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Accueil > Documents > Témoignages > L’arbre qui ne voulait pas mourir > Lundi 5 juillet 1982, 9 heures (23e épisode)

Lundi 5 juillet 1982, 9 heures (23e épisode)

Le lundi 1er mars 2004, par Josiane Laurençon-Kuprys

Lorsqu’un être cher s’en va, il y a toujours une partie de nous-même qui s’en va avec lui, et à chaque mort nous mourrons un peu aussi.

Les chers souvenirs d’une enfance partagée avec celui ou celle qui est parti, ne peuvent plus s’évoquer avec eux.

On ne peut plus se dire « tu te rappelles... », d’un regard se comprendre et pouffer de rire.

Celui qui s’en va, nous entraîne déjà, sans le vouloir, dans le premier pas de l’oubli. Alors nos souvenirs s’enferment dans notre tête pour ne plus jamais sortir.

Ce soir Grand-père rentre à l’hôpital, la nuit est à l’orage.

Je suis dehors sur la terrasse, il fait lourd. Le ciel est sillonné d’éclairs, le tonnerre éclate, le ciel gronde et la pluie tombe en saccades.

Moi sous les ormes, je suis étrangement calme et l’eau sur mon visage se mêle à mes larmes.

Je pense a toi très fort mon Pépé.

La fin d’une vie n’est jamais gaie et même si tu t’en sort encore cette fois, je sais que tu ne le souhaite pas.

Je garderai toujours cette belle image de toi et moi, d’un beau Grand-père, jeune encore, plein d’allant sur son vélo, suivant sa petite-fille sur sa bicyclette verte, roulant sur la jolie route ensoleillée des vacances. Je me souviendrai de nos arrêts gastronomiques à l’orée des bois, nos sacoches débordantes de victuailles. Nous respirions la joie, la liberté et le bonheur et nous étions si fiers l’un de l’autre.

Et lorsque sur la route de Curis, pour aller aux Avoraux tu prenais ma petite main pour l’emprisonner dans la tienne, nos ombres marchaient côte à côte jusqu’au jardin.

Pour les « platées » de patates avec la salade, plat traditionnel, dont je raffolais et qui m’attendait lorsque je montais te voir... merci.

Pour les gaufres, les matefaims, les beignets d’acacia, et pour les longues soirées d’hivers à venir m’attendre sous le péristyle glacé de l’Opéra... oui, pour tout cela Grand-père merci, merci et encore merci...

Allô ! C’est toi Polo ? ...Comment ? Qu’est ce que tu dis ? ...Oh ! Non !

C’est comme un coup de fouet qui frappe en pleine figure.

Grand-père est parti à 9 h. ce matin. 11 h. sonnent au clocher.

Je sais, tu as eu une longue vie, bien remplie, tu as fait ton temps, comme disent les braves gens. Tu n’avais plus le goût de vivre et je comprends. Je sais que tout est dans l’ordre des choses, que nous attendions ta délivrance. Mais c’est tellement dur de penser que je ne te verrai plus, que tu es parti pour retrouver ta « Ninie » et que du haut de ton Ciel tu continueras à nous aimer et nous protéger.

Mais pour moi Grand-père, tu ne mourras jamais. Tu continueras de vivre en mon cœur jusqu’à mon dernier souffle, quand tu viendras me chercher, me prendre par la main pour me conduire sur les chemins du ciel comme tu l’as fais si longtemps sur terre. Comme lorsque j’étais enfant et pour l’éternité, je redeviendrai ta toute petite fille. Et au coucher du soleil on pourra voir se profiler deux ombres, l’une et l’autre côte à côte, celles d’un homme et d’une enfant se soutenant sur la route de l’éternité.

On ne peut pas vivre sans larmes, sans tendresse.

Comme un chêne abattu, Grand-père s’est laissé prendre par la mort.

Elle est entrée sans bruit dans son sommeil, doucement sur la pointe des pieds, pour ne pas le réveiller.

Il en avait peur, ne voulant pas nous quitter, et pourtant il l’attendait, la réclamait.

Plusieurs fois elle l’avait frôlé, la Faucheuse, mais au dernier moment, elle n’avait pas osé. C’est pour cela qu’elle s’est glissée, sans cris ni douleurs, pour arrêter le faible tic-tac de son cœur.

Et voilà qu’à la fin d’une vie, le devoir accompli, il est parti, nous laissant avec nos regrets et une foule de souvenirs émouvants, tendres ou comiques.

Tout ce qui fait la peinture de la vie avec ses couleurs violentes ou pastels.

Grand-père en mourant, tu viens d’entrer dans la postérité et dans la gloire de l’immortalité pour tous les tiens, tel un personnage de Pagnol.

Mon fils, mon Amour, Frédéric, parti rejoindre Pépé quatre ans plus tard, le 15 août 1986. Il avait 23 ans.

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