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Quelques apprentis et compagnons à la fin du moyen-âge

Vision rapide du monde du travail, à cette époque, dans la région d’Orléans.

Le lundi 1er octobre 2007, par Jean-Pierre Bernard

Les conditions de travail et de rémunération des apprentis et compagnons confirmés, entre 1546 et 1665, au travers d’actes et de contrats de louage ou d’apprentissage, pour certains métiers.

A l’époque considérée, il n’existait bien sûr aucun lycée technique ou centre d’apprentissage. Les jeunes étaient « placés » chez un patron qui devait leur enseigner son art. Nous allons voir dans quelles conditions, pour quelques-uns d’entre eux. Celles-ci peuvent varier de diverses manières, en fonction du patron, du métier, voire même de l’apprenti lui-même.

De nos jours où l’apprentissage des jeunes revient sur la scène politique de manière controversée, il semble intéressant d’avoir un « flash » de ce qui se pratiquait dans les anciens temps, du moins dans la région Orléanaise.

Le plus souvent, le patron devait fournir gîte, couvert, feu et nourriture, et parfois souliers et vêtements voire une redingote. Le jeune apprenti quittait donc la maison familiale pour résider à plein temps chez son maître d’apprentissage [1]. Il faisait un peu partie de cette nouvelle famille, et tout dépendait alors du caractère et du tempérament du patron, et de la manière dont il traitait son apprenti.

La durée des contrats pouvait varier, en fonction des métiers, de 2, 3 ou 4 années, voire même jusqu’à 6 ans. Les compagnons [2] et ouvriers, eux, souscrivaient souvent un contrat pour une année, passé devant notaire.

Dans beaucoup de cas, si les patrons hébergeaient et nourrissaient les apprentis, ceux-ci ne reçevaient pas de salaire. Quelquefois, si le patron était un homme bon, et s’il était content du travail fourni, peut-être donnait-il quelques pièces au jeune pour son usage personnel. De plus, les parents étaient tenus de payer la formation de leur enfant. Cette somme, assez onéreuse, nécessitait de la part des familles un effort financier souvent important, surtout s’ils avaient plusieurs enfants à mettre en apprentissage.

L’âge des apprentis variait quelque peu, mais il s’agissait le plus souvent d’enfants de 13 ou 14 ans. On remarquera même un enfant de 10 ans, apprenti chez un fourbisseur d’Orléans. On pouvait parfois aussi demander à ces jeunes d’autres tâches que le simple apprentissage de leur futur métier, comme à cette jeune apprentie couturière qui suivra. Quelquefois des clauses spéciales figuraient sur les contrats, comme sur celui du jeune apprenti barbier Denis DUBOIS, qui était peut-être réticent à son placement, et que sa mère devait ramener au cas où il s’enfuirait !

Enfin, on citera des noms de métiers au charme désuet tels que : vinaigrier, fourbisseur, barbier ou même « texier en thoille » (ancien nom pour un tisserand).

QUELQUES JEUNES APPRENTIS

Thomas FILLOU - apprenti mercier.
Le 23 juin 1546, Thomas, âgé de 13 ans, entre comme apprenti chez un nommé Jacques Couldray, établi comme mercier à Châteauneuf-sur-Loire, à moins d’une trentaine de kilomètres d’Orléans.
Il reçoit « le boire, manger, feu, lieu, giste et hostel », mais ne reçoit aucune sorte de rémunération.
L’apprentissage doit s’étaler sur une durée de deux ans. Le père de Thomas, pour cette période, devra payer 22 livres et 10 sols tournois, mais on lui accorde une facilité en précisant « savoir la moitié dans un an, l’autre à la fin ».
Cette clause permettait sans doute aussi, à l’issue de la première année, de vérifier si l’apprenti progressait correctement dans l’assimilation des règles et du savoir-faire de son futur métier, et si le patron de son côté respectait ses engagements.

Jehan DUPUY - apprenti pâtissier et boulanger.
Le 19 juillet 1546, Jehan, 13 ans, entre en apprentissage chez Philippe Gauvain, pâtissier et boulanger à Jargeau, petite ville sur la Loire dans la banlieue d’Orléans. L’apprentissage est prévu pour une durée de 4 ans.
Durant cette période, le patron ne reçevra pas de redevance, mais logera et nourrira le jeune garçon, la mère de celui-ci lui fournissant « le vêtement ».

On ne parle pas du père. On peut imaginer que la mère était veuve, et plus que de condition modeste. Sans doute le boulanger connaissait-il cette femme, une voisine ou une connaissance - voire peut-être même de la famille - et prenait-il ainsi le jeune sans réclamer de somme pour la
formation au métier, et souhaitant le garder plus tard comme ouvrier.

Estienne RAYER - apprenti fourbisseur.
Le 4 juin 1564, le tout jeune Estienne, 10 ans, de Jargeau, est mis en apprentissage chez Jehan Bidart, fourbisseur, habitant à Orléans, paroisse Sainte-Catherine, au centre de la cité. Estienne est orphelin et quitte la petite ville ligérienne pour la grande agglomération voisine.

Le fourbisseur est celui qui polit et affute les armes blanches. Le jeune Estienne a dû commencer son apprentissage à nettoyer et frotter les lames d’épées et de poignards, assimilant petit-à-petit les ficelles du métier.
La durée du contrat est de 6 ans, probablement à cause du très jeune âge de l’apprenti. Sans doute aussi à cause de cette durée, le contrat ne comporte aucune stipulation de prix, ni de la part du patron, ni de la part des représentants de l’apprenti.

Si le maître doit lui fournir « boire, manger, feu, lieu, giste et hostel, et sa chaussure de soulliers seullement »,
par contre, « au regard de ses aultres vestemens, la dite veuve Morin (la grand’mère et tutrice)sera tenu l’en fournir, savoir est par chascun an pendant le dit temps d’une paire de chausses de drap et de deux chemises ».

Jehan MENAGER - apprenti vinaigrier.
Le 2 mars 1567, Jehan commence un apprentissage chez Odard Rousseau, vinaigrier à Jargeau. C’est un cas un peu différent, car il existe un lien de familial, le maître d’apprentissage étant le beau-père de l’apprenti.
Nous observerons qu’Odard Rousseau sera tenu « de quérir et administrer au dit alloué, boire, manger, feu, lieu, giste et hostel seullement, et avec ce luy monstrer et faire aprandre à son povoir ledit mestier de vinaigrier et ce qui en deppend ».

Le contrat est prévu pour deux ans, et le patron « pour et à cause de salaires et services, paiera à Jehan Ménager la somme de douze livres tournois ».
L’apprenti ne paie donc rien pour sa formation et reçoit même un pécule en fin de durée.

La profession de vinaigrier était nouvelle à cette l’époque.
C’est à Orléans, tout près de là, qu’est né le vinaigre.
La Loire navigable à cette époque, était sillonnée par une multitude de bateaux qui la remontaient et la descendaient. La marine de Loire se révélait très importante et très structurée. Des embarcations, venues d’amont, arrivaient à Orléans, en particulier provenant de Bourgogne, chargées entre autres de vin de cette province. Selon la qualité du vin et la durée du voyage, il arrivait fréquemment qu’une partie de la cargaison soit périmée et impropre à la consommation. Ces tonneaux de « vin aigre » étaient alors détruits et leur contenu vidé en Loire.

On eut à Orléans l’idée de récupérer ce « vin aigre », et d’en faire le condiment que nous connaissons.
Petit-à-petit, on le fabriqua en de plus en plus grandes quantités, dans la vieille ville, tout près d’ailleurs de la collégiale Saint-Pierre-le-Puellier, dans ce quartier aux caractéristiques encore médiévales, où Pierre du Lys, frère de Jehanne la Pucelle, possédât longtemps l’usufruit d’une maison du chapitre de Saint-Euverte.

Thomas PELERIN - apprenti cordonnier.
Le 9 avril 1567, Thomas arrive chez Anthoine Pasqual, cordonnier et marchand à Jargeau, pour un apprentissage prévu pour deux ans.
Le père de l’apprenti, Jacques Pèlerin, est marchand de bestiaux à Orléans, sur la paroisse de Recouvrance, dans cet endroit de la ville où se trouvait le vieux village d’Avenum, réuni depuis à Orléans, et devenu l’un de ses quartiers.

Le jeune Thomas quitte donc la métropole locale pour la ville de Jargeau, également sur la Loire en amont d’Orléans.
Le patron n’avait à fournir que « nourriture et logis ». L’apprentissage du métier était très onéreux, et le père devra débourser 25 livres tournois payables dans un an. Sans doute cet homme, marchand de bestiaux, était-il assez nanti financièrement pour régler ce débours.
On peut penser aussi que les deux marchands faisaient des affaires ensemble, les peaux des animaux de l’un étant vendues au second, sous forme de cuir, qui consistait sa matière première.

Le nom du métier de cordonnier tire son origine de la ville espagnole de Cordoue.
Cette ville, réputée pour la qualité de son cuir, l’exportait déjà à l’étranger, en particulier en France, où les gens qui travaillaient cette matière reçurent le nom de « cordouaniers », qui se transforma ensuite en « cordonnier ».

Jehan PETIT - apprenti coutelier.
Le 12 juillet 1567, âgé de 14 ans, le jeune Jehan est mis en apprentissage chez Anthoine Gaucher, coutelier à Jargeau, « jusques à trois ans ».
Le patron, comme dans la majorité des cas, devait la nourriture et le logement. Le prix à lui payer est de 20 livres tournois, somme onéreuse pour les parents, d’autant plus que la moitiè devait être payée comptant, le reste n’intervenant que dans deux ans.

Joachim FILLAU - apprenti épicier.
Par contrat du 5 juillet 1570, Joachim entame son apprentissage chez Fiacre Gaucher, épicier à Jargeau, pour une durée de deux ans.

L’extraordinaire ici est la somme exhorbitante de 80 livres tournois que la mère de Joachim, probablement veuve, était tenue de payer pour l’apprentissage de son fils, même si 40 livres devaient être versées à la fin de la première année et le surplus à l’issue des deux ans. Pour ce prix, l’épicier pouvait bien assurer l’entretien du jeune garçon avec sa formation professionnelle !
La mère devait être financièrement à l’aise pour pouvoir dépenser tout cet argent. Sans doute était-elle marchande ou veuve de marchand.

Gilles DESLOIGES - apprenti charpentier.
Le 9 août 1594, Gilles est mis en apprentissage chez maître J. Gudyn, maître-charpentier, originaire de la ville d’Orléans, mais « demourant à présent audit Jargeau ».
L’apprentissage de charpentier s’étalait sur quatre années, durant lesquelles l’apprenti était logé, chauffé et nourri chez le patron.
On ne sait pas si, dans ce cas précis, une redevance était due.

Vérain VENON - apprenti chirurgien et barbier.
A l’époque, ce sont les barbiers qui exerçent une chirurgie encore bien sommaire. Mais ils devaient quand même posséder certaines connaissances.

Le 13 octobre 1665, et pour deux années, le jeune Vérain, fils d’un serviteur d’un nommé Pierre Gangnières, entre en apprentissage dans l’échoppe de Denis Blondeau, maître-chirurgien et barbier domicilié à Jargeau.

Maître Blondeau a le droit de l’employer accessoirement « dans ses affaires licites et honnestes »,
mais il doit aussi lui montrer et enseigner « l’art de chirurgien et barbier, saigner et faire compositions ».Il s’agit donc d’inculquer à Vérain des connaissances en chirurgie, médecine, anatomie et aussi un peu de pharmacie pour la préparation des potions.
En deux années... cela semble tout de même un peu court !

Le maître-chirurgien-barbier doit nourrir son apprenti et « reblanchir son linge ». Une somme de « six vingt » (120) livres tournois est conclue pour la nourriture et l’enseignement. C’est une très forte somme, surtout compte tenu du peu de durée prévue pour l’apprentissage en question.

DEUX CONTRATS A DATE INCONNUE

Denis DUBOIS - apprenti barbier.

Un autre contrat de barbier, mais pour lequel on ne parle pas de chirurgie.

Il est consenti un contrat d’apprentissage à Denis, « en l’art et science de chirurgie », chez Gilet Courtois, barbier à Orléans en la paroisse de Saint-Paul, confondu aujourd’hui avec le lieu de Recouvrance cité ci-avant. Contrairement au contrat précédent pour Verain Venon, la durée n’est pas fixée à deux, mais à quatre ans.

Le maître barbier doit fournir à l’apprenti « boire, manger, gésir et chaucement de souliers ». On précise une clause pour le moins insolite : au cas où l’apprenti s’enfuirait, la veuve Alain Dubois, sa mère, s’il n’était pas à plus de dix lieues, devait aller le chercher, le ramener chez son patron et payer à celui-ci tous dommages-intérêts !

Peut-être le jeune Denis n’était-il pas très « chaud » pour apprendre ce métier, ou bien c’est son patron qui ne lui plaisait pas ! Peut-être aussi préférait-il « faire les 400 coups » ou était-il familier des fugues.

Jehanne MYRAUDIN - apprentie couturière.

On établissait également des contrats d’apprentissage pour les filles, comme pour cette Jehanne. Elle était sans doute orpheline, car ce sont ses curateurs qui doivent payer à la couturière Guillemette Véginyer, pour l’apprentissage, la somme de 10 livres tournois pour un an, « pendant et durant laquelle année le dit preneur a promis tenir avec elle et en son hostel la dite apprentie, lui quérir et administrer boire, manger, feu, lieu, giste et hostel, luy montrer et enseigner ledit estat de cousture..., et à la fin de ladite année l’en rende experte et ouvrière si à la dite apprentie ne tient et deffault ».

La somme est ici moins importante, même s’il ne s’agit que d’une année.
Dans ce contrat, comme dans beaucoup d’autres, l’apprentie doit faire, non seulement ce qui a trait à l’état ou métier enseigné, mais apporter son concours « en toute aultres choses licites et honnestes ».

COMPAGNONS ET CONTRAT DE TRAVAIL

Etienne HERRIER - compagnon « texier en thoilles »

Ce n’est plus, à proprement parler, un contrat d’apprentissage, l’intéressé étant déjà compagnon, mais plutôt de perfectionnement dans le métier de tisserand.
Les conditions y sont donc différentes.

Le 21 avril 1638, Etienne, compagnon « texier en thoille », domicilié à Vitry-aux-Loges (dans la proche région), convient de se louer "dudit jour au jour de la Madeleine prochainement venant (le 22 juillet, donc pour trois mois), à David Ollivier, maître texier, demeurant à Jargeau.

Il reçevait « feu, lieu, giste et hostel », et son patron devait lui montrer son métier de texier, « et ce qui en deppend ».
Etienne devait se nourrir à ses frais, mais il avait droit à la moitié « du profict du travail » qu’il ferait des pièces de toile qu’il exécuterait.

Mais, cependant, il devra payer au patron la somme de 6 livres tournois, sans doute en rémunération de l’enseignement prodigué.

Michel THOMAS - compagnon faïencier

Il s’agit d’un contrat de louage ; on dirait aujourd’hui un contrat de travail. Le compagnon vient d’assez loin : la ville de Nevers.

"Le vingt-sixième jour d’apvril l’an mil six cens quarante quatre avant midy, en l’hostel de moy notaire, Michel Thomas, compagnon fayencier de la ville de Nevers, estant de présent en ceste ville de Jargeau, confesse soy estre baillé et alloyé à Pierre JACQUES, fayencier, demourant à Sainct-Denys-lès-Jargeau, qui l’a pris et accueilly pour estre et demourer avec luy et en son hostel du jourd’huy jusques à un an prochain finissant à pareil jour.

Pendant et durant lequel temps ledit Thomas a promis et s’est obligé se servir le d. (dit) JACQUES son maistre au d. estat et mestier de fayancier bien et deuement ainsi qu’il appartient à son loyal povoir et en ses aultres affaires civiles et honnestes esquelles il le vouldra employer.

Moyennant et à la charge que ledit JACQUES a promis et s’est obligé de nourrir, quérir et administrer lieu, giste et hostel, boire et manger honnestement selon sa condition et quallité.
Ce bail...faict pour et moiennant la somme de trente-six livres tournoiz..."

C’est donc un véritable contrat de travail passé entre les deux hommes.
Le salaire n’est pas exhorbitant, 3 livres tournois le mois, mais honnête. Pour comparer, c’est la moitié de la solde que recevait un archer anglais (6 livres tournois) durant la siège d’Orléans. Il est vrai que le compagnon est logé et nourri, alors que l’archer devait subvenir non seulement à sa subsistance et son entretien, mais aussi à la bonne tenue de son équipement.De plus, la livre n’avait pas la même valeur.

Quel était ce Pierre JACQUES, faïencier, demeurant à Saint-Denis ? (aujourd’hui Saint-Denis-de-l’Hôtel, sur la Loire, face à Jargeau). Etait-il un simple vendeur des nombreuses faïences transportées par bateau de Nevers à Orléans, Jargeau ou Saint-Denis ?

En fabriquait-il aussi, et devons-nous alors lui attribuer certaines de ces assiettes à figures ou fleurs peintes, ou certains de ces plats en trompe-l’oeil que l’on a considéré comme fabriqués tous à Nevers, ville où s’étaient établis des faïenciers italiens aux 16e et 17e siècle ?
Précisons également que la ville de Gien, toujours haut lieu de la faïencerie, est établie à quelques lieues en amont de la Loire, fleuve sauvage et majestueux qui baigne toutes ces villes.

Que venait faire en ces lieux le faïencier de Nevers ? Il se peut qu’il s’agisse d’une escale d’un « tour de France » entreprit par Michel comme le faisaient les compagnons. Une autre raison, peut-être jointe à la première, avait attiré là ce compagnon car il savait y trouver un complément quelconque dans son métier. Ou bien, maîtrisant une technique ou un savoir-faire particulier, venait-il l’enseigner à ce faïencier de Saint-Denis ?

Un domestique en 1565 :

Louis HAULDRY - aide-voiturier et domestique

C’est aussi un contrat de travail, mais sur une durée de trois ans, que souscrit, le 6 mai 1565, Louis, natif de Bonny-sur-Loire (près de Gien), comme aide et domestique chez Fiacre CHOLLET, voiturier par eau à Saint-Denis-de-l’Hôtel.

Le maître doit lui fournir « vivre, logis, nourriture et sa chaussure de soulliers seulement ». En outre, Louis recevra pour salaire « la somme de quinze livres tournois pour les dits trois ans », et l’on devra aussi lui « bailler, par chascunes des dites années, une sequenye (longue redingote en toile grise) bonne et convenable ».

Quinze livres tournois, soit 5 livres par année. Comment le patron lui distillait-il cette somme ? L’employé recevait-il la totalité en fin de contrat ? Sans doute pouvait-il demander des acomptes. C’est une bonne rétribution, si l’on considère l’état de simple domestique du protagoniste, lorsqu’on sait en plus que ce garçon est âgé de 14 à 17 ans.

Dans le même village, se trouvait un lieu dit « la grange de l’Aumosne », sorte d’élevage appartenant à l’Hôtel-Dieu de Jargeau, juste voisine de Saint-Denis. Dans une « déclaration de bestial estant à présent » en cet endroit, regroupant plus de 120 animaux, boeufs, vaches, veaux, taureaux, montons et agneaux, on estime 4 vaches au prix de 32 livres tournois. Le salaire de Louis, de 15 livres tournois pour les trois ans, équivalait donc à la hauteur de deux vaches environ.

Conclusion :

Nous voyons donc, au fil de ces quelques personnes, que les conditions de travail semblaient satisfaisantes. Bien évidemment, il y avait parfois des mauvais traitements, mais c’est le cas à toutes les époques. Logé, nourri, au moyen-âge, était déjà quelque chose d’important.

Les journées de travail étaient longues, souvent de 13 ou 14 heures, voire plus, et certains métiers étaient très durs. L’outillage et les diverses aides au travail de notre époque étaient alors plus sommaires. Pourtant, certains métiers se pratiquent toujours avec les mêmes outils et les mêmes manières de faire, tel le métier de tonnelier par exemple.

Les salaires, disparates, permettaient tout de même de pouvoir assurer ses besoins. Des corporations [3] émettaient des règles strictes de déontologie, de comportement, de protection de leurs membres, et des actes notariés accompagnaient les contrats.

Cette petite fenêtre, ouverte sur le monde du travail de ces temps anciens, n’est somme toute qu’une approche sommaire du sujet.
Nous ne prétendons pas en avoir fait le tour.

Source : Médiathèque d’Orléans - Bull. SAHO - Ancienne série.

Pour approfondir le sujet :

  • Poitrineau (Abel), Ils travaillaient la France : métiers et mentalités du XVI° au XIX° siècle. Paris, Armand Colin, 1992.
  • Hauser (Henri), Ouvriers du temps passé (XV°-XVI° siècles). Paris, 1899 (5e édition. 1927).
  • Coornaert (Emile), Les corporations en France du Moyen Age à nos jours, Paris, Gallimard, 1941.
  • Olivier-Martin (François), L’organisation corporative de la France d’Ancien Régime, Paris, 1938.
  • Ségalen (Martine), Les confréries dans la France contemporaine, les charités, collection : la tradition et le quotidien, Paris, Flammarion, 1975.

[1Employeur, patron.

[2Le compagnonnage constituait l’étape intermédiaire entre l’apprentissage et la maîtrise.

[3Le terme est attesté dès le XVI° siècle. Il désigne une association de personnes (jurande, maîtrise, communauté d’arts et métiers, corps de métiers) exerçant la même activité professionnelle.

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