice militaire prussienne ne plaisante pas et pour des faits semblables elle condamne à mort. Tu comprendras nos craintes et leurs souffrances de tous genres, car ils connaissaient la gravité de leur accusation. Pendant 3 semaines M. Dreyfus n’a pu voir personne, ni recevoir un mot de nous, me faire parvenir de ses nouvelles.

3 jours sans feu. Le 1er jour ils ont été à la prison civile. Vers 6 heures du soir on les a transférés (…) et séparément ils ont été enfermés sans lumière, sans feu, et ils se sont promenés dans les ténèbres pendant toute cette nuit pour ne pas mourir de froid. Point de pantoufle pour se déchausser. Juge de leur état. Mr. Piémaury, un chef d’atelier et le cocher Hyppolite partageaient le même sort. Chacun était au secret et souffrait pour son compte.

On ne plaisante pas en Prusse et on ne se laisse pas attendrir. Nous aurions pu envoyer à Mme de Rothschild un de nos amis pour lui faire connaître la situation et elle a employé toute son influence à tirer ces messieurs d’affaire. Tu sais qu’ils ont été libres moyennant 30 milles francs d’amende et qu’ils n’ont été jugés que sur les boulets. En sortant de là, ils étaient bien accablés, bien encrassés et surtout bien vieillis. Dès que les garnisons ont pu évacuer leur maison, ils sont partis avec d’autant plus de précipitation que la variole fait beaucoup de victimes à Jouy [24].

Notre sort sera décidé dans quelques jours et en attendant nous sommes dans une grande agitation (…) Mon frère était prêt au départ, car grand nombre de fonctionnaires civils ont été forcés de partir en l’espace de 3 jours. C’est un grand souci que nous espérons encore voir dissipé. Notre maison de Jouy a beaucoup souffert par suite de l’abandon. Nous avons perdu le linge et les vêtements que nous y avions laissés, plus la vaisselle et tout ce qui n’est pas gros meubles, les armoires ont été défoncées, des volets et des portes brûlés, les caves vidées et transformées en écuries, les palissades du jardin arrachées, enfin une destruction à laquelle nous devions nous attendre mais que nous ne pouvons conter. Notre place était à Metz où nous pensions voir arriver Armand et où les Lippmann nous ont tirés d’affaire et ils vont bien mieux ainsi que monsieur Cerf. Les Mayer avec leur journal ont gagné pas mal d’argent pendant le siège mais depuis l’occupation, ils sont passé à tour de rôle par la prison pour avoir déplu par leurs articles à l’autorité.

Voilà ma chère Adèle ce que je puis te dire, il faut se réserver et conserver au fond du cœur tous les souvenirs pénibles qui se rattachent à cette triste phase de notre vie qui n’a été qu’une longue souffrance que Dieu veuille nous préserver à l’avenir.

Adieu ma chère Adèle, je pense ne pas t’avoir trop ennuyée. Dans tous les cas tiens-moi compte de me dire que j’avais été agréable.

Ta bien dévouée Louise. »

Après l’annexion de la Moselle par l’Empire allemand en 1871, (Traité de Francfort), Pierre Mayer Myrtil DUPONT et Adolphe DREYFUS optent pour la nationalité française et passent alors en France. Ils vendent leur entreprise d’Ars-sur-Moselle aux Prussiens. Une centaine d’ouvriers les suivent si bien que la population d’Ars chute de 30%. L’idée de déménager germait depuis un certain temps chez DUPONT et DREYFUS. Bien avant qu’ils aient vendu leur établissement, les deux associés envisageaient de construire un complexe sidérurgique à Pompey, à trente kilomètres au sud, côté français : dix-huit fours à puddler, des systèmes de laminoirs, des ateliers et haut-fourneaux, des logements, le tout à proximité des lignes de chemin de fer. Leur vision est devenue réalité, l’usine de Pompey est l’établissement le plus important de la sidérurgie lorraine. En 1873, la France leur accorde une concession minière à Ludres manifestant ainsi la volonté de l’Etat de garder la sidérurgie en Lorraine [25] Plusieurs maîtres de forges s’installent en Meurthe-et-Moselle, notamment les GOUVY et les de WENDEL. Les motivations de ces départs sont liées à plusieurs facteurs : la crainte de perdre le marché lorrain et ses extensions – le marché français – et la volonté de conserver une industrie française dans la sidérurgie.

UN SECOND SOUFFLE ET UNE CREATION d’ENVERGURE POUR LA FRANCE
 
La fille de Pierre Mayer Myrtil DUPONT, Fortunée Léonie Ernestine épouse Alphonse FOULD en 1874. Lieutenant d’artillerie, Alphonse FOULD démissionne de l’armée pour intégrer la société de son beau-père. Succède à Pierre Mayer Myrtil DUPONT, son fils Gustave. L’entrée de FOULD dans la société n’est pas sans heurt, il aurait mené une « véritable guérilla contre Dupont son beau-père, qui à plusieurs reprises dut faire intervenir des amis et notamment Xavier Rogé, puis contre son beau-frère Gustave… » [26]

Alphonse FOULD devient un an après son mariage, en 1875, gérant en nom collectif de la société FOULD-DUPONT, la société DUPONT-DREYFUS étant dissoute suite au retrait d’Adolphe DREYFUS, le 12 janvier 1875. Adolphe DREYFUS se retire avec un capital de 12 millions de francs. Le patrimoine de Pierre Mayer Myrtil DUPONT est estimé en 1865 (seule année disponible pour estimer son capital suite au décès de son épouse Elisa Adèle RASTIBONNE), à 3 millions de francs, constitués en parts dans les forges d’Ars, à l’exception de ses biens mobiliers et de ses actions. Quant au fondateur, Samuel Auguste DUPONT mort en 1869, sa fortune était d’environ 500,00 francs dont une grande partie était convertie en créances sur les usines. Etaient-ils bien lotis parmi les maîtres de forges ? Sans être comparable à la fortune des de WENDEL dont les biens étaient estimés à 28 millions de francs en 1859, les DUPONT et DREYFUS figuraient parmi les familles fortunées, l’outil de travail constituant l’essentiel de leur patrimoine [27].

Au décès de Pierre Mayer Myrtil DUPONT, en 1884, Alphonse FOULD rachète les parts détenues par son beau-frère Gustave DUPONT [28].

Les Ateliers Eiffel lancent un appel d’offres en 1887 pour la construction de la tour Eiffel. FOULD-DUPONT remporte l’appel d’offres. « Tous les fers de la Tour Eiffel, 4 types de cornières ouvertes et fermées, en tout 7,056,909 kilog. ont été fabriqués et livrés par M. Fould Dupont » [29].

Au pied de la tour, une plaque est dédiée aux forges et aux usines de Pompey FOULD-DUPONT.

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Figure 9 Plaque FOULD-DUPONT fournisseurs des fers Tour Eiffel, posée sur
un des piliers de la Tour – source Wikimedia Commons

La société FOULD-DUPONT est l’une des seules, dans le bassin de Meurthe-et-Moselle, à transformer le fer en produits finis et à livrer directement au client.

En 1889, FOULD DUPONT possède  [30] :

  • les Mines de fer de Ludres :

  • la forge de Pompey : raccordée au chemin de fer de l’Est, communication par voie d’eau vers Anvers (Belgique) et Marseille :

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Figure 10 Forges de Pompey
Bulletin de la Société de l’industrie minérale 1876, 2e série, tome V, Paris, Dunod. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5780616t/f8.image.r=forges%20pompey?rk=21459;2
  • l’usine d’Apremont (Ardennes) :

  • l’usine à coke de Seraing (Belgique) :

A l’exposition universelle de 1889, la société FOULD-DUPONT remporte un grand prix pour le portail en fer menant à la galerie des machines, œuvre réalisée pour l’exposition en quatre mois, du 3 janvier au 1er avril [31], 1890, Leland Standford Junior University, p. 398.]]. Cet ensemble représente un poids de 73,000 kilos et de 79,500 heures de travail.

Volonté et ardeur, Samuel Auguste DUPONT, ses fils et sa famille alliée ont su conserver et développer leur activité industrielle malgré les mutations économiques et les contextes politiques qui ont marqué leur époque. Hommes de foi, israélites, ayant des convictions sociales, ils se sont impliqués dans la vie communautaire de la cité. Leur sentiment d’appartenance à la nation, leur objectif de doter la Lorraine d’un complexe sidérurgique moderne, les ont guidé tout au long de leurs parcours et particulièrement lors de la guerre entre la France et la Prusse.

La maison DUPONT-DREYFUS, devenue par la suite FOULD-DUPONT, a participé à l’aventure industrielle de la sidérurgie française en laissant à la France une création de grande ampleur, la tour Eiffel.

SOURCES :

  • Archives Israélites de France, revue mensuelle sous la direction de S. Cahen, traducteur de la bible, année 1843, tome IV, Paris, 1845.
  • Archives nationales Paris, Administration des Cultes, Dons et legs au titre du culte israélite (1813-1908), F/19/11123 à 11142, Inventaire index Jean-Philippe Chaumont, 2009.
  • Ars-sur-Moselle, Etat civil et archives historiques, Etat civil et L’état civil d’Ars-sur-Moselle de 1794 à 1871.
  • Bulletin de la Société de l’industrie minérale 1876, 2e série, tome V, Paris, Dunod.
  • Bulletin des lois de la République française, volume 25.
  • Ministère du Commerce, Catalogue des brevets d’invention, n° 43158.
  • Déclaration de changement de nom de famille pour Samuel CAHEN devenu Samuel DUPONT, et son fils Samuel CAHEN devenu Auguste DUPONT, Metz, Moselle, France, 2e moitié 20e siècle, Inv. MS/Fds Suzanne et Gilbert Dreyfus 1625.2.5

BIBLIOGRAPHIE :

  • Pierre Birnbaum, professeur émérite à l’université de Paris I, Décret sur le nom des juifs, Recueil des commémorations nationales 2008.
  • Adrien Cipel, Samuel Ghiles-Meilhac, Des Français Israélites : une saga familiale du XVIIIe au XIXe siècle, Michel de Maule, 2013.
  • Bernard Desmars, La difficile genèse du bassin houiller lorrain (1815-1870), Histoire, économie et société, 1998.
  • Jean-Jacques Ferrandis, Michel Lévy (1809-1872) directeur de l’Ecole du Val-de-Grâce, Histoire des sciences médicales, Tome XLIII, n° 3, 2009.
  • Francis Laur, Les Mines et usines en 1889 : étude complète sur l’Exposition universelle de 1889, 1890, Leland Standford Junior University.
  • Jean-Marie Moine, Les Barons du fer, les maîtres de forges en Lorraine du milieu du 19è siècle aux années trente, Histoire sociale d’un patronat sidérurgique, Presses universitaires de Nancy, 1989.
  • Jean-Marie Moine, Une aristocratie industrielle : les maîtres de forges en Lorraine (article), Persée, 1990.
  • Renée Neher-Bernheim, Documents inédits sur l’entrée des juifs dans la société française (1750-1850), Diaspora Research Institute, 1977.
  • François Roth, [32], Société d’histoire et d’archéologie de Lorraine, 1985.

Notes

[1Il s’agit des descendants d’Adèle DUPONT et de Michel LEVY, médecin militaire sous le second Empire, directeur de “l’École impériale d’application de la Médecine et de la Pharmacie militaires” au Val-de-Grâce, élu à l’Académie de Médecine en 1892. Le couple a eu trois enfants : Jeanne, Marie et Auguste LEVY.

[2Données issues de : Adrien Cipel, Samuel Ghiles-Meilhac, Des Français Israélites : une saga familial du XVIIIe au XIXe siècle, Michel de Maule, 2013, p. 164.

[3Voir l’article de Pierre Birnbaum, professeur émérite à l’université de Paris I, Décret sur le nom des juifs, Recueil des commémorations nationales 2008, https://francearchives.fr/commemo/recueil-2008/39351

[4Déclaration de changement de nom de famille pour Samuel CAHEN devenu Samuel DUPONT, et son fils Samuel CAHEN devenu Auguste DUPONT, Metz, Moselle, France, 2e moitié 20e siècle, Inv. MS/Fds Suzanne et Gilbert Dreyfus 1625.2.5, https://www.mahj.org/fr/decouvrir-collections-betsalel/declaration-de-changement-de-nom-de-famille-pour-samuel-cahen-0

[5Données de la base Geneanet.

[6L’état civil d’Ars-sur-Moselle de 1794 à 1871, http://www.genealogie-metz-moselle.fr/contributions/ars1794_1871.pdf

[7Extrait des registres des actes de naissance de la 2e section de la ville de Metz, 1er mai 1818.

[8Jean-Jacques Ferrandis, Michel Lévy (1809-1872) directeur de l’Ecole du Val-de-Grâce, Histoire des sciences médicales, Tome XLIII, n° 3, 2009, p. 275. Voir la page Wikipedia sur Michel LEVY : https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_L%C3%A9vy

[9Bernard Desmars, La difficile genèse du bassin houiller lorrain (1815-1870), Histoire, économie et société, 1998.

[10Jean-Marie Moine, Une aristocratie industrielle : les maîtres de forges en Lorraine (article), Persée, 1990, p.73.

[11Jean-Marie Moine, Les Barons du fer, les maîtres de forges en Lorraine du milieu du 19e siècle aux années trente, éditions Serpenoise, 1989, p. 54.

[12L’état civil d’Ars-sur-Moselle de 1794 à 1871, http://www.genealogie-metz-moselle.fr/contributions/ars1794_1871.pdf.
Pour une illustration des vestiges du site d’Apremont : Région Champagne-Ardenne, Apremont, Forge, http://www2.cr-champagne-ardenne.fr/patrimoineindustriel08/IA08000407.html

[14Catalogue des brevets d’invention, Ministère du Commerce, n° 43158, p. 323, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63669276/f11.image.r=dupont?rk=42918;4

[15L’état civil d’Ars-sur-Moselle de 1794 à 1871, http://www.genealogie-metz-moselle.fr/contributions/ars1794_1871.pdf - Voir en parallèle, Adrien Cipel, Samuel Ghilles-Meilhac, Des Français Israélites : une saga familiale du XVIIIè au XXIè siècle, op. cit.

[16Francis Laur, Les Mines et usines en 1889 : étude complète sur l’Exposition universelle de 1889, 1890, Leland Standford Junior University, p. 427.

[17François Roth, Les forges d’Ars-sur-Moselle, XIXè-XXè siècles, Société d’histoire et d’archéologie de Lorraine, 1985, p. 79.

[18Bernard Desmars, La difficile genèse du bassin houiller lorrain (1815-1870), op. cit., p. 521 et p. 527.

[19Adrien Cipel, Samuel Ghiles-Meilhac, Des Français israélites, une saga familiale du XVIIIe au XXIe siècle, op. cit. p. 172.

[20Renée Neher-Bernheim, Documents inédits sur l’entrée des juifs dans la société française (1750-1850), Diaspora Research Institute, 1977. https://books.google.fr/books?id=ArMJAQAAIAAJ&q=membres+du+consistoire+isra%C3%A9lite+metz+1843&dq=membres+du+consistoire+isra%C3%A9lite+metz+1843&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjf_tmWlaPZAhUrtlkKHQbdA5cQ6AEIQTAE

[21Archives Israélites de France, revue mensuelle sous la direction de S. Cahen, traducteur de la bible, année 1843, tome IV, Paris, 1845, p. 755.

[22Archives nationales Paris, Administration des Cultes, Dons et legs au titre du culte israélite (1813-1908), F/19/11123 à 11142, Inventaire index Jean-Philippe Chaumont, 2009, p. 31.

[23Archives familiales Adèle DUPONT.

[24Jouy-aux-Arches sur la rive opposée de la Moselle par rapport à Ars-sur-Moselle où se trouvait implantée l’entreprise DUPONT-DREYFUS.

[25Adrien Cipel, Samuel Ghiles-Meilhac, Des Français Israélites, une saga familiale du XVIIe au XXIe siècle, op. cit., p. 180-181.

[26Propos cité dans Jean-Marie Moine, Les Barons du fer, les maîtres de forges en Lorraine du milieu du 19e siècle aux années trente, op. cit. p. 148. Xavier Rogé était administrateur-directeur des Fonderies de Pont-à-Mousson.

[27Jean-Marie Moine, Les Barons du fer, les maîtres de forges en Lorraine du milieu du 19e siècle aux années trente, op. cit. p. 293.

[28Jean-Marie Moine, Les Barons du fer, les maîtres de forges en Lorraine du milieu du 19è siècle aux années trente, op. cit, p. 69.

[29Francis Laur, Les Mines et usines en 1889 : étude complète sur l’Exposition universelle de 1889, 1890, Leland Standford Junior University, p. 399. Le descriptif des usines est précisé dans cette étude.

[30Francis Laur, Les Mines et usines en 1889 : étude complète sur l’Exposition universelle de 1889, 1890, Leland Standford Junior University, p. 410

[31Francis Laur, [[Les Mines et usines en 1889 : étude complète sur l’Exposition universelle de 1889

[32Les forges d’Ars-sur-Moselle, XIXe-XXe siècles

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3 Messages

  • Samuel Auguste DUPONT (1791-1869) et descendants 5 avril 19:36, par Monique Delisle

    Super intéressant à lire. Beaucoup de recherches. Et quelle surprise, pas moins que la Tour Eifel ! Je ne m’y attendais vraiment pas.

    Bravo pour ce beau travail.

    Monique

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  • Samuel Auguste DUPONT (1791-1869) et descendants 6 avril 12:05, par Marlie Toussaint

    Bonjour,
    Merci à vous pour cette belle épopée familiale, votre récit est clair et bien documenté, on s’y transporte aisément.
    Les premiers pas avec un four à bois m’ont rappelé qu’un de mes ancêtres était scieur de long à Chéhéry et je l’imagine bien avoir travaillé pour vos aïeux. J’ai apprécié la description des temps d’occupation Prussienne, époque souvent renouvelée et subie par ces régions frontalières, qui nous décrit le vécu de l’intérieur de ces familles de France.
    Cordialement
    Marlie Toussaint

    Répondre à ce message

  • Samuel Auguste DUPONT (1791-1869) et descendants 7 avril 19:01, par Agnès HECTOR

    Article très intéressant sur des domaines qui m’étaient mécon nus. Bien documenté et sourcé. J’attends la suite avec intérêt.

    Répondre à ce message

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