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Les secrets d’écriture de « Laboureurs d’espoirs » Acte 11 Scène 1

Acte 11 - À chacun sa Bastille - 2e époque - Scène 1 - Il semble bien qu’elle reste à prendre !


jeudi 12 mars 2009, par Alain Morinais

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Avec « Laboureurs d’espoirs », les Morinays mettent en scène l’histoire des laboureurs bretons vivant leur Révolution, au jour le jour, telle qu’elle put être perçue et vécue dans la campagne rennaise, quand l’espoir s’y invite en 1789.

Jan, Simon et Joseph nous font vivre les labours, les fenaisons, les métiers d’antan, la vie des simples gens, perturbés par les événements, mais, attendant tout des changements annoncés. Nous partageons avec eux les coutumes, les véritables croyances et les superstitions, les pratiques amoureuses, les jeux et les fêtes du peuple des campagnes

Acte 11 - À chacun sa Bastille - 2e époque -

Scène 1 - Il semble bien qu’elle reste à prendre !

« L’explication du passé se fonde sur les analogies avec le présent, mais elle nourrit à son tour l’explication du présent. »
Antoine PROST
Historien-Professeur émérite - Université Paris I - Panthéon-Sorbonne.

Exemple d’un dialogue imaginé et réécrit à partir de propos relevés dans des comptes-rendus de débats d’époque :

— « Comment n’pas avoir peur de tant d’errants par tous les ch’mins ?

Et la discussion est relancée.

Chacun y va de son jugement, de sa façon de voir, de ses questionnements et de ses sentiments, s’interpellant de table en table dans une ambiance bon enfant, même si parfois les propos sont plus violents.

— C’est pourtant bien la faim qu’est cause de c’grand malheur !

— Bien sûr Bertrand, l’errant n’est pas un méchant homme ! mais, la faim au ventre, il lui faut bien manger, et l’respect d’la propriété n’est sûrement plus sa priorité !

— Surtout quand ils s’attroupent ! En grand nombre, ils s’enhardissent et glissent vers l’brigandage.

— C’est bin pour ça qu’on a encore plus peur d’un mauvais coup, d’abatis d’arbres et de clôtures, d’mutilations d’nos bestiaux, et pi, surtout du feu.

— Tout ça ç’est vrai père Mathurin ! mais, c’est quand même bien la grande cherté des grains qu’est la cause de la faim !

— Joseph à raison ! Il fallait, c’est c’qu’ils disaient les gens d’en haut, qu’le pain fut cher pour qu’la culture du blé soit plus encouragée, et qu’ainsi les laboureurs pourraient s’mer plus et gagner plus ! Qu’on finirait comme ça par nous délivrer d’la disette et qu’il en s’rait mieux pour tout l’monde.

— Foutaise que tout c’là ! à c’prix, comment j’fais moi, Jan-Martin, pour payer mon pain ?

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Démolition de la Bastille Anonyme
Crédit photographique :
(C) RMN / Agence Bulloz
Paris, musée Carnavalet

— S’il fallait faire des efforts, dans l’intérêt de tout l’royaume, pourquoi qu’c’est les pauvres, déjà si misérables, qui sont les seuls à supporter l’poids des prix qu’ils ne peuvent plus payer ?

— Et pourquoi don qu’le progrès, comme ils disent, devrait s’réaliser qu’aux dépens des miséreux ?

— Pendant c’temps, d’autres, les plus riches, ont accumulé les grains, et les gains pour s’enrichir encore bien davantage.

— La disette a jeté le désespoir dans l’âme des paysans exaspérés par la misère et chez les ouvriers qui ne trouvent plus d’ouvrage.

— C’est l’gouvernement qu’a laissé augmenter l’prix du pain sans nous permettre de l’payer ! Alors, il faut qu’il force les riches à nourrir les pauvres, autrement ils se serviront eux-mêmes et se vengeront ! » Laboureurs d’espoirs page 152



Le Jeu des questions du grand Jacques





Question de l’acte 11 - scène1 : Dans quelles circonstances de la vie familiale les pères confiaient-ils la mission première à un "entremetteur", conformément à une tradition bretonne ?

Vous trouverez la réponse la semaine prochaine dans l’acte 11 - Scène 2

Réponse à la question de l’acte 10 - scène 2 : Pourquoi les laboureurs rennais ont-ils cru la Révolution finie, le jour de la saint Pierre 1789 ?

Revoir l’acte 10 - scène 2

Le jour de la saint Pierre, le 29 Juin, se tient la Foire aux gens de Rennes qui attire la foule des grands jours, quand parvient la nouvelle tant attendue de Versailles : le roi, après deux mois de "bras de fer" avec les députés du tiers états constitués en Communes auto-proclamées Assemblée nationale, Louis XVI donc, demande aux ordres privilégiés de rejoindre le tiers état en une seule assemblée. Cette décision constitue en elle-même une Révolution, en donnant aux tiers état uni au bas-clergé une majorité décisive au sein de la Constituante.

"Épuisé, à bout de souffle, trempé, ayant couru sous la pluie sans m’arrêter, j’entre dans l’église, éreinté, pour m’écrier :
— Mes amis !… Mes amis !… C’est fini !… La Révolution est terminée ! Samedi, le Roi a demandé à la noblesse et au clergé de se joindre au tiers, en l’état. La Révolution est finie !"
Laboureurs d’espoirs

Louis donne l’ordre à "son fidèle clergé et à sa fidèle noblesse" de se tenir à l’assemblée du tiers état. On illumine à Versailles, au Palais-Royal. "La révolution est finie" , écrit-on.
Révolution Française Le Peuple et le Roi de Max Gallo XO éditions 2008

Le 24 juin le Tiers reprenait ses séances et le clergé en majorité le rejoignait. Le 25 juin, 47 gentilshommes avec à leur tête le Duc d’Orléans les rejoignirent, à partir de là ce fut la débandade. Louis XVI pour masquer l’ampleur de cette défaite ou peut être par souhait réel convia le 27 juin le Clergé et la Noblesse à se joindre au Tiers. Ce fut un soulagement général chez tous les députés de l’Assemblée, qui accueillirent ces derniers arrivants avec beaucoup de prévenance. "La révolution est finie" écrit-on ce jour là, "Elle n’aura pas coûté une goutte de sang".

Les États généraux

À suivre… Acte 11 - À chacun sa Bastille - 2e époque Scène 2 - La foire aux gens

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