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Ma communion solennelle (11e épisode)

Le mercredi 1er janvier 2003, par Josiane Laurençon-Kuprys

Je me réveille tôt le matin complètement excitée, c’est un grand jour !
Je me précipite à la fenêtre, quelle chance ! Même le soleil est de la fête !

Maman est là, s’affairant pour l’occasion.

Elle a acheté de jolis petits bols de porcelaine rose et bleue qu’elle dispose harmonieusement sur la table de la salle à manger, avec, tout autour, des croissants et des brioches, pour faire déjeuner la famille après la messe.

Sur le buffet, Maman remplit de jolies coupes pleines de dragées.

Glaïeuls et beaux lys blancs s’épanouissent dans la belle vasque de cristal, ce qui est du plus bel effet.

Mais ma joie s’amenuise, l’heure avançant, car Papa n’arrive pas. Il m’avait promis d’être là et je ne peux me résigner à m’habiller tant qu’il ne se manifeste pas !

Enfin mettant fin à l’angoisse, Papa débarque prétextant un retard de train. Ouf ! Il ne m’a pas laissée tomber.

Maman me prépare en toute hâte, m’habillant en quelques minutes de la jolie robe blanche, du bonnet prêté gentiment par mon amie Claude, et du voile brodé par la famille Müller, parents de mon amie Babette. Et me voici parée comme une mariée.

Maman est ravissante dans un tailleur clair avec son renard argenté sur les épaules et son mignon petit chapeau sur sa chevelure brune.
Comme tu étais jolie ! Comme j’étais fière !

Mon beau Polo dans son premier costume en culotte courte se tient raide comme un cierge de Pâques, il fait la moue et tire son nœud papillon.

Tu es beau comme un sou neuf, dit Maman !

L’intéressé ne partage pas cette opinion. Il a horreur des habits neufs, et du haut de ses six ans, les cheveux coupés en brosse très courte, complètement édenté sur le devant et avec encore un petit bout de cheveux sur la langue, il déclare :

Z’ai chaud, ça pique, ça gratte, ze veux pas aller avec Dodane.

Le temps presse, nous voilà à l’école d’où doit partir la procession pour aller à l’église. Mitraillées par les appareils photos de nos parents, nous nous mettons en rang deux par deux de la plus petite à la plus grande et le cortège démarre.

Radieuses, cierges à la main nous rentrons enfin dans la nef en chantant accompagnées des grandes orgues. Nous nous plaçons dans le chœur, côté filles, et toutes nos familles s’installent derrière.

Comme je suis heureuse en ce jour béni ! Tous les miens sont là : Papa, Marraine, Mamy, Guitou...

Et Grand-père ?

Ce jour là il faisait office de chef cuisinier et nous attendait de pied ferme à Curis où le repas de famille devait avoir lieu.

Il s’y était pris deux jours à l’avance étant seul pour tout faire, de l’entrée au dessert.

Quel festin mes aïeux !

Lorsque nous sommes arrivés, la grande table avec ses deux rallonges était dressée pour 25 couverts, et les fleurs débordaient de partout. Que c’était beau !

Il y eut d’abord la distribution des cadeaux. Tante Guitou m’offrit une chevalière en or avec mes initiales, Marraine et Mamy des objets pieux, ma chère Maman une belle médaille de la vierge et Papa un stylo plaqué or : enfin j’étais comblée !

Après la séance « photo souvenir » prise au fond du jardin, nous sommes passés à table.

J’entends encore Papa me glisser à l’oreille :

Hé bien ma chérie que de fleurs, je t’en souhaite autant pour ton mariage ! Ce qui fut loin du compte...

Il y avait Tonton Jo, le pharmacien, du « beau monde » du côté paternel et mes cousins du côté de Pépé. Cela faisait un petit panaché d’admirateurs, peu fait pour me déplaire.

Ce jour là, Papa m’apprit à manger les asperges avec une fourchette, s’il vous plaît ! Principe selon lequel il fallait déguster uniquement l’extrémité du légume, du bout des dents. A ces manières quelque peu précieuses, je leur préférais celles de Pépé qui consistaient à utiliser ses doigts pour en engloutir le plus possible.

C’est cher les asperges, quel gâchis !

Puis vinrent les truites au bleu : 2e leçon de savoir-vivre ou l’art de décortiquer un poisson.

C’était vraiment ma fête... Avec ma Claude en face de moi nous nous regardions et pouffions souvent de rire. Enfin avec la jardinière de légumes tout se passa relativement bien. La bienséance ne nécessitant pas de décortiquer les petits pois et les carottes avec la pointe d’un couteau, nous les mâchâmes tout simplement.

Fromage, fruits, vacherin se succédèrent dans la joie, puis ce fut le tour du champagne, accompagné de la traditionnelle Pièce montée. Très attendue, elle fut bien plus que la surprise du chef. Elle s’avéra une véritable surprise tout court !

Pauvre Grand-père ! Il prit un air contrit et navré, à cet instant crucial du repas. Ayant tout fait seul, il avait même voulu construire cet édifice fait de petits choux bourrés de crème cuite et rattachés entre eux par des fils de caramel doré.

Au dernier moment il ne put la faire tenir et dut marquer sur les menus :
« Pièce démontée ».

Nous avons bien ri et ça n’a rien enlevé au goût, mais c’est resté dans les annales.

Entourée et gâtée de tous les miens, cette journée fut magnifique, assombrie seulement par le départ de Papa... Un de tous ces départs auxquels je ne me suis jamais faite.

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