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Publicité, annonces commerciales et autres en 1809

Regard sur la ville d’Orléans (Loiret) au 19e siècle

Le mardi 1er janvier 2008, par Jean-Pierre Bernard

Faire de la publicité pour ce qu’on veut vendre est devenu incontournable en notre 21e siècle. Nous en sommes abreuvés à longueur de temps, et nous la subissons en permanence par les yeux et par les oreilles. A qui mieux mieux, les affiches, les « pub » et spots télévisés ou radiophoniques, les journaux, les prospectus... nous distillent le suc de ce qui se fait de meilleur, de plus beau, de plus utile... et de moins cher. Nous y sommes habitués aujourd’hui, et la publicité fait partie de notre quotidien. Mais nous n’en avons pas inventé l’idée !

Déjà, au 19e siècle, nos ancêtres ont utilisé ce moyen pour faire connaître leur savoir faire ou donner un coup de pouce à leur commerce. Cela ne s’appelait pas encore « publicité », pas même « réclame », mais simplement « avis ».
Si le fond était identique : vanter le produit pour le vendre mieux, la forme en était essentiellement écrite, dans les journaux et les périodiques.

Nous allons tenter modestement d’en donner une idée, pour l’année 1809, dans la région d’Orléans, au travers des « Annales périodiques de la ville d’Orléans » (6e année, 2e semestre, numéros 574 à 626), publication qui paraissait deux fois par semaine, le mercredi et le samedi, et dont nous possédons des exemplaires originaux.

  • Les Annales périodiques de la ville d’Orléans.
    Chaque semaine donc, le mercredi et le samedi, paraissait cette publication, en général de quatre pages, petits caractères, au format 12,5x19,7, avec assez souvent un supplément de 2 ou 3 autres pages. Sur la dernière de ces pages, en bas, figure la mention suivante :

« On s’abonne à Orléans, chez GUYOT aîné, et BEAUFORT, Imprimeurs Rédacteurs de ces Annales, rue des Trois-Maries, n°19.3 »...

et, sur le dernier numéro de l’année, on ajoutait :

« Ce journal paraît régulièrement le mercredi et le samedi de chaque semaine. Le prix de l’abonnement est de 18 fr. pour un an ; 10 fr. pour six mois. 6 fr. pour trois mois, pour la ville ; et de 7fr.50 centimes pour trois mois, 14 fr. pour six mois, et 26 fr. par an, franc de port, pour les Départemens. »

Déjà, les « imprimeurs rédacteurs » de ce journal connaissaient ce moyen pour ajouter au financement de leur publication, par des annonces payantes, des sommes qui ne devaient pas être négligeables, tout en rendant service à leurs lecteurs.

Une bonne partie de ces pages donnaient des nouvelles des guerres que Napoléon 1er avait entreprises en Autriche et en Espagne, et à critiquer, voire ridiculiser, « l’ennemi héréditaire » Anglais.

Pour le reste, la liste qui suit montrera que le journal était très complet ; on y trouvait :

  • la liste des jours de foires,
  • annonces judiciaires,
  • annonces immobilières (achats, ventes, locations),
  • ventes diverses,
  • le prix des denrées (cours des grains...),
  • les objets perdus,
  • placements d’argent,
  • la Loterie Impériale,
  • des poèmes,
  • l’état civil (nombre naissances...),
  • annonces commerciales,
  • cours divers,
  • les règlements des Ecoles (St. Cyr, Prytanée, St. Germain)
  • les lois et décrets,
  • les hypothèques,
  • les décrets impériaux,
  • les arrêtés municipaux,
  • des anecdotes et divers.

Un support qui semble de qualité, varié, vecteur intelligent vers « la cible commerciale », malgré un format de poche. Nous n’avons pas de chiffres précis pour le tirage, mais celui-ci devait être important.

Passons à présent la revue de ces annonces, pour la période concernée, de juillet à décembre 1809.

  • Annonce numéro 1 :
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Le n°578 des Annales.

« Le sieur Baulu-Ragu, marchand, fabricant et blanchisseur de cire, successeur de M. Deloynes-Sarrebourse, rue Saint-Maclou, n°13, à Orléans, a l’honneur de prévenir ses concitoyens qu’il tient un assortiment complet de cire fabriquée ; on trouvera chez lui des bougies de table, première et seconde qualité ; bougies à bougeoir, de cabinet, de poste, et à lanterne depuis 36 jusqu’à 144 à la livre ; bougies à ressort pour les églises ; bougies d’allume ; bougies filées de toute espèce, en blanc, en jaune, et en citron ployé de diverses manières et de différents poids ; cierges fins ; flambeaux d’honneur pour les processions ; flambeaux à quatre mèches, qu’il vend et loue au plus juste prix.
Il passera à 45 s. la livre, les cierges et flambeaux de luminaire pour les convois et services, et tâchera toujours de répondre à la confiance des personnes qui lui feront l’honneur de s’adresser à lui pour tous les autres articles relatifs à son commerce. »
(n°615 - Mercredi 22 novembre 1809).

De nos jours, on n’utilise plus que rarement les bougies, depuis que nous avons l’électricité. Les cierges servent surtout dans les églises. S’imagine-t-on qu’il en existait tant de sortes différentes ? Certaines nous sont totalement inconnues aujourd’hui (il faudrait avoir l’avis d’un fabriquant), et les usages qu’on en faisait ne sont plus à la mode aujourd’hui. On remarque que c’est pour cet homme un honneur de s’adresser à sa clientèle potentielle, et qu’il « tâchera toujours de répondre à la confiance » des acheteurs. Déjà, il propose une réduction pour certains de ses articles.

  • Annonce numéro 2 :

« Le sieur Ferrand, fumiste, avantageusement connu dans plusieurs villes de ce département, prévient les habitans de cette ville qu’il fait et fournit tout ce qui est nécessaire pour empêcher les cheminées de fumer, et qu’il ne reçoit de paiement que lorsqu’on est assuré de la réussite de son travail. » (n°619 - Mercredi 6 décembre 1809).

Le sieur Ferrand devait avoir une bonne clientèle, à l’époque où l’utilisation des cheminées était indispensable. Il est tellement sûr de lui, qu’on ne le paie uniquement si l’on est satisfait !

  • « Annonce numéro 3 :»

« Madame veuve Esmonet prévient le public qu’on a établi chez elle un dépôt d’eaux minérales factices, dont on trouvera toujours un assortiment complet et souvent renouvelé : le prix est de 24 sous la bouteille ; il sera fait une remise aux personnes qui en prendront une certaine quantité. Elle demeure à Orléans, rue de la Vieille-Poterie, n°17, au Bureau de Loterie. » (n°624 - Samedi 23 décembre 1809).

Que sont ces « eaux minérales factices » ? Une sorte de limonade, ou de l’eau aromatisée ? Elle aussi accorde une remise en fonction de la quantité. Elle devait être commerçante, tenant probablement le Bureau de la Loterie.

  • Annonce numéro 4 :

Cette annonce concerne un professeur qui se propose de donner des leçons particulières.

« M. Oakden, de Londres, maître de langue anglaise au Lycée d’Orléans, a l’honneur de prévenir ceux qui désirent apprendre cette langue, qu’il donne des leçons en ville. Sa demeure est rue Royale, n°60, au coin du Marché-aux-Veaux. »
(n°622 - Samedi 16 décembre 1809).

Ce londonien, « maître de langue anglaise », était par ailleurs professeur au Lycée d’Orléans. Il devait connaître son affaire. Ses émoluments comme enseignant ne devaient pas suffire à le faire vivre correctement, et il voulait ainsi « arrondir ses fins de mois ».

  • Annonce numéro 5 :

« Madame Bourliers, connue par ses talents pour le raccommodage et le blanchissage de toute espèce de dentelles, prévient les personnes qui désireraient recevoir ses leçons, que dans l’espace de quinze jours elle met en état de travailler aussi bien qu’elle-même. Elle a déjà obtenu la confiance de plusieurs dames de cette ville, et particulièrement d’une demoiselle âgée de 62 ans. Comme elle est sur le point de se rendre dans une autre ville où elle est demandée, elle ne peut promettre de faire encore un long séjour à Orléans.
Elle donne des leçons chez elle, ou dans des maisons particulières. Elle demeure toujours chez M. Chassinat, au coin de la rue de la Levrette, près la place du Martroi. »
(n°614 - Samedi 18 novembre 1809).

Cette dame « fait dans la dentelle » ! Encore un métier qui est presque perdu de nos jours. Son annonce est bien précise : en quinze jours, elle forme les gens. Elle donne même des références, et prévient qu’il faut se dépêcher, car on la demande ailleurs, argument intelligent pour décider ses futures clientes.

  • Annonce numéro 6 :

« Le sieur Chappellier aîné, teneur de livres, a l’honneur de prévenir qu’il est auteur d’une nouvelle méthode par laquelle il offre d’enseigner en très peu de temps, avec exactitude et précision, à faire écritures de toute espèce d’opérations de commerce par la partie simple et en même temps par la partie double, sous les mêmes dates et sur le même répertoire, pour obtenir juste le même résultat. La simplicité et la clarté de cette méthode la rendent applicable à toutes affaires d’administration, de banque et de régie de terres, quelques considérables qu’elles soient, et même préférable à la méthode mixte de Jones, teneur de livres à Londres, qui a le droit, par privilège exclusif, d’exiger une guiné de chaque négociant anglais qui veut se servir de sa méthode. Le sieur Chappellier se rend dans les maisons particulières pour y donner des leçons ; il continue aussi à se charger de la tenue des livres pour MM. les négocians. Il demeure à Orléans, rue de la Cerche, n°13. » (n°625 - Mercredi 27 décembre 1809).

Son annonce recherche un double but : trouver des nouveaux clients pour effectuer leur comptabilité, les « tenues de livres », bien évidemment, mais il cherche aussi à enseigner à domicile, cette nouvelle méthode comptable dont il est l’auteur. Est-ce par l’adjonction de papiers carbones ou quelque chose de similaire ? Un spécialiste pourrait nous renseigner là-dessus.

  • Annonce numéro 7 :

Cette annonce n’est pas commerciale. Il s’agit tout bonnement d’une offre d’emploi.

« La place d’instituteur des écoles primaires, dans la commune d’Avaray, près Mer, département de Loir-et-Cher, est vacante. On désirerait, pour la remplir, un homme instruit dans la lecture, l’écriture, le calcul, le plain-chant, et sur-tout de bonnes moeurs. Il aura 200 fr. de fixe, le logement ou 72 fr., outre le produit de l’école. » (n°586 - Samedi 12 août 1809).

On s’y prend au mois d’août, pour la prochaine rentrée des classes. Cette annonce est intéressante, au regard de ce que l’on demande à cet enseignant... pas besoin de Capes ou d’aucun examen : lecture, écriture, calcul et plain-chant !
A remarquer qu’il sera logé, ou recevra une indemnité lui permettant de le faire lui-même, et que la somme semble très raisonnable.

  • Annonce numéro 8 :

« Carriole à quatre places, bien suspendue et bien conditionnée, avec une vache derrière. S’adresser à M. Houdebine, au chantier près le cimetière Saint-Jean.

Une demi-fortune très commode et en bon état. S’adresser pour la voir, rue de la Bretonnerie, n°1, et pour traiter du prix, en l’étude de Me Cabart, Notaire à Orléans, rue du Petit-Horloge, n°13.

Carriole à quatre places, en bon état, doublée en drap, ayant des roues neuves garnies de boîtes en fer et frettes à l’anglaise.
Un corps de gamion (sic. ?) sans roues, ayant un très bon essieu et tous ses ferremens.
Une table d’ardoise, de 5 pieds de long sur 3 pieds de large et 18 lignes d’épaisseur. S’adresser, pour les objets ci-dessus, chez M. Gilbert-Bussière, fauxbourg Saint-Marceau, n°25. »
(n°577 - Mercredi 12 juillet 1809).

Rubrique « petites annonces... » Il s’agit là de véhicules et de meubles. Mais une « demi-fortune », c’est quoi...? Probablement un meuble. Et un « corps de gamion » ? On découvre de drôles de choses en voyageant dans le temps.

Parlons maintenant d’un certain Monsieur Sautelet qui, on va le voir, avait compris que le résultat de ces annonces était lié à la répétition de celles-ci. Cet homme, entrepreneur plâtrier a plusieurs corder à son arc. Il commence par deux annonces, au mois de juillet :

  • Annonce numéro 9 :

« M. Sautelet entreprend les plâtres de bâtimens, tels que cloisons, plafonds, cheminées à la Rumfort, etc... à des conditions aussi avantageuses sous le rapport de la solidité que sous celui de l’économie : elles sont développées dans un prospectus qui se distribue en son domicile, rue des Murlins, près la porte Bannier, à Orléans. On trouve chez lui un fumiste bien connu par les succès qui ont constamment accompagné son travail. M. Sautelet fabrique et vend toujours de la bière dont la qualité ne laisse rien à désirer. » (n°578 - Samedi 15 juillet, et même annonce dans le n°582 du samedi 29 juillet 1809.

Sautelet, outre son occupation de plâtrier, s’est adjoint un fumiste qui fabrique et installe des cheminées. Les prospectus, à cette époque, n’étaient pas déposés dans les boîtes aux lettres (inexistantes), mais il fallait aller les chercher. Il fabrique aussi et vend de la bière.
Cette même annonce passe à deux reprises, durant le mois de juillet, à deux semaines d’intervalle.
Sautelet dut bien travailler durant les mois qui suivirent, assez pour remettre une annonce au début de l’hiver :

  • Annonce numéro 10 :

« AVIS - Cheminées économiques.
M. Sautelet, rue des Murlins, n°15 et 16, à l’entrée du fauxbourg Bannier, à Orléans, a attaché à son établissement de plâtrerie, le sieur Stéphani, dit Etienne, habile fumiste, connu depuis longtemps par son adresse dans la construction des cheminées économiques à la Rumfort, dont le prix n’excède jamais 8 à 9 francs, fournitures et main-d’oeuvre comprises. On trouve toujours chez M. Sautelet de la bierre (sic) dont la qualité ne laisse rien à désirer. »
(n°620 - Samedi 9 décembre 1809).

Ici, il précise bien son adresse, afin que les éventuels clients trouvent plus facilement. L’annonce est basée essentiellement sur l’activité « cheminées à la Rumfort » (au fait, c’est quoi ?), qui s’était très probablement développée, grâce au fameux « Etienne », l’habile fumiste (terme qui, de nos jours, est plutôt utilisé de manière péjorative...). Ceci pousse M. Sautelet à décider de deux autres annonces :

  • Annonce numéro 11 :

« AVIS - Cheminées économiques - Agriculture.
M. Sautelet, rue des Murlins, n°15 et 16, à l’entrée du fauxbourg Bannier, à Orléans, a attaché à son établissement de plâtrerie, le sieur Stéphani, dit Etienne, habile fumiste, connu depuis longtemps par son adresse dans la construction des cheminées économiques à la Rumfort, dont le prix n’excède jamais 8 à 9 francs, fournitures et main-d’oeuvre comprises. Il continue à se charger de toutes sortes d’ouvrages en plâtre. La réunion de deux étalissements considérables lui permet, dans les prix, une modération de 20 s. par toise au-dessous du cours. Le plâtre qu’il fournit à l’agriculture, à 50 s. le quintal, pour fumer les terres, est le même que celui qui sert à plafonner et se prend dans les mêmes cases. On trouve toujours chez M. Sautelet de la bierre dont la qualité ne laisse rien à désirer. »
(n°622 - Samedi 16 décembre. Même annonce dans le n°625 du mercredi 27 décembre 1809).

Sautelet devait être ravi de l’aide que lui apportait le support publicitaire. Ici, l’annonce est complète : les cheminées, l’activité plâtrerie, et... toujours, la bière.
On découvre une autre facette de son commerce : une activité de vente de plâtre, destiné aux agriculteurs pour fumer les terres. Saviez-vous que l’on fumait les champs avec du plâtre ?

L’annonce qui suit n’est pas directement une annonce publicitaire, mais on peut la considérer comme telle, car elle est tout de même destinée à ramener des clients à Monsieur Gleize :

  • Annonce numéro 12 :

« Médecine opératoire.
M. Gleize, médecin et oculiste, a opéré récemment de la cataracte, madame Surget, de cette ville, rue de l’Ecrevisse, n°35 ; madame Cribier, à Olivet ; madame Gervais, de la commune de Mézières ; et le sieur Trepin, de la commune d’Ardon. Ces quatre personnes ont recouvré la vue, et leur guérison parfaite a eu lieu en moins de huit jours après l’opération. M. Gleize instruira le public des différentes cures de maladies des yeux, qui sont dans ce moment l’objet de ses soins, en sa Maison de Santé, fauxbourg Saint-Vincent, n°216. »
(n°576 - Samedi 8 juillet 1809).

Cette annonce est intéressante, car elle nous permet de nous rendre compte des progrès que la médecine faisait déjà à cette époque. L’opération de la cataracte, aujourd’hui presque bénigne, commençait à être pratiquée, et le docteur Gleize était probablement l’un des premiers à la réaliser. La seconde partie de l’annonce, que l’on peut donc qualifier de « commerciale », vante les mérites de la « Maison de Santé » dirigée par ce médecin (les médecins n’ont plus droit à la publicité pour leur art !). En parlant de l’opération de la cataracte, on trouve dans ces mêmes Annales, non pas une annonce, mais une information concernant ce sujet, et qui parle d’un autre médecin qui la pratiquait aussi :

« Nouvelles de l’intérieur.
Caen, 4 novembre - M. le docteur Forlenze, médecin oculiste des hôpitaux de l’Empire, a fait ici un mois de séjour, et a eu la satisfaction de rendre la vue à tous ceux qu’il a opérés. Parmi ses nombreuses opérations, il en est une qui a fixé plus particulièrement l’attention des gens de l’art de des philosophes, c’est celle de la cataracte sur un aveugle-né, âgé de huit ans. Elle a réussi complètement et peut donner lieu de la part du métaphysicien à une foule d’observations curieuses sur l’origine et les progrès des idées. »
(cqfd).

On trouve même des annonces proposant la vente d’animaux, comme nous allons le constater dans les deux annonces qui suivent :

  • « Annonces numéros 13 et 14 :»

« Très jolie petite mule, d’une race très fine, croisée d’une jument arabe, âgée de trois ans, poil alezan-cerise, taille de 4 pieds 4 pouces, propre à la selle et au cabriolet. S’adresser à l’auberge du Collier d’Or, rue Porte-Saint-Jean. » (n°586 - Samedi 12 août 1809).

« A VENDRE : Joli cheval hongre, poil alezan brûlé, prenant quatre ans, taille de 4 pieds 5 pouces, propre à la selle et au cabriolet. S’adresser à M. Breton-Delanoc, huissier au Tribunal de commerce, rue des Trois-Clefs, n°2. » (n°598 - Samedi 23 septembre 1809).

Les deux annonces suivantes concernent des propositions de vente de vin.
La première fait probablement suite à une saisie d’huissier :

  • Annonces numéros 15 et 16 :

« Vin de Guignes, première qualité, des récoltes de 1806, 1807 et 1808, à vendre à un pris (sic) modéré. S’adresser à Me. Bréront, Notaire à Avaray, près Mer. » (n°586 - Samedi 12 août 1809).

« Vin vieux, blanc et rouge, de l’Hermitage, côte du Rhône, d’envoi direct de propriétaire.
Vin de Champagne mousseux, cru d’Ay, en panniers de 25 bouteilles.
Vin vieux de Bordeaux, rouge et blanc, en barriques et en caisses de 12, 25 et 40 bouteilles.
S’adresser à M. Guyot de Grandmaison, négociant à Orléans, rue du Poirier, n°4. »
(n°596 - Samedi 16 septembre 1809).

L’annonce suivante, très longue, doit concerner la création d’un nouvel établissement (ou une rénovation), en l’occurence un dépôt de vente d’une manufacture de porcelaine d’Orléans, dont le propriétaire est un architecte. Elle détaille bien les pièces produites par cette manufacture, et donne même des conseils d’utilisation :

  • Annonce numéro 17 :

« AVIS. M. LEBRUN, architecte de la ville d’Orléans, propriétaire de la manufacture de porcelaine de la même ville, a l’honneur d’annoncer au public que, pour donner aux curieux et aux acheteurs la facilité de voir commodément les produits de cette manufacture, il en a établi le dépôt général et unique dans le beau local dit « le Salon d’Apollon », rue Maret, près la place de la Mairie.
Ce dépôt est tenu par Madame veuve Leménicier, qui, soit qu’on achète ou qu’on achète pas des porcelaines, se fait un plaisir de les faire voir au public, et de l’accompagner dans les six pièces occupées par ce dépôt, dans lequel il y a aussi des fleurs artificielles qui se placent à volonté dans les vases de porcelaine, et qui servent également à la parure des dames ; et comme ces fleurs se tirent de la première main et des meilleures fabriques, elles se vendent au meilleur compte possible, et ainsi que la porcelaine, à prix fixe.
M. LEBRUN maintient en activité cette manufacture, moins par intérêt pécuniaire, que par son goût pour les arts ; il a entièrement régénéré cet établissement, formé à Orléans il y a plus de vingt ans, en lui donnant les développements convenables.
Les artistes qu’il emploie, la beauté du blanc, la légèreté et la transparence qu’il donne à sa porcelaine, le mettent dans le cas de rivaliser avec les manufactures de ce genre qui ont le plus de réputation.
Il a renouvelé les formes, en adoptant les plus beaux modèles des antiquités étrusques, grecques, d’Herculanum, etc. Il s’est procuré les ouvrages les plus estimés en ornemens, tels que les Loges de Raphaël, la collection de MM.Percier et Fontaine, architectes, etc., etc.
L’expérience a prouvé que l’usage de la porcelaine est bien préférable à celui de la terre dite anglaise, dont l’émail se détruit si promptement. Il n’y a pas de doute qu’à la longue il n’y ait de l’économie à se servir de porcelaine au lieu de terre blanche, et même d’argenterie, dont l’intérêt des fonds, mis dehors, l’emporte bien sur le prix des porcelaines que par un usage journalier l’on pourrait casser.
Cette porcelaine, soit en blanc, soit peinte, se vend à des prix bien inférieurs à ceux des autres manufactures ; cela est si vrai, que plusieurs marchands de Paris s’approvisionnent à la manufacture d’Orléans. »
(n°594 - Samedi 9 septembre 1809).

Dans ce dépôt, en « entrée libre », la responsable des lieux vous conseillera et vous fera découvrir les productions de la manufacture, qu’on achète ou non !
On parle de fleurs artificielles, pour la parure des dames en particulier : en quoi étaient-elles faites ? Probablement en tissu, car le plastique n’existait pas encore.
Avez-vous bien noté que l’usage de la porcelaine est préférable à celui de la terre, voire même à celui de l’argenterie ?

L’annonce suivante concerne des toiles imperméables, inventées par un certain M. Desquinemare. Lui aussi a plusieurs cordes à son arc, comme nous le verrons ensuite :

  • Annonce numéro 18 :

« ANNONCES ET AVIS DIVERS.
Avis intéressant pour toutes les conditions de la société : publié sous l’autorisation du gouvernement.
TOILES IMPERMEABLES A L’EAU ET A L’AIR.

L’enduit de ces toiles est tel, qu’elles peuvent durer un temps infini sans être altérées : elles ne sont d’ailleurs ni collantes, ni cassantes, et leur vernis reste toujours beau. Elles sont d’une grande utilité pour les seaux à incendie, seaux de pieds, boignoires, fontaines, réservoirs, tuyaux de pompes et d’arrosage, etc.
Elles servent aux toitures légères de la campagne, à couvrir des chariots et toute espèce de voitures, ainsi que les récoltes de grains, foin, paille, avoine, etc ; à former des serres chaudes ; à faire des tapisseries dans les lieux humides ; à toutes sortes de vêtements préservatifs de la pluie, de la grêle et du tonnerre.
On en fait des scaphandres pour apprendre à nager et pour passer des rivières, lacs et étangs sans craindre de se noyer ; de petits bateaux ployans portatifs insubmersibles ; des sacs pour conserver les graines, les comestibles, les vêtements, les fourrures, les lainages, les meubles précieux, etc..., étant un préservatif contre les rats, souris, mites et autres insectes destructeurs.
Ces toiles sont encore utiles à une infinité d’autres objets, et sont particulièrement propres et même nécessaires aux voyageurs par terre, par eau et par mer, et à nombre d’états, d’après les expériences qui en ont été faites et réitérées par des commissions de savans (sic) sous les yeux de diverses autorités civiles et maritimes, tant de Paris que de divers départemens. »
(n°599 - Mercredi 27 septembre 1809).

Les copies et imitations existaient déjà... et Monsieur Desquinemare, afin de bien prévenir que son produit était bien le meilleur, rajoute plus loin :

« nb : le sieur Desquinemare, instruit que des individus s’annoncent dans la capitale comme dépositaires de ses toiles, et convaincu du danger qu’il y a de faire usage des toiles qui se vendent dans ces prétendus dépôts, vu leur défaut d’imperméabilité, prévient que l’on doit s’adresser à lui seul en sa manufacture, rue Notre-Dame-des-Champs, n°21, fauxbourg Saint-Germain, à Paris, et non ailleurs.
Les toiles contrefaites imitent au coup-d’oeil les véritables, mais n’ont aucune de leurs qualités ; c’est ce qu’il est essentiel de savoir.En conséquence, on ne reconnaîtra comme véritables que celles qui auront la marque de la manufacture. »
(n°599 - Mercredi 27 septembre 1809).

Ah, mais !

L’inventeur des toiles imperméables était prolixte d’idées, et fut l’auteur, entre autres, de deux autres inventions utiles : le Panémore et l’Anémomètre.

Attardons-nous un peu sur ces objets :

« Panémore.
Cette machine remplace parfaitement les moulins à vent ; elle est faite de telle sorte, qu’outre l’économie de sa construction, elle devient pour le propriétaire bien plus productive que les moulins à vent ordinaires, puisqu’elle meut à la fois plusieurs meules, et des pilons si l’on veut. Le moindre vent, comme le plus fort, la fait agir, et un seul homme peut en servir plusieurs à la fois.
Elle peut principalement être appliquée à de nouvelles pompes sans piston (nb : aussi de l’invention du même auteur), et fournir de l’eau dans les lieux les plus élevés, puisqu’on a la certitude qu’elle en fait monter jusqu’à six cents pieds de hauteur. »
(n°599 - Mercredi 27 septembre 1809).

Quelqu’un a-t-il déjà vu un panémore ? Comment en était l’aspect ? Il semblerait que ce soit un instrument bien utile.

« Anémomètre.
C’est un cadran utile à la marine : on l’attache au grand mât du navire ; et dans les traversées les plus longues comme les plus courtes, il marque tous les côtés et changements de vent, et ses degrés de force. »
(n°599 - Mercredi 27 septembre 1809).

Et le sieur Desquinemare d’ajouter :

« L’utilité de ces trois découvertes est plus au long détaillée dans la notice envoyée directement à MM. les préfets et sous-préfets, et dans le quatrième supplément de l’Almanach du commerce de 1809.
Leurs productions se trouvent uniquement chez leur auteur, A.E. Desquinemare, ingénieur-mécanicien-hydraulique, membre de plusieurs sociétés de savans (sic), et breveté de S.M. l’Empereur et Roi, en sa manufacture, rue Notre-Dame-des-Champs, n°21, fauxbourg Saint-Germain, à Paris.
Il exécute toute espèce de commandes sur les mesurer qu’on lui fait passer. (Les lettres doivent être affranchies). »

Nous terminerons, de manière souriante, sur un texte, qui n’est pas à proprement parler une annonce, mais plutôt un conseil utile, que ces dames se feront un plaisir d’essayer, afin de pouvoir laver le linge de manière écologique, sans utilisation de ces poudres chimiques que nous utilisons de nos jours. Qui sait... cela est peut-être efficace ! :

Un journal publie la manière suivante d’employer comme savon les marrons d’Inde : « Dès que les marrons sont mûrs et qu’ils tombent, on enlève l’écorce brune et l’on pile le marron dans un grand mortier. On enduit les taches du linge de la farine qu’on obtient, et on lave le linge ; toutes les taches disparaissent de cette manière et mieux encore qu’à l’aide du savon. L’expérience de plusieurs économes qui font usage de ce moyen, en constate l’efficacité. » (n°606 - Samedi 21 octobre 1809).

Ces textes du 19e siècle ne semblent pas désuets. On pourrait pour ainsi dire, presque les utiliser encore pour rédiger des annonces.

Cette promenade en l’année 1809 nous montre que nos ancêtres étaient déjà très organisés, très inventifs, et qu’ils n’auraient vraiment rien à nous envier.

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5 Messages

  • Bonjour,

    Sur le panémore,il faut rechercher sur « panémone » qui est le nom le plus courant de ce genre d’éolienne. Il y a plein de pages sur Internet, notemment celle ci avec des schémas :http://jeanpierre.becker.free.fr/AeroVoile/aeroPages/PanemoneHelice.html

    Cordialement.
    Michel Guironnet

    Répondre à ce message

  • Publicité, annonces commerciales et autres en 1809 18 juin 2011 15:45, par Aurélie

    Bonjour,

    Je tiens à vous signaler que ce principe de publication d’annonces publicitaires payantes existait déjà dans la seconde moitié du XVIIIe siècle avec les Annonces, affiches, nouvelles et avis divers de l’Orléanais/Journal de l’Orléanais imprimés par la famille Couret de Villeneuve. Je vous invite à les consulter.

    Cordialement,

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  • Publicité, annonces commerciales et autres en 1809 28 octobre 2016 10:00, par Monique Bondil

    Bonjour,
    Voici ce que j’ai trouvé concernant la cheminée à la Rumford : le comte Rumford, scientifique, inventeur et aventurier, passionné par la chaleur et sa transmission, a inventé un foyer « plus petit et plus étroit, avec ébrasements à angles plus prononcés pour réfléchir davantage la chaleur ». Cette invention était accompagnée d’une modification du conduit de la cheminée créant un avaloir plus dynamique qui tirait la fumée vers le haut du conduit tout en laissant la chaleur dans la pièce.
    Il parait que les utilisateurs étaient particulièrement contents de cette invention !
    Vous trouverez tous les détails sur la cheminée Rumford et son inventeur sur internet, site www.renaissancefireplaces.com/histoire du foyer Rumford
    C’est très instructif ..... !
    Merci pour ce voyage dans le temps !
    Monique

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  • Publicité, annonces commerciales et autres en 1809 29 octobre 2016 09:17, par JBE

    Bonjour
    Quelle bonne idée de faire reparaître d’anciens articles aussi intéressants.
    Pour répondre à une question posée dans ce texte, une DEMI-FORTUNE est une calèche à 4 roues tirée par un seul cheval.Et non un meuble.
    Bon WE
    JBE

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