Il y a quelques années, un ami passant par la bonne ville de Rambouillet me ramène un souvenir original : sur le plan de la cité gracieusement offert par le syndicat d’initiative figure une rue Baumgarth.

Qui diantre pouvait être ce Baumgarth et que pouvait-il avoir fait pour mériter cette marque d’estime ? Il faut remarquer que le bougre devait être très timide car son passage à la postérité s’est fait en toute discrétion : Baumgarth, mais sans aucune autre mention ; connu certes, mais en restant anonyme puisque sans prénom…
De passage dans la région, je fis un détour pour constater la chose de visu et en rapporter une preuve sous la forme d’une photo de la plaque de rue dont j’ai fièrement distribué des copies à ma famille.
Il me faut préciser que mon patronyme, fort peu répandu, est alsacien originaire de Friesenheim (Bas-Rhin), et que l’immense majorité des peu nombreux porteurs du nom sont de ma famille (ou très probablement de ma famille). Parmi ceux qui échappent encore à mes investigations, je fantasme Georges Daniel Baumgarth pensionnaire du bagne de Toulon pendant 8 ans né à Oberbronn en 1784, mais ceci est une autre histoire…
J’ai fait des dizaines de fois le projet d’enquêter à Rambouillet, mais je vis en Martinique, ce qui restreint sérieusement mes possibilités.
L’an passé, en surfant sur Internet, je découvre qu’un historien local a écrit un fascicule sur les rues de la ville. Comme je n’ai pas plus de précision, j’écris au service communication de la commune pour essayer de me le procurer.
À ma grande surprise, je reçois une quinzaine de jours plus tard un paquet contenant le dit opuscule qui m’est offert gracieusement.
Mais ce petit livre est accompagné d’autres documents extraordinaires :
- L’acte de naissance et l’acte de décès d’Eugène Baumgarth (1839-1903), né et mort non pas à Rambouillet, mais à Versailles !
Du mercredi six mars mil huit cent trente neuf, heure de midi, acte de naissance de Eugène Baumgarth du sexe masculin né le quatre du courant deux heures du soir chez ses père et mère aux petites écuries, fils légitime du sieur Laurent Baumgarth gardien du musée [1] et d’Anastasie Margoz. Les témoins sont les sieurs Joachim Morin âgé de trente deux ans suisse (sic) d’appartement demeureant rue de la Bibliothèque pavillon macis (?) et Jacques Margoz âgé de cinquante six ans serrurier rue des Chantiers n° 25, aïeul maternel de l’enfant. Sur la réprésentation de l’enfant et la déclaration de son père qui a signé avec les témoins...

- Signature de Laurent Baumgarth
Du vendredi quatre décembre mil neuf cent trois, onze heures du matin, acte de décès de Eugène Baumgart, conducteur principal des ponts et chaussées en retraite demeurant à Rambouillet (Seine et Oise), né à Versailles, le quatre mars mil huit cent trente neuf, fils de défunts Laurent Baumgarth et de Anastasie Margoz, son épouse, décédé hier à dix heures trois quarts du soir à Versailles, place de l’Ouest, gare des Chantiers, veuf en premier mariage de Anastasie Margoz (sic), et en second de Elisa Henriette Clémentine Gros. Les témoins sont Henri Lecœur, employé aux Pompes funèbres, âgé de trente quatre ans, demeurant à Versailles, avenue de Picardie 19, et Armand Sébastien Gendron, commis marbrier, âgé de quarante quatre ans, demeurant à Versailles, rue Royale 72, à défaut de parents et de voisins. Lesquels, après lecture faite et le décès constaté ont signé avec nous Henri Simon adjoint au Maire....
- Une copie de son testament par lequel, veuf sans enfant, il lègue ses biens à la ville de Rambouillet pour améliorer les conditions de vie des pensionnaires de l’hospice de la ville.
- Une copie de la décision du conseil municipal donnant son nom (mais pas son prénom) à une rue de la ville.
Je suis encore aujourd’hui époustouflé par la gentillesse et la compétence du service communication de la ville de Rambouillet que j’ai chaudement remercié…
J’ai donc appris par ces documents qu’Eugène Baumgarth était le fils de Laurent Baumgarth, gardien au château de Versailles.
Dans ma collection de Baumgarth, j’ai trouvé un Laurent chronologiquement compatible : c’est l’un des fils d’un Jean Baumgarth qui est le frère de mon aïeul Martin Baumgarth. Il est né le 11 juillet 1802 à Witternheim (Bas-Rhin).
Mais comment apporter la preuve qu’il est bien le Laurent recherché ?
Le fichier des alsaciens qui ont opté pour la France m’apprend que le 7 mai 1872 a opté, à l’âge de 70 ans, le nommé Laurent Baumgarth qui était fils de Jean Baumgarth, qu’il était né le 11 juillet 1802 à Witternheim (Bas Rhin) et qu’il était domicilié à… Versailles !
Aucun doute possible, l’Eugène Baumgarth de la rue de Rambouillet est bien le fils de mon Laurent et est donc le petit cousin de mon arrière grand-père Eugène Baumgarth : la rue n’était pas une impasse !
Messages
1. Les deux Eugène ou la rue n’était pas une impasse…, 6 février 2014, 11:23, par André Vessot
Bonjour,
Bravo pour cette charmante anecdote, comme quoi les recherches généalogiques nous réservent parfois des surprises inattendues.
Effectivement la rue Baumgarth n’était pas une impasse !
Bien cordialement.
André Vessot
2. Les deux Eugène ou la rue n’était pas une impasse…, 8 février 2014, 00:15, par Albertine MAS
Une belle enquête, avec des pistes sérieuses qui peuvent donner des piste à certains ; encore bravo j ai passé un bon moment ; Généalogiquement à vous Albertine
3. Les deux Eugène ou la rue n’était pas une impasse…, 10 février 2014, 10:48, par André BREGERAS
Bonjour à tous,
Bravo pour cette enquête sympathique qui à le mérite d’aboutir positivement !
C’est un encouragement certain pour tous les généanautes.
Cordialement,ab.
4. Les deux Eugène ou la rue n’était pas une impasse…, 11 février 2014, 00:01, par Gérard Schaub
Bonsoir,
Votre patronyme est peut-être un peu moins rare que vous le pensez car on le retrouve dans le Haut-Rhin (en particulier dans plusieurs communes de la vallée de Munster)sous la forme "simplifiée" de BAUMGART, le H terminal correspondant simplement à une graphie plus proche de l’allemand ancien.
On le trouve également en Suisse alémanique !
Cordialement
GS
5. Les deux Eugène ou la rue n’était pas une impasse…, 15 février 2014, 10:24, par Colette Boulard
Le lien est à priori fait, et c’est jubilatoire. Vous pourriez peut-être avoir d’autres informations, par exemple l’existence de frères et/ou soeurs, en consultant les recensement de population dans les années correspondantes.
6. Les deux Eugène ou la rue n’était pas une impasse…, 15 février 2014, 16:11, par Georges Chavagnac
Bonjour Michel,
Votre pertinence et votre volonté ont trouvé un dénouement heureux. Tout mes compliments.
Georges
7. Les deux Eugène ou la rue n’était pas une impasse…, 17 février 2014, 17:40, par Valérie LEMARCHAND-RIGELSFORD (valemarigel31)
Très intéressant témoignage d’autant que je suis passionnée de généalogie, ai habité 23 ans à Rambouillet et je vois très bien où est cette rue ! Je la regarderai avec un oeil attendri la prochaine fois que j’y passerai !
Et pourquoi pas demandé à la ville de Rambouillet de faire ajouter son prénom à la plaque de la rue ?
Valérie LEMARCHAND-RIGELSFORD
valemarigel31