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Les frères Jacques et Etienne BROUHET, des marchands entre la Bourgogne et les Flandres...

Itinéraire de deux frères entre la Bourgogne et le Rethelois au XVIIIe s.


vendredi 29 janvier 2021, par Christian Fizet

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Lors des recherches sur mes ancêtres, j’ai longtemps buté sur deux frères installés dans la région de Rethel (Ardennes) : Jacques et Etienne BROUHET, l’un huissier royal et procureur fiscal dans les années 1720-1760 au bourg de Wasigny et l’autre, marchand à Wasigny et dans le village voisin de Lalobbe à la même période. Je les croyais originaires de Rethel dont les archives d’Etat-Civil antérieures à 1840 ont été détruites, et où je n’espérais guère retrouver leur trace... En fait, ils venaient de bien plus loin !

Rethel
Gravure tirée du « Gouvernement de Champagne », reproduite dans l’article « Rethel » de wikipédia

Jacques et Etienne BROUHET, tous deux mariés, ont eu chacun plusieurs enfants vers 1720-1740, mais avec une descendance assez limitée, au moins chez les généalogistes amateurs contemporains : une requête dans Généanet, sur « Jacques Brouhet » ou sur « Etienne Brouhet » dans les Ardennes entre 1600 et 1800 nous oriente sur une grosse vingtaine d’arbres familiaux, souvent centrés sur la Réunion, un petit fils de Jacques ayant émigré dans cette île dans les années 1770.

Mais Jacques ne m’était connu que par les actes de baptême de ses dix enfants (ou par leurs actes de mariage ou de décès), Etienne s’étant marié en 1723 en présence de son frère, avec un acte filiatif précisant ses parents (François Brouhet et Anne Coursier) mais pas son origine. En tout, une vingtaine d’actes bien documentés, avec des signatures caractéristiques pour Jacques et pour Etienne, mentionnant souvent le lien familial, notamment des parrains ou des marraines, mais aucune piste antérieure à 1720.

C’est finalement par une requête sur « François Brouhet » (dans Généanet, sur la France entière), que j’ai retrouvé leur origine à Semur-en-Auxois, à 300 km de Rethel…

Semur-en-Auxois, gravure de Joachim Duviert en 1611
Gravure tirée de l’ouvrage d’Ernest Petit, Histoire des ducs de Bourgogne de la race capétienne avec des documents inédits et des pièces justificatives, Paris, Librairie Lechevalier 1885-1905

A partir de là, les choses se sont clarifiées : les Brouhet étaient une famille de « couvreurs en tuile » à Semur, au XVIIe, sur trois générations au moins (le père de Jacques et d’Etienne étant menuisier), et les actes de baptêmes probables de Jacques (en 1683) et d’Etienne (en 1700), retrouvés.

PDF - 347.7 ko
Acte de baptême de Jacques BROUHET, 5 sept. 1683, Semur-en-Auxois (Côte d’Or)

L’aîné, Jacques, migre donc probablement dans les années 1700-1710 dans la région de Rethel, où il se marie avec une demoiselle Mouron. Ensuite, il fait venir son jeune frère, qui se marie également avec une demoiselle Mouron (une sœur, ou une cousine ?).

Mais une autre question apparaît… Comment un fils d’artisan d’une petite cité bourguignonne a-t-il pu migrer et occuper une charge administrative d’un bourg rural de la région de Rethel ? Qu’est-ce qui relie Semur et Wasigny ?

Mon hypothèse, que j’aimerais échanger avec vous et avec les généalogistes plus expérimentés qui fréquentent votre site, repose sur quelques observations :

Semur et Wasigny (ou Rethel) sont sur une route quasiment rectiligne qui mène de Lyon à Bruxelles et aux Flandres, en passant par Beaune (ou par Autun), Troyes, Reims, Rocroi et Charleroi ; à noter que Rethel et Wasigny sont rattachés au diocèse de Reims.

Semur et Wasigny possèdent un artisanat (presque une industrie pour Semur) textile, plutôt autour de la laine, avéré pendant tout le XVIIe à Semur, et, au moins à la fin de ce siècle à Wasigny et dans la région de Rethel,
Je pense donc que Jacques Brouhet est lié au commerce de la laine, notamment sur l’axe Lyon-Flandres ; mais comment devient-on marchand lainier avec un père maître menuisier ? Cette activité de marchand lainier lui permet-elle, dans les années 1715-1720 (il a environ 35 ans), de se marier et d’acquérir la charge d’huissier royal à Wasigny ? D’après votre Théma n°2, on pourrait estimer le coût de cette charge à 600-800 £ ? Une somme possible à accumuler pour un marchand lainier ?

le triage des laines (gravure tirée de l’Encyclopédie)
« triage des laines », gravure tirée de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, planche II de l’article « Draperie », publiée dans le tome 20 (1763), reproduite par l’Université de Chicago dans le cadre du projet artfl, mené en coopération avec le CNRS

Est-ce que le commerce textile, lainier en particulier, fonctionne au XVIIe ou au XVIIIe avec des réseaux familiaux ? Autrement dit, Jacques Brouhet a-t-il pu exercer une activité de marchand lainier dans le Rethelois en liaison avec sa famille de Semur (peut-être celle de sa mère ou celle de sa grand-mère ?) ou même avec des cousins, installés à Troyes, à Reims voire dans les Flandres ?

Il est probable que des éléments de réponse à ces questions puissent être trouvées dans les archives des notaires, à Rethel ou à Wasigny (archives que je n’ai pu encore consulter), voire à Semur… Mais où pourrais-je trouver des précisions sur le commerce lainier en Bourgogne et en Champagne ou sur les coûts et revenus d’un marchand lainier ou d’un huissier royal dans un bourg rural des Ardennes, pour conforter ces hypothèses ?

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10 Messages

  • Historiquement, il y a un lien entre la Bourgogne, la région de Rethel puisque au moment de son apogée le domaine bourguignon s’étendait de l’actuelle Bourgogne Franche-Comté jusqu’à la Hollande et le Danemark en passant par l’Artois . D’ailleurs, depuis la fin du XIIIe s le comte de Nevers était aussi comte de Rethel. Les comtés sont devenus duchés jusqu’en 1659, date à laquelle ils ont été vendus par le dernier duc à Mazarin, le ministre de Louis XIV.
    Les échanges commerciaux entre ces différentes régions étaient très actifs, notamment dans le domaine des textiles.
    Peut-être des renseignements sur ce commerce à voir dans Gallica...

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  • Bonjour dans cet article du 09/01/1775 des affiches de Reims vous trouverez trace d’ Etienne Brouhet et d’autres membres de la famille Brouhet habitant soit Rethel soit Wassigny ,soit même Paris,lors du’une vente au baillage de Sainte Menehould

    https://www.geneanet.org/archives/ouvrages?action=detail&book_type=livre&livre_id=210673&page=3&name=BROUHET&with_variantes=0&tk=bea58b850ed731d1

    Pour votre documentation
    Martine

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  • Bonjour,

    S’il était possible de savoir à qui ces charges ont été achetées et pour quelles raisons elles ont été vendues, ce serait certainement éclairant.
    Les liens entre le duché de Bourgogne et les Pays-Bas espagnols étaient avérés de longue date, comme vous dites.

    Toutefois, à cette époque l’Europe sortait de deux grands tourments : les guerres de religion (la Guerre de Trente-ans) et la grande peste, ce qui a entrainé des « appels d’air » migratoires vers les régions à repeupler (Lorraine, notamment qui avait perdu la moitié de ses habitants) et des opportunités pour les « jeunes » en quête de destin.
    Je ne sais pas dire si cela est un élément pertinent en ce qui concerne votre aïeul, mais c’est un élément à considérer dans le contexte de Rethel.
    Cordialement.

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  • Bonjour,

    il ne faut pas oublier que les maîtres artisans étaient des « bourgeois » qui pouvaient jouir parfois d’une certaine aisance, d’où la possibilité de recevoir une certaine éducation et de financer l’achat d’offices ou de se lancer dans une activité marchande pour les enfants. La solidarité familiale financière existait pour aider un membre ou un autre de la famille.

    Vers 1780 à Uzerche en Corrèze un maître cordonnier a aidé financièrement son jeune beau-frère pour qu’il « monte » à Paris apprendre un métier. Je passe les péripéties mais ce jeune homme est devenu maître chirurgien puis un médecin réputé et ... baron d’empire.

    En ce qui concerne les distances parcourues par les marchands, elles pouvaient être importantes. J’ai lu l’exemple de marchands du Rouergue au 14e siècle qui vendaient à Figeac (important marché) des étoffes achetées en Italie. A la fin du 18e siècle des marchands mazeliers (bouchers) de Corrèze allaient vendre des bêtes jusqu’à Paris (pas de train à l’époque).

    Bref la coexistence dans une même famille de maîtres artisans, de marchands et de détenteurs d’offices ne me semble pas étonnante.

    Je pense que les archives des notaires de la famille que vous étudiez vous permettront d’évaluer le niveau de vie de ces personnes. Les contrats de mariage, les donations, les inventaires après décès (quand ils existent) sont un bon outil, mais tous les actes d’achat et de vente sont de bons indicateurs également.

    Bon courage pour la suite.
    Sylvie Laouchez

    Répondre à ce message

    • Bonjour,
      Merci beaucoup pour votre réponse.
      Vous avez raison de souligner que les migrations pouvaient couvrir de longues distances. J’ai trouvé dans mes recherches, des maçons creusois, installés à Paris, des savoyards installés en Lorraine ou des artisans auvergnats fondant des familles dans le Tonnerrois et, apparemment, très bien accueillis dans la communauté villageoise... Sans parler des « marchands de vins » parisiens, provenant de l’Auxerrois ou de la Champagne. Mais je suppose que vous avez trouvé les détails de votre aïeul corrézien dans les archives des notaires... Cela me motive pour essayer d’aller éplucher les archives des notaires de Rethel...
      Cordialement,

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  • Quelques renseignements sur l’activité lainière en Bourgogne au XIVe et XV s.(in Histoire de la Bourgogne J. RICHARD 1978). « L’élevage le plus spectaculaire est celui du mouton, qui s’effectue essentiellement sur les plateaux de l’Auxois...Les bourgeois, les nobles, des curés font élever des troupeaux en recourant souvent au bail à cheptel qu’ils concluent avec des villageois. Les abbayes cisterciennes font élever des centaines de moutons dans leurs Granges et la laine d’abbaye est très appréciée...Des marchands de Vitteaux (non loin de Semur en Auxois), ... achètent la précieuse denrée (et leurs descendants, tels les LANGUET, se retrouveront dans les rangs de l’aristocratie parlementaire des XVIIe et XVIIIe), ils traitent avec de gros négociants parmi les quels les Milanais qui ont leurs facteurs à Dijon, ou les Florentins qui fréquentent les foires de Chalon/Saône. »
    On voit donc l’importance des foires dans ce commerce, apparemment très lucratif pour les marchands si l’on considère la réussite sociale de leurs lignées (au moins pour les plus « doués ») !

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